‹ Commodien, Arnobe, Lactance et autres fragments inéditsChapitre 39 sur 52 · RATIONALISME ET INDÉPENDANCE DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

RATIONALISME ET INDÉPENDANCE DE LA PHILOSOPHIE

substance, ou une seule » (1) ; vous lui opposerez les preuves du sens commun et toutes les autorités de la foi; mais il sait, lui, que sa raison jouit du privilège d'une parfaite indépendance» et, vous prenant en pitié, il coatinuera, tant qu'il lui plaira, de nier les substances finies.

Je ne puis m*empécher, à propos de cet homme, de faire une petite digression vers l'école éclectique, dont il a vulgarisé parmi nous les variables doctrines. Gioberti ne craint pas d'appeler l'éclectisme Yéteignoir de t avenir; et, certes, on a de la peine à ne pas partager son avis, quand on examine de près cette mosaïque spéculative, formée de bribes différentes et de fragments dépareillés. Il est inouï. Messieurs, dans l'histoire de la philosophie, qu'un fondateur de secte ou d'école ait aussi facilement c hangé d'opinions que l'a fait M. Cousin. Permettez-moi de placer sous vos yeux le tableau synoptique de ses fluctuations. Ce n'est pas, d*ailleurs, chose inutile ; car l'école éclectique prétend toujours avoir un système unique, oubliani sans doute les paroles que l'illustre Jouffroy a mises en tète des ouvrages de Reid : « Voilà deux mille ans que la raison humaine est en travail de la philosophie, et elle n'est pas encore arrivée à un seul résultat convenu ou accepté. » Considérez quelquesunes des opinions successives de M. Cousin :

!«' semestre de 1818 — {Programme sur les vérités absolues^ publié en 1826). Unité de substance, et, par conséquent, panthéisme : « Point de substance ou une seule. )) — ce Substantialité et individualité sont des notions contradictoires. » — « Dieu est à la fois infini et fini... Si Dieu n'est pas tout, il n'est rien. » — Donc, doctrine de l'identité absolue.

(1) Programme sur les vérités absolues ^ 1826, p. 306.

En 1828. — Nécessité de la création. — Dualisme [Introduction^ 1. V.)

Le chef de Téclectisme, pressé par les attaques du clergé, sentit le besoin de s'expliquer; et, en 1833, parut une nouvelle édition des Fragments^ où il repousse l'accusation de panthéisme. Il se sépare de Spinoza, mais il reconnaît encore la nécessité de la création : « Il n'y a pas plus de monde sans Dieu, que de Dieu sans monde. «

En 1838, troisième édition des Fragments^ troisième préface, troisième palinodie. M. Cousin rejette absolument, et sans réserve, l'unité de substance et la nécessité de la création. Il retire le mot nécessairement pour le remplacer par essentiellement : « Dieu est essentiellement actif et créateur. »

En 1842, dans sa préface aux Petisées de Pascal, il retire la nécessité physique et la nécessité morale et se contente d'affirmer que la création est une convenance souveraine : « Créer est meilleur pour Dieu que de ne pas créer, »

Maintenant, Messieurs, que vous êtes suffisamment édifiés sur l'unité de doctrine de M. Cousin, et sur les variations que la raison humaine, aveuglée par l'orgueil de sa pleine indépendance, ne manque jamais de se permettre, il est temps] de réfuter directement l'erreur qui nous occupe aujourd'hui.

Si la philosophie, comme nous sommes en droit de le prétendre, n'est pas complètement indépendante, de quoi donc dépend-elle? Elle dépend d'abord. Messieurs, des conditions dans lesquelles il a plu à Dieu de renfermer pour nous la connaissance de la vérité; et, en second lieu, des vérités déjà constatées, a cceplées ou acquises par elle.

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