‹ Commotions et émotions de guerreChapitre 6 sur 50 · APERÇU HISTORIQUE ET DÉLIMITATION DU SUJET · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE ET DÉLIMITATION DU SUJET

Une commotion est un « ébranlement transmis ». C’est le sens étymologique du mot {cum movere): c’est le sens qu il avait quand ont été décrites la commotion cérébrale et la commotion médullaire; c’est le sens qu’il n’aurait jamais dû perdre, et qu’il n’aurait jamais perdu s’il ne s’était,fâcheusement ressenti, comme tant d’autres affections, de la

description d’une « hystérie-maladie ». ' ^

D’après les auteurs classiques, de longtemps antérieurs a la guerre actuelle, une commotion cérébrale se produit dans deux conditions :

1 ” Ou bien l’individu reçoit sur la tête un corps contondant ou fait une chute sur le crâne; l’ébranlement est directement transmis par la boîte osseuse crânienne : c’est la commotion directe;

2 “ Ou bien l’individu tombe d’une plus ou naoins grande hauteur sur les fesses, les genoux, les pieds; l’ébranlement n’est pas seulement transmis par la boîte crânienne, mais tout d’abord par d’autres parties du squelette, rachis et os des membres inférieurs : c’est la commotion indirecte.

Dans les deux cas, la commotion cérébrale détermine un ensemble de troubles nerveux, caractérisés par l’ar rêt brusque et plus ou moins complet des fonctions encéphaliques. abolition ou diminution des facultés intellectuelles et des fonctions de la vie de relation, sensibilité et mouvement, amoindrissement des fonctions de nutrition (Gosselin). Il peut y avoir une commotion grave, voire même une comme-

tion « foudroyante » avec mort rapide par syncope cardiaque et respiratoire; mais, dans la commotion ordinaire, par le fait que l’ébranlement cérébral n’est pas direct, mais seulement « transmis », les lésions sont légères, microscopiques, et les troubles sont, sinon toujours d’apparence bénigne, du moins toujours transitoires.

Les mêmes considérations étiologiques et cliniques s’appliquent, mutatis mutandis, aux commotions médullaires et aux paraplégies ou quadriplégies qu’elles peuvent déterminer.

Ces notions, déjà fort anciennes, devaient être amenées à participer aux fluctuations de bien des chapitres de la pathologie nerveuse.

Par le fait qu’un trouble est transitoire, on a tendance à le considérer comme purement fonctionnel pour peu qu’il ne fasse pas très clairement sa preuve anatomique. Or, par définition, la commotion cérébrale, dont l’évolution était d’ordinaire transitoire, ne comportait pas de lésions macroscopiques. En effet, on rangeait sous le nom de contusions cérébrales tous les cas où l’examen anatomique révélait soit une hémorragie méningée ou corticale (contusion hémorragique), soit une attrition superficielle de la substance cérébrale (contusion destructive) ; ces cas ne se distinguaient cliniquement de la commotion que par l’adjonction possible de quelque signe de localisation aux symptômes d’ébranlement plus ou moins diffus du cerveau. Quant aux lésions de la commotion pure, elles étaient seulement microscopiques, et presque toujours révélées par l’expérimentation snr les animaux, car les hommes ne mouraient guère d’une commotion pure ; elles étaient par suite essentiellement discutables. De là à les considérer comme inexistantes, il n’y avait qu’un pas.

Pourtant, de toute^évidence, certains troubles commotionnels n’avaient rien à voir avec la simulation. La description par Charcot de l'hystérie, maladie autonome, maladie à tout faire, « capable de tout simuler », arrivait à point : tous les troubles dits « commotionnels » furent rangés pêle-mêle dans l’hystérie (1878). Il faut bien dire que ce fut en grande partie justice, car de nombreux accidents . avaient été attribués au traumatisme commotionnant, alors

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