Communication
Le 1*7 août dernier les libéraux ont tenu à St-Lin une assemblée de leurs amis. Ma demande d'être invité à faire la discussion avec eux ayant été refusée, j'étais en droit de m'attendre qu.e l'on agirait à mon égard en homme bien élevé, en gentilhomme. Mais j'ai été bien trompé. L'honorable "Wilfrid Laurier s'est oublié probablement au contact de la mauvaise compagnie. Il a été même jusqu'à insulter mes amis qui étaient là en assez grand nombre ; il aurait dû les complimenter, car sans eux le fiasco aurait été écrasant. A peine y aurait-il eu cinq cents personnes, comptant femmes et enfanis, M. Tarte et deux autres orateurs, au lieu de parler de la politique des rouges, se sont plu à m 'injurier, ils étaient dans leur rôle habituel.
A l'assemblée de l'Epiphanie, j'ai eu la satisfaction de rencontrer M. Tarte, celui qui avait été le plus grossier à mon égard.
En ma présence, il s'est montré un tout autre homme, au grand étonnement de ceux qui l'avait entendu à St-Lin. La lâcheté de M. Tarte a été vite reconnue et le poltron a été apprécié à sa juste valeur. Ce qui a été amusant, c'est sa colère rouge lorque je lui ai reproché la conduite indigne qu'il avait tenue à St-Lin.
Pour faire tomber le masque de mon individu, j'ai lu à l'assemblée certains articles de M. Tarte, publiés dans le Canadien, et une partie d'un discours de M. Laurier, où il dit : " Celui qui n'étant pas né libéral, le devient par la suite, manquera aux principes libéraux et deviendra un traître et un renégat." " (Attrappez les conservateurs qui se sont joints aux libéraux.)" Le chapeau faisait si bien à M. Tarte, qu'il s'est reconnu ; sa rage n'eût plus de bornes, il se mit à crier, à gesticuler et à me traiter de menteur, en ajoutant que ce n'était que du collage. J'ai beaucoup regretté de ne pas avoir eu plus de temps à ma disposition pour découvrir ses canailleries politiques et ses fourberies. Je viens aujourd'hui suppléer à ce manque de temps et prouver à ce petit personnage que je ne suis parS encore mort ; et si le cœur lui en dit, il pourra me rencontrer dans aucune paroisse du Comté à son choix, je le collerai de la bonne manière. Je ne m'occuperai guère de l'opinion de M. Tarte sur ma valeur. Ayant été échevin de la grande Cité de Montréal pendant seize ans, m'étant occupé activement d'affaires publiques, je suis fier de constater que pendant tout ce temps personne n'a mis en doute mon intelligence des affaires, mon intégrité et mon honorabilité. A côté du témoignage d'une population intelligente comme celle de Montréal il est facile de comprendre que les polissonneries d'un Tarte ne valent pas grand chose. D'ailleurs mes bons électeurs savent à quoi s'en tenir sur mes discours puisque je me suis fait un devoir de les leur en\^oyer.
Il est partout le même ce M. Tarte. Nommez-le, criait-il à l'assemblée de l'Epiphanie, en s'adressant à l'honorable M. Ouimet ; donnez le nom de cet évêque. Il espérait que M. Ouimet oublierait qu'il était un homme honorable et descendrait au rôle d'un Tarte, au rôle d'un mouchard, d'un informeur qui dévoile les secrets extorqués à ses anciens amis chaque fois qu'il croit en retirer un plat de lentille.
Je prends mes électeurs pour juges de la véracité et de l'honorabilité de M. Tarte et de moi-même. Pour que leur jugement soit bien fondé je vais citer plusieurs articles du
Canadien, journal de M. Tarte et d'autres ^écrits, qu'ils liront avec intérêt je l'espère.
Si mes cilations sont fausses, c'est un libelle et la ligne de conduite de M. Tarte est toute tracée. Il devra me faire arrêter, s'il lui reste encore du cœur. Je l'attends, je ne me sauverai pas, la nuit, comme l'a fait un certain individu autrefois de St-Lin. M. Tarte comprend. En lisant les injures de M. Tarte à l'adresse de M. Laurier, son chef, sous le nez duquel il brûle tant d'encens aujourd'hui, mes électeurs, vous vous fixerez facilement sur la valeur de l'individu et de ses insultes. Je ne devrais peut-être pas me plaindre, puisqu'à mon adresse il a été loin de se servir d'un langage aussi indigne qu'à l'adresse de son chef, l'honorable M. Laurier, Cependant il est bon que ces farceurs soient connus. " M. Laurier l'a reçu à bras ouverts dans les rangs du parti libérai, l'a constiîué un de ses lieutenants à l'égal de McCarthy, Martin et Davies, trois mangeurs de canadiens-français et trois abolisseurs d'écoles catholiques. M. Tarte se trouve parfaitement à l'aise dans cette compagnie.
Je ne pourrais passer sous silence M. Laurier, sa conduite
à St-Lin méritait certainement que j'en fasse mention au
risque de lui déplaire. On comprendra sans doute que je
n'écris pas pour lui faire plaisir ; mais bien pour l'information
de mes bons et chers électeurs. Pour les deux autres ils auront
leur tour.
H. JEANNOTTE,
Octobre 1894. Député du Comté de V Assomption.
M. Tarte traite M. Laurier de sans cœur et accuse tous les chefs libéraux d'être des hypocrites, des hommes de mauvaise foi, prêts à tout renier, à tout sacrifier pour se maintenir au pouvoir. Citons :