‹ CommunicationChapitre 2 sur 16 · HIER ET AUJOURD'HUI · texte numérisé non relu

HIER ET AUJOURD'HUI

(Le Canadien, 4 septembre 18Y8).

Extrait du discours prouoncé par l'honorable M. Laurier, sur l'adresse en réponse au discours du Trône, le 9 nomyembre 1871.

Monsieur, il y a déjà bien des années, le grand patriote que nous venons de perdre, l'honorable L. J. Papineau, cherchant un remède à nos maux d'alors, résumait sa politique à ce sujet dans ce simple précepte : il ne faut rien accepter de la métropole. Je suis d'opinion que cette politique s'impose à nous aujourd'hui avec autant de force qu'à l'époque même où elle était formulée.

C'est pour nous, nous surtout Canadiens d'origine française, un devoir de créer une industrie nationale.

Nous sommes environnés d'une race forte et vigoureuse, d'une activité dévorante et qui a pris l'univers entier pour champ de bataille.

Et que faut-il penser de M. Laurier qui renie ses propres paroles pour faire plaisir à son roi et maître M. Mackenzie ? Que faut-il penser de cet homme sans cœur, qui pour conserver un misérable portefeuille de ministre, consent à voir sa province sacrifiée, qui n'élève plus la voie pour réclamer la protection qu'il regardait naguère come une nécessité absolue ? JS'est-ce pas que M. Laurier est un petit homme d'Etat sans principes arrêtés et sans patriotisme ?

L'hypocrisie, la mauvaise foi des chefs libéraux ne connaissent pas de bornes ; ces hommes sont prêts à tout.

M. Tarte, accuse son chef actuel, M. Laurier d'être '• l'humble serviteur de l'autocrate M. McKenzie."

(Le Canadien, 4 septembre 187t).

Rendu devant M. Mackenzie, M. Laurier a dit avec emphase : " La victoire du parti libéral à Québec est une preuve de la confiance que notre province accorde au premier ministre et je dépose mon mandat à ses pieds. / am proud to lay it at thefeet of my leader.'^

Electeurs de Québec-Est, avez-vous confié votre mandat à M. Laurier pour qu'il le dépose aux i^ieds de M. Mackeuzie ?

Ah ! nous avions bien raison de dire que M. Laurier, à l'exemple de ses prédécesseurs serait l'humble serviteur de l'autocrate premier ministre. Il n'est pas aussitôt de retour dans la capitale qu'il s'empresse de se jeter aux pieds de son maître pour prendre les lourdes chaînes portées par ses devanciers.

Voici un acte d'accusation formidable dans lequel M. Laurier est accusé de la plus grande faute qu'un catholique puisse commettre : le voitairianisme et la libre-pensée ; et du plus grand crime dont puisse' se rendre coupable un canadienfrançais : l'absence de patriotisme :

(Le Canadien. 2 octobre 18t7).

M. Laurier sera bientôt ministre ; il recueillera la succession de M. Cauchon, que le premier ministre lui a préféré quand M. Fournier s'est constitué juge de la Cour Suprême, et aussi quand M, Letellier a commis l'indélicatesse d'élire domicile à Spencer Wood à la place de M. Cauchon et au lieu de l'honorable Isidore. 21. Laurier n'est pas une nullité, encore vioins est-il ce qu'on est convenu d'appeler un talent. C'est un homme vernis, grattez un peu et vous découvrirez la médiocrité. Il n'est pas instruit, ses discours le démontrent ; sa pensée ne s'élève jamais au-dessus de l'exploitation des préjugés. Dans ce genre réside sa force, c'est assez dire que sa carrière publique ne sera, ni profitable pour son pays, ni brillante pour son parti. En faisant un ou deux discours par an. il s'est bâti une renommée. Pourtant il n'est qu'un vulgaire déclamateur. L'orateur est l'homme probe, Imbile à dire de bonnes choses. M. Laurier ne fait que débiter des phrases d'avance agencées jDOur soulever dans le cœur du peuple les instincts mauvais.

Depuis sa lecture à la Salle de Musique, son ignorance des traditions parlementaires n'a pas besoin d'être prouvée. Chose étonnante, ses amis ont laissé distribuer à vingt mille exemplaires cette harangue si grosse d'eri'eurs historiques inconcevables. Moins insignifiant que M. Pelletier, plus dégrossi que M. Fréchette, il est à peu près l'égal de M. Epaminondas de Saint-Georges et certainement l'inférieur de M. Taschereau.

11 pose et posera davantage quand il sera juché sur les banquettes du Trésor. Ceci ne pourra suppléer à ce qu'il n'a pas, aux principes, aux convictions saines, au patriotisme. Il aimerait son pays s'il était voltairien ; ses compatriotes lui comparaîtraient dignes de son respect s'ils étaient libre penseurs. Il croit le Bas-Canada bien à plaindre, bien rétrograde, bien arriéré, parce que V Eglise de Rome y est prépondérante.

Quel sera son programme ? Avant de consentir à faire partie du

ministère, exigera-t-il du chef du cabinet des promesses de justice et d'impartiallité à l'égard de la province de Québec ?

Eéclamera-t-il la part d'influence et de considéi-ation à laquelle nous avons droit ? Il ne fera rien de cela, on peut eu être sûr.

La seule chose a laquelle il tiendra, et elle lui sera accordée sans peine, c'est que le gouvernement libéral continue à j^rêter main-ferte au libéralisme dans sa lutte contre le cléricanisme. Il n'oubliera pas non plus de toucher sou salaire et de se tisser une robe de juge pour en couvrir ses épaules en temps opportun. // n'a pas de franchise ! Pour se faire élire dans son comté, il s'est fait conservateur et a renié son passé, auquel il ^'evient. maintenant que les circonstances le permettent. Dans les paroisses catholiques, il se proclame dévot fils de l'Eglise. Devant les protestants, il se donne comme victime du clergé, parce qu'il défend leurs droits que les prêtres veulent anéantir.

(Le Canadien, 8 octobre ISVY).

Nous avons reçu le premier uiiméro au journal d'Arthabaska qui sera l'orgaue de M. Laurier- Il dit :

'■' Sans entrer dans un discours exposé de doctrines nous adoptons comme notre programme politique les principes proclamés par M. Laurier, dans la conférence qu'il a donnée à Québec au mois de juin dernier."'

Il faut une forte dose de pers]5icacité pour trouver des principes et un programme j^olitique dans les quelques pages de déclamation que M. Laurier débitait dans la Salle de Musique, il y a quelques semaines. Dans l'opinion de tous les gens sérieux ce n'est qu'un faible effort de rhétorique.

Il suffit piour le prouver que le député d'Arthabaska a le sens p>olitique peu développé.

(Le C'anadien, 30 octobre 1877).

Le Chronicle ose parler des moyens employés par les conservateurs, la corruption, les préjugés religieux, etc.

Le clergé n'a pas pris la plus légère part à la lutte ; il n'en est pas moins accusé, vilipendé par le " Chronicle" à l'instigation sans doute de M. Laurier et de ses amis, désireux de jeter sur d'autres la responsabilité d'une défaite dont les causes sont dues à la mauvaise administration des affaires publiques par le gouvernement d'Ottawa.

Le Chronicle parle de l'avantage pour Québec d'élire M. Laurier. Lors de l'élection de M. Cauchon. il tenait le même langage on s'en souvient. Qu'avons-nous eu ? Déceptions sur décejDtions, mépris sur mépris. Pas de bassin de radoub, pas d'embellissements de la cité, pas de protection pour nos industries détruites, pas d'effoi'ts pour faire renaître la construction des navires. Le gouvernement Mackenzie n'a rien fait, n'a rien voulu faire pour Québec. Les électeurs le savent, le sentent, le comprennent. Il nous faut des manufactures, do la protection, do l'ouvrage,

du pain. Trop longtemps nous nous sommes payés de promesses et de discours trompeurs.

M. Tarte, dans son journal le Canadien, dn 26 mai 1877, lui consacrait l'article suivant :

M. Laurier a commencé sa tournée électorale. Demain il parlera à Stanfold. Il sera probablement sans adversaire et dira toutes les faussetés qu'il croira utiles à sa défense.

gM. Laurier est un homme qui ne manque pas de vernis ; il parle bien, c'est-à-dire qu'il a une élocution facile et une phrase passablement cor» recte, quand il a eu le loisir de l'apprendre par cœur huit jours d'avance.

Il n'a pas d'idées élevées ; ses connaissances politiques et ses notions d'histoire sont très restreintes.

Le fait est qu'il 71' a pas encore prononcé un seul discours de nature à révéler en lui un homme d'une valeur sérieuse ; Ses manières polies, son astuce, une certaine habileté à cacher ses principes — ce qui ressemble pas mal à l'hypocrisie — lui ont donné sa popularité dans son comté.

Il appartient de franc-cœur à l'école Lafl.amme-D outre. Son idole c'est Papineau, mort en refusant la bénédiction d'un prêtre catholique.

Demain, il aura des accents pieux pour se proclamer dévot fils de l'Eglise.

On dit que bientôt il sera ministre à la place de 31. Cauchon. Ses agissements semblent démontrer l'exactitude de cette rumeur.

Il sera digne de siéger à côté de M. Huntingdon et de M. Lafiamme. Le discours d'Argenteuil renferme ses idées et il l'a approuvé dans la Chambre par l'appui qu'il donne au maître général des Postes. Sur les rapjîorts de l'Eghse et de l'Etat, il a tous les principes du guibordiste Laflamme. Autrefois membre de l'Institut Canadien, il a cessé d'en faire jDartie parce que cela était compromettant. C'est iin partisan outré des doctrines hostiles à la liberté de l'Eglise.

Le gouvernement Mackenzie, qui a tant fait contre les intérêts de la province de Québec, compte en lui un défenseur toujours prêt à excuser ses fautes.

C'est assez dire que les électeurs doivent le voir avec défiance.

Le 27 juin 1871, à propos d'une conférence de M. Laurier, Le Canadien disait :

J3n vérité, ça n'a pas été le loup. Beaucoup de monde, pas de désordre de la musique au commencement et pour finir. Sur la scène, au lever du rideau, M. Achille Larue, le père putatif du Club Canadien, M. Laurier, le héros du jour, tout de noir habillé, calme comme l'onde limpide, j^àle comme la lune en un beau soir d'automne, M. Larue dit quelques mots et M. Laurier se lève. La presse libérale va publier sans doute la harangue de M. Laurier. Nous espérons qu'elle ne sera ni revue, ni corrigée, ni augmentée, ni diminuée, ni moins libérale, ni moins franchement anti-catholique. Nous l'attendons telle qu'il nous a été donné de l'écouter. Elle est bien celle que nous voulions mais que

nous 7i' osions espérer. Il s'y trouve des arguties et il y manque des idées droites ; les sontradictions libérales 3" foisonnent, la profession de foi radicale est complète.

Xous devons l'avoiier, le discours de AT. Laurier dessine la position ; il est l'expression des idées du parti libéral et nous sommes prêts à dire que l'orateur a abordé carrément son sujet. Il y a mis des formes, c'était son droit ; il s'est servi du fil blanc, mais en fin de compte il a exposé son étoffe en son état naturel.

Le résumé de cette harangue, c'est que le clergé doit rester dans le sanctuaire et que la religion ne doit pas être la base d'un parti.

Et le lendemain, 28 juin, pris d'un beau zèle M. Tarte s'écriait :

L'union de toutes les volontés catholiques peut-elle arrêter le déchaînement du radicalisme ? Dieu le sait, et nous devons espérer que oui, à moins qu'il ne veuille nous punir. Raillons-nous autour de notre clergé et luttons comme des hommes de foi savent le faire. C'est à ce prix seulement que nous sauverons notre société.

Et dans le même article nous trouvons cette superbe déclaration de principes qui jure étrangement avec la guerre que poursuit maintenant M. Tarte contre Mgr Taché et les évêques. Il disait :

Le jour ou les sympathies et V approbation du clergé s^ éloigneront de nous, sera celui de notre retraite de la presse et de la vie publique. Si Von trouve que nous sommes incapables de défendre dignement V église., nous passerons à d'autres le fardeau si lourd que les circonstances nous ont imposé.

Qui aurait pu croire alors qiie M. Tarte accepterait bientôt de faire passer M. Laurier pour un grand homme. Cette seule idée aurait alors fait bondir M. Tarte de colère. Ainsi, le National ayant insinué que M. Chapleau était prêt à former une alliance avec M. Laurier, le rédacteur du Canadien fut pris d'indignation et, le 25 août 1877, il s'écriait :

Nous n'hésitons pas à dire que les remarques du National sont une véi'itable insulte à M. Chapleau. Elles vont ni plus ni moins à représenter l'honorable secrétaire provincial comme prêt à former une alliance avec les homme à idées aussi échevelées que M. Laurier et les chefs du parti libéral.

Nous voulons l'union, mais jamais avec des politiciens sans principes ou plutôt, imbus d'idées socialistes, comme les meneurs libéraux du moment.

Il restait à M. Tarte à accuser M. Laurier de trahison nati-

onale. C'est ce qu'il fit en plus d'une circonstance. Citons un de ces articles. Une comparaison du Journal d'Arthabaska entre M. Laurier et les Cartier et les Lafontaine, lui servit de thème. Cette citation est d'autant plus à propos que M. Tarte a repris aujourd'hui la thèse du Journal d'Arthabaska et veut faire passer son chef actuel et pro tempore comme le successeur des grands hommes dont la race canadienne-française s'honore. Le 29 octobre 1877, M. Tarte écrivait donc :

L'autre jour, le Journal d'Arthabaska voulant faire prestige au bénéfice de M. Laurier, le représentait comme le successeur ou le représentant de la politique des Cartier, des Lafontaine et des autres notabilités du parti conservateur du Bas-Canada. Le propos était au moins dérisoire. Pour mériter l'honneur d'être comparé à de tels hommes, il faudrait avoir quelque peu de leur patriotisme ; il faudrait non pas avant tout ne songer qu'à soi, niais défendre au besoin, dans l'arène parlementaire et dans les conseils du cabinet, les intérêts de la province que Von affecte de rejjrésenter mais que l'on ne représente que de nom. C'est ce que l'on ne fait pas. Les Lafontaine et les Cartier n'ont jamais abandonné le sort du Bas Canada à l'hostilité non plus qu'à la courtoisie de ses ennemis. Ils ont su, au contraire par de sages compromis et grâce à un système prudent de conciliation, assurer à la province l'égalité politique et la jouissance entière de ses droits. Et vous, messieurs Laurier et Latlamme, comment seriez-vous les continuateurs de Toeuvre de ces patriotes recommandables, après avoir si honteusejnent forfait à leurs principes ! Comment osez-vous vous dii'e les gardiens, les protecteurs de quelque chose à Ottawa, lorsque sans influence comme sans moyens, n'ayant d'autre contrôle que celui de votre salaire, vous ne faites que vous aplatir devant ceux qui sont aujourd'hui nos maîtres et dont vous n'êtes à bien dire que les valets.

Le 10 juillet 1877, il écrivait :

M. Cauchon jjartira le 24 de ce mois pour Manitoba, en compagnie de Lord Dufferin. Il t>'en va visiter son futur domaine et montrer sa jolie personne aux Métis. M. Laurier sera son successeur, l'affaire est bâclée, c'est connu. Nous grillons de le voir installé dans un fauteuil de ministre. Sn six mois il sera usé à la corde, décousu en lantbeaux. Le vernis gratté, il ne reste que du bois à demi gâté.

M. Tarte dans son journal, à la date du 5 novembre 1877, disait :

On dit que 31. Laurier arrive ce soir et que les intrigants qui l'ont déterminé à se j)résenter à Québec-Est veulent lui " monter " un triomphe. Un ministre, rejeté par un comté, doit se sentir mal à l'aise quand on lui parle de triomphe.

A l'assemblé de l'Avenir, M. Laurier arriva aussi en triomphe, SUIVI d'uxe bande de musique orangiste.

D'après M. Tarte, son chef actuel serait l'allié de perturbateui-s de la paix ; il manquerait de talent, il jouerait double jeu. Et puis il y a un peu d'orangisme, beaucoup de protection, etc.

{Le Canadien. 16 novembre 1877.)

Désireux d'éviter et de fuir une discussion publique sur la politique du gouvernement, M. Laurier et ses amis ont retardé autant que possible le moment terrible pour eux de rencontrer leurs adversaires face à face. Poussés au pied du mur par l'invitation d'abord et de défi, ensuite du comité de M. Tourangeau, ils se sont exécutés, craignant trop le mal qu'ils se feraient, s'ils persistaient à refuser de paraître devant le peuple pour défendre leur cause.

M. Laurier succéda à M. Tourangeau. Son discours dura près d'une heure ; il a été à deux cents coudées au-dessous de la réputation oratoire que lui a faite la presse ministérielle. Il n'a fait que rabâcher de vieilles rengaines, remontant jusqu'à celle du Grand Tronc. Aucun aperçu, aucune visée d'homme d'Etat sur l'avenir du pays, rien, rien. C'est là Vlwmme que Von pose comme le sauveur de la Province de Québec ! étrans^e aberration ! M. Laurier n'a pas été moins inelFable lorsqu'il a parlé des troubles du Nord-Ouest. Les hommes politiques de la Province de Québec qui ont toujours i)rêté le concours de leur appui et de leur influence aux vampires d'Ontario, qui ont soudoyé et fomenté ces difficultés si regrettables, ne devraient pas pousser l'audace jusqu'au point d'aborder cette c[uestion devant le peuple, 31. Laurier- a osé reprocher à V opposition de s'appuyer surtout sur le support orangiste d'Ontario. A-t-il déjà oublié quil n'y a pas encore deux mois il arrivait à V Assemblée de V Avenir, dans le comté de Drum-

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