M. LAURIER ET LA TENURE SEIGNEURIALE
IL TRONQUE l'HTSTOIRE.
Jusqu'aux plus petites gazettes rouges qui reproduisent avec complaisance les paroles suivantes que M. Laurier a prononcées à Saint-Lin, le lY août 1894 :
Au Canada, c'est au parti libéral que nous devons nos libertés religieuses, politiques et civiles. C'est au parti libéral que nous devons l'abolition de la tenure seigneuriale qui faisait de nos ancêtres de véritables serfs. Je ne veux pas dire que j'approuve en tout ce qui a été fait et dit par certains adeptes de ce parti dans le passé. Bien des fautes ont été commises, sans doute, mais je puis déclarer avec satisfaction de conscience que depuis que je suis un des chefs de ce parti libéral, j'ai travaillé, et nous avons réussi à faire de l'ensemble de ce parti le libéralisme de Gfladstone, Montalembert, etc. C'est à présent un parti libéral purifié.
C'est ainsi que M. Laurier fait l'histoire ou plutôt la défait.
Il prétend que nous devons au parti libéral nos libertés religieuses, politiques et civiles, mais il oublie, détail bien important, d'en dresser la liste.
Il se contente de proclamer qu'aux libéraux revient le crédit de l'abolition de la tenure seigneuriale, " qui faisait de nos ancêtres de véritables serfs." Pas possible !
Une fois pour toutes, faisons bonne justice de ce mensonge historique fabriqué pour des fins de parti.
C'est en 1850 que l'ancienne Chambre d'Assemblée commença à s'occuper sérieusement de l'abolition de la tenure seigneuriale que la masse de la population réclamait depuis
plusieurs années. Qui gouvernait alors le pays ? Le ministère LaFontaine-Baldwin, dans lequel se trouvaient des hommes tels que les honorables Etienne-Pascal Taché, Jean Chabot et Joseph Bourret. Par qui était combattu ce ministère ? Par les libéraux-démocrates, ou les rouges annexionnistes de V Avenir, ayant à leur tête l'honorable L.-J. Papineau. C'est-à-dire par les prédécesseurs immédiats de M. Laurier, qui ne leur a jamais caché son admiration.
A cette session, M. LaFontaine proposa et fit adopter des résolutions qui devaient amener la suppression entière de la tenure seigneuriale et la remplacer par une tenure libre, tout en déclarant que le changement ne pouvait s'accomplir qu'en indemnisant les seigneurs. M. LaFontaine soutint que la tenure seigneuriale était avantageuse à un nouveau pays, mais qu'elle était nuisible aux classes qui avaient le plus besoin d'encouragement, nuisible au progrès de l'agriculture et du commerce. Il se trouve des personnes, ajouta-t-il, qui veulent l'abolition sans indemniser les seigneurs, mais la Chambre doit comprendre qu'il ne peut y avoir de commutation sans indemnité aux seigneurs pour la valeur de leurs droits, tout en prenant soin de ne pas imposer de fardeau trop lourd aux censitaires.
Quelle fut l'attitude du chef rouge, M. Papineau, seigneur lui-même ? Absolument l'opposée de celle que tinrent LaFontaine et Cartier.
Citons de l'histoire de Turcotte :
M. Papineau censura la conduite de ceux qui agitaient Vaholition d-e la tenure seigneuriale. Il soutint que le Seigneur était propriétaire absolu de ses domaines et prétendit que les cours de justice avaient toujours décidé que le taux des rentes étaient à la volonté du seigneur. " Cette tenure contre laquelle on a tant crié, continua-t-il, est fondée sur la sagesse et stir la Justice; et il est absurde de supposer que les seigneurs peuvent être forcés à concéder leurs teri'es bon gré malgré... Quand les propriétés des seigneurs augmentent en valeur, ceux-ci peuvent augmenter la taxe, et personne n'a le droit de les restreindre. Trente personne sur quatre mille ont profité de l'avantage offert par le Séminaire de Saint- Sulpice pour commuer ; c'est une preuve que le peuple du Bas-Canada ne désire pas l'abolition de la tenure seigneuriale. L'agitation actuelle n'a été créé que par des mendiants de popularité... Je suis un grand réformiste, dit- il en terminant, pour les changements politiques nécessaires, mais je suis un grand conservateur pour la conservation du droit sacré de propriété."
Après ce langage de son ancien chef, M. Laurier a l'audace
de réclamer pour sou ï)arti l'abolitiou de lateuure seigueuriale ! C'est tout simplemeut se moquer du monde.
Survint le cabinet Hincks-Morin, en 1851. Il comptait parmi ses représentants bas-canadiens les honorables MM. Drummond, John Young, R. E. Caron et Etienne P. Taché. Il était en quelque sorte la continuation de l'ancien, car il adopta les m.êmes principes, le même programme. Ce cabinet fut aussi combattu par les députés rouges ; mais mal leur en i^rit, car aux élections de la même année, MM. J.-B.-E. Dorion surnommé VEnfant Terrible, L.-A. Dessaulles, ancien rédacteur du Pays, Barthe, Télesphore Fournier et DeWitt, mordirent la poussière. Yaincu à Montréal, M. Papineau fut élu peu de temps après dans le comté des Deux-Montagnes. Ce n'est pas son attitude sur l'abolition de la tenure seigneuriale qui lui valut ce succès après un échec éclatant, mais bien le souvenir de ses anciens services i3olitic|ues.
A la session de 1853, M. Drummond soumit un projet de loi qui définissait les droits des seigneurs et des censitaires et facilitait le rachat des droits seigneuriaux. Quels furent ses plus ardents défenseurs ? MM. Drummond, Chauveau, Cartier et autres, à l'Assemblée Législative, et MM. Caron, Taché et Ferrier au Conseil Législatif. Le bill de M. Drummond fut malheureusement rejeté par une majorité du Conseil.
L'année 1854 fut témoin d'un événement bien important : la coalition des partisans de M. Morin avec les conservateurs du Haut-Canada, sir Allan MacNab, John A. Macdonald. Les ministres du Bas-Canada étaient, outre M. Morin, MM. Drummond, Chauveau, Taché et Chabot. Tout ce qu'il y avait de moins rouge dans la province. M. Drummond revint à la charge avec son bill pour Vaholition des droits et devoirs féodaux dans le Bas- Canada.
Ce bill souleva une vive discussion et fut vigoureusement combattu, entre autres, par l'honorable A. A. Dorion. Toujours les chefs rouges en travers des meilleurs mesures. Adopté par une majorité de 39 voix, il subit des modifications considérables qui furent acceptées comme les plus équitables et qui obtinrent finalement l'adhésion de la Chambre. " Après que la loi l'ut sanctionnée," dit M. Turcotte, {Le Canada sous r Union, vol. 2, p. 233), " les membres de l'opposition du Bas- Canada et leurs organes parlèrent contre elle, et prétendirent bien à tort q'elle allait ruiner les censitaires. Cette mesure avait coûté un travail immense à son auteur, M. Drummond,
qui a acquis, par là, sans coutredit, la reconnaissance des Canadiens."
Loin donc de devoir quelque chose aux rouges, nous pouvons les accuser d'avoir combattu un règlement raisonnable de la tenure, juste à la fois pour les seigneurs et les censitaires, c'est-à-dire pour tous les intérêts en jeu. Papineau voua même aux gémonies tous ceux qui demandaient l'abolition de la tenure seigneuriale, les traitant de mendiants de popularité. Aussi ne faudra-t-il pas être surpris si M. Laurier se décide un jour à le dénoncer tout comme il a dénoncé sir A. -A. Dorion pour lui préférer — horribile dictu ! — Cartier, le chef des bleus. Un vrai briseur d'idoles que ce monsieur.
Une autre grossière vantardise de M. Laurier : " Bien des fautes ont été commises, dit-il, mais je puis déclarer avec satisfaction de conscience que, depuis que je suis un des chefs du parti libéral, j'ai travaillé et nous avons réussi à faire de l'ensemble de ce parti le libéralisme de G-ladstone, Montalembert, etc. C'est à présent UN PARTI LIBERAL PURIFIE .' "
M. Laurier a encore oublié de nous dire en quoi le libéralisme rouge ressemble à celui de Grladstone, Montalembert, etc. Ce sera pour plus tard sans doute, quand il n'y aura plus d'électeurs à blaguer.
Depuis quand le parti libéral a-t-il été purifié, comme il le prétend ? Est-ce sous le régime Mackenzie, illustré par l'affaire de la trappe, les tripotages du canal Lachine et bien d'autres saletés du même genre ? Est-ce sous le régime Mercier le plus scandaleux cj[ui ait jamais désolé la province, et que M. Laurier n'a jamais hésité à couvrir du manteau de sa vertu ?
Quand le chef libéral sera revenu de l'ouest nous lui conseillons de nous éclairer sur oe point. {La Minerve.)
Les libéraux dans leurs discours évoquent-ils les souvenirs de leurs anciens chefs. Non, jamais. Us font l'éloge des anciens chefs conservateurs, tel que Baldwin, Lafontame, Morin, Cartier. Cependant lorsque ces grands hommes vivaient les libéraux ne cessaient de les injurier et de les vilipender, mais depuis qu'ils sont morts ils font leur éloge parce qu'ils ne les craignent plus. Us reconnaissent qu'ils étaient des hommes sages, prudents et désintéressés, qu'ils étaient de grands patriotes. Pourquoi les libéraux ne marchent-ils pas sur leurs traces et ne sont-ils pas conservateurs ? Us ne veulent donc pas être des patriotes.
A l'assemblée de l'Epiphanie M. Brodeur M. P. s'est vanté d'avoir fait beaucoup en chambre pour favoriser la culture du tabac, bien avant que j'y aie pensé. On dirait que les libéraux ont tous les mêmes défauts, incapables de rien faire de bien, ils passent leur temps à se vanter eux-mêmes. Pour paraitre quelque chose ils sont obligés de rapetisser les autres. C'est un triste métier.
Au Hansard à la date du 4 juin dernier se trouve le grand discours de M. Brodeur sur le tabac. Le voici tout au long.