LES ORANGISTES ET LES LIBERAUX
M. Cléophas Beausoleil, qui pose comme une des lumières de son parti et semblait y jouer un certain rôle avant que M. Tarte ne l'eut supplanté, est allé prononcer un discours au club Letellier vers le 10 octobre courant.
Il avait pris pour thème : les orangistes.
Ce sont les loges orangistes, a-t-il dit entre autres choses, qui ont aboli les écoles catholiques de Manitoba ? Nous ne contredirons pas M. Beausoleil sur ce point. Seulement nous lui ferons remarquer une chose qu'avec une once de logique il aurait vue lui-même. Si les écoles catholiques de Manitoba ont été abolies par des orangistes, c'est par des orangistes libéraux, des alliés des MM. Laurier, Beausoleil et consorts ; par les G-reenway et les Martin. Ce sont ces mêmes libéraux qui, devant les tribunaux et jusqu'au Conseil Privé, ont combattu les réclamations des catholiques. Cuique suiim ! Laissons aux libéraux ce qui leur appartient :
l'abolition des écoles séparées et la persécution religieuse, à Manitoba comme dans les autres provices.
Tout opposé que nous soyons à l'ordre orangiste, nous croyons qu'au sujet des écoles séparées, son histoire peut être comparée avec avantage à celle du parti libéral.
Par exemple, en 1863, lorsque M. Scott proposa son projet de loi pour établir des écoles séparées dans Ontario, que viton ? On vit les orangistes comme M. Anderson, grand trésorier, M. Benjamin, grand maitre, M. Hilgard Cameron, plus tard grand maitre, M. Mackenzie Bowell qui fut également grand maitre, M. Daly, M. John A, Macdonald, M. McCann, M. Powell, de Carleton, M. Eykert, M. Walsh, M. Wilson, presque tous les orangistes du Parlement votèrent pour donner aux catholiques leurs écoles. Plusieurs payèrent d'une défaite aux élections suivantes cet acte de justice et de tolérance. Les libéraux anglais au contraire, votaient contre les catholiques comme ils avaient voté, sept ans auparavant, la motion Papin en faveur des écoles neutres.
Depuis ce temps-là, le parti libéral n'a pas changé. Nous l'avons vu dans toutes les provinces où ils ont été assez forts faire la guerre à outrance aux écoles catholiques, au Nouveau-Brunswick, dans la Nouvelle-Ecosse, à l'Ile du Prince- Edouard, à Manitoba, partout les libéraux ont été des persécuteurs. Yoilà l'histoire vraie. {La Minerve.)
M. Laurier veut-il des écoles neutres, sans Dieu, pour les catholiques du Manitoba ? Oui, si nous croyons ses paroles.
M. Laurier partit pour l'Ouest, se mit~à discourir et parla un peu de tout, excepté des écoles, jusqu'au jour où adressant la parole à un auditoire de Winnipeg, au siège même de la persécution religieuse et nationale, il fut forcé d'aborder enfin cette délicate question.
Si les catholiques de Manitoba, dit-il, sont forcés d'envoyer leurs enfants à des écoles protestantes, c'est une injustice et une tyrannie.
Sofar, so good. Mais si les enfants catholiques sont, en pratique, obligés de fréquenter des écoles neutres ? S'ils sont jetés dès leur bas âge dans les serres de l'athéisme enseignant ? Si, en violation d'un droit sacré, le père de famille est priv-^ des moyens de faire enseigner à ses fils l'existence du Créateur et les devoirs qu'ils ont envers lui ?
Sur tout cela, M. Laurier garde un silence complet à Winnipeg. L'ombre dii saint évêque dont la vie s'est passée à
couquéi'ir le Nord-Ouest à la foi chrétienne, effraya peut-être le chef libéral.
Mais quelques jours plus tard, parlant à Oalgary, devant un auditoire anglais, M. Laurier renonça à tout déguisement. L'ancien membre de l'Institut Canadien a senti renaître en lui le vieux venin radical. Et adoptant l'argument cher aux persécuteurs des catholiques, aux proscripteurs des écoles séparées, aux Martins et aux McCarthy, il s'écria :
" Ce sont les écoles publiqties qui formeront les générations nouvelles à Vidée d'une seule nationalité, d'un intérêt commun."
L'exemple parti de haut, devait hélas porter ses fruits.
Repousses par M. Laurier qui leur refusa même le concours de son éloquence, les catholiques manitobains s'adressèrent à M. Grreenway et firent un dernier appel pour obtenir justice. Le premier ministre libéral promit de répondre par écrit à leur requête. Le temps se passa et la réponse n'arriva pas.
C'est M. Martin qui triomphe.
Cest l'école athée qui prépare ses voies.
Ces libéraux manitobains qui, depuis 1890, nient le bien fondé des réclamations des catholiques, commencent à avoir peur de leur œuvre injuste. Qu'offrent-ils comme réparation aux catholiques ? La neutralité scolaire.
Quelle libéralité ! quelle grandeur d'âme.
Et c'est ainsi qu'on voudrait, selon la théorie de M. Laurier, fondre dans un même moule les divers éléments de la population.
Mais qui donc donne aux libéraux le droit de faire une nation athée des générations qui poussent ?
Leur conduite est un empiétement sacrilège sur les droits des pères de famille. L'Etat sort de son rôle en se faisant maître d'école. En matière d'éducation, il a un grand devoir, celui d'aider les instituteurs naturels de l'enfance ; mais il n'a pas le pouveir de se dire leur maître et de leur imposer ses volontés.
Hélas ! pourquoi faut-il que M. Laurier soit allé prêter main-forte à ces ennemis acharnés de nos compatriotes ? Sa conduite n'est pas de nature à donner du relief et du prestige au nom canadien-français. Elle n'augmentera pas non plus la réputation du chef libéral. Au contraire. {La Minerve.)
Quelle hypocrisie que le jeu infâme des libéraux.
M. Tarte et M. Beausoleil dénoncent à tout venant la tyrannie, la xDersécution à laquelle sont soumis les catholiques du Manitoba. Ils dénoncent l'abolition des écoles catholiques et
du français, les lois infâmes passées par leurs amis, par les libéraux Grreen"vvay, Martin, Watson et Sifton, quatre farouches dévoreurs de canadiens-français et de catholiques.
Dans le même temps, M. Laurier, le chef des libéraux, fait, dans le Nord-Ouest, de beaux discours, ayant à ses côtés les fanatiques Grreenway, Martin, Watsou, Sifton et autres libéraux de la même espèce ses amis. Il ne voit aucune persécution, aucune tyrannie dans le Manitoba. Tout lui parait pour le mieux. Il ne sait même pas encore que les catholiques sont forcés d'envoyer leurs enfants à des écoles protestantes et de contribuer à leur soutien. Il croît que ce sont des écoles publiques, où il est défendu de parler de Dieu ; alors il trouve cela parfaitement bien et personne n'aie droit de s'en plaindre, c'est le seul moyen, dit-il, d'amener l'union des races.
D'après les rapports des journaux rouges, M. Laurier, dans sa campagne électorale au Nord-Ouest, n'a pas encore prononcé une seule parole de blâme à l'adresse de ses amis libéraux qui ont aboli notre belle langue française. Il ignore peut-être ce fait, car il n'y a que trois ans que ces lois barbares sont passées. D'ailleurs, il parle presque toujours l'anglais. Il se fait anglais. Nous sommes des anglo-saxons, dit-il
Ainsi électeurs, vous avez à choisir entre le parti conservateur qui travaille constamment pour la grandeur et la prospérité du pays, pour qne la liberté et la justice soient égales pour tout le morfde, et le parti libéral qui crie toujours ruine et banqueroute, qui ne veut d'autre liberté pour les canadiens-français catholiques que celle d'avoir des écoles protestantes ou publiques et qui veut l'annexion du Canada aux Etats-Unis ; entre les conservateurs qui ont fait faire le Grrand-Tronc, le Pacifique Cau>xdien, et tant de lignes de chemins de fer, qui ont accordé les écoles séparées, aboli les droits seigneuriaux, fait la confédération, établi la j)rotection, fait de nouA'eaux canaux, creusé et élargi ceux existant, creusé le fleuve juscju'à Québec pour amener à Montréal la grosse navigation, acheté le Nord-Ouest à un prix au-dessous de cinq centins l'acre, fait le port de Montréal, les bassins à Québec, qui ont fait un traité de commerce avec la France, notre more Patrie, établi l'industrie laitière, qui ont construit le Pont Victoria, le chemin de fer Intercolonial, aboli les taxes imjk)sées par les libéraux jusqu'au montant de $20,000,000, et diminué considérablement celles quiexistent encore de manière que les cultivateurs ne payent presque rien ; qui ont fait tant
d'autres choses et passé tant de lois eî mesures qui font le progrès et la prospérité du pays en y maintenant l'union, la concorde et la paix entre les races ; et les libéraux qui ont combattu de toutes leurs forces ces constructions, ces travaux, ces lois et ces mesures en semant la discorde entre les différentes nationalités, qui passent leur temps à calomnier, à vilipender les conservateurs, leur vie durant, pour les louanger après leur mort. Les libéraux abolissent les écoles séparées, la langue française, commettent toutes les injustices, puis ils dénoncent les conservateurs à la vindicte publique s'ils ne réparent pas ces injustices sans retard. Si les libéraux arrivaient au pouvoir à Ottawa nous verrions de suite la clique des Pacaud, des Tarte, des Martin et de tant d'autres, transporter leurs oppérations véreuses à la capitale ; nous verrions les brigandages, les vols qui ont fait le déshonneur de Québec sous le règne Mercier, recommencer avec plus d'ardeur que jamais ; nous verrions de nouveau les boodlers qui sont incapables de payer leurs dettes aujourd'hui, rouler carosse, se bâtir des châteaux à tourelles dorées, s'acheter des seigneuries, boire le Champagne, fumer le cigare et faire bombance avec l'or et l'argent volés au peuple pauvre et misérable. , Electeurs, aimez-vous votre pays, désirez-vous le progrès et la prospérité du Canada, voulez-vous la paix, l'union et le bonheur.