Compagnie du Kasai
Dès sa constitution, la « Compagnie du Kasai » s’occupa de réunir sur les végétaux indigènes du Kasai et sur les plantes d’introduction des renseignements variés, qu’elle utilisa pour marcher d’un pas sûr dans la mise en valeur des territoires mis à sa disposition.
Dans ces dernières années, de plus en plus pénétrée de la nécessité des études botanico-agronomiques pour les cultures économiques, elle a même créé une « Mission permanente d’études scientifiques » et elle a exhorté ses agents de tout grade à rassembler, sur ce qui touche à l’état actuel et à l’avenir de leur région, des documents qui sont soigneusement conservés à Bruxelles.
Son attention, comme celle de ses agents, devait se porter surtout sur les végétaux, car c’est d’eux que, jusqu’à ce jour, elle a tiré la presque totalité de ses moyens d’existence et c’est sur eux qu’elle peut fonder les plus grands espoirs.
C’est, il est presque superflu de le répéter, sur l’agriculture que nous devons fonder l’avenir de notre colonie, c’est elle qui, seule, est capable de la mettre en valeur; sans elle, le pays, fût-il couvert d’or, se transformerait au bout de quelques années en un désert incapable de rapporter les intérêts des capitaux qu’on y consacrerait.
Déjà avant la création de cette « Mission permanente », les agents de la Compagnie du Kasai, comme ceux des « Plantations Lacourt », installés avant eux, avaient fourni des documents précieux, dont l’étude permit de faire paraître des données nouvelles dans les publications de l’État Indépendant du Congo.
Ces données, de portée en général purement scientifique, démontrent déjà le but élevé poursuivi par la Compagnie; elles font voir, en effet, qu’il ne s’agissait pas pour elle de tirer de notre Congo ce qu’il peut fournir, mais que cette société s’intéresse directement aux progrès de la science, sans laquelle la colonisation ne peut que tâtonner.
La « Compagnie du Kasai » a bien compris, et a mis en pratique ce que notre confrère et ami le botaniste explorateur français, le Aug. Chevalier, exposait récemment encore à propos de la colonisation de l’Ouest Africain français, en faisant ressortir l’importance de l’installation de fortes sociétés coloniales et de colons disposant d’un certain capital. Il disait : « Les trois facteurs de production agricole et forestière : le cultivateur indigène, le colon, la société à capital élevé, ne se concurrenceront pas, mais se prêteront un mutuel appui. Les denrées qu’ils fourniront au commerce seront, en effet, bien différentes. L’indigène, grâce à son expérience du pays et à ses faibles besoins, pourra seul se livrer, dans des conditions rémunératrices, aux cultures à faible rendement, c’est-à-dire à celles des plantes vivrières, des arachides, du coton du pays, etc., en un mot, aux cultures peu compliquées, pratiquées par les procédés habituels de l’Afrique, procédés que nos administrateurs s’efforceront de perfectionner d’après les données fournies par les spécialistes et par les jardins d’essai. Seul aussi l’indigène peut se livrer à la cueillette des produits de la brousse et de la forêt, de la gomme et du caoutchouc par exemple.
» Quant à la société à gros capital, elle seule, grâce à l’outillage dont elle pourra disposer, sera en mesure d’exploiter rationnellement ou de produire les denrées agricoles dans les meilleures conditions; elle seule pourra faire les travaux d’aménagement et d’irrigation lui permettant de cultiver en
ii:
grand le coton ou le riz, le cacaoyer ou les essences à caoutchouc; elle seule pourra acquérir les machines perfectionnées et coûteuses destinées à la préparation du produit d’exportation, préparation qui sera, en quelque sorte, industrialisée. »
La <c Compagnie du Kasai » s’est imposé, dès le début de sa constitu- 1 tion, la tâche d’aider l’État du Congo dans son oeuvre colonisatrice; elle
a compris mieux que toute autre — et les événements sont venus démontrer ' les bons effets de sa politique économique — que l’indigène doit être sou-
! tenu, que c’est un enfant à qui il faut montrer le chemin, et le programme
' qu’elle s’est imposé porte des traces nombreuses de son intérêt pour le
I travailleur, dont elle attend beaucoup.
! Ce programme comporte :
‘ 1° Examiner quelles étaient les factoreries reprises à supprimer pour cause de
double emploi ou de mauvais emplacement ;
2° Déterminer les endroits où il convenait d'installer de nouvelles factoreries ;
3° Orienter l’activité commerciale de la Compagnie de façon à répartir judicieusement ses efforts dans l’étendue de son champ d’action ;
4° Explorer et étudier progressivement le pays. En dresser la carte économique ;
f 5° Réduire le portage au minimum. Etudier la navigabilité des rivières,
utiliser, dans la mesure du possible, tous les biefs navigables, créer et situer en ' I conséquence les factoreries et les postes de transit ;
|i 6° Travailler à l’amélioration de la qualité des produits d’exportation; en
I fixer le prix d’achat à un taux équitable, qui donnât satisfaction aux indigènes, sans
; léser les intérêts de la Compagnie et de l’État ;
î * 7° Rechercher les plantes à latex et, en général, les plantes susceptibles de
donner des produits utilisables. Créer de vastes plantations d’essences à caout-
i, chouc, créer des potagers et des basses-cours dans tous les établissements de la
8° Encourager les indigènes à développer leurs cultures vivrières, à entre- I prendre des cultures de rapport ; les aider dans l’établissement de leurs villages et de
! leurs habitations ;
! I 9° Amener au travail les populations jusqu’alors réfractaires, étendre ainsi
pacifiquement le champ de récolte de la Compagnie jusqu’à ses limites ; organiser, de façon économique, les transports dans toute son étendue;
io° Réduire les frais généraux, organiser la surveillance et l’administration de la Compagnie ;
11° Seconder l’État et les Missions dans leur œuvre de civilisation. Apporter aux Missions religieuses, scientifiques et autres, aux hôpitaux, aux institutions, aux sociétés savantes et philanthropiques, sans distinction de nationalité, l’aide la plus efficace ;
12° Créer des hôpitaux pour indigènes; installer des écoles et des ateliers pour former des commis, des clercs et des artisans;
i3° Créer une ferme pour l’élevage et la culture des plantes de rapport.
La détermination des postes a été un des points difficiles de l’occupation et elle a été, dans tous les cas, l’objet d’études approfondies (i); si nous ne pouvons toujours porter à l’actif de leurs fondateurs de nombreuses acquisitions dans le domaine de la géographie botanique, si importante pour l’avenir de la colonie, — car elle permet, comme l’ajustement dit le Prof. Ch. Flahault, de reconnaître la place de chaque chose et de mettre chaque chose à sa place, — c’est loin d’être toujours la faute des agents (2). Que de matériaux recueillis avec soin ont été perdus ou abîmés pendant le voyage, que de collections ont dû être sacrifiées, abandonnées dans la brousse ou dans la forêt par suite du manque de bras ou par la désertion d'un groupe de porteurs !
Nous devons donc être doublement reconnaissants à ceux qui, à travers les mille difficultés de l’exploration de cçs pays neufs, sont arrivés à rapporter en Europe les éléments qui serviront de base pour établir d’une façon de plus en plus scientifique les cultures de rapport, au centre du continent africain.
Nous espérons que les pages que la « Compagnie du Kasai » nous a demandé de rédiger feront voir clairement que cette Société n’a rien négligé et ne néglige rien — en ce moment des missions sillonnent encore ses territoires — pour étudier à fond le pays et travailler à l’exécution de la carte économique d’une des parties les plus intéressantes et les plus productives de notre Congo.
(1) Voyez les deux cartes en annexe, elles montrent les progrès réalisés de 1901 à 1909.
(2) Voyez : É. De Wildeman. Notes sur des plantes largement cultivées par les indigènes en Afrique tropicale, p. 99 (ex Ann. de l’Institut colonial de Marseille, 2« série, vol. vu, 1909).
Si l’énumération systématique des espèces recueillies dans les territoires de la « Compagnie du Kasai » par les agents de cette Société et ceux des « Plantations Lacourt », que nous publions dans la deuxième partie de ce travail, ne donne pas encore un relevé complet de la flore du pays et l’indication de toutes ses ressources végétales, elle suffit pour permettre de se rendre un compte assez exact de la région, et ces sociétés peuvent dire avec fierté que, grâce à leur concours, aucune région congolaise d’étendue comparable n’a été explorée botaniquement avec autant de soin et n’a naturellement fourni autant de renseignements précieux.
Un des grands desiderata de la Compagnie, désir digne de tous éloges, est, nous l’avons vu, d’arriver à augmenter la surface des cultures vivrières. C’est en soignant l’alimentation du noir que l’on maintiendra la vigueur de sa race, capable de grands efforts ; c’est en amenant l’indigène à cultiver un champ, que l’on fera du nomade un homme attaché à la terre, comprenant la valeur d’une propriété, un paysan dont le travail coopérera à faire de l’Afrique sauvage un pays civilisé.
C’est dans ce but que la Compagnie a fondé la ferme de Dima et c’est aussi pour cela que nous avons, dans ces notes, longuement insisté sur les cultures vivrières; pousser ces cultures, c’est forcément créer des centres où, en travaillant pour le bien-être du noir, on travaille au développement économique du pays, c’est élargir pacifiquement le champ d’action des capitaux, un des buts vers lesquels doivent tendre tous les actes des sociétés commerciales.
Une circonstance particulièrement favorable se présentait pour faire sortir des dossiers de la « Compagnie du Kasai » un certain nombre d’extraits de rapports de ses agents, c’était !’« Exposition universelle et internationale de Bruxelles ».
La « Section coloniale » de cette exposition qui devait s’installer à Tervueren et à laquelle la « Compagnie » fut invitée à participer, était une occasion de présenter au grand public, peu familiarisé encore en Belgique avec les choses coloniales, un aperçu des efforts faits dans le bassin du
Kasai, et des résultats scientifiques acquis. Le salon organisé par la Compagnie fait impression sur tous ceux qui le visitent (i); le livre que la « Compagnie du Kasai » nous a demandé de préparer sera un complément durable de son exposition.
Un coup d’œil jeté sur les feuillets de ce volume fera voir que non seulement la Compagnie cherche à exploiter rationnellement, et qu’elle a fait œuvre de saine colonisation, mais encore qu’elle a songé à développer la productivité du sol en y introduisant les essences les plus utiles.
C’est tout naturellement vers l’étude des caoutchoutiers que les recherches des agents se sont portées et, dans ce genre, elles ont été particulièrement fructueuses.
Si la « Compagnie du Kasai » et les « Plantations Lacourt » peuvent se réjouir à juste titre des résultats scientifiques et des résultats agronomiques obtenus, elles ont malheureusement aussi à déplorer la perte de quelques agents qui étaient pour elles des aides dévoués et précieux. Elle garde de ces travailleurs morts à la peine un souvenir ému ; la science conservera avec soin leur nom, car nous avons dédié à la plupart d’entre eux : à Éd. Lescrauwaet, à É. Dewèvre, à Taymans, des végétaux, nouveaux pour la science, qu’ils ont été les premiers à rencontrer dans leurs explorations.
C’est pour nous un devoir bien agréable de remercier ici ceux qui ont pris l’initiative de ces études et qui nous ont aidé dans la rédaction de ce livre. Nos remerciements s’adressent particulièrement aux administrations qui ont mis à notre disposition les documents de la Compagnie et des « Plantations Lacourt », à notre confrère et ancien élève, M. A. Sapin, de la « Compagnie du Kasai », et à M. Éd. Luja, directeur en Afrique des « Plantations Lacourt », les excellents auxiliaires de ces Sociétés dans l’organisation actuelle de leurs multiples services agricoles.
É. De Wildeman.
Juillet igio.
(i) Voyez la notice : La Compagnie du Kasai à l’Exposition de Tervueren en 1910.
Table des Matières
Pages.
Caféiers i
Cacaoyers 1 1
Vanilliers 21
Caoutchoutiers 23
Caoutchoutiers d’Afrique 23
Lianes à caoutchouc. 23
Landolphia 49
Landolphia owariensis P. Beauv 49
Landolphia Droogmansiana De Wüd 56
Landolphia Klainei Pierre 56
Landolphia florida P. Beauv . 57
Landolphia robusta {Pierre) Stapf. 58
Vahadenia Laurentii {De Wild.) Stapf. 5g
Clitandra 60
Clitandra Arnoldiana De Wild 60
Clitandra robustior K. Schum 63
Clitandra Kabulu De Wild 67
Clitandra Lacourtiana De Wild 67
Carpodinus 69
Carpodinus Eetveldeana De Wild 69
Carpodinus Gentilii De Wild 69
Periploca nigrescens ou Kaiababa 70
Baissea gracillima {K. Schum.) Hua 77
Caoutchoutiers des Herbes 80
Landolphia Thollonii Dew 80
Carpodinus gracilis Stapp 96
Landolphia humilis K. Schum 98
Landolphia Dewevrei Stapf. 100
Carpodinus lanceolata K. Schum 102
Funtumia io3
Funtumia elastica {Preuss) Stapf. io3
Caoutchoutiers exotiques
Hevea
Castilloa
Manihot
Poissage et conservation du caoutchouc 137
Plantes et produits divers j^3
Sel indigène 1^5
Note sur le tabac indigène 147
Tukula ou Gula 148
Ficus i5o
État des plantations de la Compagnie du Kasai i5i
Plantations Lacourt i52
La Ferme de Dima
Alimentation du gros bétail 157
Petit bétail 169
Cultures indigènes 17g
Lutte contre les maladies 209
Maladie du sommeil 209
Tournesol et moustiques 209
Poisons d’épreuves 211
Plantes a fibres 223
Jute ou fibres de Cor chorus 224
Manniophyton 225
Cotonniers 227
Raphia 228
Énumération des espèces végétales recueillies dans le Bassin du Kasai par les
agents de la Compagnie du Kasai et des Plantations Lacourt 229
Introduction 229
Énumération systématique 248
Table alphabétique 441
Caféiers
Les caféiers indigènes dans la région du Kasai, capables de fournir des graines commerciales, sont :
CoFFEA CANEPHORA Froehncr;
» » var. CRASsiFOLiA Ém. Laurent;
» » var. SANKURUENSis De Wildeman (i),
auxquels il faut ajouter le Coffea liberica, introduit dans les plantations et cultivé déjà sur une assez grande échelle.
Jusqu’à ce jour le Cojfea congensis et sa variété Chalotii Pierre, sur laquelle on a tant insisté par suite de sa résistance à VHemileia vastatrix, n’ont pas été rencontrés dans les territoires de la Compagnie du Kasai.
Il convient cependant d’insister sur la valeur actuellement bien reconnue des diverses variétés de Coffea canephora, dont le Coffea robusta et le Coffea Laurentii paraissent être de simples formes, originaires semble-t-il, de régions avoisinant le Sankuru. Sans être pourvu d’une immunité totale vis-à-vis de VHemileia, le Coffea canephora et ses variétés présentent une grande résistance et possèdent, en outre, l’importante propriété de donner rapidement un très fort rendement. Les Hollandais, très avisés dans tout ce qui touche les cultures coloniales ont, en général, dans toutes leurs plantations, invité les planteurs à employer ces caféiers africains pour remplacer le Coffea arabica et même le Coffea liberica qui, à Java, ne résistent plus aux maladies.
Ces Coffea canephora se caractérisent par le grand nombre de leurs fleurs (plus de 40 par fascicule) auxquelles succèdent des fruits plus petits que ceux du Coffea liberica et du caféier national du Brésil.
La première question qui doit naturellement se poser quand on veut songer à la culture du caféier au Congo, est celle de la rentabilité de cette culture.
(i) Voyez pour des indications plus détaillées sur les caféiers congolais : De Wildeman, Les Caféiers I ; Mission Ém. Laurent, pp. 32i et suiv.; Matériaux pour une étude botanico- agronomique du genre Coffea (caféiers cultivés), in Annales Jard. Bot. Buitenzorg, 1910, pp. 355 et suiv., et Plantes tropicales de grande culture, 2® éd.
Certes, dans les conditions actuelles, très complexes, tant pour le centre de l’Afrique que pour les autres régions tropicales capables de produire du café, il n’est peut-être pas à conseiller de pousser fortement la culture de cette essence dans notre Colonie. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille au Congo et dans la région du Kasai, où la main-d’œuvre est abondante, renoncer totalement à la culture des caféiers. Il faut au contraire, continuer cette culture sans pour cela l’étendre outre mesure et, par des soins, essayer d’améliorer la qualité du produit par une sélection soignée, car c’est sur la qualité que certains contradicteurs ont insisté pour essayer de faire rejeter des cultures les types indigènes congolais.
Il nous paraît utile de signaler en particulier ici certaines conditions de vie des caféiers au Congo, au sujet desquelles les observations de plusieurs des agents de la Compagnie et des Plantations Lacourt, nous apportent des données sur lesquelles nous nous plaisons à insister.
Lorsque Éd. Lescrauwaet se trouvait en septembre 1904 dans la région du Kasai, il trouva à la factorerie d’Inkongo 2,000 pieds de caféiers, qui lui parurent être la plupart du type Sankuru ; malheureusement, l’examen des plants de' cette culture n’a pas été fait et il reste dans cette étude beaucoup à faire, car de la connaissance approfondie des espèces et de leur sélection, la culture pourra retirer le plus grand bénéfice.
M. Luja, qui se trouvait aux Plantations Lacourt, a pu suivre pas à pas le développement des caféiers dans ce centre. La production est constante au Congo, les arbres portent en même temps fleurs et fruits.
M. le D'' Dryepondt a, il y a des années, fait planter des caféiers le long des avenues de Dima, au bout d’un an et demi ces plantes qui fleurissent abondamment de nos jours, avaient déjà atteint i m. 3o de hauteur.
Ce qui fait surtout souffrir la culture, c’est la sécheresse; on a eu particulièrement à s’en plaindre au poste des Plantations Lacourt. Au bout de quatre semaines de saison sèche, sans pluie, chose assez exceptionnelle d’ailleurs, beaucoup de caféiers ayant atteint l’âge adulte perdent leurs feuilles, le bois du tronc se ride au-dessus du sol et les plants peuvent même se dessécher complètement. L’arrosage de la plantation relativement étendue n’a pu être essayé.
Cette expérience a prouvé, une fois de plus, qu’il faut dans la culture du caféier, comme dans celle de la plupart des plantes de grande culture tropicale, éviter le dessèchement du sol ; le meilleur moyen pour arriver à ce résultat, l’irrigation étant difficile ou impossible, est l’emploi de cultures de recouvrement, en particulier celle de légumineuses auxquelles, d’ailleurs, on a songé déjà aux Plantations Lacourt.
Sans entrer dans le détail de cette importante question : ombrage de la
plante ou ombrage du sol, il convient cependant de rappeler ce que disait Ém. Laurent à propos d’une plantation de caféiers observée à Léopoldville :
« Une visite à ces arbres montre, à l’évidence, l’influence utile de l’ombrage pour les caféiers plantés dans un sol aussi léger et dans une région où la saison sèche dure la moitié de l’année. Tandis que les plants qui se trouvent en plein soleil ont leurs rameaux dépourvus de feuilles, ou complètement desséchés, tandis que beaucoup sont décrépits et mourants, ceux qui vivent à l’ombre des quelques arbres conservés lors du défrichement sont vigoureux, parfaitement sains et continuent à produire des baies en assez grande quantité.
» Il y a plus. Sous l’influence des conditions fâcheuses qui les dominent, beaucoup de caféiers exposés aux rayons solaires sont atteints par une sorte de moisissure. Elle forme des taches rousses, arrondies, à la face supérieure des feuilles, sur les rameaux et surtout sur les fruits dont elle entrave singulièrement le développement. Les baies restent petites, noircissent et ne renferment que des graines réduites et qui n’atteignent pas leur maturité.
» Cet organisme, auquel s’associent souvent des formes fumagos, est sans aucun doute parasitaire, mais il (il s’agit d’une Algue, le Cephaleuros virescens) n’atteint pas les caféiers dont la végétation est normale, grâce â l’ombrage. »
M. Germano Vert, un planteur brésilien, est revenu récemment encore sur la question, et insistant fortement, il déclare que « la véritable culture économique, rationnelle du café, est la culture sans abri ». Il préfère beaucoup remplacer la constitution des abris par l’irrigation et surtout par l’irrigation souterraine.
Mais il ne s’oppose nullement à l’ombrage du sol par une légumineuse qui servirait d’engrais vert.
Nous pouvons donner ici un exemple frappant de l’importance de la réglementation de l’ombrage, les renseignements ci-dessous ont été publiés dans le Nieuwe Gids, en 1903, par M. Wattendorfî. Les expériences avaient été faites sur trois champs, comme suit :
Champ A.
Fortement ombragé.
220 piculs de baies rouges
9 piculs de baies spongieuses et noires.
Champ B.
Ombrage équivalant à environ la moitié de celui du champ A .
320 piculs de baies rouges
14 piculs de baies spongieuses et noires.
Champ C.
Pas ou peu d’ombrage.
420 piculs de baies rouges
32 piculs de baies spongieuses ou noires.
Une question non moins importante est celle des engrais; elle a été fortement mise en relief par les travaux du Professeur Dafert, son étude est poursuivie encore au Brésil; elle a été entamée à Madagascar, en Indo-Chine et très sérieusement à Java. Nous donnons ci-dessous les quantités d’engrais indiquées par le professeur Dafert comme étant nécessaires par an au caféier brésilien :