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RECUEILLIES DANS LE

BASSIN DU KASAI

Par les agents de la Compagnie du Kasai et des Plantations Lacourt

Introduction

Bien qu’il ne puisse être question d’écrire ici un chapitre étendu de géobotanique congolaise, il convient, pensons-nous, de faire précéder l’énumération des plantes, dont nous connaissons la présence dans la région de Kasai, grâce aux agents de la « Compagnie du Kasai » et des « Plantations Lacourt», de quelques considérations sur la distribution des végétaux, et sur les associations qu’ils forment dans ce domaine,

M. le professeur Ad. Engler a, dans son étude (i), essayé de répartir les zones botaniques de l’Afrique, et a été amené à ranger le Kasai, tel que nous l’envisageons ici, comme appartenant à plusieurs régions botaniques, ce qui est d’ailleurs indiscutable.

Une partie du domaine de la Compagnie du Kasai appartiendrait au district des bords du Congo, subdivision de la Zone Congo dépendant elle-même de la Province florale VVest-africaine ou Guinéenne ; l’autre partie celle du sud appartiendrait dans ce dernier grand groupement à la zone : Lunda- Kasai-Urua et à sa subdivision : District de Malanche-Lunda-Kasai. Pour appuyer les idées proposées, M. le professeur Engler cite de longues listes de plantes qu’il a pu extraire des documents publiés par certains explorateurs allemands, dans les Annales du Musée du Congo, etc.

Si l’on jette un coup d’œil sur ces listes, et sur l’énumération des plantes

(i) Ad. Engler. — Pflanzengeographische Gliederung von Afrika in Sitzungbtr. d. K. Pr. Ahad. d. rnsstmchafUn. 1898, XXXVIII.

congolaises publiée par Th. Durand et Hél. Durand (2), on verra que plusieurs des types proposés comme caractéristiques de ces districts floraux ont été trouvés en dehors de ces limites, et en jetant ensuite un coup d’œil sur l’énumération donnée plus loin, on constatera le grand nombre de types spécifiques d’autres régions congolaises reconnus comme existant également dans le Kasai. Notons, d’ailleurs, que notre énumération déjà très conséquente, ne donne pas la liste complète des plantes du bassin du Kasai, mais simplement de celles qui furent récoltées par des agents de deux des Sociétés qui travaillent dans ce bassin. Pour avoir une idée de la flore de ces zones, dans l’état actuel de nos connaissances, il aurait fallu ajouter toutes les plantes relevées dans les travaux antérieurs, ce qui nous aurait mené fort loin.

Dans notre « Coup d’œil sur la végétation de l’Afrique tropicale centrale » (i), nous avions déjà attiré l’attention sur le fait que le bassin du Kasai appartient au moins à deux zones différentes, la partie nord appartient à ce que nous avons désigné « Zone forestière centrale », une autre, la plus étendue, a été appelée par nous « Zone du Kasai ». Cette zone comprend pour nous une partie du bàssin du Kasai à son embouchure, le Sankuru supérieur, la Lulua, le Kasai supérieur, ses affluents : Fini et Kwango et les bords du Congo depuis le sud de Bolobo jusqu’aux gorges de Zinga ; nous sommes donc, au point de vue de la subdivision du pays, d’accord avec le savant directeur du Jardin botanique de Berlin (2).

Il n’est pas possible, à notre avis, de fixer dès maintenant avec certitude les caractères de cette partie de notre Colonie. Ce que nous pouvons affirmer, c’est que les territoires visités par les agents des deux Sociétés, très étendus, appartiennent indiscutablement à des régions botaniques différentes. On y trouve donc la limite de la forêt tropicale du centre africain, vers le sud, et les types caractéristiques de la brousse et de la steppe ou campine. Ces diverses formations se pénétrant l’une l’autre, sans qu’il soit possible de les délimiter nettement sur une carte.

Nous disions en 1908: « La flore de cette région, peu étudiée encore, paraît, d’après les renseignements fournis par les voyageurs allemands, riche en espèces particulières. » Depuis cette époque, comme le montre cette étude, les matériaux sont arrivés nombreux à Bruxelles, mais s’ils ont élargi nos connaissances sur la distribution de nombreuses espèces, ils n’ont pas changé notre manière de voir quant à la présence de nombreux types endémiques.

(2) Th. Durand et Hbl. Durand. — Sylloge Florae Congolanae. Bruxelles, 1909. (2) É. De Wildeman. — Plantes tropicales de grande culture, éd. 2, vol. I. p. 32.

Nous ajoutions en 1908: - La région du Kasai est-elle une région botanique bien naturelle ? Nous n’oserions l’affirmer! » Et déjà alors, nous insistions sur la différence entre la flore du sud et celle du nord de notre « Région du Kasai » qui forme une transition très nette vers la forêt tropicale, comme le démontrait, disions-nous, la présence des certaines essences forestières de haute futaie et celle de divers Landolphia.

Depuis, comme nous le verrons plus loin, nous avons dù reconnaître que cette transition ne se faisait pas suivant une ligne parallèle à l’Équateur, mais que la présence des types forestiers était due aux prolongements de la forêt le long des rivières.

Nous pourrons dans notre « énumération » citer l’habitat plus ou moins particulier des plantes renseignées, mais de ce que un ou deux voyageurs ont pu recueillir une plante dans une condition donnée peut-on conclure que la présence de cette plante est toujours liée à ces conditions? Nous ne le pensons pas et c’est pourquoi nous préférons nous abstenir de donner ici des listes de plantes caractéristiques, qui ne peuvent avoir qu’une valeur tout à fait provisoire.

Déjà quand nous parlons de steppes, brousses ou campines du Kasai, ces zones caractérisées par des associations végétales à aspect spécial, sontelles comparables, en tous leurs éléments principaux, à celles rencontrées de l’autre côté de la frontière sud de notre Colonie, dans l’Angola et vers le Kunene-Zambèse, dont la flore a été décrite par M. O. Warburg, d’après les matériaux recueillis par l’expédition Baum ?

Nous n’oserions le prétendre ; il y a des analogies certaines, mais il y a aussi pensons-nous des différences très nettes!

Dans toute la région du Kasai bien visitée par les voyageurs herborisant, la grande forêt proprement dite n’existe pas, du moins cette forêt tropicale si souvent décrite et que l’on croyait, il n’y a pas longtemps encore, couvrir la presque totalité de notre Congo.

Au point de vue botanique pur, et également au point de vue économique, on peut considérer dans la région les genres de stations suivants, dont, à regret, il ne nous est malheureusement pas possible de donner encore la caractéristique botanique :

Galerie ou rideau forestier, marécageux ou sec ;

Savane ou savane-verger ;

Savane boisée;

Steppe ou campine.

(i) Frobenius, Im SchatUn de» Kongostaates. Reisen uni Beobachttmgen, pp. 36g et suiv. en particulier, figures p. 370, 371 et 372 . De nombreuses gravures d’aspect de la végétation ont été publiées dans ce volume.

La distribution de l’eau a une très grande influence sur la végétation; à ce point de vue il y a lieu de considérer dans le bassin du Kasai ; les cours d’eau, les marais et la région des sources.

Les marais peuvent être boisés ou non; permanents ou intermittents.

La végétation des bords des cours d’eau varie dans la région du Kasai suivant la partie de leur cours : supérieur, moyen et inférieur. Dans le cours supérieur passant à la région des sources dont les conditions ont été déjà indiquées pour le pays par divers explorateurs et, entre autres, par Frobenius (i), l’aspect est très différent de celui des autres parties du cours. M. A. Sapin a étudié cette partie de la question et nous aurons l’occasion d’insister sur elle.

La galerie forestière qui est, peut-on dire, une des caractéristiques de la flore de l’Afrique tropicale, est constituée par des essences assez diverses réunies en une association : plantes ligneuses droites, ramifiées seulement à partir d’une certaine hauteur, plantes ligneuses buissonnantes formant le sous-bois, plantes-lianes s’étendant sur les buissons et de là sur les grands arbres, plantes herbacées apparaissant surtout dans les clairières, au bord de la forêt, soit vers la plaine, soit vers la rivière, soit sur les rochers.

Le long du cours supérieur des rivières, peu après leur formation, on ne trouve en général pas de galerie, ni même de rideau. La rivière se trouve dans le fond d’une légère dépression de la plaine; au milieu de cette dépression se trouve le lit du cours d’eau, présentant de part et d’autre une certaine étendue, inondée aux grandes eaux et s'asséchant plus ou moins rapidement; au delà de cet élargissement humide, apparaît la savane légèrement arborée, qui occupe les bords de la dépression dont le fond est traversé par le cours d’eau; au delà de la savane s’étend la steppe ou la carnpine, qui dans plu- , sieurs régions du domaine du Kasai est l’habitat des caoutchoutiers des herbes, souvent celui du Landolphia Thollonii.

Au fur et à mesure que l’on descend le cours d’eau et si celui-ci coule sur une certaine déclivité, on voit se modifier la végétation; dans la partie marécageuse du bord du lit de la rivière, apparaissent des végétaux ligneux, qui constituent une première ébauche de galerie, un rideau d’abord interrompu de distance en distance, formé par des broussailles, puis de plus en plus continu.

Dans le cours moyen, le lit de la rivière s’est de plus en plus creusé, la partie marécageuse de ce lit diminue fréquemment d’importance par suite même du creusement du lit, et la vallée qui se forme, empêchant en partie l’évaporation de l’eau, conservant donc un sous-sol plus humide, permet à la végétation arborescente de gagner du terrain sur les rebords de la vallée.

Dans le cours inférieur, la galerie marécageuse devient souvent de plus

Planche XX.

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