PLANTES A FIBRES
Notes sur quelques plantes à fibres indigènes ou cultivées au Kasai.
Le nombre de plantes cultivées pour leurs fibres, pour la fabrication des cordes ou pour la préparation des liens est relativement considéi able dans la région du Kasai. Certaines d’entre elles méritent peut-être la culture en grand, plusieurs constituent probablement une réserve en matière première pour la fabrication de la pâte à papier.
Il faudrait également pouvoir étudier ici la matière première qui entre dans la fabrication des paniers et des nattes, les divers codi ou lanières des stippes de palmiers; malheureusement, les documents que nous possédons sur ces plantes et sur la manière de les utiliser sont encore très peu complets.
La façon dont les indigènes fabriquent les cordes et les ficelles mérite d’être décrite. Ils réunissent par un bout les fibres en quantités voulues, puis elles sont divisées en deux ou trois parts égales. L’indigène imprime alors sur la cuisse à l’aide de la main posée à plat, un mouvement de torsion en avant à chacune de ces parts. Il réunit ensuite les deux ou trois parties tordues et leur imprime ensemble et de la même façon un mouvement de torsion en avant suivi d’un mouvement de torsion en arrière ; les fibres se tressent ainsi d’elles-mêmes sur une longueur qui correspond à la largeur de la main. Il continue ainsi jusqu’à ce qu’elles soient ticosées sur toute leur longueur.
Jute ou fibres de Corchorus
Jusqu’à ce jour, le Corchorus olitorius L. a été seul trouvé dans la région j occupée par la Compagnie du Kasai; cette plante mérite d’attirer l’attention | à plus d’un titre peut-être.
Il y a en effet en ce moment une forte demande en fibres, soit pour la corderie, soit pour la fabrication des pâtes à papier. j
Le Corchorus olitorius ayant été rencontré par M. Sapin dans la brousse de Katola, où il végétait sans soin et inconnu de l’indigène, paraît donc avoir trouvé dans la région des conditions assez favorables pour son développement.
Les espèces du genre Corchorus^ créé par Linné, sont des plantes herbacées ou des sous-arbrisseaux. Le Corchorus olitorius, dénommé parfois « mauve des Juifs», ou « corète potagère », à cause de l’emploi de ses feuilles, en Égypte et en Italie, comme légume, est une des espèces les plus communément cultivées pour l’obtention des fibres; c’est une plante annuelle, herbacée, suffrutescente, de i à 5 mètres de haut, à tige droite, peu ramifiée, à feuilles alternes, glabres, ovales, lancéolées, dentées sur les bords et munies à la base du limbe de prolongements filiformes divergents. Les fleurs jaunes sont [ solitaires ou par paires à l’aisselle des feuilles, les fruits sont des capsules cylindriques, de 5 centimètres environ de long, à côtes longitudinales et terminées par un bec.
Cette plante paraît originaire de l’Asie méridionale où elle est surtout cultivée, de là elle a probablement été transportée depuis fort longtemps en Afrique et dans les autres régions tropicales, où sa culture est appelée, certes, à un grand avenir.
Le Corchorus capsularis est la seconde espèce du genre qui a acquis une grande importance au point de vue de la fibre.
Ces deux espèces se ressemblent fortement au point de vue végétatif ; elles ne peuvent guère se différencier que par leur fruit ; celui-ci est une capsule globuleuse, aplatie au sommet chez le Corchorus capsularis, cylindrique chez le Corchorus olitorius.
La meilleure fibre paraît être fournie par le Corchorus capsularis, dont certaines variétés de culture produisent des fibres particulièrement estimées.
Au Bengale, les indigènes connaissent fort bien les deux espèces et, sous le nom de « jute », ils désignent les fibres du Corchorus capsularis, sous le nom de « Nalta-jute » celles du Corchorus olitorius.
Les autres espèces du genre contiennent également des fibres très fortes, mais elles ne sont pas employées; des essais mériteraient d’être tentés avec ces espèces.
Au Congo, nous connaissons actuellement, outre les deux espèces communément cultivées et la variété grandifoLius De Wild. du Corchorus olitorius, les Corchorus acutangulus Lam.; Corchorus Lobatus De Wild. et le Corchorus trilocularis Burm. ou Corchorus tridens L. Il y a encore en Afrique d’autres espèces plus ou moins répandues, existant parfois dans les autres régions tropicales; on peut citer les Corchorus longepedunculatus Mast., fascicularis DC.; leur culture pourrait être faite sans doute avec un certain succès.
Manniophyton fulvunt Müll. Arg.
Manniophyton ajricanum Müll, Arg,
Ces deux plantes paraissent assez répandues dans la région du Kasai et l’on pourrait faire quelques expériences avec leurs fibres.
Un échantillon de Manniophyton africanum, récolté en 1891 par M. F. Derneuse, dans le pays des Bangala, était accompagné de cette note : « Écorce utilisée par les indigènes pour la confection des filets de pêche, fibre très résistante. »
M. L. Gentil, rapporta la même plante du district du lac Léopold II (Iboko) et nous communiqua les renseignements suivants : « Le N’Kosa (nom indigène de cette espèce) est une plante textile que l’on rencontre partout dans le district de l’Équateur. C’est un arbrisseau sarmenteux, rampant, dont les longues tiges, parfois de 10 mètres de longueur, sont
(1) Les Manniophyton sont des plantes grimpantes, à feuilles alternes, pétiolées, stipulées, subcoriaces, entières ou lobées, à fleurs dioïques réunies en panicules axillaires, garnies de poils étoilés bruns ou roussâtresfauves.
Le fruit est capsulaire, triloculaire. Les deux espèces africaines citées ci-dessus se ressemblent beaucoup, le Manniophyton J'uhum se différencie surtout par un indûment plus développé, à poils plus longs, et par la forme de l’ovaire et du style ; ceux-ci se caractérisent :
Manniophyton africanum : Ovaire hirsute, trigone-ovoïde ; style profondément bipartite.
Manniophyton fulvum : Ovaire strigilleux, trigone, globuleux ; style bipartite jusque vers le milieu.
Les deux espèces sont spéciales à l’Afrique tropicale occidentale.
d’une grande résistance. Les feuilles tribolées ou cordiformes, sont épaisses, rugueuses et pubescentes. »
Les noms indigènes accordés à ces deux espèces sont très nombreux, malheureusement ils ne sont pas spécifiques. M. Sapin nous a signalé pour la région du Kasai ; Mosamba, Lukosa, N’Kosa (M. ajricanum), Mussamba, Bassamboi, Baluba et Lokossa (Bangala et Batetela) (M. fulvum).
Le nom de « Mosamba » est également appliqué à une légumineuse dont l’écorce fournit des fibres que les noirs transforment en cordages.
Parmi les fibres libériennes indigènes que le noir utilise, il faut encore citer celles des Brachystegia, dont certains portent, d’après les observations de M. A. Sapin, dans la région du Dilolo, le nom de « Mosamba ».
C’est par battage que l’on obtient de l’écorce soit une sorte d’étoffe, soit des fibres capables d’être tressées en cordes relativement très solides. Fréquemment, les agents de la Compagnie du Kasai ont pu les employer avec succès pour remplacer, dans l’installation du campement, les cordes européennes perdues par l’usure.
Cotonniers.
Dans tous les villages, en particulier dans ceux de la région de Dima à Luano, on trouve, au voisinage des habitations, et quelquefois dans les plantations, quelques pieds de cotonniers dont les indigènes filent le produit à l’aide de deux bâtonnets; ils en tricotent des bonnets et des besaces.
Tout fait donc prévoir que cette culture peut réussir. Des essais de culture en grand ont été faits déjà en igoS, mais ils n’ont pas été couronnés de succès, à peine les graines étaient-elles levées qu’on a vu dépérir la presque totalité des jeunes plantes. De nouveaux essais ont été commencés en 1907 dans les environs de Bolombo, mais il semble que les graines confiées à la terre avaient perdu leur pouvoir germinatif.
Il y a peut-être d’autres conditions de végétation défavorables qu’il faudra essayer d’écarter.
Comme le faisait ressortir, avec raison, M. le D” Trabut, dans l’introduction du livre de M. Brunei sur le coton en Algérie (i), la culture du cotonnier a fréquemment échoué ; « Simplement parce que l’on ne sait pas ; on ne sait pas où cultiver le coton ; on ne sait pas quel coton cultiver ; on ne sait pas préparer le coton, et on ne sait pas le vendre. »
Pour le développement de cette culture des plus intéressante, il faut, comme le dit M. Brunei, et comme l’ont fait en petit déjà la Compagnie du Kasai et les Plantations Lacourt, étudier scientifiquement ces plantes à fibres et chercher parmi les races indigènes celle qui est le mieux appropriée au terrain, et appelée à donner les meilleurs rendements.
(i) Lt coton «n Algérie. Histoire, culture, préparation et vente, débouchés. Alger 1910.
Raphia.
Une mention toute spéciale revient ici aux Raphia, dont l’origine n’a pas encore pu être déterminée d’une façon rigoureuse. Ils proviennent des deux épidermes, supérieur et inférieur, des folioles de divers Raphia, dont une forme répandue paraît être le Raphia Sese De Wild.
L’indigène parvient avec beaucoup d’habileté à séparer la partie médiane des deux épidermes de la foliole qui, fendus en lanières plus ou moins fines, servent à fabriquer par tissage les pagnes et autres morceaux d’étoffes employés dans la région du Kasai. Pour obtenir une fibre plus fine qui sert aux indigènes du Kasai à préparer des tissus de toute beauté, le noir bat ces lanières au maillet et obtient alors des fils comparables à ceux que l’on emploie chez nous et à l’aide desquels il confectionne de véritables broderies. Il y a, dans la préparation de ces fibres de Raphia, une source de bénéfice à laquelle on n’a pas attaché assez d’importance, les Raphia congolais pourraient certes obtenir sur nos marchés le prix obtenu par la marchandise similaire provenant d’autres régions de l’Afrique tropicale.
Dans la région du Kasai-Sankuru, les Plantations Lacourt ont également introduit des Agaves, des Phormium, et ont essayé la culture de Sansevieria dont plusieurs espèces existent à l’état indigène dans la région. Ce sont là des introductions et des cultures d’essai qu’il convient de relater; leurs résultats ne peuvent encore être appréciés, il a manqué jusqu’à ce jour aux agents de ces deux sociétés le temps nécessaire pour poursuivre les essais d’une façon rationnelle, le principal est fait : l’introduction de plantes dont l’utilité est reconnue.