PARIS
LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRE et FILS 19, rue Hautefeoille, près le boulevard St-Qermain
DES
ARTHROPATIIIES
RHIIATISIALES. fflOFIMISES ET SfPHIUTIQllES
Un fait général semble dominer l'histoire de toutes les arthropathies : toutes semblent se développer sous Tinfluence d'un état général constitutionnel, et être régies dans leur marche par cet état, capable de leur imprimer des caractères spéciaux. On ne peut même en distraire l'arthrite traumatique dont l'évolution peut être si différente suivant l'état de l'organisme frappé.
Toutes les diathèses semblent avoir une prédilection marquée pour les tissus articulaires, La scrofule y jette ses manifestations, soit d'emblée, soit secondairement, chez un sujet dont elle a déjà terni l'organisme ou qu'elle va envahir par cette nouvelle porte : le rhumatisme y .établit son domicile, et les tissus fibro-synoviaux semblent même être ses points de localisation d'élection, soit qu'une poussée aiguë gonfle toutes les articulations qui semblent revenir ad integrum, Tattaque une fois terminée, soit qu^n travail plus lent mine sourdement une ou plusieurs jointures, préparant en silence l'effondrement
de tous les éléments de rarticulation, ou les fixant dans une position immuable ; enfin la syphilis elle-même semble pouvoir déposer ses produits dans les divers tissus articulaires, enflammer le périoste des extrémités articulaires, toucher la synoviale de diverses manières, et prouver sa participation possible dans la genèse des arthropathies.
Mais ce n'est pas tout ; ces états constitutionnels, ces diathèses, héréditaires ou acquises, maïs ayant droit de domicile dans l'économie qu'ils ont envahie ne semblent pas seuls pouvoir réagir sur les jointures. Divers états, passcLgers^ semblent encore capables d'influencer la nutrition d'une articulation : la blennorrhagie, le cathétérisme, les suites de couches peuvent faire naître de toutes pièces, ou réveiller une arthropathie d'un mécanisme difficile à expliquer.
Une intoxication générale comme l'infection purulente peut donner lieu aussi à des inflammations articulaires, de production et de gravité spéciales.
Enfin, le système nerveux lui-même ne peut-il pas provoquer dans les extrémités articulaires des phéno'» mènes particuliers que les travaux modernes ont mis en
lumière (1)?
On ne peut donc s'empêcher de reconnaître que les jointures ont une susceptibilité particulière qui leur permet d'être influencées par des états divers, permanents ou transitoires, sous l'influence desquels elles réagissent d'une manière différente.
L'histoire des arthropathies se trouve donc ainsi liée intimement à l'histoire des diathèses ; donnée importante au point de vue du pronostic et du traitement, et noud
(1) Voir Blum. Des arthropathies d'origine iieryeuse, th. d'agrég.^
verrons dans le ccnre de cette étnde que si, ft un moment donné, la lésion par son importance semble dominer touta la scène et commander le traitement, la notion de l'affection constitutionnelle, de la spécificité si je puis ainsi dire, ne doit jamais être oubliée ; et s'il existe une thérapeutique générale des arthropathies, dont les règles doivent être déterminées à chaque période de l'évolution pathologique, il existe aussi une médication des artkropathes dont les lésions ne sauraient être heureusement modifiées sans parallélisme dans la constitution générale.
Une étude complète des arthropathies comprendrait donc un nombre considérable de faits que nous ne pouvons qu'effleurer ici : influence de la diathèse sur la production des lésions, nature des lésions en rapport avec chaque diathèse, retentissement de l'état général sur l'état local, et réciproquement, etc.... telles seraient les questions qu'bn pareil travail devrait comprendre et résoudre.
Notre but sera plus modeste : nous admettrons que sous l'influence de la scrofule, du rhumatisme et de la syphilis, les articulations peuvent devenir le siège de lésions; nous rechercherons quels caractères spéciaux chaque maladie générale imprime aux lésions locales, quelles en sont les conséquences au point de vue des signes, de l'évolution et des terminaisons, quelles indications on peut et on doit en tirer au point de vue du pronostic et des indications thérapeutiques.
Nous comparerons d'abord entre elles les arthropathies scrofuleuses et rhumatismales, qui sont de beaucoup les plus fréquentes, puis nous tâcherons d'élucider ce qu'on doit entendre par ces mots, arthropathies syphilitiques, et de chercher quels sont les points qui les rapprochent ou les éloignent des arthrites d'origine rhumatismale ou scrofuleuse.
Deux manières de faire s'offraient à nous deins la rédaction de ce travail. Nous aurions pu étudier successivement, d'une manière concise, l'arthrite scrofuleuse, larthrite rhumatismale et l'arthrite syphilitique, faire pour ainsi dire leschéma de chacune de ces artiropathies et dans un tableau d'ensemble chercher leurs points de contact ou de dissemblance.
Cette première manière nous a paru vicieuse :
1° L'histoire des arthropathies scrofuleuse et rhumatismale, prises individuellement, a été traitée de main de maître dans les différents traitésqui sont entre nos mains, et il n'y aurait eu qu'un intérêt médiocre à refaire un travail que nous n'aurions pu que gâter en l'écourtant.
2° Nous aurions été amené à des redites fatales dans une comparaison d'ensemble où nous aurions dû reprendre un à un des caractères dont l'exposition aurait déjà été faite. En outre, certaines formes d'arthrites ne sont nullement comparables entre elles.
Nous avons préféré procéder de la manière suivante : chercher les divers types qui peuvent caractériser les arttiropathies d'origine scrofuleuse ou rhumatismale ; rapprocher de suite les lésions caractéristiques de l'une et de l'autre forme, les comparer entre elles et trouver dans la nature de ces lésions d'une part, dans l'état de la constitution générale d'autre part, les raisons des signes, de la marche et des indications ; en un mot demander à Tanatomie pathologique de la lésion et de l'individu le pourquoi de son genre de maladie ; puis, la maladie articulaire étant constituée, chercher dans ses signes, dans sa marche et sa terminaison, la caractéristique de son origine.