EXPLICATION DE LA MÉTALLOTHÉRAPIE
Dans les observations que nous avons consignées sur l’action des métaux se trouvent deux espèces de phénomènes. Ceux qui se rattachent tout simplement à l’exaltation de l’imagination et ceux qui paraissent par leur constance dépendre de l’action des forces physiques.
Qu’un métal fait tomber une hystérique parésiée, qu’il modère ses convulsions, qu’il la rend anesthésique ou bien qu’il ramène la sensibilité. Là iln’y a rien d’extraordinaire. , C’est l’imagination seule qui en est la cause. Mais l’idiosyncrasie métallique, lu reproduction des mêmes effets par
(1) Rabelais.
(2) L’amblyopie et l’hémi-anesthésie hystérique existent fréquemment chez les malades qui n’ont pas conscience de leur état et dont la santé est en apparence parfaite. Ch. Abadie, Progrès médical, 13 juillet 1878.
l’action des courants d’intensité spécifique. Les phénomènes de transfert, etc., méritent un examen plus sérieux. Le métal propre à guérir un cas donné étant trouvé, comment agit-il? Selon le Dr Burq l’application de la plaque produit une sorte de saignée nerveuse , une abstraction du fluide nerveux qui est même transmissible d’un individu à un autre. Pour lui, après l’action du métal sur la sensibilité et la motilité c’est le phénomène le plus important et le plus utile.
On a démontré aujourd’hui que les différents métaux donnent lieu à la production de courants d’intensité variable, et quelques savants croient même qu’on peut remplacer le métal par l’emploi d’un courant de pile d’une intensité correspondante, mais le Dr Onimus a nié cette conclusion et observe que souvent où les courants faibles ne réussissent pas 30 éléments ramènent la sensibilité.
Quelle que soit l’oinion qu’on adopte à l’égard des métaux il reste démontré que leur application e si accompagnée de phénomènes d’ordre électrique, mais nous ne croyons pas que les courants spécifiques entrent pour beaucoup dans l’explication de leurs effets.
D’abord les phénomènes ne sont pas constants. Nous voyons des sujets à sensibilités métalliques particulières, tout à fait indifférents aux courants d’intensités correspondantes.
Quelques hystériques perdent leurs idiosyncrasies pour en prendre une autre. M. Burq a présenté une malade à la société de Biologie le 18 mai 1878 où l’or était devenu impuissant. L’argent donna des résultats excellents mais fugaces, et une guérison durable s’obtint par une plaque d’argent recouvert par une lame de melchior.
Ensuite nous voyons que selon Vidée que les médecins
se forment du mode d'action des métaux l'effet sur l'hystérique varie (1).
Il y a vingt ans il y avait saignée nerveuse qui produisit une telle modification moléculaire de la plaque qu’elle ne ramenait plus la sensibilité, à moins qu’on la portât à la température rouge (procédé de revivification). L’aimantation de fer ou l’état électrique des autres métaux empêchait
(1) Les observations suivantes sont rapportées par M. Vigouroux dans le dernier numéro (27 juillet 1878) du Progrès médical. Les conditions où nous nous trouvons, nous empêchent de discuter ses conclusions. Seulement nous observons « Helleborus curât sed quod ab omni datus medico vanum est». Beaucoup dépend du médecin, qui est souvent teste Paracelse destiné à guérir «tel malade prœdestinatusadhunccurandum».
« Supposons que l’on détermine chez une malade la succession connue des phénomènes métalloscopiques, en lui appliquant une plaque du métal auquel elle est sensible . { terme consacré); alors si, à cette plaque, on en superpose une seconde d’un métal auquel la malade ne soit pas sensible, les alternatives habituelles d’apparition et de disparition de la sensibilité cessent d’avoir lieu; le phénomène est fixé dans la phase où il se trouve. » C’est-à-dire que, si au moment où l’on ajoute la seconde plaque, la première a déjà produit soit la sensibilité, soit l’anesthésie, celles-ci persistent aussi longtemps que dure la double application. J’ai vu se prolonger pendant une semaine et au-delà ces phénomènes ordinairement fugaces; ils disparaissaient presque instantanément dès qu’on enlevait la seconde plaque. Il a été montré : par M. Regnard que le courant galvanique dans certaines conditions d’intensité; par M. le professeur Charcot et moi que l’aimant et l’électricité statique, sans parler d’autres moyens indiqués dans la note citée, peuvent être substitués aux métaux et donner des résultats identiques. Or, si après avoir, par l’un de ces moyens, ramené la sensibilité ou produit l’anesthésie dans une partie du corps, on applique sur cette partie un métal que l’essai métalloscopique aura montré être inerte, celte sensibilité ou cette anesthésie dure sinon indéfiniment, du moins beaucoup plus longtemps que si on ne l'avait pas appliqué. Les choses se passent alors exactement comme dans le cas où après avoir fait agir une plaque du métal spécial au malade, on pose sur la peau, à quelque distance de la première, une plaque d’un métal neutre. On voit ici la portée de l’observation de M. Dumontpallier.
Exemple : Je fais monter sur le tabouret isolant une malade atteinte
le retour de la sensibilité, et le métal par excellence fut le cuivre. Aujourd’hui on n’entend plus parler de la revivification et lorsqu’on approche un aimant du bras insensible, la malade dit au bout de quelques instants que la main s’engourdit puis accuse une sensation de froid ou de chaud, enfin la sensibilité revient sur une surface de diamètre égal à celui de l’aimant. ( Progrès médical , 2 mars 1878.) Aussi le cuivre qui ne guérit plus le choléra a dû faire place au fer et à l'or qui comptent maintenant le plus de succès.
Quel est donc le mécanisme de la métallothérapie?
d’hémianeslhésie du côté droit. Sous l’influenee du simple bain électrique on voit en quelques minutes l’hémianesthésie et l’achromatopsie passer au côté gauche, puis disparaître. Alors je fixe sur ie bras droit de la malade (sensible à l’étain) une pièce de laiton grande comme un bouton d’habit. Le lendemain l’anesthésie cutanée et l’achromatopsie sont revenues, mais à gauche.
Chez une autre, affectée d’anesthésie totale, la sensibilité ramenée par le même moyen ne persiste habituellement que peu de minutes après l’opération. Une plaque de laiton placée sur chaque bras (la malade est sensible au zinc) maintient la sensibilité tout le reste de la journée et la malade est avertie de sa disparition par une sensalion spéciale d’abattement. Chez une autre, une petite plaque de cuivre doré (sensibilité or) maintient la sensibilité dans les parties voisines pendant huit jours; l’anesthésie reparaît immédiatement et sans retour après l’enlèvement de la plaque. L’expérience a été répétée avec le même résultat quelque temps après
J’insiste sur ce point, qu’il est facile de rendre ainsi permanente non seulement la sensibilité générale ou spéciale, mais aussi l’anesthésie ou l’amyosthénie. Cela pourra être utilisé dans le traitement de certaines manifestations locales de l’hystérie, si l’on emploie la méthode queM. le professeur Charcot et moi venons d’appliquer avec succès dans un cas de paralysie avec contracture. Cette méthode consiste à créer dans la partie similaire un état semblable à celui qu’il s'agit de faire disparaître; d’où il résulte une sorte de transposition de l’affection ancienne, tandis qüe l’affection provoquée cède ensuite avec facilité. Les détails de ce fait seront prochainement publiés; je ne l’ai mentionné que pour montrer une des applications possibles du procédé. »
Nous avons dit et nous y reviendrons qu'un courant continu de pile d’une intensité égale à celle de la plaque ne produit pas les mêmes effets, mais comment expliquer l’impressionnabilité presque constante d’une hystérique pour un seul métal, en un motl’idiosyncrasie? C’est très-simple. La malade sait parfaitement bien quel est le métal qu’on applique et persuadée à l’avance qu’un seul métal l’impressionnera, un seul métal l’impressionne. Jusqu’ici nous nous sommes borné à la constatation des faits et nous avons tâché de démontrer l’insuffisance des explications physiques de la métallothérapie, mais nous venons d’énoncer une opinion qui nous force d'entrer un peu dans le domaine delà théorie. Un savant a dit que l’auteur qui termine son travail par une théorie ressemble à l’individu qui, sobre toute la journée, se croit autorisé à s’euivrer le soir. Un seul fait vaut des tomes de théories qui ne durent jamais dans la médecine plus de quelques années. Cela est trèsvrai, mais nous ne cherchons maintenant à démontrer ni la vérité ni la fausseté des faits.
Il s’agit de leur explication. L’explication que nous combattons de l’idiosyncrasie métallique, l’essence de la métallothérapie est basée sur la théorie que la malade ignore quel est le métal appliqué; mais chez l’hystérique on ne peut jamais savoir la vérité et nous avons cité plus haut des faits qui nous permettent d e supposer que malgré toutes les précautions, la nature du métal est tout aussi bien connue par ces femmes que si elles le voyaient avec lesyeux. Voilà notre théorie, entrons dans les détails.
L’hystérique hemianesthésique est une femme où l’activité cérébrale est au minimum. Le peu de déchet albuminoïde le démontre (Byasson).
L’un de ses hémisphères est dans un état de suspens fonctionnel (Wilks) et par le fait de la parésie cérébrale
il arrive un état d’hyperkinésie spinale donnant lieu à une ataxie cérébro-spinale caractérisée par la prédominance de l’innervation involontaire (Jaccoud). Il s’ensuit une exagération de l’esthético-kinésis et de l’hyponoetikokinésis (Ferrier) dépendant des centres inférieurs, c'està-dire que la conduite de l'individu est réglée soit par l’émotivité ou bien par l’automatisme mentale (réflexe cérébral), activités fonctionnelles en dehors de la volonté et de la personnalité consciente. De là la mobilité de caractère et l’impressionabilité du sujet aux suggestions extérieures.
L’inactivité fonctionnelle de l’hémisphère a aboli son action modératrice sur la moelle et l’hyperkinésie médullaire se traduit par une sensation de dysphorie (hyponoesis anormale) et des mouvements centrifuges morbides tels que spasmes vaso-motrices (ischémie), excitation émotionnelle, convulsions, contractures, etc.
Nous ne voulons pas avancer que la parésie centrale est toujours la cause de la suractivité spinale. Au contraire elle en est très-souvent la conséquence ; par exemple dans les cas où la moelle est irritée par une impression périphérique (ovarie, etc.). Nous admettons seulement le fait physiologique de la prédominance spinale.
Cet état explique les hyperesthésies si fréquentes des hystériques.
Il rend compte aussi des conditions opposées. L’irritation peut agir ou bien en arrêtant une activité ou en l’exagérant (Brown-Séquard).
La substance grise médullaire est élevée (par la parésie centrale) au rang de centre principal et les impressions sympathiques (viscérales) la préoccupent tellement que peut-être ne remplit-elle plus son rôle inférieur de conductrice aux sensations douloureuses. Que ce soit par défaut
de conduction dans la moelle, par irritation réflexe (Brown-Séquard) par une lésion de la capsule interne (Charcot) par parésie de l’hémisphère (Wilks) ou bien des circonvolutions postérieures (Ferrier) ; toujours est-il vrai que la surexcitation de la moelle peut se manifester par l’analgésie et par une anesthésie tactile, plus difficile cependant à vérifier. Elle amène aussi des troubles des sens spéciaux.
Malgré la parésie centrale, la malade est très-rusée et démontre une habileté merveilleuse à comprendre les idées des autres et à démêler l’intention des conditions compliquées quand celles-ci se rapportent à elle (Russell Reynolds).
Tel est l’état de ces sujets. Revenons maintenant à nos plaques.
On commence par bander les yeux, procédé très-propre à surexciter l’imagination et on démontre parla piqûre le défaut de la sensibilité.
On applique maintenant des métaux et tout naturellement la femme porte vivement son attention sur l’endroit où se fait l’application.
Sa curiosité est stimulée et la réveille de son état d’aboulie. L’action modératrice du cerveau sur la moelle s’exerce, et le spasme vasculaire disparaît.
Par le rétablissement de l’équilibre nerveux il résulte le retour de la sensibilité et de la circulation, la femme accuse une sensation de douleur et les piqûres laissent écouler du sang. Le métal qui produit ces résultats est déterminé en premier lieu ou par l’idée que se forme la femme des vertus d’un métal quelconque ou bien par le hasard, et elle attribue à la plaque pendant 1 application de laquelle sa sensibilité revenait le pouvoir de le ra-
mener.
Du moment qu’elle a bien fixé dans son esprit l’idée que tel métal l’impressionnera, elle ne se laissera pas désanesthésier par un autre, car on ne peut pas l’empêcher de reconnaître la nature du métal qu’on applique. C’est là l’idiosyncrasie. Nous avons dit qu’un courant de pile d’une intensité égale à celui que produit la plaque n’est pas capable de modifier la sensibilité de la même manière. Avec des électrodes impolarisables le courant n’agit pas et en voici selon nous l’explication.
Un vrai courant constant n’est pas senti et ne peut par conséquent donner aucun renseignement à la malade. Mais un courant dit constant passant par des électrodes ordinaires s’affaiblit peu à peu par la polarisation des électrodes et devient ainsi inconstant, en même temps qu’il modifie l’état électrique des organes périphériques (M. Vigoureux). Il en- résulte des sensations de malaise comparables à celles que certaines personnes éprouvent par l’état électrique de l’atmosphère. M. Regnard a démontré l’efficacité du procédé qui consiste à mettre le bras de la malade dans l’intérieur d’un solénoïde (Teissier). MM. Charcot, Regnard et AHgoureux ont contaté les mêmes résultats par l’aimant. En résumé les forces minimes dont le patient a conscience l’impressionnent vivement tandis qu’elle ne réagit pas contre les grandes perturbations moléculaires (variations électro-toniques) non senties.
Supposons maintenant par exemple qu’on applique une plaque de cuivre sur le bras d’une femme à sensibilité fer; on annonce que c’est ce dernier métal et les yeux étant bandés on fait l’expérience. Peut-être l’h3rstérique a déjà deviné par l’odorat qu’on cherche à la tromper et en ce cas le résultat est manqué dès le commencement. Mais admettons qu’elle ne soupçonne rien. Sa sensibilité commence à revenir bien avant la disparition de l'analgésie et
si on la pique maintenant il n’y a pas de douleur, et elle n'accuse pas de sensation ; mais elle sent très-bien et reconnaît par le tact la nature du métal ; convaincue de son inefficacité, elle ne s’intéresse plus à l’expérience et la moelle reprend la direction des affaires. Chaque fois qu’on change de plaque la même chose se passe et quand enfin elle reconnaît le fer, l’idiosyncrasie se révèle et l’effet se produit.
L’anesthésie cutanée, si jamais elle existait fait place , quand l’attention est réveillée, à une telle hyperesthésie du toucher que les moindres différences de thermalité, d’électricité ou de poids sont facilement appréciées. Nous avons cité plus haut des cas qui nous dispensent d’insister davantage.
Il nous reste quelques observations à faire sur les phénomènes accessoires. Les courants ne sont plus doués d’équivalence métallique, mais l’effet des aimants et des courants passant par des électrodes en platine est vraiment remarquable. Il faut croire que l’hyperesthésie n’existe pas seulement pour le tact, la douleur, la chaleur, le sens musculaire, etc., mais qu’il y a aussi une perfection chez ces sujets de la sensibilité électrique que nous appellerons « hyperelectronesthésie ».
Quant au retour de la vue et de l’ouïe, etc. dépend du réveil des centres perceptifs. Les phénomènes de transfert observés comme nous avons déjà remarqué par André et Thouret, se rattacheront peut-être à un déplacement de l’innervation du côté sain au côté malade. Mais il se peut très-bien qu’il y ait là un réflexe du même ordre que celles décrites par Brown-Séquard dans ses leçons sur les vasomoteurs (1). L’hyperesthésie du côté malade en devient le point de départ.
(1) Les vaisseaux sanguins d’une main se contractent iortement quand