CHAPITRE II
La métallothérapie moderne.
Wischmann avait déjà appliqué méthodiquement des métaux sur le corps dans un but thérapeutique lorsque M. Burq fit l’expérience suivante :
« Une femme étant atteinte d’hémianesthésie hystérique une plaque de métal était appliquée sur un point quelconque de sa peau; au bout de quelques minutes, vingt à trente au plus, la température augmentait dans le membre frappé d’anesthésie; la circulation s’y rétablissait, et la sensibilité redevenait pleine et entière (1). »
M. Burq trouva ensuite dans ses expériences que ses malades ne furent impressionnés que par certains métaux et que cette impressionnabilité ne suivait aucune règle, mais se rapportait uniquement aux idiosyncrasies des patients.
Il constata en plus que l'administration à l’intérieur des sels et autres préparations métalliques ou des eaux minérales guérissait les malades dont la sensibilité était modifiée par l’application externe des métaux correspondants.
C’est la métallothérapie interne. La métalloscopie est le procédé par lequel on reconnaît l’idiosyncrasie d’un sujet quelconque.
Les expériences de M. Burq datent de l’année 1849.
(1) Teisaier (L.-J.). De la valeur thérapeutique des courauta continus.
« Etant encore sur les bancs de l’école, nous avions commencé, dit-il, à nous occuper de l’action des métaux en applications extérieures dans certains cas de névrose, et. en 1849 nous poursuivions particulièrement du côté du cuivre, lorsqu’au mois de février une invasion nouvelle de choléra vint nous fournir l’occasion de doter une première fois ce métal de propriétés anti-cholériques fort inattendues et de créer, nous allons dire dans quelle circonstance, l’une des applications de cette thérapie nouvelle qui a le nom aujourd’hui dans la science de métallothérapie (1). »
Les propriétés anticholériques dont parle l’auteur furent aussi surprenantes qu’inattendues.
Les voici en résumé, et il est à observer que les constatations de M. Burq sont appuyées de témoignages des médecins tels que Rostan, Trousseau, Michel Lévy, Nonat Bouchut, Masselot et Konig.
1° Dans le choléra, préservation constante de l’immense majorité des ouvriers que leur profession met en contact habituel avec des poussières de cuivre;
2° Le cuivre ou ses alliages, le laiton ou le bronze appliqués à la peau, largement et d’une manière permanente, sont dans l’épidémie du choléra des moyens précieux de préservation (Mém. adr. à l’Aoad. des sciences et à l’Acad. de médecine).
3° Préservation à distance dans une localité où se trouvent des mines de cuivre donnant lieu pour leur exploitation'à un grillage incessant de pyrites de ce métal.
4° Guérison du choléra par le cuivre et ses sels iutus et extra.
Nous n’entrerons pas dans toutes les statistiques qui
(1) V. Burq. Du cuivre contre le choléra.
sont détaillées par le Dr Burq dans sa brochure sur l'emploi de ce métal.
Il suffit de dire que ses affirmations rencontraient parfois de l’incrédulité, et tandis que les uns comparaient l’influence cuivrique à la vaccination et son apôtre à Jenner, d’autres ne constatèrent que son impuissance.
Dans sa réfutation de ses antagonistes, le Dr Burq soutient que leurs expériences n’avaient pas été faites dans les conditions précisées, que les doses administrées étaient trop minimes, et qu’on n’employait pas ses armatures. M, Burq écrivait en 1867. Dix ans plus tard, M. Jaccoud s’exprimait ainsi :
« Le traitement prophylactique individuel ne comprend
que des précautions hygiéniques Aucune préparation
ne met à l’abri du poison. »
Comme nous n’étudions la métallo-thérapie qu’au point de vue de son action dans les névroses, nous ne nous occuperons pas de cette question de la prophylaxie du choléra ; nous parlerons dans la suite de l’effet des applications externes dans le traitement des accidents nerveux de cette maladie.
Pendant plus d’un quart de siècle, M. Burq soutint la vérité de la métallo-thérapie. En 1851 il fit sa thèse sur l’anesthésie et l’amyosthénie, et malgré l’opposition qu’il rencontrait, il ne cessa jamais de poursuivre ses expériences, présentant des mémoires de temps à autre à l’Académie des sciences, envoyant de fréquents articles aux journaux et publiant de nombreuses brochures sur les applications de sa théorie. Enfin, en 1875, la Société de biologie consentit à nommer une commission pour’étudier la question, et après dix mois d’expérimentations, M. Burq fut récompensé par un rapport qui confirma les faits qu’il avait si longtemps maintenus.
Jennings.
Nous ne citerons pas le rapport in extenso, car nous aurions à reprendre quelques-uns des cas détaillés, à propos des phénomènes particuliers que nous traiterons; il suffit de dire que les applications métalliques furent reconnues capables de guérir les troubles (a) de la sensibilité générale, tels que anesthésie, thermo-anesthésie, analgésie (b) de la motilité, parésie amyosthénie, chorée, contracture (c) de sens spéciaux, amaurose, achromatopsie, anosmie (d) de la circulation ischémie, etc.
Nous regrettons de ne pouvoir contribuer par des observations originales à l’étude de cette question si intéressante. Nos propres recherches n’ont abouti à rien. Les hystériques que nous avons métalloscopiées se sont toujours montrées indifférentes à nos plaques, sans doute « à raison de la fantaisie et mauvais vouloir inhérents à-leur état cérébral. »
Une seule que nous avons vue dans le service duDr Wilks à Guy’s Hospital, a paru donner quelques résultats, mais ils ne présentent pas assez d’intérêt pour les consigner ici, et un de nos amis, médecin très-sceptique, s’est guéri à la minute d’une céphalalgie violente au moyen de quelques pièces de monnaie. Ce sont là les succès que nous avons à enregistrer. Par contre, une autre hystérique, analgésique, hémianesthésique, dyschromatopsique, ovarique, etc., qui aura dû être métallique aussi, n’a jamais cessé d’affirmer son insensibilité aux piqûres tout le temps qu’elle était à Guy’s Hospital. Cette fille a subi l’application de l’or, de l’argent, du cuivre, du zinc, du plomb et du fer, depuis le 12 janvier jusqu’au 6 mars, quand elle est sortie de l’hôpital.
Une troisième, qui est entrée dans un autre service au même hôpital, aurait très-probablement développé ce talent.
Elle était hystérique, se plaignant surtout d’une rachialgie constante, mais elle accusait aussi une tumeur abdominale et quelques autres symptômes nerveux, ovaralgie gauche, anesthésie et analgésie partielle du môme côté; diminution de l’acuité usuelle et auditive.
Celle-ci a paru être un peu impressionnée par le cuivre et montrait beaucoup de bonne volonté, mais elle a dû céder son lit à une autre plus gravement malade, et nous n’avons pas pu suivre la marche de ces accidents.
A défaut donc d’observations personnelles plus conrcluantes, nous citerons des faits rapportés des hôpitaux et publiés pour la plupart dans les journaux médicaux qui, étant des cas types et d’une réalité incontestable, ne laisseront rien à objecter au point de vue de l’exactitude et de l’authenticité.
1° Hystérique âgée de 24 ans dans le service de M. Robert à l’Hôtel-Dieu, guérie par le cuivre intus et extra (1).
« Le 31 octobre 1860, M. Robert invite M. Burq à voir la malade et à faire usage de son traitement. On explore la sensibilité à l’aide du pinçon d’abord, et puis à l’aide d’une épingle, et on constate que toute la surface tégumentaire, sauf la face dorsale du pied droit, est complètement insensible. L’insensibilité s’étend à la conjonctive, à la muqueuse buccale, et à celle des fosses nasales.
La muqueuse vaginale est sensible, mais d’une manière morbide ; il y a hyperesthésie. La circulation est aussi incomplète que l’innervation. Les extrémités sont toujours froides, et les piqûres même profondes faites à la peau restent blanches et ne donnent pae une goutte de
sang Il y a amyosthénie, et de plus ce qu’il (M. Burq)
appelle défaut d’harmonie musculaire.
(1) France médicale, 6 oct. 1860.
Certains signes que nous ferons connaître plus loin
désignent à l’avance le laiton ou le cuivre jaune comme étant le métal approprié à cette malade. En effet, à peine ce métal est-il appliqué aux avant-bras sur une étendue de quelques centimètres que la sensibilité revient d’abord sur le lieu de l’application du métal et de là aux parties voisines en moins de cinq minutes. En même temps qne la contraction musculaire monte de 25 kilogrammes à 32, il se passe des phénomènes de chaleur, de fourmillement et de circulation des plus remarquables. La peau où s’est faite l’application est le siège de fourmillements, elle est chaude au toucher, et comme turgescente; la malade accuse une sensation de chaleur qui est presque portée jusqu’à la brûlure, et les piqûres restées blanches rougissent et donnent du sang.
Tous les jours, à partir du 7, on applique matin et soir une armature... Chaque fois que le métal est appliqué, il se produit les mêmes résultats, et malheureusement bientôt une sensation de chaleur tellement forte et douloureuse que la malade ne peut plus supporter la plaque assez longtemps pour que les effets, d’ailleurs très-fugaces, deviennent permanents. Quand l'application a duré un peu plus de temps , il y a une sensation de faiblesse très-grande , au point que la malade en est effrayée. Chose bien plus singulière après quelques applications, V armature dont on se servait depuis quelques jours na plus aucune action , elle ne ramène plus la sensibilité, et pour lui rendre son action première il suffit de la revivifier en la portant rapidement à la température rouge. Cette malade, qui avait en entrant d’autres accidents très-douloureux, guérit en moins de quinze jours par l’administration de pilules de Swediaur (de cuivre) et se portait bien huit mois après.
Nous citerons maintenant les cas de Gleize et de Mar-
cillet décrits dans le rapport fait à la Société de biologie le 14 avril 1877 et publiés dans la Gazette médicale de Paris le 20 du même mois.
« La nommée Gleize, jeune fille de 16 ans, hystérique depuis plusieurs années, est affectée d’ovarie droite, c’està-dire que l’ovaire de ce côté est douloureux à la pression. Cette malade, qui est sujette à des crises convulsives avec hallucination de la vue, est anesthésique de tout le côté droit du corps ; cette anesthésie est complète pour la peau, le tissu musculaire, et incomplète pour les sens de l’ouïe et de la vue. L’anesthésie spéciale a été constatée et mesurée par M. Gellé pour l’organe de l’ouïe et par M. Landolt pour l’organe de la vue. La commission s’est donc placée dans les meilleures conditions pour éviter toute erreur d’interprétation.
Quant à l’anesthésie de la peau de tout le côté droit du corps, il était facile de la constater, non-seulement en piquant plus ou moins profondément la peau, mais encore en perçant de part en part un pli de la peau dans toute son épaisseur avec une longue et forte épingle d'acier. Nous devons remarquer que ces piqûres n’étaient point suivies d’écoulement de sang; il y avait donc dans ces parties une notable modification de la circulation capillaire. Les masses musculaires, du même côté, étaient aussi insensibles à la pression. Dans une autre séance, nous avons de même constatéjles différences de température entre le côté malade et le côté sain.
L’anesthésie ayant donc été bien constatée, et de façon à ne laisseraucun doute, nous avons appliqué des bracelets composés de pièces d’or monnayé sur le bras droit et sur les régions sus-orbitaire, temporale et mastoïdienne du côté droit; après quinze à vingt minutes d’application du métal, la peau a pris une coloration rouge dans les zones
correspondantes à l’application métallique, en môme temps que la malade accusait des fourmillements et de la chaleur dans les mêmes régions. De plus, des piqûres, même légères, étaient devenues douloureuses, intolérables, et l’on voyait, au niveau des piqûres, sourdre des gouttelettes de sang. Enfin l’anesthésie de l’ouïe avait disparu en grande partie, ainsi que cela pouvait être mesuré au moyen du tube interauriculaire du Dr Gellé, et le daltonisme de l’œil droit n’existait plus, la malade percevait très-distinctement et très-rapidement les diverses couleurs du prisme.
Dans la même séance, après avoir constaté sur une seconde malade, la nommée Marcillet, âgée de 27 ans, hystérique chronique, l’anesthésie absolue du côté gauche du corps, nous avons appliqué des bracelets d’or monnayé sur l’avant-bras et la jambe du côté gauche pendant quinze minutes. Après ce temps, les régions sur lesquelles l’or avait été appliqué étaient devenues sensibles à la piqûre superficielle et profonde, le sang coulait des piqûres et, audessus et au-dessous des zones redevenues sensibles, il existait de la dysesthésie, c'est-à-dire qu’au contact d’une compresse trempée dans de l’eau bouillante, la malade accusait une sensation de froid intense, tandis que sur les mêmes parties l’application d’un morceau de glace produisait la sensation d’une brûlure.
Des expériences faites dans cette première séance sur des malades hystériques et anesthésiques, il nous était permis de conclure que des bracelets d’or monna3ré appliqués à la surface du corps avaient ramené la sensibilité et activé la circulation capillaire dans les régions ou avait été faite l’application métallique.
Dans la séance suivante, le 18 novembre 1876, nous devions reconnaître que les résultats obtenus par l’application de l’or, ne pouvaient être déterminés dans un même
espace de temps par l’application d’autres métaux. En effet, des plaques ou anneaux de fer, d’argent, de zinc et de cuivre, ont été maintenus en contact avec diverses parties anesthésiques pendant une demi-heure, et l’insensibilité à la douleur au contact et à la température, persistait de même que l'acousie et le daltonisme. Alors dans la seconde partie de la même séance on a appliqué de l’or sur les régions anesthésiées, et, après dix minutes, chez un des malades, et quinze minutes chez l’autre malade, il a été permis de constater, au niveau des applications du métal or, le retour de la sensibilité au contact, à la piqûre et à la température. De plus, comme dans la première séance, audessus et au-dessous des régions redevenues sensibles, il existait des zones de dysesthésie. Est-il besoin de faire remarquer que, pendant les expériences, l’on tenait^un bandeau épais sur les yeux des malades, et que l’on avait grand soin de ne point les avertir des divers procédés employés pour étudier l’état de leur sensibilité.
Dans cette même séance, l’anesthésie spéciale de l’ouïe et de la vue ne fut point modifiée par l’application du cuivre ou du zinc ; mais, l’or ayant été appliqué de nouveau sur les régions frontale, temporale et mastoïdienne, l’une de ces malades n’avait plus de daltonisme, et toutes deux avaient en grande partie recouvré l’ouïe.
Nous devons, dès ce moment, mentionner que le retour de la sensibilité générale et spéciale obtenu par l’application d’un métal n’avait, dans nos expériences, qu’une durée passagère de quelques heures; ce qui nous permettait, d’une séance à l’autre, de retrouver les malades dans des conditions comparables pour nos expériences. Notons encore qu’après chaque séance, les malades accusaient de la douleur de tête, une fatigue générale et se plaignaient de
ne pouvoir se livrer le lendemain, à leur travail de couture, travail qui leur est rétribué par l’administration.
Dans la troisième et quatrième séance, du 14 et du 21 novembre, après avoir de nouveau constaté les phénomènes antérieurement rapportés, nous avons étudié l’action des divers métaux sur la température et sur la force musculaire.
Sur la nommée Gleize, le dynamomètre, avant l’application du métal, marquait pour la main droite, 23 kilogr., pour la main gauche, 45 kilogr.
Après un quart d’heure d’application du métal, et lorsque la sensibilité était revenue, la main droite donnait
31 kilogr. et la main gauche 35 kilogr.
La main droite avait donc gagné 8 kilogr. et la main gauche avait perdu 10 kilogr.
Puis, une heure cinq minutes après le commencement de l’application métallique, la main droite ne donnait plus qu’une force de 20 kilogr. et la main gauche une force de
32 kilogr.
Dans cette expérience, la main droite avait gagné, pendant un certain temps, une partie de la force qui avait été perdue par la main gauche, et, à la fin de la séance, la main droite perdait à son tour non-seulement la force qu’elle avait gagné, mais cette force descendait à 20 kilogr. et celle de la main gauche à 42, c’est-à-dire que l’amyosthénie était plus complète, puisque la main gauche et la main dro.ite avaient perdu de leur force première, la main droite 2 kilogr. et la main gauche 12.
Les résultats fournis par l’expérience sur la température étaient analogues aux résultats obtenus pour la force musculaire. En effet, avant l’emploi du métal, on constate du côté droit une température de 24,26,7, et du côté gauche
27,5,30, c’est-à-dire 2,5 de différence en moins pour le côté droit.
Alors l’on applique le métal sur le côté droit, et après vingt-cinq minutes, c’est-à-dire lorsque la sensibilité est revenue à la peau, on constate une ascension de la température beaucoup plus rapide pour la main droite que pour la main gauche. De 10 h. 34 m. à 10 h. 55 m., la température monte à droite de 26,5 à 33,9; à gauche de 27° à 34,2.
La main droite avait gagné 1 ,7 sur la main gauche, mais à partir de 11 h. à 11 h. 5 m., la température descend à droite à 34,0 et elle continue à monter à gauche à 35,3.
A part le cas de l’Hôtel-Dieu, nous nous sommes borné jusqu’à présent à reproduire des observations faites à la Salpêtrière.
Nous allons maintenant citer un cas qui fit assez de bruit parmi la profession à Londres.
Le malade admis à Middlesex hospital, le 10 mai 1877, était un garçon âgé de 14 ans, enfant d’un père français et d’une mère anglaise. Cet enfant avait toujours été délicat, mais n’avait pas eu de maladie définie, quand, deux mois avant son admission à l’hôpital, il commença à maigrir, devint triste, se plaignant du mal de tête ; il avait des accès intermittents de rêves et de pleurs. Une toux rauque, aboyante et le globus; depuis un mois il ne marchait plus à cause de parésie, contracture et distorsion des membres inférieurs. Au moment de son admission à l’hôpital, le pouls, la température et la respiration étaient à l’état normal. Cet état ne changea pas pendant tout le cours de la maladie. La voix à peine distincte devenait plus forte par une faible faradisation. Les jambes étaient fortement fléchies sur les cuisses et les pieds étendus comme dans le «Talipes equinus. » Les organes génitaux mal développés. L’anesthésie et l’ischémie étaient les symptômes pré-
dominants depuis le commencement. Le 18 mai on fît des expériences pour reconnaître plus exactement ces conditions avec les résultats suivants : au moment de l’observation, le malade était dans un état d’indifférence, mais la vue et l’ouïe ne paraissaient pas anormales. Il y avait au palper et à la douleur anesthésie complète, cutanée et profonde aux joues, aux bras, sur tout Je corps. On fit des piqûres jusqu’à l’os; il ne s’ensuivit aucun écoulement de sang. On appliqua la fadarisation sur l’avant-bras droit et les piqûres commencèrent à saigner, mais l’anesthésie persista. On appliqua alors des pièces au bout de dix minutes, on vit revenir la sensation sur les bras.
Les piqûres produisirent alors le saignement Ces ex-
périences furent renouvelées les 17, 19, 21 et 22 à plusieurs reprises avec un résultat invariablement pareil. L’or seul donna le résultat cité plus haut.... One fois, une piqûre faite à la jambe pendant le sommeil produisit de la douleur et un écoulement sanguin considérable. Ce ne fut qu’au bout de trois mois après son admission à l’hôpital que l’anesthésie et l’ischémie disparurent tout à fait.... A l’exception du traitement pour deux attaques de bronchite, la faradisation, la valériane, l’huile de foie de morue et le fer, furent seuls employés (1).
Dans le cours de ces expériences M. Charcot eut l’idée d’essayer l’action des métaux sur les hemi anesthésies organiques, mais comme ces maladies ne rentrent pas dans les limites que nous nous sommes fixées, il suffit de dire que les résultats furent encore plus heureux, les nommées Rousille (2) et Ronci (3) étant définitivement guéries.
(1) The Lancet, vol. 2, 1877.
(2) Gazette médicale, 28 avril 1877.
(3) Progrès médical, 19 mars 1877.
Il s’agit maintenant d’interpréter les faits que nous venons de rapporter et d’expliquer le mode de production de ces phénomènes remarquables.
Pour les uns, ils dépendent des courants continus développés par l’action chimique de la sueur, sur la plaque.
Le compte-rendu de la Société de Biologie, dans le Progrès médical du 11 février 1878, expose très-bien cette manière de voir.
1° Existe-t-il des courants et, dans ce cas, quelle est leur intensité; 2° avec des courants égaux à ceux que produisent les plaques et venant d’une source quelconque, est-il possible de reproduire les effets des plaques métalliques? A quoi peut tenir l’espèce d’élection qu’ont certains malades pour certains métaux?
La réponse semble avoir été donnée pour les deux premières questions et, tout d’abord, en plaçant une plaque de métal sur la peau, et sur un autre point du corps une électrode de platine, on voit se développer un courant qui va de l’électrode en platine à la plaque de métal. L’intensité est en raison de la surface de la plaque, de l’altérabilité du métal et de la distance entre les électrodes.
Dans les conditions, toujours les mêmes, employées dans ses expériences, M. Regnard a vu qu’une pièce d’or monnayé donnait un courant d’environ 2 à 5° d’un galvanomètre à fil fin ayant plusieurs milliers de tours.
Une plaque de cuivre de même dimension donnait un courant de 25 à 40°. Une plaque d’or assez fine ne donnait que 2°. Une plaque recouverte d’or par la galvanoplastie ne donnait lieu à aucune déviation. Elle ne donnait non plus aucun effet physiologique. Si la peau est couverte de sueur, les métaux étant attaqués davantage, les courants développés sont plus énergiques.
Au moyen d’une pile très-faible graduée par un rhéostat et en communication avec le galvanomètre et le malade, on a pu reproduire tous les phénomènes que donnaient les plaques en ayant soin de graduer à peu près sur chaque malade, le courant de telle sorte qu’il reproduisît à peu près le courant donné par les plaques de métal qui avaient auparavant ramené chez elle la sensibilité.
Dans ces conditions, on ramène la sensibilité, la chaleur, l’ouïe, la vision, en un quart d’heure environ, en plaçant un des pôles sur le front et l’autre sur le pied du côté anesthésié, on ramène la sensibilité dans le corps entier et cette sensibilité persiste deux ou trois jours. Il y a donc concordance parfaite.
Pour ce qui est de la troisième question, pourquoi tel métal qui développe plus d’électricité que l’or, par exemple, est-il sans action sur une malade chez laquelle l’or ramène la sensibilité? Elle ne peut être résolue. Pourt nt on a vu une malade chez qui un courant de 5° ramenait la sensibilité, tandis qu’un courant de 40° était inactif. L’observation sera poussée plus loin dans ce sens, et conduira peut-être à la solution. Ces recherches ont été faites à la Salpêtrière dans le service de M. Charcot.
LeDrOnimus a nié ces conclusions: c. Souvent, dit-il, où les courants faibles ne réussissent pas, 30 éléments ramènent la sensibilité. » (Séance de la Société de biologie du 17 mars 1877.)
Une autre théorie est celle de M. Romain Vigoureux, théorie physique de la métallothérapie.
« On empêche, dit-il, l’effet habituel d’une plaque d’un métal donné, si on lui superpose un autre métal. On peut établir l’efficacité ainsi suspendue en enlevant la deuxième plaque, ou en lui ajoutant une troisième plaque du même métal que la première. Dans cette expérience, l’action
chimique de la peau sur la surface métallique n’a pas été empêchée; l’auteur se refuse donc à voir dans cette action chimique la source de l’électricité qui occasionne les effets des applications métalliques. Pour lui, il n’y a dans ces applications qu’un fait à’ électricité de contact parfaitement explicable par la théorie de Yolta. Celle-ci rend compte de toutes les expériences faites et en suggère de nouvelles également confirmatives. A l’appui de son opinion, il dit avoir reproduit directement l’effet de divers métaux en appliquant une seule lame de platine préalablement soumise à l’action d’un courant, ou bien une seule lame métallique reliée à un pôle de la pile, l’autre pôle restant isolé (Procédé nouveau d’électrisation. )Même les courants proprement dits n’agiraient qu’en déterminant la polarisation des électrodes, ce qu’il démontre par l’emploi d’électrodes impolarisables. Avec ceux-ci l’effet du courant sur la sensibilité n’a plus lieu. L’auteur conclut que, un état électrique déterminé des organes périphériques de la sensibilité générale et spéciale est une condition essentielle de la fonction. C’est en produisant une tension qui modifie cet état que les moyens mentionnés peuvent agir sur la sensibilité (et aussi sur la force musculaire et la température). » (1)
Les expériences de MM. Regnard et Vigoureux démontrent qu’il y a action chimique et modification de l’état électrique. Le Dr Teissier (2) croit qu’il « reste démontré que la métalloscopie est un phénomène d’ordre électrique, et que tous les résultats dus aux plaques de métaux peuvent être reproduits avec des courants très-faibles. »
Il résulterait donc, d’après ses observations, que les
(1) Progrès médical, 3 novembre 1877.
(2) Teissier. Sur les courants continus. Th. d'agrégation, 1878.
accidents hystériques sont combattus par une force d’ordre physique ou chimico-physique. Mais selon M. Burq, les choses se passent autrefrient (1). Il y a abstraction d’innovation par les plaques sorte de« saignée nerveuse. »
« L’innervation, dit-il, l’influx ou fluide nerveux, la force . nerveuse etc., ne sont ni'mythe, ni de vains mots et servent à désigner un fluide particulier tout aussi sérieux et tout aussi peu imaginaire que l’électricité. Directement saisissable par certains agents et certains procédés, transmissible même comme la chaleur d’un individu à un autre dans certaines conditions que nous dirons plus tard. »
Il explique ainsi les symptômes de fatigue éprouvée par l’application des plaques.
» Cette faiblesse, cet épuisement résultant bien évidemment d’une soustraction de ce fluide dont nous avons parlé..., est, après l’action du métal sur la-sensibilité et la motilité, le phénomène le plus important et le^plus utile. » Voici comment il convient de traiter l’hystérie : « Si vous n’avez pas à votre disposition une armature ou tout autre agent capable d’agir directement et par épuisement sur le système nerveux, ne cherchez pas à arrêter les désordres par des moyens contentifs, vous y perdriez sûrement votre temps. A quoi servirait d’ailleurs d’atteindre les effets si vous respectez les causes? Faites au contraire que /a malade puisse bondir et se tordre tout à son aise. Laissez son bassin faire tous les mouvements d expulsion rendus nécessaires par la profonde fluxion
erveuse dont l’utérus est le centre.
Laissez-la dépenser dans le jeu de ses poumons et de
(1) V. Burq. Th. inaugurale, 1851.
tous ses muscles, l’énorme quantité d’influx nerveux qui s’est amassé en elle et vous en aurez plus tôt fini. »
Il faut absolument que les hystériques se débarrassent de leur innervation.
« Ainsi, une fois nous avons plongé une hystérique de Cochin dans une sorte de sac fait de matières isolantes, et deux heures après, les désordres nerveux, qui ne duraient jamais plus d’une heure, étaient tout aussi intenses
qu’au début » « Bien mieux, différentes fois, chez cette
malade et chez une autre hystérique du même hôpital, un ou plusieurs membres ayant été garnis de soie quelques instants avant l’attaque, ils restaient ensuite comme paralysés tout le temps (dix, douze, vingt-quatre heures et plus), où l’isolement fut maintenu. En 1849, nous fîmes une expérience semblable sur deux cholériques femmes à l’hôpital Cochin ; la jambe droite fut garnie de soie et la gauche de métal. Quelques minutes après, les crampes, devenues nulles à gauche, étaient si violentes et si continues à droite, que la soie dut être retirée. »
Nous nous demandons si les dames doivent, à l'avenir, porter des bas de cette étoffe.
Assurément l’explication de la métalloscopie est difficile à trouver.
Les plaques métalliques, disent les uns, sont attaquées et développent des courants d’intensité variable selon le degré d’oxydation. On peut reproduire des phénomènes physiologiques analogues par des courants de pile de la même intensité.
Pour les autres, c’est une électricité de contact. L’action chimique n’y entre pour rien.
On trouve les mêmes contradictions dans les observations sur l’action de l’aimant et de l’électricité chez les hystériques.
« L’état magnétique du métal, dit M. Burq, si c’était l’acier ou son état électrique, nous a paru toujours détruire ou diminuer ses effets. Deux hystériques de l’Hôtel-Dieu, qui devenaient parfaitement sensibles par l’acier ordinaire, le devenaient à peine par le même acier aimanté, et deux autres à qui l’argent et le cuivre rendaient la sensibilité restaient anesthésiques sous les anneaux, lorsqu’on venait à faire communiquer ceux- ci avec l’un des pôles d’une pile. » Dans le Progrès médical du 2 mars 1878, on trouve que « lorsqu’on approche un aimant du bras insensible, le malade dit au bout de quelques instants que la main s’engourdit, puis accuse une sensation de froid ou de chaud. Enfin la sensibilité revient sur une surface de diamètre à peu près égal à celui de l’aimant.
En vue de ces grandes diversités d’opinions, il nous sera permis de douter de l’importance de ces courants continus dans la guérison des troubles hystériques.
Nous pensons bien que l’électricité y entre pour quelque chose, et pour des raisons que nous indiquerons dans la suite; mais nous préférons voir dans l’action d’une force tout aussi, mais autrement puissante, l’explication que la science ne semble pas nous fournir. Nous voulons parler de l’imagination.
L' imagination »
« S’il jest dans notre système intellectuel une puissance admirable par son éclat, son étrange mobilité, son énergie pour disposer de toutes nos facultés, de toutes nos passions, c’est sans contredit l’imagination. Son empire
est si étonnant qu’on l’a vue guérir sur-le-champ des malades aux portes du tombeau et frapper soudain de mort l’homme le plus furieux. Elle opère, à proprement parler, de vrais miracles; elle est la reine du système nerveux, tant elle domine toutes les puissances de la sensibilité. »
« L’étude de l’imagination devient donc d’une haute
importance pour le médecin et, en effet, de quelle
nécessité n’est-il pas pour le médecin de s’emparer du puissant ressort de l’imagination, gouvernail suprême de la machine humaine, en maladie encore plus qu’en santé (1). »
L’histoire de l’Imagination, c’est celle de l’homme, et son influence sur la production et guérison des maladies est toute l’histoire de la médecine.
La force de l’imagination, c’est le remède universel, le secret de la régénérescence ; mais il est donné à peu de savoir le diriger.
Ceux qui ont eu ce pouvoir dans l’antiquité étaient des dieux, des magiciens au moyen âge et, de notre temps, des magnétiseurs, des mesméristes, ou des spiritistes, etc. Nous nous étendrions volontiers plus longuement à ce sujet, mais l’esprit de notre travail exige que nous nous bornions à quelques faits, qui, nous le pensons, serviront à expliquer les phénomènes de la métallothérapie.
L’application des plaques métalliques, disent ses partisans, protège et donne immunité du choléra (Burq), guérit les paralytiques, rend l’ouïe aux sourds, et la vue aux aveugles. Il suffit de cela pour anesthésier un hystérique (Charcot), et faire cesser des convulsions ou au contraire
(1) Dict. des sc. méd., art. Imagination. Jennings.
lui brûler la peau jusqu’à la production d’une eschare (Teissier).
L’imagination peut-elle en faire autant?
Troubles de la sensibilité dépendant de l’imagination..
Dans le moyen âge, quand les hystériques étaient des sorcières ou des ensorcelées, on connaissait très-bien le phénomène de l'anesthésie. Tout le monde savait que c’était la marque du diable, et la découverte de cette insensibilité devint, souvent sans doute le point de départ d’une démonomanie.
Une femme hystérique, agitée depuis longtemps par d'autres signes de possession, ne pouvait plus résister à une preuve si concluante selon tous les « ologies » du temps.
'« Le démon ne se plaît guère, dit-on, que dans les corps mélancoliques ; car l’atrabile est le bain du diable. On assure qu’il montre une singulière prédilection pour le corps des femmes, où il loge en des lieux très-sensibles afin d’agiter toute l’économie.
« Les démonographes.... prétendaient que le démon imprimait aux sorcières, aux possédés des marques d'insensibilité; c’est pourquoi on les examinait tout nus en rasant même partout leur poil, et on enfonçait des aiguilles dans les lieux qui paraissaient pâles ou lucides ; si l’insensibilité du lieu ne faisait jeter aucun cri au patient, on jugeait qu’il portait le sceau du diable reçu de sa griffe au Sabbat. »
La constatation de ces signes pathognomoniques chez une'« possédée » fut suivie par une sorte de « démonoscopie» et la possession vérifiée l’Église se chargea définitivement du patient.
(1) Dict. des sc. méd. art. Imagination.
De même que l’anesthésie par le courant continu est la pierre de touche des hystériques, l’exorcisme fut celle des possédées et l’aspersion par l’eau bénite ou la lecture «cZe exorcisancLis obsessis a dœmonio » firent tomber l’énergumène en grandes convulsions.
Dans l’affaire de Marthe Drosser, évêque d’Angers, par exception incrédule «prenant la contenance d’un homme qui va parler d’autorité prononce d’un ton grave, arma virumque cano.n A ces mots les convulsions redoublen et deviennent d’une violence extrême (1).
L’official d’Orléans fit de pareilles épreuves. Entre autres, il se fit apporter un gros Despautère relevé avec des ais et de fermoirs de cuivre, ce qui donnait è ce livre un air antique, vénérable. On l’ouvre et on le donne à lire à l’énergumène. Elle tombe sur ce passage :
Nexo , xui , xum, vult. Texo , exuit; indeque textum.
Des paroles si énergiques renversèrent Marthe Brossier par terre où elle se roula et s’agita à son ordinaire — L’official d’Orléans se contenta de défendre les exorcismes à tout prêtre du diocèse sous peine de suspension a divi-
nis Les capucins furent mortifiés de ce jugement;
mais ils ne lâchèrent pas prise. La possédée fut conduite à Paris. On assembla les médecins ; l’évêque de cette capitale et l’abbé de Sainte-Geneviève assistèrent à l’examen. Les médecins firent leur rapport : un petit nombre fut pour la possession, mais un des plus scavans et des plus expérimentés fit sur la possédée des épreuves qui mirent en évidence la fausseté de la possession. Le diable fut muet et confus, et le grand nombre de médecins prononça par la bouche de Marescot leur ancien « niliil a dœmone, multa ficta , a morbo pauca. »
(4) La possession de London. Amsterdam, 1778.
On comprend facilement le rôle des possédées; c’étaient des femmes devenues hallucinées, soit spontanément, soit sous l'inspiration des prêtres qui tiraient ainsi une moisson abondante d’offrandes et de miracles des contorsions de leurs pénitentes.
« Selon mon opinion, ditNiemeyer (1), il suffit de trouver le vrai homme pour faire de toute femme hystérique prononcée une possédée, une somnambule ou une clairvoyante. » Quand on réfléchit que des prêtres de notre temps ont dénoncé le magnétisme, le spiritisme et les tables tournantes, comme des manifestations diaboliques, il faut admettre la bonne foi du clergé à l’égard des énergumènes. De la Menardaye nous apprend pourquoi il y a si peu de personnes qui soient des possessions dans tous les cas que nous venons de parcourir; « c’est que parmi les magiciens dont la terre est couverte, il y en a toujours qui s’engagent par un pacte avec le diable à mettre tout en œuvre pour détruire la croyance de la magie. Ainsi quiconque la combat est magicien « ipso facto. »
Les cas dont parle cet auteur sont : « Tous les danseurs de corde, tous les sauteurs, tous ces équilibristes, tous ces hommes qui font prendre à leurs membres tant de postures qui nous étonnent.... qui n’exécutent leurs tours de souplesse que par le secours du diable qui est dans leur corps. Que l’on exorcise tous ces gens-là; ces spectacles finiront et ceux qui les exercent seront rendus à des travaux honnêtes et utiles (2). »
L’abbé Wurtz (3) soutient à peu près la même thèse et explique très-clairement les convulsions de Saint-Médard.
(1) Pathologie interne.
(2) Examen et discussion crit. des diables de Londres, 1748 (31 Examen crit. du magnétisme animal, 1840.
« Le tombeau de ce prétendu saint fut le théâtre que le démon choisit pour opérer ses grotesques prodiges. Son dessein était d’accréditer une secte dont il espérait tirer les plus grands avantages et dont les puissants et nombreux partisans devaient un jour lui servir de troupes auxiliaires pour faire la guerre à l’Église catholique. »
Les phénomènes du magnétisme animal, du somnambulisme, etc., rentrent dans le même cadre.
« Le diable, dit-il, dans ces derniers temps non content d’obscurcir les lumières de la foi dans l’esprit des hommes s'est encore appliqué à embrouiller les principes des connaissances humaines. On dirait qu’il s’est plu particulièrement
à faire déraisonner certains savants Il est vraiment
curieux de les entendre raisonner quand ils entreprennent d’expliquer par les lois de la physique et de la physiologie des phénomènes extraordinaires tels que ceux que nous allons rapporter. »
Vue par la lumière de ces révélations, les phénomènes de la métalloscopie cessent d’être obscurs. Le savant abbé en aurait fait très-peu de cas.
Dans toutes les grandes épidémies hystériques, nous trouvons un symptôme frappant : l’anesthésie. Hecker (1) qui décrit la Tarentisme du xive siècle, rapporte que les malades trouvèrent le plus de soulagement dans les coups et les meurtrissures, et la même chose s’est toujours vue depuis. Mais loin de guérir, ce moyen a toujours paru augmenter l’intensité des accidents et propager la névrose, et c’est un fait constaté, que bien des hystériques éprouvent un véritable plaisir à subir des mutilations qui doivent être insupportables.
(1) Epidémies of the Middle Ages Trad. angl.
De Montégre (1), nous en fournit des exemples.
« Quelle que soit ma répugnance pour admettre de semblables faits, dit-il, il ne m’a pas été possible de me refuser à les recevoir. » Les faits qu’il admet se passaient parmi les Jansénistes et sont rappprtés par Carré de Montgeron dans son livre sur « la vérité des miracles opérés à l’enterrement de M. de Paris et autres appelants (1736).
« L’exercice de la planche, dit cet auteur, se faisait en étendant sur la convulsionnaire couchée à terre une planche qui la couvrait entièrement ; et alors montaient sur cette planche autant d’hommes qu’elle en pouvaittenir »... « Pour l’exercice du caillou, la convulsionnaire couchée sur le dos, un frère prenait un caillou pesant vingt-deux livres et lui en déchargeait plusieurs coups sur le sein.... cent coups de suite ; à chaque coup toute la chambre était ébranlée, le plancher tremblait et les spectateurs ne pouvaient s’empêcher de frémir en entendant le bruit épouvantable que les coups faisaient en frappant le sein. »
De Montgeron déclare que c’est de lui que parle un écrivain ennemi des convulsionnaires dans le récit suivant : « Jeanne Moulier, jeune fille de 22 à 23 ans étant appuyée contre la muraille, un homme des plus robustes prenait un chenet pesant, dit-on, de vingt-cinq à trente livres- et lui en déchargeait de toute sa force plusieurs coups dans le ventre; on en a compté quelquefois jusqu'à cent et plus. Un frère lui en ayant donné un jour soixante essaya contre un mur et on assure qu’au vingt-cinquième
coup il y fit une ouverture » Lorsque les coups sont
frappés avec beaucoup de violence.... c’était pour lors que la convulsionnaire s’écriait avec un air de contentement
(1) Dict. des sc. méd,, art. Convulsionnaire.
peint sur son visage : « Ah ! que cela est bon ! ah ! que cela me fait du bien ! Courage, mon frère, redoublez vos forces si vous pouvez. »
On croirait que les convulsionnaires s’arrêteraient dans ces limites, mais il n’en est rien.
En 1740, de la Condamine assistait au crucifiement de la sœur Françoise, doyenne des convulsionnairesâgée, de 55 ans.
C’est de l’Histoire du Merveilleux de M. Figuier que nous tirons ce qui suit : « A sept heures et demie, Françoise s’étend sur une croix de bois de deux pouces d’épaisseur et d'environ six pieds et demi de long et le père
directeur enfonce en quatre ou cinq coups de marteau un clou de fer carré de deux pouces et demi de long au milieu de la paume de la main.... Le clou entra de plusieurs lignes dans le bois. Après un intervalle de deux minutes, le même prêtre cloue de la même manière la main droite. A sept heures et demie on cloue les deux pieds — Il ne coule pas de sang des blessures faites aux mains, mais seulement d’un des pieds et en petite quantité.... A huit heures un quart, on retourne la croix de Françoise de haut en bas. En cet état on lit la Passion de l'Évangile Saint-Jean au lieu de psaumes que l’on avait récités jusqu’alors. A dix heures on lui ôte les clous des mains. Il est dix heures vingt-cinq minutes. Le prêtre enfonce un peu la pointe de la lame... elle dit Amen. Deux minutes après Françoise demande à boire. On lui donne du vinaigre avec des cendres qu’elle avale après bien des signes de croix. On a beaucoup de peine à arracher les clous des pieds avec une tenaille. Nous sommes deux à aider le prêtre. »
L’histoire subséquente de Françoise démontre qu’on ne doit jamais pousser les miracles plus loin que le crucifie-r
ment. Le père Timothée avait annoncé que Françoise ferait brûler sa robe sur elle sans éprouver aucune brûlure.
« Quand il fallut venir à celle-ci le P. Timothée fit mettre Françoise en prières; mais après avoir bien prié Françoise se refuse à l’épreuve, ajournant le miracle de la brûlure à la fête de Saint-Laurent, ce qui paraissait fort rationnel; mais le père Timothée n’était pas homme à se payer d’un à-propos; il insiste; Françoise se remet en prières et elle cède enfin à ses instances.
« On étend sur le parquet des pierres plates et sur les pierres plates sœur Françoise. On allume alors un faisceau de paille qu’on approche de sa robe. Tout le monde sait que saint Laurent se laissa brûler avec une douce et sainte résignation et que se voyant suffisamment grillé d’un côté il pria ses bourreaux de le retourner de l’autre. On supposerait que sœur Françoise imiterait un si bel exemple. Mais la pauvre fille en sentant le feu à ses jupons redevint toute humaine et poussa des cris plaintifs... »
Françoise, du reste, ne survécut pas longtemps à cette épreuve manquée. Epuisée de forces après tant de tortures elle tomba dans un anéantissement.
Nous avons vu que sous l’influence d’une imagination surexcitée l’hystérique peut subjuguer la sensation de la douleur. « Pour ma part, dit M. Niemeyer, je crois que c’est très-difficile de s’assurer qu’une femme hystérique peut en général être atteinte d’anesthésie, ou si elle a seulement le caprice de ne manifester aucune sensation de douleur, lorsqu’on la pique ou brûle à des endroits déterminés. J’ai observé une malade qui ne tirait pas un trait pendant qu’on lui tirait sur le dos deux raies avec le fer rouge et cependant il n’y avait aucune raison pour soupçonner chez cette malade une anesthésie du dos.
Il n'est pas douteux que cette même force qui, chez cer-
tains sujets, supprime à volonté toute manifestation de la douleur, puisse ramener à la normale par le même mécanisme une sensibilité amoindrie.
Feucbtersleben observe que « les forces psychiques qui opèrent pour déterminer les maladies peuvent être employées à l’effet de guérir. « Esculapius ipse testis est, morbos gravés capta directione aflfectuum animi sanari posse, Lichtenberg, dit-il, se servait aussi souvent que possible de ce qu’il appelle la cure par imagination (1). »
Troubles de la motilité.
Les troubles du mouvement des hystériques dépendent aussi des états psychiques et on croit maintenant que les centres moteurs se trouvent dans les hémisphères cérébraux. De même que la sensation de douleur périphérique se rattache à un trouble des centres et que l'anesthésie peut être déterminée par l’inactivité fonctionnelle de ces mêmes parties, nous voyons dans les spasmes et les contractions l’indication d’une perversion mentale dont la parésie n’est qu’un état plus avancé. « Je ne doute pas, dit Niemeyer, que n’importe quel individu, tant qu’il est pénétré de l’intime conviction qu’il ne pourra pas exécuter un mouvement déterminé, ne soit incapable de donner à ses muscles l’impulsion nécessaire pour exécuter ce mouvement. Tel est le mécanisme de la parésie hystérique que les médecins ne savent pas guérir aussi bien que les R. R. P. P. de Lourdes (2). Nous nous sommes étendu si longuement sur
(1) Medical psychology (trad. angl.).
(2) « Pour se rendre compte de la place que les maladies nerveuses occu-
l’action de l’imagination, sur la sensibilité, que nous n’insisterons pas sur les troubles du mouvement. Du reste, la guérison quasi miraculeuse de ces troubles par les fortes impressions psychiques, est un fait reconnu (1). Nous passerons donc à la considération de quelques phénomènes qui sont d’un intérêt plus spécial au point de vue des applications métalliques.
Troubles des sens spéciaux et de la circulation.
Nous avons vu que la sensation de douleur peut être abolie chez les hystériques.
L’hyperesthésie douloureuse est aussi un fait vulgaire et tandis que l’aboulie suffit pour parésier les muscles, l’état opposé (cacoboulie) doue ces hallucinées de forces extraordinaires (Hecker the Dancing mania, trad. angl.)
peut dans les guérisons réputées miraculeuses, il suffit d’ouvrir les Annales de N.-D. de Lourdres publiées par les RH. PP. Missionnaires de l’immaculée Conception. Sur 27 cas qui ont été publiés pour 1873, 22 ont une origine nerveuse (Grellety, du merveilleux).
( 1) « Après la découverte de l’oxyde nitreux, le Dr Beddoes crut que cette substance lui offrait un spécifique certain contre la paralysie. Davy Coleridge et lui se décidèrent à essayer ce nouveau médicament sur un paralytique abandonné de tous les médecins. Le patient ne savait nullement à quel traitement on allait le soumettre. Davy commença par placer sous la langue de ce malade un thermomètre de poche afin de connaître exactement la chaleur du sang, degré que l’oxyde nitreux devait augmenter. A peine le paralytique eut-il senti le thermomètre entre ses dents qu’il fut convaincu que la cure s’opérerait et que le thermomètre était l’instrument sauveur. Ah ! s'écria-t-il, je me sens mieux. Davy addressa un regard expressif à Beddoes et à Coleridge. Au lieu du prétendu spécifique on se contenta du thermomètre qui, pendant 15 jours, fut placé avec toute la solennité désirable sous la langue de ce pauvre homme qui recouvra l’usage de ses membres, dont la cure fut complète et auquel on ne fit subir aucun autre traitement. »
L’anesthésie des sensations spéciales se rencontre fréquemment, mais en revanche beaucoup d’hystériques peuvent, sous l’influence de fortes émotions, acquérir une finesse des sens presque incroyable. C’est ainsi qu’on explique les phénomènes de somnambulisme et de clairvoyance.
Cette hyperesthésie peut porter sur toutes les sensations, mais elle porte surtout sur celles de l’ouïe, de la température et du sens musculaire. L’ouïe, d’après Azam, atteint une telle acuité qu’une conversation peut être entendue à un étage inférieur... A-t-on touché de l’éther ou fait une autopsie trois ou quatre jours auparavant, les malades ne s’y trompent pas... Une main nue est-elle placée à quarante centimètres derrière son dos, Mlle X... se penche en avant et se plaint de la chaleur qu’elle éprouve; de même pour un objet froid; (Azam, notes sur le sommeil nerveux ou hypnotisme). Le sens
musculaire, dit-il, acquiert une telle finesse que J’ai
vu écrire très-correctemennt en interposant un gros livre entre le visage et le papier; j’ai vu enfiler une aiguille dans la même position... Nous voyons chez l’hypnotisée la mémoire portée à un degré extrême de perfection... Il peut y avoir analgésie pure, c’est-à-dire insensibilité à la douleur avec conservation de la sensibilité tactile... Le Dr Guerineau de Poitiers a amputé la cuisse d’un homme pendant l’anesthésie hypnotique (1).
Cet état nerveux n’est pas difficile à établir, c’est presque toujours des femmes qui en sont l’objet et le plus souvent des femmes hystériques... L’imagination de ces malades est facilement frappée; elle va au devant du merveilleux
1) Nouveau dict. de méd. et chimie prat,., art. Hypnotisme.
et présente un champ admirablement préparé à toutes les fantaisies magnétiques' (Mathias Duval).
Boucbut (1) admet que les hystériques peuvent même distinguer les métaux par le toucher. « Cette mauvaise disposition se révèle non-seulement à l’égard de la soie et du velours, mais encore d’une foule d’objets insignifiants, tels que du papier, de la faye, certains métaux, etc. »
Fournier (2) cite l’histoire d’une jeune dame d’une perfection bien rare dans l’odorat... Elle savait dans un cercle nombreux reconnaître par son odorat quelles étaient les femmes chez lesquelles la révolution menstruelle avait lieu. Tout le monde sait, dit-il, que les dames romaines ne peuvent supporter aucune odeur, qu’elles ne font jamais usage de fleurs ni sur elles ni dans leurs appartements et que l’odeur même qui résulte du cuir des souliers neuf les incommode.
Il paraît donc que les sens chez les sujets nerveux peuvent acquérir unefinesse vraiment remarquable, suffisante, nous le croyons, pour renseigner une hystérique sur la nature d’un métal qu’on applique à la peau.
Si toutes les autres modalités dynamiques peuvent être ainsi distinguées, pourquoi n’en serait-il pas de même pour l’électricité?
Bien des personnes sont si susceptibles à l’état électrique de l’atmosphère qu’elles deviennent de véritables baromètres, et nous croyons rationnel d’admettre la même impressionnabilité chez beaucoup d’hystériques.
On peut nommer « électronesthésie » cette sensibilité à l’état normal dont l’acuité morbide sera 1 ’hyper-électronesthésie.
(1) Bouchut. Du nervosisme.
(2) Dict, des sc. méd., art. Cas rares.
Cette hypothèse nous servira pour expliquer quelquesuns des phénomènes de la métalloscopie.
A côté de ces hyperesthésies qui jouent un si grand rôle dans les phénomènes de clairvoyance, nous trouvons des faits dans le magnétisme animal, le mesmérisme, etc. qui ont beaucoup d’analogie avec ceux qu’on observe maintenant par l’application des métaux.
L’histoire académique de Burdin et Dubois est pleine de ces ressemblances. Nous en extrayons quelques lignes du rapport de la commission royale de 1784.
« M. B..., homme instruit et particulièrement en médecine, les yeux bandés... avant d’avoir été magnétisé en aucune manière, mais croyant l’être depuis dix minutes, sentait dans les lombes une chaleur qu’il comparait à celle d’un poêle... Cette sensation, il ne la devait qu’à l’imagination. »
« Ou peut observer que quand la femme y voyait, elle plaçait ses sensations précisément à l’endroit magnétisé. Quand elle ne voyait pas, elle les plaçait au hasard. Il a été naturel de conclure que l’imagination déterminait ces sensations vraies ou fausses. On a été convaincu quand on a vu qu’étant bien reposée elle ne sentaitplus rien, et ayant les yeux bandés, cette femme éprouvait tous les mêmes effets quoiqu’on ne la magnétisât pas; mais la démonstration a été complète lorsqu’après une séance d’un quart d’heure son imagination s’étant sans doute lassée et refroidie, les effets au lieu d’augmenter ont diminué au moment où la femme a été réellement magnétisée.
Selon leDrLée(l), les mêmes métaux ont une action différente sur différentes somnambules. Beaucoup ne peuvent pas supporter le fer, d’autres l’or ou l’argent,
il) Animal magnétisme et magnetie lucid somnambulism, by Edwin Lee.
mais en général l’or leur est avantageux quoique son action soit souvent excitante. Bochard d’Heilbronn ne put endormir une fille choréique âgée de 8 ans quand il oubliait d’enlever deux bagues qu’elle portait. L’argent appliqué à la région du cœur démagnétisa la somnambule du Dr Haddock; et ce médecin ne parvint jamais à la a mesmériser» tant qu’elle avait une plaque d’argent à la tête.
Un miroir donna lieu chez la somnambule Peterson à des contractions musculaires qui se terminaient en actions spasmodiques chez elle. On produisit aussi chez elle des spasmes par le zinc et le fer (appliqués à la main). L’argent fut calmant, le cuivre sans effet.
Nous avons parlé de l’ischémie. L’état opposé, l’hyperémie donne lieu à quelques phénomènes très-remarquables tels que la stigmatisation dont nous parlerons plus tard et causée sans doute par une concentration de la pensée sur les parties où va se passer le miracle.
Franklin (1) raconte Fhistoire d’un homme qui, désirant beaucoup nourrir son enfant, ses seins sécrétèrent du lait et ce fait n’est pas unique. Saint Augustin parle d’un homme qui transpirait à volonté. En dehors de la stigmatisation, il n’est pas rare devoir aller jusqu’à l’hémorrhagie l’hyperémie par attention des hystériques.
On a vu, en effet, dit Boorhaave (2), quelquefois les règles sortir par les yeux, les oreilles, les narines, les conduits salivaires, l’œsophage, le ventre, la vessie, les mamelles, la peau, les plaies, les ulcères. L’hémoptysie de ces sujets est bien connue. On voit, dit Bernutz(3), chez un assez grand nombre d’hystériques survenir, sous l'influence des
(1) Journey tothe Polar Sea, p. 157.
(2) Aphorismes.
(3) Dict. de méd. et chir. prat., art. Hystérie .
troubles menstruels auxquels elles sont sujettes, des hémoptysies plus ou moins fréquentes, et on peut si l’on ausculte les malades dans ces circonstances, trouver sous les clavicules des râles sous-crépitants ou un peu d’obscurité du murmure respiratoire.
L’hystérique est parfois dou,ée de pouvoirs bien plus curieux que cette hyperémie volontaire. Elle peut ralentir la circulation jusqu’à ce qu’elle devienne insensible par le pouls, qu’elle peut aussi supprimer à’un seul côté. L’évêque d'Orléans et le Dr Morel constatèrent ce fait chez Denise Parisot, une des ensorcelées d’Auxonne au milieu du xvii° siècle.
La simulation et Vimitation.
Les troubles causés par l’imagination entrent pour beaucoup dans l’étude de l’hystérie, mais il faut tenir grand compte du « besoin de tromper, » qui semble dominer la femme surtout au commencement de la puberté. » Tout le système nerveux, dit le Dr Wilks, la nature mentale et morale comprise est si pervertie, que les phénomènes les plus extraordinaires peuvent survenir. La fille peut nonseulement présenter les plus étranges maladies qu’on puisse imaginer, mais aussi dès aberrations du sentiment mental et moral, que tout le monde, sauf son médecin, attribuera ses actions à la méchanceté plutôt qu’à la folie. Dans ces circonstances sa conduite est celle d’une possédée. »
(3) Diseases of the nervoua system, 1878.
Ambroise Paré sous le nom d’illusion diabolique cite un fait de ce genre.
« Et enfin, dit-il, qu’on ne pense pas que l’artifice du diable ne soit qu’ancien, il a encore été pratiqué de notre temps de cette manière comme plusieurs ont vu. Beaucoup d’hommes doctes ont écrit d’une fort belle jeune fille à Constance, laquelle avait nom Magdelaine, servante d’un fort riche citoyen de la dite ville ; cette fille publiait partout que le diabla une nuict l’avait engrossée. Pour ce regard les magistrats de la ville la firent mettre en prison pour voir l’yssue de cet enfantement. L’heure venue de ses couches, elle sentit les tranchées et douleurs accoutumées des femmes qui veulent accoucher, et quand les matrones furent prestes de recevoir le fruit, et qu’elles pensaient que la matrice se dieust ouvrir, il commença à sortir du corps de cette jeune fille, des clous, du fer, des tronçons de bois, de verre, des os, des pierres, des cheveux, des estoupes et plusieurs autres choses fantastiques et étranges que le diable par son artifice y avait appliquées pour décevoir et tromper la vulgaire populace. »
Les femmes de nos jours jouent à peu près les mêmes comédies. Mais c’est plutôt la médecine qu’elles cherchent à intriguer. La relation suivante d’un agrégé à la Faculté de Montpellier,, est rapportée par Pigeaire.
« Ce qu’il y à de plus curieux dans cette petite clinique, c’est la nommée Catherine Albert qui, somnambule à la troisième séance, a expulsé par l’utérus, dans l’espace de deux mois et demi, des lombrics et autres petits verts vivants, et trois cents corps anormaux, les uns comme vasculaires, les autres fibreux, fibro-cartilagineux, etc. ; mais tous nouveaux et de nature tout a fait inconnue , et dont avant leur sortie et pendant son sommeil magnétique, elle faisait parfaitement la description.
Ces faits démontrent jusqu’à quel point peut aller l’imposture pratiquée quelquefois par les hystériques, mais de pareils cas seraient facilement démasqués aujourd’hui.
L’explication cependant de quelques phénomènes, tels que l’anurie, l’anorexie et la stigmatisation, restent encore très-obscure, et quoique le plus souvent on n’y trouve que de la supercherie, il faut admettre que chez certains sujets, l’action de l’imagination et de la volonté a la propriété de modifier d’une façon singulière l’état des systèmes nerveux et circulatoires.
C’est un fait vulgaire que l’influence de l'attention sur le fonctionnement du corps. Il suffit qu’une personne regarde pour ainsi dire l’action de son cœur pour qu’elle éprouve des palpitations ou des intermittences, et l’hypochondrie n'est qu’un dérèglement fonctionnel des organes dû à la surveillance mentale de processus purement réflexes et qui doivent être indépendants de la conscience.
Darwin raconte l’histoire de quelques jeunes gens qui n’ont pas pu éternuer après avoir pris du tabac, parce qu’ils avaient parié qu’ils éternueraient. La concentration del’attention sur cette action était suffisante pour l’empêcher. Nous avons lu dernièrement, dans un journal médical, qu’une dame qui avait vu écraser les doigts de son enfant par une croisée, fut prise le lendemain de douleurs dans ses doigts correspondants qui bientôt devinrent le siège d’une vive inflammation aboutissant à la formation de pus. Burdach note que l’on vit un jour une tache bleue sur le corps d’un homme venant de rêver qu’il avait reçu une contusion en cet endroit (1).
L’histoire des stigmatisés a montré jusqu’à quel point on peut cultiver la faculté de troubler la circulation. Dell) Alfred Maury, Les mystiques extatiques.
Jennings. 5
puis saint François jusqu’à Louise Lateau les annales de l’Église nous en fournissent de nombreux exemples. M. Maury donne l’explication suivante du miracle de saint François.
Le jour de l’exaltation de la croix se livrant plus encore que de coutume, en raison de la solennité, à une de ces contemplations extatiques, il crut voir un séraphin ayant six ailes ardentes et lumineuses descendre rapidement de la voûte des deux et s’approcher de lui, l’esprit angélique, soutenant avec ses ailes la figure d’un homme les pieds et les mains attachés à une croix.
Lorsque le saint assistait à ce spectacle miraculeux avec une émotion et un étonnement profonds, la vision s’évanouit tout à coup. Mais le pieux anachorète en avait ressenti un contre-coup étrange et toute son économie était demeurée profondément troublée. Il éprouva surtout aux pieds et aux mains des sensations douloureuses qui firent bientôt place à des ulcérations, à des espèces de plaies qu'il considéra comme les stigmates de la passion du Christ.
Les imitateurs de saint François, surtout les femmes, sont parvenus quelquefois à se stigmatiser sans plaies par une sorte de transpiration sanguinolente qui constitue ce que l’on appelle hématidrose ; mais aujourd’hui on leur ordonne un régime tonifiant, au lieu de leur faire espérer la canonisation. Comme tout autre symptôme nerveux, la stigmatisation peut être l’œuvre du démon, « Une fille, dit M. Maury (qui rapporte le fait de saint Ignace de Loyola), qui avait été examinée vers 1550 par le moine dominicain Reginaud, tombait dans des accès de catalepsie durant lesquels elle était privée de toute sensibilité; elle demeurait comme une morte, bien qu’elle entendît encore quand on l’appelait, et pût dans ce cas revenir à la vie. Elle portait sur son corps les stigmates du Christ
pour lequel elle ressentit un si vif amour, qu’elle semblait s’identifier avec lui, ut in Christum ipsum cimore transformatum dicere. Sa tête présentait aussi la marque de la couronne d’épines, et ses plaies, au témoignage de son pèreet de tous ceux qui l’entouraient, rendaient du sang de temps en temps. La conduite ultérieure et le caractère de cette extatique n’ayant point répondu à ce que promettait un pareil miracle, saint Ignace de Loyola, qui ne pouvait s’expliquer que Dieu eût choisi pour le trésor de sa grâce une personne si indigne, mit les stigmates sur le compte du démon.
En 1840, le P. Debreyne, médecin et religieux trappiste, observa un cas analogue.
« Elle (la jeune fille, âgée de dix-huit ans) portait des stigmates aux seins et aux pieds, et de ses plaies coulaient tous les vendredis quelques gouttes de sang. Mais la conduite de cette fille faisait soupçonner de la fraude, et il était à croire qu’elle était elle-même l’auteur de ces plaies miraculeuses.
« Dans le but de s’en assurer, on appliqua sur son pied un linge que l’on serra fortement et qui fut cousu; pour mieux constater si elle y toucherait, on mit sous cette bande une hostie non consacrée de façon à empêcher qu’on ne perçât le linge avec une épingle ou une aiguille. Le vendredi soir, le petit appareil fut levé, et il fut trouvé parfaitement intact; mais on remarqua que le sang avait coulé de la plaie. Il y avait deux ans que ces plaies présentaient le même phénomène et il était alors difficile de nier une stigmatisation réelle. A ce prétendu miracle, venaient se joindre des faits étranges que ne pouvaient s’expliquer les personnes qui en étaient témoins. Entre autres jongleries, on voyait tout à coup dans ses mains, sans qu’on pût savoir d’où elle les tirait, des morceaux
de sucre ou des pommes cuites qu’elle prétendait recevoir de la Vierge, de l’enfant Jésus ou de saint Jean Baptiste. Quoique la fraude fût manifeste, on ne put jamais découvrir comment cette fille s’y prenait; car on visita vainementson lit, son bonnetet ses vêtements. » La stigmatisation appartient donc à l’étude des maladies nerveuses et se produit par la grâce, le démon, ou bien par les esprits.
M. Wallace (1) en parlant des manifestations spirites, dit qu’ils (les esprits) communiquaient par des lettres sur le bras d’une servante ignorante qui, très-souvent, ne put les lire. Ces lettres apparurent quelquefois pendant qu’elle était à son travail domestique, et, ayant été lues par son maître ou sa maîtresse, disparurent.
La supérieure de Loudun et bien d’autres possédées ont été douées du même talent. Il nous semble qu’on ne peut pas trop insister sur la supercherie des hystériques. Du moment qu’il s’agit de tromper un médecin ou un homme de science, rien ne leur est impossible. Tantôt leurs tendances mystiques les stigmatisent et les font jeûner pendant trois ans comme Louise Lateau; d’autres fois elles exercent une influence perturbatrice sur les chaises et les guéridons, comme la fille électrique ou la voyante de Prévost. Il y en a qui parlent toutes les langues sans étude préalable. L’honorable S. W. Edmonds, premier juge du tribunal suprême de New-York, en est témoin. Sa fille médium pour les langues étrangères qui, d’après son père, ne connaissait que l’anglais et un peu de français, parlait tres-Cüuramment, sous l’inspiration des esprits, l’espagnol et le grec, l’italien, le portugais, le latin, le hongrois et
(1) On miracles and modem spiritualism, by Alfred Russel Wallace, 1875.
l’indien, sans compter d’autres langues inconnues aux assistants (1).
Les somnambules ne trompent généralement que ceux qui veulent se tromper, mais celle du Dr Hublier, médecin d’une bonne foi rare parmi les magnétiseurs, parvint à le mystifier pendant quatre ans avant d’être démasquée.
Nous venons de mentionner la fille électrique. Cette enfant, âgée de treize ans seulement et qu’on appelait aussi la fille gymnotique, fit beaucoup de bruit en 1846. Arago et un médecin la soumirent à des expériences qui durèrent plus de deux heures. Les comptes rendus de l’Académie des sciences de cette année renferment les constatations suivantes de M. Arago.
« Une table à manger d’une moyenne grandeur et assez lourde a été plusieurs fois poussée et déplacée par le seul fait du contact de ses vêtements. Deux petites boules de sureau ou de plume suspendues par un fil de soie sont agitées, attirées, et parfois s’éloignent l’une de l’autre.
« Un parquet ciré, un morceau de taffetas gommé, une lame de verre placée sous ses pieds ou sous sa chaise, annihilent également sa propriété électrique, etc. , etc.
« Le fluide de cette fille s’épuisa peu après son arrivée à Paris. Le phénomène anormal qui s’était produit dans son économie, après s’être manifesté au début avec une certaine violence, avait perdu peu à peu de son intensité et avait finalement disparu (2). »
Le succès de ce genre de tromperie est quelquefois merveilleux. En Amérique, par exemple, les demoiselles Fox et leurs disciples ont joué le monde à tel point que quatorze mille citoyens signèrent une adresse priant le Corps législatif de les éclairer dans cette occasion.
(1) Citée par Alfred Russel Wallace.
(2) Figuier. Histoire du merveilleux.
Le Dr Flint a démontré que les coups produits par les « Esprits frappeurs » se passaient dans les articulations des genoux de ces demoiselles. M. SchifT produit les mêmes sons par la contraction de ses muscles péroniers, et M. Cloquet avuunefille qui produisaitdes craquementstrès-forts et assez réguliers, grâce à un léger mouvement de rotation de la colonne vertébrale. Ce bruit qui s’entendait à vingtcinq pieds de distance, ressemblait, dit M. Cloquet, à celui a d’un vieux tourne-broche. » Le père de ce phénomène était un saltimbanque qui exhibait en public son intéressante fille en annonçant qu’elle avait une pendule dans le ventre (1).
Les cas que nous venons de consigner n’ont pas, il est vrai, beaucoup de rapport avec la métallo-thérapie, mais ils servent à démontrer la vérité d’une de nos conclusions.
Les hystériques adorent le merveilleux et quand l’intérêt qu’on leur témoigne indique qu’il se passe quelque chose d’insolite dans leurs symptômes, quelque chose d’inexplicable pour le médecin, elles parviennent à développer les plus étranges désordres.
Qu’il arrive qu’elles saisissent tant soit peu le but du traitement qu’on adopte, c’est leur grand bonheur d’induire en erreur leurs amis les docteurs.
« Quand je dis femme je dis un sexe tant fragile, tant variable, tant inconstant et imparfaict que nature me semble (parlant à tout honneur et révérence) s’être égarée de ce bon sens par lequel elle avait créé et formé toutes choses quand elle a basti la femme. Et y ayant pensé cent et cinq cents fois ne sais à quoi m’en résouldre , sinon que forgeant la femme elle ha eu égard à la sociale délectation de l’homme et à la perpétuité de l'espèce humaine.
(1) F’guier. Histoire du merveilleux.
plus qu’à la perfection de l’individuale muliébrité » (1).
Nous avons surtout insisté sur la production de phénomènes morbides par l’imagination, l'imitation ou la simulation ; mais nous avons aussi démontré que les mêmes forces ont souvent suffi pour amener des guérisons semblables à celles qui sont effectuées par la métallothérapie.
Nous aurions pu nous étendre plus longuement sur la guérison des défauts des sensibilités spéciales, tels que la cécité. Mais ce n’est que dernièrement qu’on a constaté ce symptôme, qui est le plus souvent uni latéral et inaperçu par le malade (2). Il faut le chercher. L’amaurose hystérique double de beaucoup plus rare a donné de beaux résultats par l’apposition des mains (Hadrian et Yespasian. Greatrakeso), la reliquo-thérapie et le magnétisme animal.