‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 105 sur 177 · ARTHRITE · texte numérisé non relu

ARTHRITE

rhumatisme articulaire aigu; nous avons vu la même chose au début d'un rhumatisme blenuorrhagique qui fut poly-articulaire d'abord, et qui ensiiile se localisa dans les deux genoux. Mais, dans ces divers cas, l'inflammation se traduisit presque exclusivement par une douleur pendant les mouvements de la mâchoire, et cette douleur n'était accompagnée ni de gonllementni de rougeur; elle disparut dans l'espace de quelques jours, et il ne resta aucune trace de l'arthrite, qui avait certainement eu lieu.

II. Nous avons également observé des malades qui, dans le cours d'un oreillon, d'une parotidite suppurée ou d'une otite aiguë, avaient les mouvements de la mâchoire assez douloureux pour que l'on pût croire à une arthrite aigui^ de voisinage, développée sous l'influence et par la propagation, vers la cavité articulaire, de l'une des phlegmasies dont nous venons de parler. Cependant, comme les autopsies ne sont pas venues démontrer positivement l'existence de l'inflammation articulaire dans ces cas, et que, d'autre part', la douleur et la gêne des mouvements peuvent s'expliquer aussi bien par la contracture des muscles que par l'arthrite, nous ne sommes pas autorisés à déclarer qu'il s'agissait bien de cette dernière affection.

III. Ou rencontre encore quelquefois des sujets qui, sans avoir ni rhumatisme articulaire, ni oreillons , ni otite, ont cependant une douleur telle de la région temporo-maxillaire qu'ils ne peuvent abaisser la mâchoire, et qu'ils la tiennent dans l'immobilité absolue; mais, quand on parvient à les examiner, on découvre qu'ils ont ou une carie de la dent de sagesse , ou une éruption difficile et retardée de cette dent. Jourdain , dans son chapitre sur la sortie difficile des dents de sagesse (Tra;'/*; des mal. de la bouche el des dénis) , et M. Toirac [Revue méd. franc, el élrang. , t. i, p. 406 ; 1828) Ont cité des exemples de ce genre sur lesquels nous aurons l'occasion de revenir. On ne peut encore savoir positivement si, en pareil cas, la diflkulté des mouvements est due à une inflammation et au gonflement des éléments articulaires eux-mêmes, ou si elle s'explique par une contracture des muscles élévateurs placés au voisinage des points douloureux et enflammés. Il nous suffit pour le moment de poser cette question, et de dire qu'elle n'a pas été résolue par les investigations anatomo-pathologiques; nous indiquerons plus loin , tant à propos de la rigidité qu'à propos des maladies causées par la dent de .sagesse, le traitement à suivre dans les cas de ce genre.-

IV. Quant à l'arthrite aiguë, spontanée et idiopathique, c'est-à-dire indépendante d'une maladie

de voisinage, elle est très-rare, et nous n'en avons pas jusqu'à présent rencontré d'exemple. Peutêtre cependant doit-on rapporter à cette maladie I quelques faits observés par les chirurgiens militaires, et dont les exemples sont beaucoup plus rares dans la pratique civile. M. Sarrazin, dans sa thèse soutenue en 1855 , rapporte deux observations intéressantes de jeunes soldats qui, à la suite de factions pendant des nuits froides, ont été pris de douleurs dans les mouvements de la mâchoire inférieure, et par suite del'impossibilité d'abaisser cet os, en même temps que la pression sur la région articulaire provoquait des douleurs. Il présentecelte maladie comme un rhumatisme Jocal qui se sei'ait développé sous l'influence du froid et de l'humidité , et qui se rencontrerait de piéférence chez les jeunes soldats pour deux raisons : d'abord parce que leur service les oblige à s'exposer la imit aux intempéries de l'air , et ensuite parce que la régi(m dont nous nous occupons n'est préservée chez eux ni par les favoris ou par de longs cheveux, ni, à défaut de ces derniers, par des vêtementsou des prolongements de la coiffure qui puissent entretenir la chaleur de la région. Il y a sous ce rapport une certaine analogie entre les douleurs dont nous parlons et le torticolis , maladie dont les jeunes soldats sont en revanche assez rarement atteints, probablement parce que leur cou est mieux abiité que le haut du visage contre le froid. Cette afi'ection est d'ailleurs de courte durée, et disparait en quelques jours après l'application de cataplasmes, de ouate ou de fomentations chaudes.

Quoiqu'il soit permis de considérer la maladie dont nous venons de parler comme une arthrite réelle, cependant nous devons faire observer que le fait n'a pas été plus démontré que pour les cas précédents, et que de nouvelles recherches sont nécessaires pour déterminer s'il s'agit en effet d'une arthrite ou simplement d'une contraction musculaire douloureuse, comme dans le torticolis.

V. Si, d'après les détails qui précèdeut, l'arthrite aiguë est , jusqu'à un certain point , contestable, en sera-t-il de même de l'arthrite chronique? S'il fallait ici s'en rapporter exclusivement aux autopsies , on pourrait tout d'abord répondre par l'aflirmalive. En effet, A. Bérard et M. Cruveilhier ont eu plusieurs fois l'occasion de voir ou de montrer à la Société anatomique des pièces sur lesquelles les cartilages diarthrodiaux , tant du condyle que de la cavité glénoide, avaient disparu totalement ou en partie; d'autres sur lesquelles les condyles eux-mêmes avaient disparu avec le ménisque interarticulaire. D'un autre côté , M. Smith, de Dublin, a présenté à la Société pathologique de cette ville onze pièces recueillies

MALADIES DE L'ARTICULATION TEMPORO-MAXILLAIRE

presque toutes chez des vieillards, et sur lesquelles on voyait une disparition des cartilages d'encroûtement, tantôt avec une diminution ducondyleet de la cavité glénoïde, tantôt avec une hypertrophie notable du premier et une augmentation de profondeur de la seconde [Gazelle médicale, 1843 , p. 850). Mais les auteurs français et l'auteur anglais ne donnent pas à ces faits la même interprétation. A. Bérard et M. Cruveilhicr ne les considèrent que comme des usures de cartilages avec toutes leuis conséquences, usures dues aux progrès de l'âge, et n'indiquent aucun symptôme ou phénomène clinique qui corresponde aux lésions dont il s'agit. M. Smith , au contraire , attribue positivement ces lésions à une arthrite rhumatismale chronique dont il signale les symptômes; mais, en y regardant de près, on voit que ces prétendus symptômes n'ont pas été observés sur les sujets eux-mêmes dont l'auteur a recueilli les pièces anatomiques. En tenant compte, d'autre part , de l'extrême rareté des accidents dont il fait mention, et au contraire de la fréquence relative des lésions dont il parle, nous n'hésitons pas à croire, avec A. Bérard et M. Cruveilhier, qu'il s'agit simplement d'une lésion sénile des cartilages, maladie qui est sans grand inconvénient et qui ne doit pas figurer parmi les arthrites.

Art. II. — Crépitation indolente.

Nous désignons sous ce nom une affection qui n'a pas encore été décrite, et qui consiste dans un craquement plus ou moins fort, entendu par le malade, et que les doigts d'une autre personne peuvent constater aussi, pendant les mouvements d'abaissement et d'élévation de la mâchoire. Le siège de ce craquement ne permet pas de douter qu'il se passe en effet dans les articulations temporo-roaxillaires.

Un de nous a eu l'occasion d'obsterver deux fois cette maladie, et dans les deux cas, elle s'est présentée avec des caractères analogues, qui nous paraissent pouvoir servir de type pour la description que nous avons à faire. Des deux sujets, l'un était une femme de trente ans, l'autre, un homme de cinquante. La première n'avait pas eu de rhumatisme dans d'autres régions; le second en était atteint depuis longtemps. Tous deux avaient la sensation de craquement dans leurs articulations temporo-maxillaires pendant les mouvements nécessaires pour la mastication, et ce craquement était assez fort pour qu'on piit le sentir avec les doigts, et parfois même l'entendre en se rapprochant tant soit peu du malade. Chez tous deux , cette crépitation était habituellement indolente, mais cependant s'accompagnait de temps à autre

de quelques petites douleurs, auxquelles les malades n'eussent point fait attention s'ils n'avaient été pre'occupés du craquement. Le symptôme principal chez ces deux personnes a été le tourment et l'inquiétude que leur causait celte singulière sensation. L'un d'eux n'a été vu qu'uue fois , mais faisait remonter son a If ec lion à plusieurs années; l'aulre, qui a été revu plusieurs l'ois depuis trois ans, n'est pas encore complètement débarrassé, mais ne ressent pas aussi habiluellenient , et en tout cas ressent moins vivement, sa crépitation indolente. Comme ce phénomène doit être attribué à une sécheresse des articulations ou à quelques fausses membranes, en tm mot, à une lésion semblable à celle qui produit la ciépitation dans d'autres jointures, il est probable que la thérapeutique serait impuissante ou très -incertaine dans ses résultats. Nous avons conseillé à nos raa-lades des frictions avec le baume opodeldoch et avec l'huile de camomille camphrée, des applications de ouate sur les régions parolidiennes pour y entretenir de la chaleur ; mais la guérison n'a pas été obtenue , ou du moins ne l'a pas été assez vite pour qu'on puisse l'attribuer à ces moyens.

Le point important, dans un cas de ce genre, serait surtout de rassurer le malade, s'il était effrayé, de lui persuader que ce phénomène est sans aucune gravité, et de conseiller quelques frictions semblables à celles dont nous venons de parler; peut-être serait-il bon d'employer aussi les douches d'eau froide simple ou sulfureuse sur les régions malades.

Art. III.

Rigidité.

Souvent les articulations temporo-maxillaires ont perdu une partie ou même la totalité de leurs mouvements, de telle sorte que l'abaissement de la mâchoire ne peut plus s'effectuer comme à l'ordinaire, qu'eu conséquence la mastication est impossible, et, que l'exploration de la bouche est empêchée. Il est permis d'attribuer ce résultat à une rigidité et une inextensibilité des synoviales articulaires ; cependant ici, comme pour l'arthrite aiguë ou l'arthrite chronique, nous devons conserver des doutes jusqu'à ce que cette rigidité ait été bien démontrée par des autopsies. Cette réserve faite , il nous est permis de décrire sous ce nom des phénomènes qui offrent un certain intérêt dans la pratique, et qu'il serait difficile de grouper sous une autre dénomination.

I. Si l'on se reporte aux articles précédents, on se rappellera que la rigidité se rencontre dans un certain nombre de maladies aiguës développées au voisinage de l'articulation, telles que l'oreil-

Page 1