‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 143 sur 177 · CALCULS DU CANAL DE WÂRÏHON · texte numérisé non relu

CALCULS DU CANAL DE WÂRÏHON

à propos de la gieiiouillefte, la cjnestioa relative à l'oblitéiatioa de ce conduit.

Art. P

Corps étrangers.

L'orilîce du canal de Warthou est très-petit et porté sur une éiiiinence papiliiforme. Ces deux conditions, qui rendent le catliétérisme assez difficile, doivent empêcher aussi l'introduction des corps étrangers venus du dehors; puiu'iant, dans quelques faits exceptionnels, celte introduction parait avoir eu lieu. M. Delery a rapporté, dans la Revue de thérapeulique médico-chirurgicale, 1853, p. 176, l'exemple d'une arête de poisson dont nous reparierons plus loin ; dans un cas de M. Robert [Bulletins de la Société anatomique, 5" année), il s'agissait d'une soie de sanglier. Ces deux faits sont les seuls dont nous ayons eu connaissance; ils ne suffisent pas pour nous autoriser à donner une description irréprochable de celle maladie. Nous nous contenterons de rapporter en quelques mots l'observation de M. Robert, et d'appeler l'attention sur la ressemblance qui a existé entre les phénomènes constaiés par ce chirurgien et ceux qu'on a observés dans les cas de calculs salivaires. « En septembre 1829, dit M. Robert , je fus consulté par le portier de la maison que j'habite, cordonnier de profession, âgé de 40 ans. Il avait depuis quelque temps, dans la région sous-maxillaire droite, un gonflement accompagné de peu de douleur, oll'rant dans son volume de fréquentes variations, et alternant souvent avec un écoulement mucoso-purulent, qui se faisait jour par la partie inférieure de la bouche. La glande sous-maxillaire dépassait le niveau de la mâchoire inférieure et paraissait avoir triplé de volume; la pression en était indolente, mais provoquait un écoulement assez abondant par l'orifice ulcéré du canal de Warthou et par une petite ouverture placée dans son voisinage. Je présumai d'abord la présence, dans le canal, d'un calcul salivaire; mais un stylet, que j'essayai d'introduire, pénétra à 1 pouce- de profondeur dans la direction du canal, et s'arrêta là sans rien faire découvrir. Je jugeai le malade atteint d'un engorgement inflammatoire chronique de la glande sous-maxillaire, et j'en attribuai la cause au froid et à l'humidité. Trois mois se passèrent sans qu'il se manifestât aucun changement; mais un jour le malade vint m'avertir que l'extrémité d'un morceau de soie de sanglier sortait par l'une des petites ulcérations et lui piquait la langue. J'en pratiquai sans peine l'extraction avec une pince, et, au bout d'une semaine, gonflement, douleur, éeouicmeut, tout était dissipé. » Ce crin , qui est

de ceux dont se servent les cordonniers, et qu'ils poitent souvent entre leurs dents pour les couper, avait 5 centimètres de longueur. M. Robert pense que l'inflaramaiiou provoquée par sa présence s'était propagée, par continuité de tissu, à la glande sous-maxillaire et avait augmenté son volume.

Art. il — Calculs et tumeur salivaire concomitante.

On rencontre quelquefois , dans le canal de Warlhon, des concrétions qui paraissent être déposées par la salive, de la même manière que les calculs vésicaux sont déposés par l'urine.

Caractères anaiotniques. — En général, lorsque nous constatons leur présence , ces concrétions sont au voisinage de l'orifice terminal du conduit, orifice au niveau duquel elles semblent avoir élé ai'rêtées à cause de son étroitesse.

Suivant quelques auteurs , les calculs se sont formés parfois au sein même de la glande sousmaxillaire; mais, outre que le fait n'a pas toujours élé bien démontré, il n'y a pas lien de présenter une description spéciale de cette variété, parce que les symptômes et les accidents ont été les mêmes que dans les cas de calculs du canal excréteur.

Ces calculs restent habituellement petits, sont par exemple aussi gros qu'un pois; ils ont plus rarement le volume d'une olive ou d'un haricot, comme dans deux faits cités l'un par J.-L. Petit , et l'autre par M. Jarjavay [Mémoires de la Société de c/iirurgie, t. iii). Leur poids ne va guère au delà de 3 grammes ; il est le plus souvent de 1 à 2 grammes.

Leur forme est allongée et ovalaire.

Leur consistance est en général trop grande pour qu'ils puissent s'écraser facilement.

Leur couleur est jaunâtre ou d'uu blanc grisâtre.

Dans la plupart des observations, le calcul était unique, mais quelquefois on en a trouvé plusieurs, deux, trois, et même jusqu'à six.

Tantôt lisses, tantôt inégaux à leur surface, ils sont aussi quelquefois creusés, sur une ou deux de leurs faces , d'une rigole ou gouttière que suit la salive pour arriver dans la bouche. Cette disposition était très-marquée dans l'observation de lAl. Jarjavay. Si on les divise au moyen d'un trait de scie, la coupe présente une série de couches concentriques, comme celle des calculs vésicaux.

La composition chimique a peu varié dans les analyses qui ont été faites à diverses époques, et dont plusieurs sout reproduites dans l'excelleatç

MALADIES DU PLANCHER DE LA BOUCHE

thèse de M. Closmadeiic , inlitulée : Recherches historiques sur tes calculs des canaux salivaires (Thèses de Paris, 1855, a" 177). On a toujours trouvé, dans des proportions un peu variables, uue cjuaiiliié considérable de phosphate de chaux, uue quantité un peu moindre de carbonate de chaux, et une faible quantité de matière animale. C'est ainsi que l'analyse faite par M. le professeur J. Regnauld du calcul de M. Jarjavay a donné, pour 100 parties :

Phosphate de chaux et traces de phosphate animoniaco-

magnésien 86,03

Carbonate de cliaux 4,52

Matière animale 7,39

Eau 2,06

Total 100,00

Derrière le calcul, ou mieux à son côté externe, le canal de Warlhou et la glande sous-maxillaire ont souvent présenté des lésions importantes, qui ont été, il est vrai, plutôt étudiées sur le vivant que sur le cadavre. Le canal a présenté de la rougeur inflammatoire et un épaississement de sa membrane muqueuse, souvent aussi une dilatation notable. Cette dilatation a quelquefois été assez grande pour former une tumeur du volume d'une noix , remplie par de la salive mêlée de pus ou par un liquide gluant, analogue à du blanc d'œuf, qu'on peut considérer comme une salive épaissie. La tumeur dont il s'agit ressemble à la grenouillette sous beaucoup de rapports , et nous verrons bientôt qu'elle peut être considérée comme une variété de cette dernière maladie.

Quant à la glande sous-maxillaire, elle est indiquée , dans plusieurs observations, comme étant devenue le siège d'un gonflement assez considérable, par suite de la propagation jusqu'à elle de l'inflammation déterminée par la présence du calcul ; mais , comme il u'y a pas eu de démonstration cadavérique, on peut se demander si, dans quelques-uns des faits allégués, on n'a pas atti'ibtié à la glande suus-maxillaire un gonflement qui, eu réalité, occupait un ou plusieurs ganglions lymphatiques.

Nous n'avons aucun motif pour mettre en doute l'origine primitive et la situation, dans le canal de Warthou, des calculs dont les observations ont été publiées comme des exemples de ce genre; cependant nous ne devons pas dissimuler que la preuve anatomique n'a pas été fournie dans un assez grand nombre de faits pour qu'on puisse être certain que les concrétions ne se développent pas quelquefois ailleurs que dans le canal de Warthou. Ne peut-il pas s'en former, par exemple, dans les conduits de la glande sublinguale ? et i

a-t-on pu toujours établir un diagnostic précis entre ceux-là et ceux du canal de Warthon? M. Slanski a publié dans les Archives générales de médecine, en 1846 (4'' série, t. xii, p.lS4), un cas dans lequel deux concrétions du plancher de la bouche lui ont paru formées par deux dents accidentellement arrivées et enkystées sous la muqueuse buccale , et il émet cette opinion que dans la plupart des faits publiés comme exemples de calculs du plancher de la bouche , il s'agissait probablement de dents anormales. Nous ne saurions partager cette manière de voir; car, dans beaucoup d'observations, les études cliniques ont suffisamment établi que le canal de Warthon était le siège du mal, et dans l'unique l'ait qui a été bien étudié sur le cadavre , celui dont M. Closmadeuc donne la relation, il n'y a pas à douter un instant qu'il s'agissait bien de calculs et non de dents, et que ces calculs étaient réellement dans le canal excréteur de la glande sous-raaxiliaire.

Éiiologie. — Nous savons peu de choses sur ce sujet. D'après les relevés faits dans les auteurs par M. Closmadeuc, aucun exemple n'a été observé avant l'âge de 20 ans ; les trois quaits environ ont été recueillis sur des hommes, et le quart sur des femmes.

Les causes occasionnelles sont tout à fait inconnues. Dans une observation déjà citée du D'Délery, la concrétion s'était formée autour d'une arête de poisson; mais, dans les autres, rien de pareil n'avait eu lieu.

Deux conditions semblent devoir favoriser la formation des calculs : un obstacle à l'écoulement de la salive, et une moditication dans la composition chimique de ce liquide. Or, dans les faits rapportés, il n'est pas question de rétrécissement du conduit qui aurait retaidé le cours de la sauve, et, ce rétrécissement eût-il existé , il est probable qu'on n'aurait pu constater son existence. Quant à la composition chimique de la salive, M. Nicod, longuemeut cité par iVL Pctrequiu {Anaiomie médico-chirurgicale , p. 183), a fait observer que ce liquide à l'état normal ne contient pas de phosphate de chaux , et qu'en conséquence il sembleraii, pour laisser déposer des calculs phosphatiques, devoir subir préalablement une modification dans sa composition. Or cette modification présumée n'a pas été constatée jusqu'à présent , par la raison toute simple que personne n'a eu la pensée d'examiner la salive elle-même non-seulement avant, mais même après la formation du dépôt calcaire.

Symptômes, marche, terminaisons. — • Le

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