MALADIES DES CONDUITS LACRYMAUX
quelles on a donné le nom de dacryolilhes, qui
signifie littéralement pierres lacrymales.
Ces cùDcréllûDS, extrêmement rares et dont l'histoire repose sur un très-petit nombre d'observations, résultent de la déposition de certains sels inorganiques qui entrent dans la composition des larmes, car tous ceux qui les ont observées les ont trouvé formées de carbonate de chaux et de phosphate de chaux et de magnésie, et, dans une analyse faite avec soin par M. Buuchardat, on voit que la proportion de ces deux sels était de 60 pour 1 00 environ , les 40 autres parties consistant eu albumir.e concrète (25) et matière muqueuse (18;. Krimer parle cependant d'une concrétion tirée par lui du sac lacrymal, qu'il considère, sans déduire ses motifs à la vérité , comme une masse de mucus épaissi.
Les calculs lacrymaux varient en nombre depuis un seul jusqu'à trente ou quarante. Leur volume ne dépasse jamais celui d'un pois ordinaire, et il peut être beaucoup moindre. Tantôt ils sont lisses et réguliers, tantôt raboteux et inégaux à leur surface, quelquefois durs et résistants, d'autres fois friables et faciles à réduire eu une poussière sablonneuse etgras-:e. Ils sont ordinairement d'une couleur grisâtre ou blanchâtre, qu'ils doivent à la présence des sels calcaires. On en a cependant trouvé dont la coloration plus foncée se rapprochait du rouge ou de l'orangé. Ils peuvent se rencontrer dans plusieurs points : 1° dans l'un des conduits lacrvmaux; 2° dans le sac lacrymal, à l'entrée du canal nasal; 3° à la surface de la conjonctive , dans quelques-uns des culs-de-sac déterminés par les replis de cette membrane. On n'en a point observé jusqu'ici, soit dans les granulations . soit dans les conduits excréteurs de la glande lacrymale.
Il importe d'étudier à part ceux qui occupent l'angle interne de l'œil et ceux qui en occupent l'angle externe.
Les calculs de l'angle interne ont été observés par Césouiu, Sandifort, Tuberville, Krimer, le h'' Desmarres. Ils siègent, ou dans le sac lacrymal, ou dans l'un des conduits lacrymaux. Leur présence s'annonce par une petite tumeur rouge et indolente à la pression qui fait ordinairement relouer par les points lacrymaux une matière séropurulente. Le cours des larmes est intercepté, et elles tombent sur la joue. Le sac s'enBamme et peut s'ulcérer. Par cette ulcération , on a vu sortir un ou plusieurs calculs : puis s'est établi une fistule lacrvmale, qu'il a fallu traiter par les moyens ordinaires. Dans le cas rapporté en détail par M. Desmarres, une petite sonde cannelée, introduite par le point lacrymal inférieur, servit à gui-
der des ciseaux , à l'aide desquels fut faite , dans la direction du conduit et du côté de la conjonctive, une incision assez large pour donner issue au calcul. Celte observation montre ce qu'il faudrait faire en pareille occurrence.
Les calculs de l'augle externe ont été plus rarement observés encore. La manière dont ils se manifestent et la marche des accidents sont vraiment choses singulières. Dans l'un des yeux, survient une sensation de piqûre et de brûlure, comparable à la douleur causée par un corps étranger. L'examen fait découvrir en efî'et, vers l'angle externe , une concrétion blanche , du volume d'un grain de millet à un pois, placée entre l'œil et la paupière, soit supérieure, soit inférieure, dans le repli oculo-palpébral de la conjonctive. Malgré l'ablation de ce petit corps, de nouvelles douleurs se montrent, une ophthalmie très- vive survient, et l'on ôte, trois jours après, un second calcul semblable au premier. Le lendemain, les accidents inflaumiatûires prennent une grande intensité, et l'on ôte un troisième calcul. Les jours suivants, l'inflammation s'accroit encore, au point même de rendre la saignée nécessaire, et, à la place indiquée plus haut, se montrent des concrétions plus volumineuses encore et plus rapidement formées, puisqu'on en enlève jusqu'à deux et trois par jour. Alors les accidents commencent à s'amender; il ne se forme plus qu'une concrétion dans les vingtquatre, puis dans les quarante-huit heures, et enfin une simple poudre blanche en prend la place. .Mais , taudis que la maladie décroit d'un côté, elle se développe dans l'autre œil , et y suit exactement la même marche , les calculs se formant de plus eu plus rapidement, en même temps que l'inflammation s'accroit, jusqu'à ce que survienne, pour les deux ordres de phénomènes , la période d'amélioration : telle se montra cette bizarre affection dans les deux cas rapportés par Mackenzie. Mais ce n'est pas tout : dans l'un de ces cas , observé par Walther, la maladie reparut quelques années après, aux deux yeux successivement, et avec le même ensemble de phénomènes.
Cette persistance de la maladie et la marche même des accidents indiquent une disposition générale, une sorte de diaihèse calculeuse, dont la cause première nous échappe, mais qui doit être prise eu considération dans le traitement. Les calculs se sout-ils formés dans le lieu même oii on les a trouvés ? se sont-ils développés dans les conduits excréteurs , d'oit ils se sont ensuite échappés avec douleur pour tomber à la surface de la conjonctive, où leur présence a occasionné de l'ophthalmie ? La seconde hypothèse, qui est généralement admise, parait effectivement la plus probable.