MYOPIE
clés (le l'œil , affaiblissement qui a pour conséquence d'empêcher l'harmonie des axes optiques et leur convergence vers l'objet que l'on fixe.
La ciiplopic musculaire a ceci de particulier, qu'elle ne se prolonge pas indéfiniment, quand bien même l'inaction des muscles persisterait. A la longue, la vision simple se rétablit , soit parce que la rétine prend de nouveaux points identiques, soit, ce qui est plus probable , parce que l'image du côté dévié est instinctivement négligée et que la vision s'effectue en réalité avec un seul œil.
Nousavons irailé,dans unaulrearticle(p.392), de la |iara|ysie musculaire et de tout ce qui la concerne avec assez de détails pour être dispensés de revenir sur ce sujet.
Art. V. — Myopie.
La myopie est un vice fonctionnel consistant en ce que les obj.ets ne peuvent être vus nettement que quand ils sont rapprochés des yeux.
On se rappelle que, dans l'état normal, le point de vision distincte est à une distance des yeux qui varie entre 18 et 25 ceatimctrcs, et que, placés plus loin , les petits objets , tels que les caractères d'imprimerie, ne peuvent plus être perçus. Dans la myopie , le point de vision distincte est beaucoup plus rapproché des yeux, en sorte qu'on ne peut lire , distinguer les objets fins, et même reconnaître les personnes, qu'en regardant de très-près.
Il y a des degrés dans cette affection, depuis celui où l'on ne peut lire qu'en plaçant le livre tout près du nez jusqu'à celui oîi on peut le tenir encore à 12 ou 15 centimètres.
Les deux yeux sont myopes à la fois, mais souvent l'un d'eux l'est plus que l'autre, ce qu'on apprécie aisément en faisant lire alternativement avec un des yeux pendant que l'autre est ferme. La myopie coïncide quelquefois avec le staphylùme conique, et, plus souvent, avec le strabisme ; d'autres fois , elle est l'indice d'une amaurose commençante. Dans le plus grand nombre des cas , elle n'empêche pas la vue d'être bonne, et même, à la condition de regarder de près, la plupart des myopes distinguent plus neltement que beaucoup d'autres les détails les plus délicats des objets.
L'examen des yeux ne montre rien de particulier, si ce n'est que la pupille est habituellement dilatée, et que, quand le malade veut regarder un objet placé trop loin, il rapproche et contracte les paupières et fronce le sourcil, comme si ces efforts avaient pour résultat d'aplatir le globe oculaire et de diminuer son étendue aniéro-poslérienre. Quelquefois les yeux sont bombés et saillants, mais c'est rare, et ou ne trouve leur surface plus sail-
lante, et par conséquent plus réfringente, que dans les cas oîi il y a slaphylôme.
Cette affection est quelquefois congénitale, mais le plus souvent elle est acquise et commence à se montrer vers l'àgc de huit à dix ans. On remarque qu'elle est beaucoup plus commune chez les habitants des villes que chez les gens des campagnes, chez les riches que chez les pauvres, et voici comment on explique le fait. La myopie se miuitrc à l'âge où l'éducation commence , c'est-à-dire lorsque les yeux sont obligés de s'appliquer à des objets lins, tels que la lecture, l'écriture, et il faut qu'une accommodation ait lieu pour celte vision à courte distance. Or, il peut se faii'e que l'accommodalion, eu se répétant souvent, défiasse les limites nécessaires pour la vision distincte habituelle, et que, l'œil devenant trop réfringent, les images se forment au devant de la rétine , si les objets ne sont pas un peu plus rapprochés. D'un autre côté, lorsque l'accommodation s'est faite pendant un ceriain temps, il se peut que l'œil ne revienne plus aussi complètement à son état primitif et qu'il reste trop réfringent pour les objets éloignés.
Quelle est donc la modificaiion qui se produit pendant l'accommodatiun de l'œil pour les objets rapprochés et dont la pei'sistance cause la myopie ? consiste-t-elle en un changement intime dans la forme de la cornée, dans la consistance de l'humeur aqueuse, dans la forme et la consistance du cristallin ? Ces opinions ont été tour à tour invoquées; mais on n'a pu jusqu'à présent en prouver anatomiquement la justesse, c'est-à-dire montrer sur des yeux de myopes des changements appréciables dans la cornée et les autres milieux. Il est plus probable que l'accommodation est l'elFet d'une action musculaire , que les muscles droits en particulier kl produisent en exerçant sur l'œil une pression qui l'allonge d'avant en arrière, et que la myopie est causée par la répétition trop fréquente et l'habitude prise de cette action musculaire. Telle est du moins aujourd'hui l'opinion de la plupart des physiologistes.
La myopie n'a du reste que des inconvénients légeis. Arrivée à un certain degré, elle s'arrête, et l'usage des lunettes la corrige assez sensiblcnicnt pour que les malades n'en soient pas trop gênés. Elle diminue d'ailleurs et tend à s'effacer par les progrès de l'âge.
Le traitement peut être prophylactique, palliatif, ou curatif.
Le traitement prophylactique peut, à la condition d'être cuq)loyé de bonne heure, arrêter la myopie. Il consiste à habituer les yeux à ne pas regarder de trop près. Tour cela, on force l'enfant à tenir ses livres et ses cahiers plus loin qu'il
PRESBYTIE.
n"a tendance à le faire , on l'empêche de trop rapprocher les objets, on l'engage^à n'employer ui lorgnons ni lunettes. Quanî ils y sont ainsi forcés, les malades propoitionnent la contraction musculaire et l'accommodation à la distance à laquelle sont placés les objets, et la tendance à la myopie finit souvent par disparaître.
Le traitement palliatif consiste dans l'emploi de lunettes à verres concaves, qui, en dissociant un peu les ravons lumineux, cumpeusenl la force réfringente des yeux. La concaviié des verres est plus ou moins forte suivant le degré de la myopie, et on l'indique par des numéros qui servent en même temps à apprécier rinlensité du mal. M. Chevalier ^.)/fl«i^e/f/e.y myopes et des presbytes) ààivi>é ces mmiéros en quatre séries : les plus élevés, 60, 30, 20; 18, 16, sout ceux qui permettent de voir avec les mvopies les plus faibles; les n" 15, 14, 13, 12, 11, 10, correspondent aus myopies assez marquées; les n°' 9, 8, 7, C, 5, 4 'yj, 4, aux myopies fortes; les n"' 3 %, 3 Y^, 3, 2^^, 2 ' 2, 2, 1 ^i, 1 '/'2, 1, aux myopies les plus prononcées. Le malade choisit lui-même le numéro avec lequel il voit le mieux. On doit toujours lui donner le conseil de se servir le plus rarement possible des lunettes, et d'exercer les yeux sans ce ir.oyen artificiel le plus souvent qu'il le pourra. C'est le seul moyen d'obtenir que la myopie n'augmente pas. Il faut aussi, à mesure que le malade prend des années et que la myopie, par ce seul fait , tend à diminuer , passer à des numéros de plus eu plus élevés, afin de ne pas habituer les yeux aux premiers qu'on avait employés et dont l'usage continuel pourrait empêcher l'amélioration de se produire.
Le traitement curatif, celui du moins qu'on appelle ainsi parce qu'il a été donné comme procurant la guérisùu , est la myoloiiiie oculaire. Partant de cette idée que la myopie est due à un excès d'action musculaire, guides, d'un autre côté, par l'observation de malades qui, à la suite de sections musculaires faites pour le strabisme, avaient été guéris d'une myopie concomitante, .MM. Cunier, J. Guérin, et Bonnet (de Lyon) ont proposé pour cette dernière n.aladie la même opération. Les deux premiers ont fait la section des muscles droits, mais on prévoit de suite l'objection qui s'adresse à cette manière de faire : si l'on coupe un seul des muscles droits, on s'expose à produire un strabisme en seus inverse, et, si l'on eu coupe deux , l'externe et l'interne , on donne à l'œil une fixité difforme. Ré.-ervant donc cette opération pour les cas de myopie avec strabisme, i\I. Bonnet donne la préférence à la section du petit oblique par la méthode sous-cnlanée, c'est-à-dire en
ponctionnant la peau au niveau du rebord inférieur de l'orbite, vers l'angle interne, et conduisant par l'uuverture un ténolùme mousse avec lequel on passe derrière l'insertion inférieure du muscle, q:ie l'on coupe en dirigeant le tranchant de dedans en dehors le long du plancher de l'orbite; mais une autre objection s'adresse à celte opération: n'estelle pas insuffisante, inutile même , parce que ce sont les muscles droits, et non les obliques, dont la contraction accommode l'œil pour la vision à petite dislance et produit par conséquent la myopie, lorsqu'elle vient à s'exagérer? ^uus avons lu avec beaucoup d'intérêt les raisonnements ingénieux que M. Bonnet oppose à cette objection [Traité des sect. tend . , p. 228 et suiv.); mais nous devons dire que nous n'avons pas été convaincus de leur justesse , et il faut que les chirurgiens aient pari âgé notre opinion à cet égard puisque nous n'avons, pour juger la section des petits obliques dans la myopie, que les faits, au nombre de sept, rajiportés par M. Bonnet lui-même. Quelque séduisants qu'ils paraissent , ils ne suffisent pas pour entraîner la conviction : d'autres observations seraient nécessaires , mais nous comprenons qu'il ne s'en produise pas. En effet, pour proposer une opération sur les deux yeux à un myope que des lunettes peuvent soulager, il faut que celte opération soit appuyée sur des raisonnements solides et sur des faits nombreux : ces deux condilions manquant, on ne saurait véritablement encourager un malade à eu couiir les risques. Quant à nous, dans l'état actuel de la science , nous ne pouvons que donner le conseil de s'en tenir au iraitement palliatif.
Art. VI. — Presbytie.
La presbytie est cet état de la vision qui ne permet de bien voir les objets que quand ils sunt éloignés , le point de vision distincte se trouvant reculé à 40 ou 50 centimètres.
Ce vice fonctionnel n'est presque jamais congénial, mais se montre vers l'âge de quarante à cinquante ans, et s'annonce par la nécessité uii l'on se trouve de placer devant soi, pour lire, le papier ou le livre aussi îoiu que les mains peuvent le reculer et quelquefois d'augmenter encore la distance en portant la tête en arrière. Plus lard, malgré ces précautions , les caractères fins et les objets trèsdélicals ne peuvent être perçus. En revanche, on voi nettement des objets éloignés, que les vu;js oïdinaires ne peuvent distinguer. Le seul symptôme anatomiqtie appréciable est le resserrement habituel de la pupille.
Ou ne conuait pas de causes anatomiques à la preshvtie. On a parlé, il est vrai, d'une diminu-