‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 85 sur 177 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

DE QUELQUES TROUBLES FONCTIONNELS COMMUNS A LA PLUPART DES MALADIES DE L'APPAREIL AUDITIF.

Les troubles fonctionnels que nous nous proposons d'examiner ici se rencontrant dans le plus grand nombre des maladies précédemment étudiées, et, à cause décela, ayant été déjà plusieurs fois mentionnés, nous n'avons qu'à résumer ce qui en a été dit, de manière à mettre sous les yeux du praticien tout ce qu'il a besoin de connaître, quand il est consulté par les malades qui appellent spécialement son attention sur l'un ou l'autre de ces phénomènes symptomatiques. Nous parlerons successivement des douleurs et des bourdonnements d'oreille et de la surdité.

Art. l". — Douleurs d'oreille (olalgie).

Rien n'est plus commun que de rencontrer des malades qui viennent consulter pour des douleurs d'oreille. En les examinant, on trouve souvent que la douleur n'est chez eux qu'un symptôme , et qu'ils sont en réalité affectés d'une otite aiguë ou chronique. Il est des cas cependant où , malgré l'acuité de la douleur, l'observateur ne peut découvrir aucune trace d'une altération

bien déterminée : on pense alors que la douleur, ce phénomène si incommode au malade , a son point de départ dans quelqu'un des nerfs de l'appareil auditif, soit dans le nerf acoustique luimême, soit dans le plexus tympanal, soit dans la corde du tympan, et, en conséquence, on donne à l'affection le nom à'otalgie. S'agit-il bien , en eftèt, d'une névralgie? N'existe-t-il pas, quelquefois au moins , un état d'irritation ou de congestion des membranes qui revêtent les cavités auriculaires? La chose est possible, mais il n'existe rien de certain à cet égard.

Quoi qu'il en soit, la maladie est caractérisée par une douleur, presque toujours très-vive, qui se déclare tout à coup, atteint de suite son maximum d'intensité, et cesse brusquement après avoir duré un certain temps, soit pour disparaître définitivement, soit pour se manifester dans quelque autre partie de la tête. Si la douleur est très-forte, les yeux deviennent rouges et larmoyants , et des irradiations douloureuses peuvent se prolonger dans les régions temporale et faciale. Il survient ordinairement des tintements d'oreille , qui s'ac-

THOUBLES FONCTIOINNELS

conipagnent quelquefois de surdiié ; mais bien rarement la douleur est portée au point d'occasionner du délire ou des convulsions. Le mal n'a rieu de cooslant dans sa marclie ni dans sa durée. Il se reproduit généralement plusieurs fois, et se montre assez souvent sous la forme intermittente.

Tantôt l'affeclion paraît sous la dépendance du vice rhumatismal et allerne avec des douleurs de cette nature occupant d'autres parties du corps ; taulôt elle succède à une inflammation aiguë ou chronique dont il ne reste plus d'autre trace que cette sorte de sensibilité maladive; tantôt, et plus souvent, elle se rattache à une névralgie dentaire ou faciale, dont elle partage les vicissitudes. On l'a vue alterner avec une névralgie scialique. Quelquefois elle semble liée à quelque lésion organique des parties voisines, à la carie dentaire, par exemple, comme l'a indiqué Fauchard , ou au développement d'un de ces petits tubercules douloureux des téguments sur la nature desquels les anatomo-palhologistes sont loin d'être fixés.

Celte maladie se distingue facilement de l'otite purulente et de l'otorrhée par l'absence de l'écoulement et des phénomènes qui indiquent la perforation de la membrane du tympnn. Il est plus difficile de la distinguer de l'olite simple; cependant on y arrive par l'observation d'un certain nombre de signes différentiels : ainsi, l'ou sait qu'il est peu d'otites sans lièvre et sans rougeur du conduit auditif externe, de l'arrière-gorge ou des amygdales, tandis que ces phénomènes manquent daus l'otalgie; l'on n'ignore pas non plus que la douleur due à l'inflammation a un accroissement progressif et régulier, tandis que celle qui appartieut aux affections nerveuses est brusque daus son début, irrégulière et capricieuse dans sa marche. L'otalgie survenue, il est important d'en rechercher la cause, car la connaissance de celle-ci peut fournir des indications précises.

La cause du mal peut être attaquée directement, la guérison est assurée : ainsi, Fauchard guérit un malade, dont il a rapporte l'histoire , par la simple avulsion d'une dent cariée, et uous ne doutons pas qn'Itard n'eût obtenu le même succès si son malade eût consenti à se laisser enlever, comme il le lui conseillait, une petite tumeur du cuir chevelu dont la compression augmentait les douleurs d'oreille. Si les phénomènes présentent une marche intermittente, le sulfate de quinine est parfaitement indiqué, et a plusieurs fois réussi. Le plus souvent on est réduit aux palliatifs , tels que les préparations opiacées ou les pilules de Méglin à l'inlérieur, des frictions laudanisées autour de l'oreille, sur les régions lempoi-ale et mastoïdienne. L'application pendant quelques minutes

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