‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 109 sur 119 · RELATIFS · texte numérisé non relu

RELATIFS

§ 29 S. Les attributs relatifs sont ceux qui indiquent une certaine relation des créatures avec Dieu ; nous allons les étudier, en traitant suocessivement de la création, de la conservation^ du concours divin et de la Providence, Pag ' 104

ART. I. — Opinions erronées de quelques philosophes sur la création

§§ 296. Les opinions que nous allons discuter ont eu potir auteurs Cousin^ Gioberti^ et Gûnther. — 297. D'après Cousin, Dieu n^apas tiré la création du néant, il Va tirée de lui-même, comme nous tirons de nous-même l'action que nous allons produire. — 298. Cette théorie pèche sous plusieurs rapports : 2° Elle est fondée sur la maxime des anciens : Ex nihilo, nihil ; or cette maxime signifie que le néant n'est ni cause efficiente, ni cause matérielle de rien^ ce qui ne contredit pas le dogme de la création ex nihilo. 2^ Cousin s'exprime d*une manière très-inexacte lorsqu'il assimile l'action humaine de vouloir à l'acte créateur; car l'homme tire réellement de lui-même et non du néant l'action de vouloir, tandis que la créature, comme dit S. Augustin, n'est point consubstantielle et coétemelle à Dieu. 3® D'après la définition de la création, telle que la donne Cousin, il s'ensuivrait que tous les possibles auraient été créés par Dieu, ou même que rien ne pourrait être créé ; car, suivant lui, la pensée est une création; or, comme Dieu a pensé de toute éternité tous les possibles, ils existent de toute éternité; donc la puissance créatrice de Dieu est épuisée. — 299. Gioberti n'est pas moins inexact ; d'après lui, les choses sont créées par Dieu en ce ^\x' elles ont en lui leur raison suffisante ; mais de simples modifications de la substance infinie auraient aussi leur raison suffisante en Dieu. -~ 3oo. Suivant le même philosophe, les choses sont créées en tant que Vidée générale, qui ne se distingue pas de l'Absolu, ou de Dieu, est déterminée en elles; ce qui renferme le panthéisme. — 3oi. GUnlher dit que la création complète la pie de la Trinité divine ; Dieu existe, dit-il, parce qu'il se révèle à lui-même ; or la création est l'acte définitif au moyen duquel Dieu achève de se révéler à lui-même ; d'où il conclut que la création était nécessaire pour donner à Dieu sa perfection absolue. — 3o2. Parmi les nombreuses difficultés que soulève un pareil système, nous signalerons les suivantes : i^ Il est fondé sur le rationalisme théologique ; car Glinther affirme que le moi est le principe et la source de toute vraie théologie, comme de toute saine phi« Josophie. 2» 11 renferme une notion hétérodoxe de la Trinité ; car il

établit que le^p^sonnes divines se distinguent jpar la connaissance^ et non far leur origine^ ce qui est contraire à la théologie. 3® Il suit éga« lemeot de son système que l'existence du monde est aussi nécessaire que l'existence de la Trinité. — - 3o3. Gttntheret ses partisans accusent S. Anselme et S. Thomas d*avoir soutenu sur la création une doctrine panthéiste. — 304. Ils se fondent sur divers textes : S. Anselme dit quelque part que les créatures n* étaient pas un pur néant , ayant qu^ elles fussent créées; S. Thomas affirme que la création est V émanation de tout l'être dérivant de la cause universelle, qui est Dieu. — 3o3. Ces accusations ne sont pas fondées : S. Anselme veut dire que les exem* flaires des choses existent en Dieu de toute éternité.— 3o6. Si S. Thomas emploie le mot d'émanation, ce mot doit être pris, non d'après l'interprétation moderne^ mais dans un sens large, pour signifier que les choses reçoivent de Dieu leur origine. — 307. Les GUnthériens dé^ tournent aussi de son vrai sens la comparaison que S. Thomas établit entre la cr^o/ioff et la ^^n^ra/io» de l'homme. Pag loS-iog

ART. II. •— Où Von discute quelques questions particulières sur

la création

§§ 3o8* 1* La création est-elle^ quelque chose dans la créature elle» même ? cette question est controversée dans l'école. — 309. Durand, Suarez, Vasquez^ etc., considèrent la création comme une action for»^ mellement transitive, qui se distingue par conséquent de l'acte divin et qui existe dans les créatures. — 3 10. Au contraire, S. Thomas et tout les Thomistes distinguent la création en active et en passive A^ création passive seule est quelque chose dans la création, elle consiste dans une relation réelle de la créature à Dieu ; quant à la création active^ elle ne se distingue pas de l'acte créateur. — 3ii. Cette seconde opinion nous par^t plus conforme à la vérité: car la création ne suppose ni mou* vement ni mutation aucune; mais, si de l'action créatrice nous enlevons tout mouvement, il ne reste plus, dans le concept de création, que l'idée de relation entre le créateur et la créature, 2^ En outre, la création active ne se distingue pas de l'essence divine, considérée en tant qu'elle a rapport aux créatures, parce que la création, considérée en Dieu, ne diâere pas de son essence. -« 3ia. On ne peut inférer que la création est quelque chose dans la créature de ce qu'elle est une action tran* sitive; car elle est appelée transitive parce qu'elle possède la vertu de produire des effets ad extra, mais en réalité Dieu les produit immé» diatement et sans transition. — 3 1 3. Quoique la création active ne se distingue pas de la volition divine, le monde n'est pas éternel pour ecla. — 314. 2** Dieu peut^il communiquer à une créature la vertu surnaturelle de créer quelque chose? -- 3i5. S. Thomas et presque tous les Scolastiques répondent négativement ; voici leurs principales raisons • •- 3x6. D'abord, pour tirer quelque chose du néant, il faut une vertu infi« nie; or une telle vertu répugne à toute créature. De plus, l'effet de la création c'est Vêtre, sous sa raison la plus universelle ; donc il remonte à la cause la plus universelle, c'est-à-dire à Dieu. — 317. 3<^ La créature peut«elle du moins créer quelque chose comme cause instrumentale f

2 1 i TABLE ANÂLTHOÙÉ

Elle ne le peut; parce que tout instrument doit concourir à Teffet de la cause principale par sa propre disposition ; or l'action créatrice étant instantanée, elle n'admet ni instrument^ ni disposition dans l'instrument. — 3 18. D'où il suit que la créature ne peut pas être cause instrumentale, mime à la faveur d*une vertu surnaturelle. Pag. . 1 09-1 1 1

ART. III. — De la fin de la création

§§3x9. Il nous reste à indiquer la fin pour laquelle Dieu a créé le monde. — * 3 20. D'abord, Dieu a dû se proposer une^n dans la création du monde : i^ L*être intelligent, avant d'agir, se propose toujours une fin ; 2<^ Si Dieu ne s'était pas proposé une fin dans la création du monde, il l'eût créé sans raison suffisante. ^»32i. Tandis que la créature agit poussée par le désir de sa fin. Dieu agit par amour de la fin. <— 322. Quelle est la fin de la création ? Cette question a deux sens: on peut se demander, ou bien quelle a été la raison de Faction divine, ou bien à quelle fin Dieu a destiné son œuvre. — 323. Si la question est prise dans le premier sens, il est certain que la raison qui a porté Dieu à créer le monde n'est autre que sa divine bonté; car nous avons vu que cette divine bonté était Vunique raison de tout ce que Dieu veut hors de lui., — 324. L'acte par lequel Dieu communique ainsi sa bonté au dehors est un acte de pure libéralité. — 325. Si nous prenons la question dans le second sens, il est évident que Dieu est la fi» dernière de toutes choses. — 326. Cependant les choses diverses ten* dent à cette fin conformément à la diversité de leur nature. — 327. Dieu n'a aucun besoin de la créature; s'il désire être aimé et obéi, c'est uniquement dans notre intérêt, — 328. Nous pouvons conclure par ces paroles de S. Thomas : Dieu a fait passer les choses du néant à l'être pour leur communiquer sa bonté et pour qu*elles la représentent ensuite^ — 329. Observations : x** La recherche de la fin pour laquelle Dieu a créé le monde n'est point téméraire, comme l'affirme Jules Simon. 2* De ce qu'il répugne que Dieu soit déterminé par une cause étrangère* on ne doit pas conclure, comme le fait Clarke^ qu'il a créé le monde sans aucune raison ; la divine bonté doit être assignée comme la raison pour laquelle Dieu a voulu la création. 3^ Il est donc faux que Dieu ait créé Vhomme pour l'homme et que toutes les autres choses aient été faîtes pour l'homme , comme l'enseignent Kant , Arhens et quel* ques auteurs. Pag iii-xi5

ART. IV. — De la Providence de Dieu

§§ 33o. L'objet de la Providence, dit S. Thomas, c*est de fournir à chaque créature ce qui lui est nécessaire pour atteindre sa fin. '^33i. La Providence embrasse un double objet : Vordre des choses dans la pensée divine et la réalisation de cet ordre par des moyens assurés. — 332. Le dogme de la Providence fut nié, croit-on, par les Sadducéens, il le fut certainement par les Épicuriens^ qui attribuaient tout ce qui arrive en ce monde au concours fortuit des atomes. — 333. Maigre leur langage magnifique sur la Providence, les Stoïciens étaient fatalistes ; pour eux, Dieu lui-même serait soumis aux lois indéclinables du destin,

THÉODICéE 2 1 3

334. Aristote limitait la Providence divine au monde sublunaire; Pla» ton attribuait la providence des choses humaines et terrestres à des Génies inférieurs^ réservant à Dieu le gouvernement des esprits et celui des affaires majeures, — 335. Parmi les philosophes modernes, Cudworth restreint la Providence aux genres et aux espèces; Jules Si^ mon, Emile Saisset, lui assignent le gouvernement des lois générales du monde; enfin les Déistes^ les Panthéistes et les Matérialistes nient absolument le dogme de la Providence. — 336. Il nous faut donc prou« ver qu'il existe une Providence et que cette Proyidencc s'étend à toutes les créatures, — 337. D'abord, on doit admettre une Providence^ en tant que ce nom désigne la raison de l'ordre qui existe dans l'intelligence divine. <— 338. On doit aussi admettre une divine Providence, en tant que ce nom signifie le gouvernement des choses ; Dieu a fait toutes choses pour une fin qui est lui-même, il doit par conséquent diriger chaque chose vers sa fin. — 339. On peut donner une autre preuve a priori de la Providence, tirée de sa sagesse et de sa bonté: Dieu est bon et sage; or, en tant qu'il est bon, il doit prendre soin de son œuvre; et en tant qu'il est sagCy il doit gouverner les choses le mieux pos* sible, * 340. La preuve a posteriori de la divine Providence est fondée sur V ordre et sur l'harmonie qui régnent dans l'univers. — 341. Le consentement de tous les peuples prouve également qu'une Providence veille au gouvernement du monde et de chaque chose en particulier. — 342. Nier la Providence c'est anéantir toute re/t^toit, toute vertu et partant toute société. — 343. S'il n'existait aucune Providence, on ne s'expliquerait pas Vidée de justice que Dieu a gravée dans le cœur de tous les hommes. — 344. Ces preuves établissent solidement que la Providence s'étend aux choses individuelles elles-mêmes ; mais nous en donnerons quelques raisons spéciales. La coordination des choses relativement à leur fin est aussi étendue, dit S. Thomas» que la causa* lité du premier agent ; or Ijl causalité du premier agent, ou de Dieu^ s'étend à tout ; donc toutes les choses doivent être coordonnées à quelque fin. — 345. Par un raisonnement tout semblable, on peut dé« montrer la nécessité du gouvernement divin. — 346. Une qualité commune à toutes les causes productrices, dit encore S. Thomas, c'est q}i' elles prennent soin de leur progéniture; Dieu par conséquent doit prendre soin des choses dont il est la cause. — 347. Pour nier l'action de la Providence sur les choses inférieures, on ne peut alléguer ni que Dieu ne les connaît pas, ni que son pouvoir ne s'étend pas jusqt^ à elles, ni qu'une telle prévoyance serait pour lui une source d'intolérables fatigues. — 348. Ajoutons que Dieu prend immédiatement soin par lui-même de chaque chose^ même des plus infimes ; s'il ne le faisait pas, ce serait sans doute ou bien parce qu'il les méprise, ou bien parce que sa dignité ne lui permettrait pas de s'abaisser jusqu'à elles ; or ces motifs ne peuvent être raisonnablement allégués. — 349. S. Thomas confirme cette preuve par une autre tirée de la divine Sagesse; S.Augustin réclaircit à son tour par la considération de Vadmirable struc" ture que présentent les êtres organisés. •— 35o. La divine opération if exclut pas les opérations des causes secondes ; seulement ces causes

tf4 TAMLB ÂJ^àtrnQUB

Mcoodes ne sont que les exécutrices de la diyiÂe Providence. — 35 1. Eniin, Dieu régit diversement les choses, suivant la diversité de leur nature, — 352. ir* Object, Les méchants prospèrent en ce monde et les bons éprouvent les rigueurs de l'adversité ; donc nulle Providence ne veille sur les affaires humaines. —333. Rép, Loin que ce fait, en le supposant exact, sôit une raison de nier la Providence, il prouve an contraire que son action s'étend au-delà de cette vie ; puisqu'elle ne rend pas à chacune suivant ses œuvres en ce monde. —354. Cette ofrjection avait été déjà réfutée par les Pères ;au reste, nier la divine Providence sous prétexte que nous n*en connaissons pas tous les effets serait une folie manifeste. — 355. 2^ Object, Il y a beaucoup d'événements fortuits dans le monde ; donc la Providence ne s'étend pas à tout. -^ 356. Rép. Certains événements sont appelés fortuits re/a/iVem^iti oiur causes particulières en dehors desquels ils arrivent; mais, relativement à la Providence divine^ il n'y a rien de casuel ni de fortuit, — 357. 3» Object, Si la Providence s*étendait atout, ce serait lui faire injure qtit d'intervenir par soi*même ou par les autres dans la conduite des affai» res de ce monde, ^- 358. Rép, Nous avons vu plus haut que la Providence divine n'excluait pas les opérations des causes secondes : car il appartient à la divine Bonté de pourvoir à tout, non point en faisant immédiatement chaque chose, mais en fournissant à chacune d'elles les moyens de produire leurs actes propres. «-359. D'autres nient la Providence sous prétexte que le succès est ordinairement la récompense de l'habileté et des efforts personnels ; mais on peut répondre que Dieu l'a ainsi réglé pour engager l'homme à ne point passer sa vie dans l'oisiveté et l'inaction. — 36o. 4* Object. Le dogme de la Providence, dont les décrets ne peuvent être vains, serait le tombeau de la liberté humaine. «- 36i. Rép, Le Docteur Angélique nous a montré précédemment comment l'action de la Providence n'excluait ni la contingence des choses, ni la liberté humaine. — 362. Avant de quitter ce sujet de la Providence divine nous dirons quelques mots du destin, «- 363. Ce mot destin est susceptible d'une interprétation chrétienne ; par exemple, si l'on désigne sous ce nom cette disposition immiiable des choses mobiles, d'après laquelle la Providence rapporte chaque chose à Tordre qui lui convient. *— 364. Mais ce n'est pas la signification qu'on lui donnait d'ordinaire ; on entendait sous ce nom soit une indéclinable et absolue nécessité, qui aurait son origine dans la nature et non dans la volonté de Dieu ; soit le cours perpétuel des causes et des effets, établis par Dieu sous l'empire de la. nécessité ; soit une certainefatalité astro^ logique^ qui attachait la destinée de chaque homme à la position qu'af* fectaient les astres à sa naissance. -^ 365. En conséquence, quoique ce mot destin soit susceptible d'être interprété chrétiennement^ il vaut mieux, dit S. Augustin, le remplacer par un autre dans le langage habitueLPag 116-127

ART. V. -• De la divine conservation des choses

|g 366. La divine conservation est Paction par laquelle Dieu con» serve les choses dans V existence. -*- 367. Toutes les créatures ma be»

soin de la divine conseryation pour persévérer à exister ; en effet i^ toyt absolument doit dépendre de Dieu ; 2® les êtres finis sont contingents et restent contingents pendant tout le cours de leur durée. — 368. Ce qui ajoute une grande force à ces arguments, c'est que la conservation des choses, comme leur création, réclame une- puissance infinie. —369. Parmi les philosophes, les uns, et c'est le plus grand nombre, sont partisans d'une conservation positive et directe^ quelques autres se bornent à défendre la nécessité d'une conservation indirecte et négative : d'après la première hypothèse, les choses retomberaient dans le néant, si rinfluencc divine se retirait d'elles ; d'après la seconde, Tanéantissement demanderait un acte positif de la volonté divine. — 370. Les ar- ' guments qui démontrent que les créatures ont besoin de la conservation divine pour continuer d'exister, prouvent aussi qu'une conservation Jirecte et positive leur est nécessaire. — 371. Telle était d'ailleurs la doctrine des Pères ; S. Augustin, S. Cyrille d'Alexandrie, S.Anselme, soutiennent la nécessité de la conservation po^/'/iVe et directe, •«- 372. Si les créatures persévéraient à exister par leur propre vertu, il faudrait un acte positif pour les anéantir, d'où il résulterait que le néant serait Yeffet dun acte positif de Dieu. — 373. Ajoutons encore ces deux observations: I® La conservation des choses n'est pas le résultat d'une action nouvelle de Dieu, elle n'est que la continuation de l'acte créa" ieur. — 374. 2^ Cette maxime de l'école, La conservation n'est que l(f. création continuée, a été critiquée par quelques auteurs qui l'ont mal comprise ; Galluppi l'interprète comme si les Scolastiques avaient voulu dire par là que les créatures retomberaient à chaque instant dans le néant et qu'une nouvelle création serait nécessaire pour les ramener à l'existence : cette interprétation est injurieuse à la mémoire de ces grands hommes. -* 375. i^* Object, Les causes créées produisent des œuvres qui continuent d'elles-mêmes à exister, pourquoi n'en serait* il pas ainsi des œuvres de Dieu? — 3y6.Rép, Il y a une différence capitale entre l'action iiWne et l'action des causes secondes; car cellesci produisent seulement certains modes dans les créatures, tandis que Dieu les gratifie .de Vêtre lui-même. — 377. S. Bonaventure répond : si l'ouvrier créé produit certaines choses qui continuent à exister sans lui, c'est que son action ne produit pas les principes intrinsèques par lesquels ces choses subsistent. — 378. 2« Object. Toutes les choses naturelles tendent d'elles-mêmes vers Vêtre ; donc elles peuvent naturellement se conserver. — 379. Rép. Cela est vrai des principes des choses, aussi longtemps qu'ils conservent l'être ; mais, si la créature était abandonnée à elle-même, ces principes s'évanouiraient incontinent et leur inc/ma/joif à l'être j7^Vaiï avec eux* Pag 127-1 3 1

ART. yi. — Du concours divin

§§ 38o. Le concours divin est l'acte par lequel la divine volonté influe Sune manière efficiente sur toutes les actions des créatures qui regar* dent Tordre naturel. — 38 1. On distingue deux espèces de concours, le concours médiat, qui consiste en ce que Dieu conserve aux créatures les forces dont elles ont besoin pour agir, et le concours immédiat ou

aiS TAB E ANALYTIQUE

simultané, en vertu duquel Dieu opère avec la créature et produit avec elle le même effet. — • 382. Personne ne met en doute que le concours médiat ne soit nécessaire aux créatures. — 383. Mais les créatures ont également besoin du concours immédiat de Dieu dans chacune de leurs actions : i® Tout ce qui possède la raison d^être a Dieu pour auteur immédiat ; or tout effet appartenant aux créatures posssède une raison d^être : donc il dépend immédiatement de Dieu. 2° Si l'effet dépendait immédiatement de la créature et ne dépendait que médiatement de Dieu, il dépendrait plus de la cause seconde que de la cause première; ce qui est impossible. 3^ Si l'on rejette le concours immédiat divin, il s'ensuit que les créatures se suffisent à elles-mêmes pour exercer leur faculté d'agir ; et partant elles se perfectionneraient sans le concours de Dieu : ce qui est absurde et impie. — 384. Observations: 1® L'effet procède tout entier de Dieu et de la créature, non comme de deux agents du même ordre, mais comme d'un premier agent et d'un agent secondaire ; 2^ Si l'on considère le concours divin comme une action immanente de Dieu, il est en Dieu comme sa volition et sa substance ; si on le considère comme une action ad extra, il est un effet de Dieu avec lequel l'action de la créature constitue une chose unique et indivisible ; 3*^ Le concours immédiat est diversement expliqué par les philosophes : les uns disent qu'il est simplement simultané^ tandis que d'autres veulent qu'il soit en outre prévenant; sans traiter cette controverse, nous montrerons que, de quelque manière qu'on l'explique, le concours àiyïn sauvegarde notre liberté, bien loin de la détruire ; 4® Bien que Dieu influe par son action sur toutes les opérations de la créature, il ne suit nullement de là qu'il soit l'auteur dupéché; car, le péché n'étant qu'une défaillance de la cause créée, il ne possède pas une entité propre qui puisse être ramenée à la cause première. «- 385. Voici la réponse que les partisans de la prémotion physique font à cette difficulté: Dieu, disentils, prévient la volonté et pousse à l'action mauvaise, non point en tant qu'elle est mauvaise, mais en tant qu'elle est une action. — 386. Objact. Si quelqu'un aide sciemment le voleur à commettre un vol, l'action lai est justement imputée ; de même si Dieu coopère à l'action mauvaise, la faute doit lui être attribuée, — 386'. Rép. La parité n'existe pas, dit S. Bonaventure, 1*^ parce quHl convient que la divine libéralité fasse lever son soleil sur les justes et sur les méchants et qu'il donne l'être à chaque chose ; 2^ parce que la Providence gouverne les choses qu'il a créées de manière qu'elles puissent exercer leurs acics propres ; 3^ parce qu'il possède la puissance nécessaire pour tirer le bien du mal .• ce dont la créature est incapable. Pag i3i*i37

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