Il faut en dire autant de la connaissance des causes
finales. Car, les fins des choses une fois connues, il nous est
facile de connaître les lois des phénomènes qui les régissent.
En effet, les lois des phénomènes ne sont autres que les lois
suivant lesquelles les choses opèrent. Or ces opérations sont faciles à déterminer, dès lors qu^on en connaît la fin.
33 1 . Nous pouvons renfermer toutes ces preuves dans un seul argument. Les investigations du naturaliste et du physicien ont pour but la connaissance des lois suivant lesquelles les phénomènes de la nature se^ produisent ; mais la connaissance des causes efficientes et des causes finales sont d^une grande utilité pour cela, parce quMl doit y avoir un accord parfait entre les lois des phénomènes et leurs causes soit efficientes soit finales. La connaissancedeces causes doit être par conséquent d^une grande utilité dans les sciences physiques et naturelles.
332. z*"* Objection de Bacon et de Descartes. Les phénomènes de la nature doivent être expliqués par leurs causes prochaines et immédiates ; or ces causes consistent, non dans la fin particulière que Dieu leur assigna en les créant, mais dans les lois et les principes mécaniques suivant lesquels ils se produisent ; donc.
333. Réponse: Nous ne prétendons pas que les phénomènes de la nature ne doivent être expliqués que par leur causes finales ; c^est là précisément Tabus qu^on doit bannir des sciences physiques. Mais nous soutenons que la connaissance des fins pour lesquelles les phénomènes arrivent, servent s découvrir les principes mécaniques qui les produisent, et que les philosophes anciens et les docteurs du moyen âge n'ont pas voulu dire autre chose. Par conséquent, les écrivains qui, à Texemple de Bacon, leur reprochent d^avoir négligé les causes physiques et de ne s*être occupés que de l'investigation des causes finales, commettent une grave injure à leur égard. «
334. 2^ Objection. Descartes : Le physicien doit rechercher comment les choses existent, et non pourquoi. Or, ce ne sont pas les causes finales qui nous font connaître le com* ment des choses.
335. Réponse: Sans doute le physicien doit s'appliquer à connaître le comment des choses, c'est-à-dire les principes qui les constituent et les lois qui les régissent; mais il lui importe aussi de connaître pourquoi les choses existent, car la connaissance de la fin peut le conduire soit à découvrir soit à mieux connaître comment elles sont.
DE l'enchaînement DES CHOSES DANS l'uNIVERS gi
336. J* Objection. Descartes: Ccst une témérité que de vouloir déterminer les fins pour lesquelles Dieu a créé le monde.
337. Réponse: Gomme Tobserve Gassendi, il n'est nullement téméraire de chercher les fins que Dieu s'est proposées en créant les choses, si elles sont manifestes d^elle-mêmes ; or, dans bien des cas, il suffît de considérer Vusage et Vutilité propre des choses pour en découvrir le but et la fin particulière.
338. 4t Objection. Bacon : Gelui qui, pour expliquer les phénomènes de la nature, recherche les fins particulières des choses> au lieu de consulter les faits^ celui-là doit nécessairement recourir aux hypothèses.
339. Réponse: Cette déduction est fausse ; en effet, on part de l'observation des faits pour découvrir la fin des choses ; mais, la fin une fois connue, on s'en sert pour découvrir les causes physiques ou intrinsèques.
340. 5* Objection. Buffon : Recourir aux causes finales pqur expliquer les phénomènes de la nature, c'est supposer que la nature agit sous Timpulsion des causes morales ; ce qui est ridicule
341. Réponse: Bien que les choses naturelles agissent toujours pour quelque fin, on ne peut dire cependant qu^elles agissent pour des causes morales. Gar la cause morale est celle qui non-seulement agit pour une fin, mais qui connaît sa fin et qui cherche volontairement à l'atteindre. Or les choses naturelles étant privées de toute faculté de connaître, elles sont les causes physiques mais non les causes morales de leurs effets.
342. 6^ Objection. Quelques disciples de Bacon : La recherche des causes finales a souvent favorisé l'athéisme. Gette raison doit nous les faire exclure de toute investigation sur les choses naturelles.
343. Réponse: Deluc, qui prétend que l'investigation des causes finales a favorisé plus d'une fois l'athéisme, n'apporte aucun exemple emprunté à Thistoh-e pour établir son affirmation. Nous sommes persuadés, au contraire, que l'étude des causes finales conduit particulièrement vers Dieu, et que l'argument qu'on en tire pour prouver son existence, ek à la portée de toutes les intelUgences, comme nous le montrerons dans la Théodicée.