‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 16 sur 119 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

ARTICLE PREMIER

Distinction^ inégalité et enchaînement des choses

(Tom. II, pag. 470-476)

276. La distinction et l'inégalité des choses est un fait in-contestable. Car le règne minéral^ le règne végétal et le règne animal ont entre eux des différences si marquées, qu'il est impossible de les confondre. En outre^ les choses inanimées, les plantes et les animaux présentent un grand nombre d'espèces, au-dessus et à une grande distance desquelles rhommc se trouve placé. La perfection du monde exigeait cette distinction et cette inégalité entre les choses de Vunivers. En effets une œuvre est d'autant plus parfaite, dit saint Thomas, qu'elle approche davantage de la perfection de sa cause. Or le monde approche plus de la perfection de Dieu s'il contient un grand nombre de natures inégales que s il n'en contenait qu'une seule ; par la raison que nulle nature notant capable de représenter son infinie perfection, plus le monde renferme de natures inégales et diverses, mieux il manifeste la divine Bonté.

377. Il existe entre ces diverses natures un certain ordre qui constitue le système du monde. Cette proposition peut se démontrer a priori^ par la sagesse de Dieu qui a dû mettre un certain ordre entre les créatures ; et a posteriori^ par le spectacle de Punivers, où nous remarquons des natures plus parfaites les unes que les autres, mais concourant toutes à la formation de Tordre unique du monde.

278. La perfection des choses suit une progression ascen^ dante. En effet, si Ton considère attentivement la nature, on découvre facilement cette gradation. Écoutons saint Thomas : Au-dessus des choses inanimées se trouvent les plantes ; audessus des plantes, viennent les animaux sans raison; au-dessus de ceux-ci, apparaissent les substances intellectuelles. Une diversité analogue se rencontre entre les espèces des différents genres ; et, comme dans la même espèce il y a divers

74 GOSMOLOGIS

degrés de perfection, Tespèce se dm«e A son tour en différentes classes de moins en moins parfaites. De cette manière, ajoute le même saint docteur, on peut se faire une idée de Tordre admirable qui relie entre elles toutes les choses de l'univers.

279. S'appuyant sur cette doctrine, les Scolastiques, à l'exemple de NéménuA, de l'auteur des Livres Aréopagiti-^ ques et d^autres anciens, enseignèrent que les diverses natures des choses dont le monde est composé sont unies entre elles par un lien convenable et naturel, et qu'elles ^s'étèvent d^une ma-^ nière insênsible^t han^onieuse du plus humble degré ju^o'ati plus sublime ; ce qui leur faisait comparer Tuniversalité des choses à une échelle au moyen de laquelle on sMlève jusqu'à la connaissance de Dieu. Car les créatures, avec leurs divers degrés de perfection» peuvent être comparées à autant de de^ grés par lesquels l'esprit humain monte, suivant la mesure de ses forces, jusqu'à la connaissance de l'Etre suprême.

280. Si l'on considère tant les choses invisibles que les choses visibles, on trouve dans V échelle des créatures cinq dégrés, que saint Thomas énumère ainsi : La vertu divine se répand sur toute créature et rien A'existe sans quelque degré de vertu. Or, parmi les choses créées, les unes reçoivent une vertu întellective, comme les anges ; d'autres, une vertu ra^ iiannelle, comme les hommes ; d'autres, une vertu setmtive, comme les animaux ; d'autres, une vertu végétative, comme les plantes ; d'autres, enfin, comme les minéraux, n'ont en partage que la vertu de substance. Ainsi, au-dessus des mm^àiix se trouvent les plantes avec la vie végétative» qui est le plus bas degré de la vie ; au-dessus des plantes, on remarque les bêtes avec la double vie végétative et sensitive ; au-dessus des bêtes, nous trouvons Vhommequx, à la vie végétative et sensitive joignant la vie raisonnable, se distingue par là de tous les autres êtres. Bien au-dessus des hommes et des autres créaturesise trouvent enfin les a;i^5, qui, connaissant les cho« ses non par raisonnement mais au moyen d'espèces intdligibles infuses, jouissent de la vie intellective proprement dite et sont appelés substances intellectuelles.

281. Raymond de Sébonde décrit en ces termes les quatre degrés qui composent le monde visible : Parmi les créatures^ dit-ilf les unes ont Yêtre seulement, privées qu'elles sont de

DE l'enchaînement DES CHOSES DANS L^UNIVERS jS

la mtj <du sentiment, de intelligence et du libre arbitte ; elies occupent le plus bas degré. Il y en a d'autres qui ont V'êirett la pte^ sans avoir ni le sentiment ni l'intelligence ; c'est le second degré. D'autres possèdent Vêire, la pie et le sentiment, mais sont dépourvues d'intelligence ; c'est le troisième degré. Enfin le quatrième degré comprend les créatures qui possèdent à la fois Vêtre, la pie, le sentiment ^^V intelligence et le libre arbitre. Cette inégalité et cette distinction entre les choses est si manifeste pour quiconque a étudié la natuce, qu'elle n'a pas besoin d'être démontrée (i).

282. Les créatures qui composent le monde forment une échelle ou une chaîne dont les genres éntimérés ci-dessus sont comme les degrés ou les anneaux^ parce qu'ils se tiennent en quelque manière les uns les autres, ou se continuent entre eux, suivant l'expression moderne. Nous avons déjà prouvé Fexistence de cet enchaînement et de cette continuité. Cependant nous croyons devoir résumer ici un très-beau passage de saint Thomas. Le saint docteur commence par dire que les diverses espèces de créatures se distinguent par des diffé^ renées essentielles propres à chacune, et qu'elles s'accordent par le genre dont elles dépendent. En effet, les végétaux diffèrent des minéraux en ce que les uns pipent à Texcludon des autres-; ils ont cependant cette qualité commune que ce sont également des substances. Les bêtes diffèrent des végétaux en ce qu'elles ont la sensibilité de plus qu'eux, mais ils possèdent en commun la vie. L'homme et la bête sont doués l'un et l'autre de sensibilité, mais ils se distinguent par la raison qui est propre à Thomme. Enfin les anges et les hommes se ressemblent par l'intelligence, mais chez l'homme les opérations inteUectives dépendant des organes du corps, l'homme n'est pas une , substance purement intellectuelle comme Fange. Ensuite, parmi les espèces contenues dans le même genre. Tune étant plus parfaite que l'autre, chaque genre s'unit au genre supérieur par la plus parfaite de ses espèces et au genre inférieur par la moins parfaite d'entre elles ; ce qui n'empêche pas qu'il y ait entre deux genres limitrophes une distance qui laisse place à une différence essentielle. Par

(i) Cette distinction est niée par les seuls Panthéistes. Ces philosophes enseignent, en effet, que toutes les choses sont des modifications d*ane seule et unique substance.

exemple, la bête se rapproche de rhomme par Torang^outan ou homme des bois, et de la plante par le polype.

283. Mais, comme cette coordination des êtres est très-mal expliquée par plusieurs philosophes, il est nécessaire que nous soumettions leurs théories à un sérieux examen.

ARTICLE SECOND

Réfutation de diverses erreurs au sujet de r enchaînement

des créatures

(Tom. II, pag. 476-498)

284. Nous examinerons d'abord la loi de continuité. Cette loi, indiquée d*abord par Bernouilli, fut si bien exposée plus tard par Leibnitz, qu'il en est généralement regardé comme l'auteur. Nous la résumons en ces quelques lignes : Les choses de l'univers sont si bien liées les unes avec les autres qu'il n'existe entre elles nulle espèce de lacune* Car, s'il existait quelque lacune entre les choses, leur coexistence ou leur existence successive serait sans raison suffisante. Cet enchaînement est si rigoureux, d'après Leibnitz, qu'on ne pourrait exactement définir où chaque espèce commence et où chacune finit. Il conclut de là qu'il existe toujours, entre deux dépèces distinctes, certaines espèces équivoques qui participent aux propriétés particulières de l'une et de l'autre, et leur servent d'intermédiaires.

285. Lorsque Trembley, par ses recherches sur les polypes, crut avoir découvert V animal-plante ou ^oophyte. Bonnet prit avec une grande ardeur la défense de la /ot (ie continuité. Il enseigna que tous les êtres existant dans le monde forment une ligne unique et continue qui va du genre minéral au genre végétal, de celui-ci au genre animal et du genre animal à l'homme, et que la, continuité entre les espèces distinctes se fait par certaines espèces intermédiaires.

286. Les philosophes allemands adoptèrent la loi de cofi" tinuitéf mais ils l'entendirent chacun suivant son système; car, tandis que les uns ne lui donnent qu'une valeur idéale^ les autres la regardent comme réelle^

287. Gioberti expose un peu différemment la loi de continuité. Il existe toujours^ dit-il, entre deux genres contrai-

DK L^BNCHAINEMENT DES CHOSES DàMS l'uNIVBR^ 77

resy un genre mqjren dans lequel se réunissent et sHdentifient leurs caractères opposés, parce que ce genre moyen est le terme extrême auquel parvient le genre inférieur dans son suprême effort et le principe initial du genre supérieur. Ainsi, par exemple^ la substance simple est le genre moyen où la substance corporelle et la substance spirituelle viennent comme s^ identifier.

288. Ces théories sur la loi de continuité sont contraires aux principes de la métaphysique et de la logique et con^ tredites par V observation elle-même. D'abord l'existence des espèces équivoques imaginées par Leibnitz et Bonnet repu-gne absolument , En effet aucuneespece.de choses ne peut se composer de propriétés qui répugnent entre elles. Or telles seraient les espèces équivoques dont nous parlons ; car tout genre étant distribué en espèces par des différences opposées, les espèces intermédiaires ou équivoques de ces auteurs seraient composées de propriétés qui répugneraient entre elles : ce qui est absurde . Par exemple, s'il y avait des espèces de cette nature entre le minéral et le végétal, entre le végétal et l'animal, entre celui-ci et l'homme, il y aurait des natures à la fois animées et inanimées, sensibles et insensibles, raisonnables et irraisonnables.

389. La théorie de Leibnitz et de Bonnet ne pèche pas moins gravement contre les principes les plus certains de la logique. Dans la série des genres et des espèces qui compo* sent V Arbre de Porphyre^ l'espèce moyenne est celle qui est soumise à une espèce supérieure comme à son genre et qui sert elle-même de genre à une espèce inférieure. Or ces espèces ne sont pas appelées intermédiaires parce qu'elles participent des espèces entre lesquelles elles se trouvent placées ; mais parce que chacune possède l'essence de l'espèce supé<« rieure déterminée par une différence spéciale, et communique à son tour toute son essence à une espèce inférieure où elle est déterminée par une nouvelle différence. Au contraire, les espèces moyennes, entendues au sens de Leibnitz et de Bonnet, participeraient de propriétés extrêmes et opposées : ce qui est en contradiction avec les principes logiques exposés ci*dessus.

390. En outre, s'il existait toujours une espèce moyenne entre deux espèces opposées^ il faudrait admettre un nombre

78 GOSMOLOOIE

infini d'espèces dans le monde. En eflfel, le ofmtinu est de ss^ nature infini, ou, si Ton préfère, indéfini ; car chacune de ses parties, quelque petite qu^on la suppose, peut toujours se diviser en plusieurs autres. Si donc les espèces formaient une série continue^ au lieu de former une série discrète, il devrait exister entre deux espèces opposées un nombre infini d'autres espèces, puisqu'il y a un nombre infini de degrés entre deux espèces quelconques.

291. La notion de genre intermédiaire, telle que la donne Giobertij n'est pas moins absurde. Car, premièrement, la perfection qui distingue un genre d'un autre est toujours une certaine différence ; parce que, dans la série des prédicables, chaque genre subordonné comprend Tessence du genre supérieur avec une différence nouvelle. Par conséquent, si Tessence du genre supérieur et l'essence du genre inférieur s*identi^aient^ comme l'enseigne Gioberti, dans le genre mojren^ celui-ci contiendrait en acte les différences de Tun et de l'autre. Or cette conséquence est absurde ; par la raison que, si la différence était en acte dans le genre, elle ne lui ajouterait rien, et l'espèce, qui est formée du genre et de la différence, ne contiendrait rien de plus que le genre.

292. En second lieu, d'après les principes de la logique, l'essence du genre supérieur existe toute entière dans le genre moyen^ et l'essence du genre moyen toute entière dans le genre^ inférieur. Or, dans la théorie de Gioberti, ni l'essence du genre supérieur ne serait toute entière dans le genre moyen, ni l'essence de celui«*ci dans le genre inférieur ; au contraire, le genre moyen contiendrait en partie les essences de l'un et de l'autre genre : ce qui est complètement absurde.

293. La loi de continuité est non moins opposée aux ob^ servations des sciences expérimentales. D'abord, tout le monde reconnaît qu'il existe des plantes plus parfaites les unes que les autres et qu'il en est de même des animaux ; mais on ne peut conclure de là, avec Leibnitz et Bonnet, qu'il doit exister une ligne uniforme et continue entre toutes les espèces créées. Car, de ce qu'il existe une certaine gradation de perfections entre quelques espèces, on ne* peut faire de cette gradation une loi générale de la nature; parce que, dans les question» dt faits^ on doit s^en tenir aux seuls faits bien constatésb Ojt on nia trouvé jusqu'ici aucune: qspèce-fjpf^mitf^ftajne^

OU équivoque ni entre le minéral et le végétaU ni entre le végétal et Tanîmal, ni entre le simple animal et Phomme.

294. En outre, il est prouvé par de nombreuses observations, que la perfection des individus d'une espèce ne s'élève jacnais au-dessus de la nature de cette espèce. Bonnet reconnaît lui-même quMl n'existe aucune espèce équivoque entre les.mttiéraux et les végétaux, et que le passage d'un règne à Tautre se fait ex abrupto^ parce qu'il n'y a pas d'intermédiaire possible entre des êtres organisés et des êtres dépourvus de toute organisation* Il n'existe pas davantage d'espèce intenmédiaire^ soit entre la plante et l'animal, soit entre celuici et l'homme. U animal-plante ou \oophyte des naturalisa teS' est. bel et bien un animal et rien autre chose, et Vhomme^ bite^ que Leibnit^ plaçaitdans une autre planète et Btichner parmi les Éthiopiens, n'a jamais existé que dans l'imagination de ces philosophes.

295. Quelques naturalistes soutiennent quUl existe au moins, une espèce équivoque entre la bête et le végétal, et que le polype constitue cette espèce. Mais Flourens» à l'exemple de Réaumur, tout en reconnaissant que \t polype^ par la simplicité^ de sa structure organique, est plus rapproché de la plante que tout autre animal, assure cependant que le polype est un animal et rien autre qu'un animal.

296. Nous avons parlé jusqu'ici delà continuité des espè^ ces qui composent le monde visible. Mais Locke va plus loin, il soutient qu'une série de natures intelligentes s'élève de l'homme jusqu'à Dieu. Les anciens païens avaient imaginé une série innombrable de Génies et de Démons pour combler le vide qui sépare l'homme du Dieu suprême. Certes, sur le témoignage de nos saints Livres, nous admettons nousmêmes qu'il existe plusieurs ordres d'Anges entre l'homme et Dieu ; aiaisnous prétendons en même temps que les Anges de Tordre le plus élevé sont encore séparés de Dieu par un intervalle infini.

297. D'ailleurs, la théorie de la continuité des espèces se concilie très*bien avec le panthéisme. Car il est manifeste que, dan» cette hypothèse, l'essence du monde est unique et cha* que espèce de chose y participe à des degrés divers. Les Panthéistes «demandent-ils rieDi de . plus, lorsqu'ils affirment que toutes les choses de l'univers sont autant d'émanations de l'Absolu, ou autant de manières diverses dont il se manifeste ?

8o COSMOLOGIE

298. A la théorie des Pères et des Scolastiques sur V échelle et V enchaînement des créatures, se trouve également opposée l'hypothèse de V unité de tj^pe^ imaginée par quelques anciens et qui> renouvelée par les philosophes incrédules du dernier siècle, a rencontré de nos jours un certain nombre de partisans. Ces auteurs enseignent qu^il existe un tjye unique de tous les êtres de l'univers, que ce tj^pe est réalisé dansVhomme ou Vespèce humaine et que les autres espèces sont autant de degrés divers par lesquels la nature devait passer pour arriver enfin à la formation de Phomme. Cependant, quelques auteurs n'admettent Tunité de type que dans le seul règne animal (i).

299. L'opinion des philosophes qui veulent que toutes les choses de Vunivers dérivent d^un même type ou exemplaire est manifestement absurde et impie, i" Elle est absurde ; car, si toutes les choses dérivent d'un type unique et que les différentes espèces ne soient que des transformations d'une même espèce, il s'ensuit que la substance de tout ce qui existe* est unique et que les accidents seuls diffèrent ; ce qui constitue le panthéisme physique ou cosmique^ dont l'absurdité sera démontrée plus loin. 2^ Elle est impie ; car, si Dieu existe, il doit être l'auteur de toutes les choses qui sont hors de lui • Mais les philosophes dont nous réfutons les doctrines soutiennent que le monde a été produit par une force inhérente à une espèce primitive unique ; donc leur système présente un caractère impie bien marqué.

300. L'opinion des Naturalistes qui restreignent Vunité de type au genre animal est contredite par les observations les plus exactes aussi bien que par la raison.

I* Le propre du type ou de l'exemplaire^ dit saint Thomas, est de rendre semblable à soi les choses formées sur sou modèle. Or ce rôle ne convient nullement à l'homme comparé aux autres animaux; car, étant seul à jouir de la raison^ il diffère essentiellement des animaux ordinaires.

2* Si l'homme était le dernier terme de l'évolution embryonnaire, comme ils disent, l'intelligence et la volonté seraient produites en lui par un principe matériel ; car Tem-

(i) Ce dernier système diversement modifié est aujourd'hui suivi en Allemagne par BUchner, en Angleterre par Darwin et en France par Littré. Taine et Renan.

Linré, Taine et Renan

ùE l'enchaînement des choses dans l'univers 8l

bryon se développe en vertu d'une force qui lui est naturelle et inhérente. Or cette supposition est absurde, parce que des facultés rationnelles sont nécessairement immatérielles et inorganiques.

S"" Il est impossible qu'une seule et même cause produise des effets de nature toute différente ; or la nature de l'homme est toute différente de la nature du reste des animaux, et les animaux eux-mêmes comprennent des espèces très-diverses entre elles. Par conséquent, un seul et même embryon n'a pu ni former l'homme et les autres animaux, ni produire dans sa marche les diverses espèces animales, en attendant de former Phomme (i).

4"* Il est non moins certain que les diverses espèces d^animaux ne résultent nullement des pauses successives que ferait dans sa marche, comme disent quelques-uns, l'évolution de l'embryon humain. Car les espèces diffèrent entre elles par certaines propriétés essentielles qui les rendent fixes et invariables. Il est certain d'ailleurs, comme Cuvier l'a démontré, que les diverses espèces animales ont été les mêmes i toutes les époques, et si le climat, la nourriture et d'autres causes leur ont fait subir quelques modifications, celles-ci n^ont jamais atteint leur constitution intime.

3o I . Les arguments tirés de Vanatomie des animaux pour établir l'unité de type de tout le règne animal^ manquent de solidité. Et d'abord, la structure n'est pas la même chez tous les animaux ; car, ainsi qu'on l'a vu, les ^oophytes^ les annelés^ les molusques et les vertébrés diffèrent les uns des autres par la structure de leur organisme. Uunité de compo* sition n'est pas la même non plus pour tous les animaux. Chez les polypes^ par exemple, toutes les fonctions s'exercent au moyen d'une masse toute entière de même nature et tellement homogène, que chacune de ses parties peut reproduire le tout. Dans les vertébrés, au contraire, toutes les fonctions sont distinctes et s'exercent dans une partie distincte des au-

(i) La permanence des espèces a été reconnue de tout temps par les philosophes et les {naturalistes les plus illustres. Il suffit de nommer, parmi les anciens, Platon et Aristote. Au moyen âge, | Albert le Grand se distingue entre tous sur cette question. Dans les temfs modernes, Georges Cuvier a défendu avec beaucoup de solidité la stabilité des espèces.

très. Enfin Vunité de type leur fait également défaut. On sait, en effet, que le système nerveux des \oophyte$ diffère de celui dés annelés ; celui-ci, du système des molusques ; celui des molusques, du système des vertébrés. Or c'est la différence du système nerveux surtout qui détermine le type ou la forme générale à^ l'animal.

3q2. Objection. On a constaté que Tembryon humain ressemble d'abord aux formes de certains animaux rudimentaires, et que ce n'est qu'en se développant qu'il acquiert peu à peu la forme humaine. Cela prouve que Tembryon humain passe par toutes les formes animales avant d'atteindre sa perfection chez l'homme.

303. Réponse : Le type de l'animal n'est pas contenu en acte dans l'embryon, il y est seulement en puissance ; voilà pourquoi Pembryon humain, avant d'arriver à la forme humaine, subit des transformations multiples et diverses. Or, dans ses évolutions, l'embryon humain peut bien recevoir telle forme ayant quelque analogie avec les formes des espèces animales les plus rudimentaires^ mais cette analogie ne peut être qu'apparente. MuUer avoue que Ton trouve quelque analogie entre l'embryon humain et les embryons des autres animaux vertébrés ; mais il observe que les uns et les autres, à mesure qu'ils se développent, présentent des caractères qui servent à les distinguer entre eux, et que dans son évolution l'embryon humain n'offre jamais une forme qui ressemble à celle du poisson, du reptile, de Toiseau ou d'autres animaux semblables (i).

304. La théorie de Vunité de type^ dans le règne animal, nous paraît contenir, en outre, un grossier matérialisme ; car, si l'âme humaine provenait, par évolution, du même type que l'âme des bêtes, elle serait matérielle comme celle-ci et périrait conséquemment aussi à la dissolution du corps. L'histoire, d'ailleurs, ne confirme que trop notre conclusion ; car cette théorie est accueillie avec faveur par tous les matérialistes de notre époque .

(i) Outre Muller, Manuel deiphysiologie^ on peut également consul» ter Milne-Edwards, Leçons sur la physiologie et Vanaiomie' comparées ; Coste, Histoire générale et particulière du développement des corps organisés. Nous pourrions citer encore les travaux récents de Quatrefages, de Chevreul, de Th.-H. Martin, etc.

DE L'bNGHAINBMENT DBS CHOSES DANS L'OKIVBES 8

ARTICLE TROISIÈME

Du lien dynamique et du lien téléologique des choses

(Tom. II, pag. 498-520)

305. Outre la gradation que nous avons constatée entre les choses de Tunivers, il existe entre elles divers rapports qui les rattachent les unes aux autres et qui produisent le système unique du monde. Or il est manifeste que cette unité de système est l'œuvre du lien de causalité. Mais les causes qui enchaînent ensemble toutes les choses du monde doivent leur être extérieures^ ce sont par conséquent la cause efficiente et la CBXist finale. Ainsi Tordre de l'univers, ou Vordre cosmi'^ que, se trouve formé par la réunion du lien dynamique tt du lien téléologique (î) .

306. Il est visible que tout lien dynamique disparaît pour les philosophes qui, à Texemple de Malebranche, rejettent toute espèce de cause efficiente créée. Quoique Leib* nitz et ses disciples nient seulement l'existence des causes transitives^ ils aboutissent évidemment au même résultat. Il nous faut établir par conséquent l'existence du double lien cosmique dont nous venons de parler, contre ces différents philosophes.

307. Parlons d'abord du lien dynamique. On sait que pour Malebranche le lien cosmique résulte de Vaction immédiate de Dieu sur les créatures, et que Leibnitz le fait consister dans Yharmonie préétablie par le Créateur entre les actions immanentes des substances de Tunivers.

308. // existe un lien dynamique entre tous les êtres de r univers, i^ Malebranche et Leibnitz ne nient pas que les substances créées ne paraissent jouir d'une certaine activité et exercer une action mutuelle les unes sur les autres, mais ils prétendent que tout cela n'est qu^apparent^ parce qu'il est impossible, disent-ils, que des substances finies jouissent de

(1) Le lien cosmique est ainsi appelé parce qu'il désigne Tensemble des rapports qiii unissent toutes les choses de ce monde ^ en grec xoV/wec. Le premier des liens cosmiques est désigné sous le nom de dynamique, à raison de laforce^ /(^<//mc, ou de V influence que les choses naturelles exercent les unes sur les autres ; le second est appelé téléologique^ à raison de la^Stf «-/km, en vertu de laquelle une chose existe dans Pin» térêî d'une autre.

quelque activité, ou du moins d'une activité transitive. Or, nous avons démontré dans VOntologie que les arguments sur lesquels ces deux illustres philosophes s^appuient pour refuser aux substances créées, Tun toute activité propre^ l'autre toute action transitive, sont dépourvus de toute valeur philosophique (i). Cet argument indirect détruit les raisons alléguées par Malebranche et Leibnitz contre le lien dynamique^ mais il n^en prouve pas l'existence. Il est donc nécessaire que nous en donnions une preuve directe.

3og. 2® D^abord, il est impossible de nier que l'homme ne soit doué d^une certaine activité. Nous avons en effet constaté qu^il sent, quUl imagine, qu'il est intelligent et libre, qu'il peut se transporter d'un lieu dans un autre ; or toutes ces choses prouvent que l'homme n'est pas dépourvu de toute activité. Il en est de même des bêtes ; car, si elles n'ont ni intelligence ni volonté, elles possèdent, comme on l'a vu, des sens intérieurs et des sens extérieurs, ainsi que des appétits divers. Pour ce qui regarde les plantes, nous savons qu'elles jouissent de la vie végétative ; car elles se nourrissent, elles croissent, elles se reproduisent. Les corps inanimés eux-mêmes ne sont pas dépourvus de toute activité ; sans activité ils seraient, en effet, incapables soit d^opposer une résistance aux autres corps, soit même de recevoir l'action des causes extérieures (2).

3 10. 3* S'il est indubitable que tout ici-bas jouit d'une certaine activité, il ne l'est pas moins que toutes les choses exercent une action mutuelle les unes sur les autres. Et d^abord, il est constaté que les objets corporels exercent une certaine action sur nos organes sensoriels ; car, s'ils n^agissaient pas sur nous d^une certaine manière, nous ne les sentirions pas. Il est non moins évident que nous exerçons nous-mêmes une action plus ou moins grande sur les corps qui nous environnent, soit pour les accommodera nos usages, soit pour les faire servira nos plaisirs. Enân, il est constant que les corps agissent les uns sur les autres ; personne n'ignore que la terre et les corps célestes s^attirent mutuellement en vertu de la gravitation et que le mouvement régulier des planètes n'a

(i) Voir VOntologie^ § 272 et suiv. ; % 298 et suiv. (2) Voir ci-dessus, § iSg et suiv.

M l'enchaînement des choses dans l'univers 85

pas d'autre cause ; il est également reconnu que les corps terrestres, qu'ils soient simples ou composés, s^attirent ou se repoussent en vertu d^une certaine force éCattraction ou de r^ndsion.

3 1 1 . 4* Ajoutons à cela que, si les choses de ce monde n^exerçaient aucune action les unes sur les autres, la génération qui perpétue les espèces et V altération qui les modifie de diverses manières seraient de purs phénomènes^ comme rassuraient les Pyrrhoniens. Or ce ne sont pas là de purs phé-nomènes ; car nous avons vu que certaines sqbstances sont produites par d^autres et que les substances corporelles se modifient de mille manières les unes les autres. Par conséquent rinfluence mutuelle des choses les unes sur les autres est un fait indubitable.

3 12. Voilà pour ce qui regarde le lien dynamique; mais, pour former le liçn cosmique du monde, Penchaînement des causes efficientes ne suffit pas, il faut en outre établir l'existence des causes finales ou du lien téléologique.

3i3. L'existence des causes finales devait être niée par Défnocrite et Épicure et par les autres atomistes anciens ; car, si tout dans le monde est le résultat du concours fortuit des atomes, il est évident que les choses ne se rapportent à aucune fin préétablie. Les Panthéistes devaient également les rejeter ; en effet, si toutes les choses émanent de Dieu par une nécessité de sa nature, ou bien si elles ne sont qu'une évolution nécessaire de l'Absolu, il n^existe entre les choses aucun lien téléologique préétabli par une cause intelligente et libre. On devait naturellement compter parmi les adversaires des causes finales tous les Matérialistes et Athées des XVII* et XVIII* siècles ; car Texistence des causes finales suppose l'existence d'une cause suprême ; or« pour éliminer Dieu de Tunivers^ ils étaient contraints d'éliminer du monde les causes finales. Nous regrettons d'avoir à nommer parmi les détracteurs des causes finales deux savants distingués, Buffbn et Laplace. Bacon et Descartes ont eu le tort grave de préparer la voie à cette opinion ; sans nier l'existence des causes finales^ ils ont prétendu l'un et l'autre que leur investigation était plus nuisible qu'utile au progrès des sciences naturelles. En France et en Angleterre les partisans de la philosophie positiviste^ dont Auguste Comte fut le promoteur, repoussent à

leur tour les causes finales ; il en est de même de BQchner et des autres matérialistes allemands.

314. Au contraire, l'existence d'un lien téléologique entre les choses est clairement enseignée par Platon et surtout par Aristote; les saints Pères parlent souvent des causes finales et les Docteurs scolastiques en exposent la doctrine avec beau«coup d'exactitude. Dans les temps modernes, personne n'a défendu les causes finales avec plus d'éloquence que Leibnitz. Les illustres savants Bernouilli^ Newton, Cuvier, de Blainville, etc., ont reconnu Texistence d'un lien téléologique dsn% le monde et se sont utilement servis, dans leurs investigations, du principe des causes finales.

3i5. Diaprés cet aperçu historique^ il est facile de voir que cette controverse est très-importante puisqu'elle touche à la démonstration même de l'existence de Dieu.

3 16. // existe un lien téléologique entre toutes les choses de V univers, i® Donnons d'abord l'argument a /^o^/erfort. Il suffit de jeter un regard attentif sur le ciel, sur la terre et sur les mers, pour apercevoir une foule de phénomènes qui prouvent clairement que les choses de l'univers concourent à la fin et à Vutilité les unes des autres. Les plantes servent à lalimentation de Thomme et des animaux ; les animaux euxmêmes rendent à l'homme de grands services. Qui ne sait l'utilité que les plantes et les animaux retirent de Teau, de l'air, de la chaleur, etc. ? L'atmosphère fournit l'air pour la respiration des êtres vivants, elle tient en suspension les vapeurs qui s'élèvent de la surface des eaux. Les vents rassemblent ces vapeurs en nuées et dissipent les exhalaisons malsaines. Les eaux descendent des montagnes, et les plantes, les bêtes et l'homme s'en servent pour la conservation de leur vie . La terre et les corps célestes gravitent autour les uns des autres et forment cet accord et cette harmonie qui fi-appe l'astronome d'admiration. Cet accord existe non-seulement entre les diverses choses qui composent le monde, on l'observe même entre les parties organiques de tous les êtres vivants. Car chacun de leurs organes est toujours destiné à la même opération dans la même espèce ; ils sont en outre si bien liés entre eux, que de leur ensemble résulte un organisme complet. Ces considérations comporteraient de longs développements ; elles établissent d'une manière si solide et s} claire l'existence

des causes finales, que Targument qu*on tire de celles-ci, pour démontrer l'eicistence de Dieu, est à la portée de toutes les intelligences, même les moins cultivées.

317. 2* L'argument a prt on doit être disposé différemment suivant les adversaires . Si les philosophes que Ton réfute ne nient pas que Dieu soit l'auteur de l'univers, on peut argumenter ainsi avec saint Thomas : Puisque Dieu a créé le monde très-librement, il a dû en le créant se proposer une fin digne de sa sagesse et de sa bonté. Mais, si Dieu a créé le inonde pour une fin, il a dû assigner aussi une fin spéciale à chaque chose, parce qu'un être composé a besoin pour atteindre sa fin générale que chacune de ses parties concoure à cette fin par la poursuite de sa fin particulière. Ainsi donc chaque chose doit avoir sa fin particulière comme le monde a sa fin générale.

3 18. 3^ Voici la disposition que doit prendre l'argument a priori contre ceux qui n'admettent pas que Dieu soit l'auteur de l'univers. Tout ce qui produit une chose la produit pour une fin ; car toute cause fait naturellement passer dans son effet la forme d'après laquelle elle agit, soit que cette forme existe dans la cause suivant son être naturel^ comme le fils dans le père, soit qu'elle y existe seulement suivant son e/re intelligible, comme le plan dans l'esprit de l'architecte. Or la production de la forme dans la chose produite se nomme la fin de l'agent. Il est donc naturel que toute cause agisse pour une fin. En outre, toute cause tend à produire un effet déterminé. Or cet effet déterminé n'est autre chose que sa fin.

319. 4° Quant à ceux qui reconnaissent au moins l'existence des causes efficientes, nous leur proposerons cet argument : Dans une série de causes dont Tune dépend de l'autre, si l'on en supprime une, les suivantes sont aussi supprimées; or la cause finale est toujours la première de la série ; si donc il n'existait aucune cause ^na/e dans le monde^ il n'existerait non plus aucune cause efficiente.

3 20. V existence des causes finales démontrée f on en déduit facilement V existence d'un lien téléologique entre elles. Il est manifeste que les fins particulières des choses de ce monde sont multiples et très-diverses. Mais, si les fins particulières des choses sont multiples et diverses et qu'il existe cependant entre ces choses un ordre tel qu'il constitue l'har-

monie et la beauté de l'univers, on est contraint de reconnaît tre que les fins particulières concourent à la fin générale du monde et qu'il existe par conséquent entre elles un véritable lien téléologique.

321. De là ce corollaire : Les choses de ce monde se rapportent à une cause finale unique placée hors du monde. En effet, les choses de ce monde sont liées entre elles parce qu'elles sont autant de parties d'un être composé unique. Or les parties diverses d'un composé doivent concourir à procurer la fin de ce composé, laquelle est nécessairement unique. Mais cette fin doit être placée hors du monde lui-même ; parce que, dans les choses créées, la fin est toujours placée hors de la chose dont elle est la fin.

322. Nous pouvons résumer ainsi cette discussion : i^ chaque créature a une fin particulière préétablie ; 2^ les créatures se relient entre elles par leurs fins particulières ; 3® elles concourent, par le lien de leurs fins spéciales, à la réalisation de la fin générale que Dieu s'est proposée en créant le monde.

323. Dans VOntologie nous avons réfuté les objections que l'on fait d'ordinaire contre ^existence des causes efficientes et des causes finales ; à vrai dire, ces objections vont à nier la possibilité de l'existence de ces causes, plutôt que leur existence même ; voilà pourquoi nous les avons réfutées dans VOntologie. Deux questions nous restent à résoudre : les causes efficientes et les causes finales nous sont-elles totalement inconnues ? Est-il vrai que la recherche de ces causes soit plus nuisible qu^utile au progrès des sciences naturelles ?

324. Les philosophes qui refusent à l'esprit humain la faculté de s'élever au-dessus de Tobservation des faits purement sensibles, sont les seuls qui puissent nier l'existence des causes efficientes et des causes finales et déclarer que leur existence nous est totalement inconnue.

325. A rencontre, nous allons démontrer cette proposition : // est possible dans beaucoup de cas de connaître les causes efficientes et les causes finales. Parlons d'abord des premières. Les savants les plus recommandables ont indiqué à quels signes on pouvait reconnaître avec certitude s^il existe un rapport de causalité entre deux phénomènes. Herschel les réduit à quatre. Un phénomène, dit-il, est la cause d'un au-

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tre phénomène, i* lorsquMl le précède constamment ; 2* si Fintensité des deux phénomènes est toujours dans le même rapport ; 3"" si toutes les fois que l'un manque, Tautre fait pareillement défaut ; 4^ si leur apparition ou leur éclipse est toujours simultanée.

326. Passons aux causes finales. Il existe un grand nombre de cas où il est facile de découvrir la fin à laquelle aboutit la cause efficiente. Qui ne sait, par exemple, que les pieds sont faits pour marcher, les yeux pour voir^ que la digestion est le terme de la fonction remplie par Testomac dans Téconomie animale ? Par conséquent, la connaissance de la fin des choses ne surpasse pas les forces de Tesprit humain.

327. Cette démonstration est bien plus facile si nous sommes en présence d'adversaires qui reconnaissent que Dieu est Fauteur de tout ce qui existe. En effet, nous connaissons Tf^sage d^un grand nombre de choses ; or Tusage détermine la fin des choses et se confond très-souvent avec elles. Car Dieu, dans son infinie sagesse, a dû organiser chaque chose de façon qu'elle atteigne sa fin propre.

328. L'histoire des sciences naturelles confirme cette démonstration. Qui ne sait qu'on a découvert la cause efficiente et la cause finale d'un grand nombre de phénomènes? Qud est l'homme du peuple qui ne soit capable d'assigner à divers phénomènes leur vraie cause ?

329. // est absolument faux que V investigation des causes efficientes et des causes finales soit nuisible au progrès des sciences naturelles. D'abord, la connaissance de la cause efficiente d'un phénomène nous est d'un grand secours pour découvrir les lois suivant lesquelles ce phénomène se produit Car les lois des phénomènes ne sont que les lois suivant lesquelles les natures corporelles opèrent ; or nous savons que les opérations naturelles d'une chose sont toujours conformes à sa nature et que la nature de l'effet, dans les choses créées, correspond toujours à la nature de la cause. Donc la connaissance de la cause efficiente ne saurait être étrangère à la connaissance des phénomènes.

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