‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 28 sur 119 · CHAPITRE PREMIER. — de la nature des corps · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — de la nature des corps

ART. I. — Différence des corps vivants et des corps non vivants

§§ 5. On distingue dans la nature sensible des corps vivants et des corps non vivants, — 6. La vie consiste dans un certain mouvement. — - 7 . Il appartient au philosophe de déterminer le genre de mouvement qui constitue proprement la vie. — 8. L'être vivant est celui qui est /ui-m^me le «principe de son mouvement. — 9. Observations : t<* La vie n'appartient qu*aux choses qui se meuvent d'elles-mêmes ; 2** ce mouvement doit s'entendre de toute opération intrinsèque à l'agent. — 10. On distingue la vie dans l'acte premier et la vie dans l'acte second. — II. Les latins donnaient le nom d'âme au principe de la vie. — 12. Les corps vivants dififèrent des corps non vivants : 1^ par la struc" ture de leurs parties ; 2^ par leur forme ; V* par la manière dont ils naissent et dont ils se perpétuent ; 4® par leur mode de développement et de conservation, — i3. Erreur des philosophes qui veulent que 10115 les corps sans exception soient vivants. — 14. Après avoir parlé de la nature et des propriétés des corps non vivants, nous traiterons des végétaux et des bêtes. Pag 2-4

ART. II. — Exposé et réfutation du système atomique

ou mécanique

SS 15. Les corps étant des substances composées, il est nécessaire d'en déterminer d'abord les éléments. — 16. Divers philosophes pensent que les corps sont formés d'autres corps appelés atomes, — 1 7. Les chefs de Vatomisme chez les anciens sont Leucippe, Démocrite, Épicure; chez les modernes, Gassendi, Descartes, Newton. — 18. L'ato^ misme est inadmissible. — 19. En efifet : i® Les atomes considérés eit eux-mêmes ne peuvent être les principes constitutifs des corps. -— 20. 2^ De quelque manière qu'on les considère, les atomes sont incapables de constituer les corps. — 21. 3^ Les atomes par leur contact ne pourront jamais former l'unité et l'indivisibilité a^uelle sans lesquelles le

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corps ne peut exister. — ai. 4® Les atomes étant substantiellement les mêmes, ils ne sauraient expliquer ni la diversité substantielle des choses, ni leur génération, — • a3. L'atomisme ne mérite pas d'être longuement réfuté. Pag 4*7

ART. m* — Du système chimique

{$ 24. Système chimique : i^ Les corps sont simples ou composés ; a* Tous les corps, soit simples soit composés, se divisent en parties : les parties homogènes se nomment molécules intégrantes ; les hétérogènes, molécules constituantes ; 3^ La cohésion chimique unit les premières, Vaginite chimique unit les secondes ; 4^ dans les corps composés se trouvent à la fois des molécules intégrantes et des molécules consti^ tuantes ; b^ Les dernières particules des corps en sont les atomes primitifs, — aS. Le système atomique et le système chimique diffèrent surtout en deux points : i^ L'un dérive la diversité des corps de la diversité ^ts figures et autres accidents^ l'autre de la diversité des corps simples; 2^ celui-là fait dépendre les atomes d'une /orce mécanique extérieure, celui-ci de la force à^ attraction appelée force moléculaire. — a6. Le système chimique est aussi éloigné de la vérité que le système atomique. En effet, la méthode expérimentale est impuissante à décou« yrir les éléments constitutifs des corps. ^ 37. Les éléments des chimistes ne sont que le principe matériel ou passif du composé corporel ; reste à trouver le principe actif qui les détermine à constituer le corps. Pag 7-9

ART. IV. — Du système dynamique

§§ a8. D'après le système i^''^^'^''^» chaque cprps est composé de substances simples appelées monades. — 29. Leibnitz explique ainsi la formation des corps par les monades : 1^ Les monades n'ayant ni étendue ni figure n'occupent aucun espace; a*^ elles sont dissemblables et en nombre infini dans les particules corporelles, la matière étant divisible à l'infini ; 3*^ elles possèdent une représentation de l'univers, et sont douées d'une certaine activité intrinsèque ; 4^ privées J'oc- #10» les unes sur les autres, leur agrégation est l'œuvre d'une caus^ externe ; 5<* Dieu est cette cause externe, et l'action apparente des monades les unes sur les autres provient de V harmonie préétablie. — 3o. Wolf et Boschowich surtout modifièrent en plusieurs points le système de Leibnitz ; d'après Boschowich, la formation de l'espace résulte de la double force d^ attraction et de répulsion dont les monades sont douées.

— 3i. Le dynamisme présente de très-graves difficultés: 1*^ Le système de Leibnitz est absurde en soi ; car ses monades sont douées de perceptions et d'appétitions, elles sont en nombre infini, elles sont privées de toute action transitive ; ce qui est inadmissible. — 3a. a^ Il aboutit à des conséquences absurdes: Les masses des corps seraient toutes égales, des monades inétendues se toucheraient sans se confondre.

— 33. Les modifications de Boschowich n'enlèvent pas toutes les difficultés : i<^ De quelque manière qu'on entende le système dynamique, il détruit l'étendue réelle et même l'étendue phénoménale ; a* il répu*>

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gne qa*il «cisie dans les monades une double force ca{mble de produire rétendue ; 3« la double force attractive et répulsive de Boachowich suppose l'action à distance^ laquelle est impossible. Pag • . . • 9-1 a

ART. V. — Exposé du système aristotélico^scolastique

§§ 34. D'après le système des Scolastiques, tout corps est composé d'une matière^ qui joue le rôle de principe passif , et d'une farmÇy qui joue celui de principe actif. — 35. La théorie de la matière et de la forme, ébauchée par Platoh et perfectionnée par Aristote, fut adoptée par les Stoïciens et la plupart des Docteurs scolastiques ; Leibnitz y revient sur la fin de sa vie et Barthélémy Saint- Hilaire la regarde comme très^supérieure aux théories de Descartes et de Leibnitz. — • 36, En expliquant la composition des corps, il faut distinguer soigneusement leurs causes intrinsèques universelles de leurs causes singulières. — - 37. On a vu en Ontologie ce qu'il faut entendre par principe et en quoi il diffère de la cause. •^ 38. Les éléments du corps diffèrent de ses principes ; rélément fait partie intégrante du corps composé ; il est la dernière molécule à laquelle l'analyse aboutit. — 39. Observations : 1^ Les principes et les éléments sont les causes intrinsèques des corps, ceux-là les causes générales, ceux-ci les causes particulières ; 2® la théorie scolastique concerne les principes des corps et non leurs éléments. — 40. D'après les Scolastiques, un double principe concourt à la constitution du corps : un principe actif ou la forme^ un principe passif ou la matière première. — 41, La matière /^remièr^ doit être distinguée de la matière seconde. — 42. Aristote en donne cette définition négative : C'est une chose qui n'est par soi-même ni essence ni quantité. — 43 . Et cette définition positive : Elle est le sujet primordial de chaque chose, ce par quoi chaque chose est intérieurement constituée. — 44. En d'autres termes, la matière est ce qui étant privé de toute essence et de toute propriété se trouve néanmoins capable de recevoir toute espèce de propriété et d'essence. — 45. La définition de la forme est plus facile à donner. — 46. On ne traitera ici que de la forme substantielle qui fait passer en acfe quelque matière. — 47. La forme peut se définir • L'acte premier de la matière. — 48. Voici comment la matière et la forme concourent à la production du corps : 1® La matière y concourt comme une puissance indéterminée, la /orme comme Vacte qui détermine la matière. — 49. 2** La matière concourt à la formation du corps comme principe passif ex la forme comme prin* cipe actif. — 3o. 3^ De l'union de la matière et de la forme résulte, sans autre intermédiaire, un corps par soi. — 5i. Il est nécessaire de considérer aussi le corps en tant qu'il a d^à reçu l'être dans la nature. — 32. i^ Dans la nature, on ne rencontre jamais la matière du corps sans la /orme, ni la forme sans la matière. — 53. 2^ Dans la nature, la matière et Isl forme s'unissent de telle sorte que la matière est déter» minée par la forme et la forme limitée par la matière. — 54. Le corps résulte de trois principes : i® L'être en puissance ou la matière première; 2® La non-existence ou la privation ; 3« La forme. — 55. Si la chose est tirée toute entière du néant, on dit qu'il y a création ;

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si la ohose profîent vie ock^uc sa fùrmt seule «at dtée du néant, il y a génération, — 56. V anéantissement est la destruction totale d'une chose ; la corruption est l'action qui sépare une forme substantielle de sa matière. — Sy. Observations : i* La matière ne peut perdre une forme sans en acquérir une autre; a® la génération et la corruption sont exclusivement propres au composé. — 58. Ualtération se dit du changement des formes accidentelles. PsLg 12-18

▲RT. VI. — Où Von démontre la vérité du système scolasiique

§§59. La manière dont les corps naissent et périssent prouve la vérité de la théorie scolastique. — 60. Tous les philosophes reconnaissent plus ou moins ouvertement que trois principes concourent à la généra* tien des corps: la matière, la privation et la forme. — 61 . Mais les notions de matière et de forme n'ont pas pour tous la même signification. — 62. Les Âtomistes et les partisans du système chimique ne voient pas dans la production des corps un changement substantiel, — 63. D'après eux Vitre, ou la forme acquise dans la génération des choses, consiste uniquement dans l'arrangement de leurs parties, ou dans la combinaison chimique des molécules du corps* — 64. D'après les Scolastiques, au contraire, la production des corps provient d'un changement 5»^5/aifftfe/. — 65. Ce changement est-il substantiel? est-il accidentel ? Telle est la question. — 66. L'opinion d'Aristote et des Scolastiques est prouvée par l'examen attentif de la formation des corps. *- 67. Elle se trouve confirmée par la persuation constante du genre humain. — 68. Il est facile de concevoir comment la matière^ la forme et la privation sont exigées pour la production du corps : i® Ce qui reste de l'ancien corps dans le nouveau, et dont la substance de ce dernier est tirée, cette chose qui est indifférente à recevoir toute espèce de forme, n'est autre que la matière des Scolastiques. — 69. La manière dont s'effectuent les transformations accidentelles des corps confirme cette théorie. —70. a** Pour expliquer la génération d'une chose, il faut, outre la matière^ quelque principe qui place celle«-ci dans une espèce particulière ; ce principe n'est autre que la forme des Scolastiques. *— 7 1 . D'ailleurs la forme est tirée de la puissance de la matière et de son indifférence pour quelque forme que ce soit. —7a. La ma^tière concourt à la production de la forme en ce qu'elle aide l'agent naturel à la produire. — j3. Il faut que la matière existe pour que l'agent puisse en extraire une forme, et Vitre doit être attribué non à la forme seule, mais au composé de matière et de forme. — 74. 3® Enfin la génération serait inexplicable sans la privation de Vitre produit par la génération.*— 75. La privation ne coopère pas à la génération du corps comme principe intrinsèque^ elle y concourt comme le principe ou le terme d'où part la génération. —76. Une fois le corps transformé, la privation disparaît. — 77 . L'examen des propriétés que l'on découvre dans les corps confirme cette doctrine. En effet, l'espèce d'unité et d'indivisibilité du continu s'expliquent très-bien dans la théorie scolastique. — 78. Il en est de même de la résistance et de la figure que Ton observe dans les corps. Pag 18-23

ART. VU. — Réponse aux objections des adversaires de la

théorie scolastique

S5 79- ^ doctrine exposée sur les principes constitutifs du corps va nous servir à réfuter les objections et les arguments des adversaires du système scolastique. — 80. ir» Object. Les principes constitutifs des corps sont ceux indiqués par la chimie, c'est-à-dire les corps simples. — 81. Rép. Les principes om éléments auxquels aboutit l'analyse chimique ne sont point les principes essentiels des corps simples et des corps composés. Cette recherche est Tœuvre exclusive de la Cosmolo^ gie. — 82. 2« Object. Mais la Cosmologie ne peut contredire les faits constatés par les sciences expérimentales ; or, d'après les chimistes, les corps mixtes sont composés de corps simples, et non de matière et de forme, — 83. Rép. Les corps composés diffèrent substantiellement des corps simples, la combinaison de ces derniers ne suffit pas pour expliquer ce phénomène. — • 84. ^« Object. Les notions que les Scolastiques donnent de la matière première, de la forme et de la privation sont absurdes; donc. — 85. Rép. i^ Quoique rexistence,dans la nature, d'une matière séparée de toute forme^ soit absurde, il n'est pas défendu de considérer la matière comme distincte du principe qui la détermine. — 86. Si la matière n'est pas absolument^un être^ elle n'est pas non plus Un pur néant. — 87. 2"* Les caractères d'absurdité que l'on croit découvrir dans les notions déforme et dt privation n'existent pas non plus. — 88. 4e Object, Si V étendue et la force de cohésion ne pouvaient provenir, dans les corps, d'un principe unique, il s'ensuivrait que toute substance qui a plusieurs propriétés se composerait de principes divers entre eux. — 89. Rép. Cela est vrai non de toutes les substances, mais seulement de celles qui ont plusieurs propriétés spécifique' ment diverses, telles que V étendue et la force de cohésion. — 90. 5« Object. V unité à laquelle se ramènent les parties de l'extension, la diversité spécifique des substances corporelles, et la figure déterminée qu'elles affectent peuvent dériver de la substance ides atomes. —91. Rép. C'est impossible : des propriétés qui ont des caractères opposés ne peuvent provenir d'un principe unique. Pag 23-26

ART. VIII. — Détermination de l'essence des corps

§§ 92. U essence du corps ne consiste ni dans la matière seule, ni dans la seule /orme. — 93. Il est faux que l'essence .du corps nous soit inconnue, comme l'affirme Locke. —94. Les anciens appelaient corps tout ce qui possède les trois dimensions ; quelques-uns mettaient une distinction entre l'essence et les dimensions du corps. — 95. Descartes place l'essence du corps dans V étendue ; Gassendi, à l'exemple d*Épi« cure, la fait consister dans l'impénétrabilité actuelle^ ou dans la 5o/idité. — 96. Quelques auteurs ne distinguent pas l'essence du corps des substances physiques qui le composent, — 97. Les Docteurs scolastiques, à l'exemple d'Aristote, ont placé cette essence dans Vexigence de l'étendue, ou dans V étendue radicale. — 98. Cette dernière opinion est en parfaite harmonie avec le dogme catholique de la transsubstantiation, — 99. Après la consécration eucharistique, les dimensions res-

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tent, tandis que la substance du pain et du vin a disparu. «— zoo. On ne peut dire que la raison contredit la foi sur ce point. — loi . La rai* son démontre d'une manière assez claire que l'essence du corps ne consiste pas dans les trois dimensions. — 102. En effet les trois dimensions ne se rencontrent pas uniquement dans le corps ; on les rencontre dans le lieu et dans l'espace. — io3. L'étendue se distingue de la substance corporelle au même titre que les autres accidents ; d'ailleurs l'étendue ne peut rendre compte de toutes les propriétés du corps. — 104. Comme V impénétrabilité suit l'étendue, elle ne peut pas davantage constituer l'essence du corps. ^ io5. Enfin il est manifeste que l'essence du corps ne peut se placer dans la collection de plusieurs subs* tances composées. — 106. L'opinion scolastique est la seule vraie. — 107. Preuves directes : i® L'étendue radicale convient à la substance corporelle seule, ce qui ne peut se dire de l'étendue actuelle; 2^ La nature du corps physique^ dont il est ici question, doit différer de la nature du corps mathématique. — 108. Il reste à réfuter les arguments des Cartésiens. — 109. /*'« Object, Descartes: Dans l'idée claire et distincte du corps, l'étendue seule se trouve contenue. — 1 10. Rép. Dans ridée claire et distincte du corps» il y a, outre les trois dimensions, l'idée d'une substance qui en est le sujet. — 1 1 1 . 2« Object, L'opinion qui place l'essence du corps dans l'étendue est conforme à l'enseignement des Pères. — 112. Rép, Les Pères ont voulu dire simplement que le corps exige les trois dimensions et qu'il ne peut en être natu* rellement séparé. Pag 26-3i

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