CHAPITRE SECOND — des propriétés du corps
S 1 13. L'essence des corps déterminée, il nous reste à traiter de leurs propriétés principales. Pag 3i
ART. I. — Opinions des philosophes sur cette question
§§ 114. On ne trouve rien de bien net^ chez les anciens, sur les pro* priétés des corps, en dehors d'Aristote. — ii5. LesScolastiques en nomment trois, qu'ils donnent comme le fondement de toutes les autres : la quantité^ la qualité et la figure; ils divisaient les autres en qualités fremièrej et en qualités secondes, — 116. Les Scolastiques admettaient certaines qualités qui ne peuvent dériver que du principe actif des corps. ^117. Descartes, au contraire, n'admet d'autres propriétés dans les corps que celles qui peuvent dériver de l'étendue. •— 1 18. Locke divise toutes les qualités des corps en qualités j;r«mières et en qualités secondes ; celles-là sont objectives^ celles-ci sub» jectives.-^ iig. Berkeley et Leibnitz combattirent la théorie de Locke ; pour l'un, toutes les qualités sont subjectives, pour l'autre elles sont toutes objectives ; Kant les tient toutes pour phénoménales. — 120. Galluppi accorde à Berkeley que les qualités corporelles sont toutes subjectives^ mais il croit qu'on ne peut rien en conclure contre l'existence des corps. — 121. Emile Saisset partage l'opinion de Galluppi, mais Ad. Gamier se rapproche davantage d'Aristote et de Leibnitz. — • J22. Nous allons voir ce qu'il faut penser de cette controverse. P. 3i-33
142 TABLE ANAEYTIQUB
ART. 11. — De la quantité ou de téienéue
§§ 123. La quantité est la première propriété des corps. — 124. Fi ne s'agit ici que de la quantité continue. — i25. U étendue n* est pas purement phénoménale; le système des Dynamistes détruit toute espèce d'étendue. — 126. Wolf dérive le phénomène de l'étendue de la perception confuse des éléments simples ou monades^ ce qui est absurde. — 127. Galluppi affirme que plusieurs substances simples peuvent former un tout sensible par leur réunion, ce qui n'est pas moins absurde*— 128. Enfin l'étendue n'est point une simple forme àe las^iuibilité purey comme Kant l'a prétendu. — 1 29. Nos perceptions sont objectives ; donc rétendue l'est aussi : car elle est le fondement de toutes les qualités sensibles. — 1 3o. D'après les Scolastiques, l'étendue corporelle vient de ce que la forme donne la cohésion et Tadhérence aux parties matérielles, — i3i. /»•« Object, Kant: Si l'étendue est réelle et objective, elle détermine les choses contingentes ; or cène supposition détruit la géométrie dont l'objet est absolu, — i32. Rép. L'auteur confond l'étendue sensible avec l'étendue intelligible ; celle-ci seule est l'objet de la géométrie. — i33. 2^ Object, Le même : Si l'étendue était réelle, il faudrait admettre ou que l'étendue est divisible à l'infini^ ou qu'elle est composée d'éléments simples : hypothèses également absurdes. — 134. Rép. U antinomie cosmologique de Kant n'existe pas; car la seconde hypothèse seule est absurde. — i35. La théorie de Zenon est absurde en soi. — 136. En outre, cette théorie des indivisibles ^ ou points ^énoniens^ conduit à plusieurs conséquences absurdes. — 1 37. Les parties sont-elles en acte dans le corps, ou ne s'y trouvent-elles qu'en puissance ? Il est certain qu'elles ne sont pas séparées dans le corps. — i38. Mais, sans être séparées» elles sont cependant distinc" tes entre elles ; en effet, i» sans l'existence en acte des parties, l'étendue ne pourrait se concevoir. — 1 39. 2** Ces parties ont entre elles divers rapports qui supposent leur distinction. — 140. 3* Enfin le corps est divisible en puissance ; or cette divisibilité potentielle accuse l'existence distincte et en acte des parties. — 141. Quoique les parties soient distinctes en acte^ elles ne laissent pas de former Vétendtie^ parce qu'elles ne sont pas actuellement séparées. — 14a. L'étendue résulte des parties distinctes en acte^ grâce au principe /orme/ qui les réunit en un seul tout. •— 143. Si nous considérons le corps absolu^ ment ou mathématiquement, nous croyons, avec saint Thomas, qu't/ est divisible à l'infini, — 144. S'il est question du corps physique^ il n'est pas divisible â Pinfini.Pag 33-37
ART. m. — De l'impénétrabilité du corps
§§ 145. V impénétrabilité est cette propriété par laquelle tout corps exclut les autres corps de la place qu'il occupe, — 146. Tout corps est naturellement impénétrable ; c'est une conséquence de l'étendue. — 147. Cependant, V impénétrabilité du corps ne peut ni se concevoir, ni s'expliquer, si l'on n'admet dans le corps une certaine /orce de résistance, •* 148. Observations: 1^ Quoique l'impénétrabilité se distingue de k résistance conune l'effet de la cause, nous les désignons néanmoins
SOBS le même nom d'impénétrabilité on de solidité ; v» cette force de résistance des corps peut être considérée relativement au lieu^ et rela^ fixement au corps lui-même ; 3® Bien que V impénétrabilité provienne de la matière^» la forme n'est pas étrangère à sa production. ^ 149. La toute-puissance peut suspendre l'impénétrabilité des corps. En effet, i<> si le corps peut être privé de ses dimensions, il peut être privé de son impénétrabilité.— i5o. 2» Dieu, comme cause première, peut conserver dans leur être les effets des causes secondes, sans ces mêmes causes. -^ i3i. Object, de Locke : Si deux corps se compénétraient, ils ne se« raient plus qu'un même corps. — Rép. Dieu peut conserver un être distinct à l'un et à l'autre corps, bien qu'ils ne se distinguent pas à raison du lieu. Pag 87-39
ART, IV. — De la figure du corps
§§ I Sa. Entre autres propriétés qui dérivent du principe actif des corps, nous examinerons /^i fig^^^ et r activité, — i53. La figure qui sert à limiter la quantité est, pour ainsi dire» la fornie de la quantité, — 1 54. Parmi les propriétés dérivant du principe actif ou formel des oorpsy ÏB figure tsx sans contredit la première. — i55. i» L'expérience et la raison prouvent que tous les corps sont doués d'une certaine fi" gure ; %• elle provient du principe formel ; 3* les figures sont aussi diverses que les espèces de corps. — i36. La cristallisation est-elle Fcenvre exclusive de la force attractive des molécules ? La plupart des Physiciens modernes et le P. Tongiorgi soutiennent l'affirmative. ~* 1 57. Avec le P. Liberatore, nous attribuons principalement la criS'talUsaiion au principe actif dn corps : i* U attraction groupe les molécules, mais elle n'explique pas la forme géométrique qu'elles prennent ; a* la force attractive étant la même pour tous les corps, elle n'explique pas non plus l'existence des six types primitifs auxquels les cristaux se ramènent ; 3* les formes nouvelles que reçoivent les corps composés en se cristallisant ne peuvent provenir de l'attraction ; 4® la force attractive seule ne peut faire que la cellule végétale, qui est d'abord ronde^ dey ïttine polyédrique en cristallisant; 5» enfin le phénomène du dimorpkisme nous conduit à la même conclusion. — i58. Ainsi le principe de la cristallisation des corps se trouve dans les corps euxmêmes, et ce pfindpe ne peut être confondu avec le principe passif des corps, c'est-à-dire avec Vétendue. Pag 39-42
ART. V. — De V activité du corps
§§ zSç. Il ne répugne pas que les corps soient doués d'activité et agissent les ims sur les autres. «—160. L'expérience prouve que tous les corps sont doués d'une certaine activité. — 161. Plusieurs ;?A^nomènes que l'on observe dans les corps viennent à l'appui de cette doc* trine. — 162. Absurdités qu'entraîne la négation de l'activité des corps: i« L'ordre des choses d'où résulte le système du monde serait détruit ; a* elle ouvre la porte à l'idéalisme ; 3^ les sciences physiques disparaissent. — i63. Les corps par leur action les uns sur les autres produisent-ils de nouvelles substances^ ou ne produisent-ils que des accidents? Les Atomistes et les Chimistes ne voient partout que des productions
Ï44 TABIDB AKALYtlQUE
accidentelles ; Aristote et les Scolastiques admettent la production de composés substantiels, — 164. Cette dernière opinion est seule vraie : I* Le corps engendre son semblable ; or cette génération regarde la substance et non les accidents seuls. — i65. 2® Si les corps étaient in* capables de produire de nouvelles substances, les formes substantielles des corps auraient moins de vertu que leurs formes accidentelles. — 166. L'activité corporelle n'est que l'instrument de la forme substantielle ; or l'instrument rend l'effet semblable, non à sa propre nature, mais à la nature de la cause principale. Pag 42-44
ART. vx. — Si les qualités premières et les qualités secondes
sont objectives
§§ 167. Les qualités premières sont telles dans les corps que nous les connaissons, c'est-à-dire r^W/e^. — 168. Quant aux qualités secon' deSy 1* il ne s'agit pas de savoir s'il existe dans les corps quelque chose qui soit semblable à la sensation^ comme l'ont cru Reid et Buffîer ; a^ en niant l'objectivité des qualités secondes^ Descartes, Malebranche et Locke ne nient pas qu'il n'y ait dans les corps une certaine aptitude à produire ces sortes de sensations. — 1 69. Il ne faut pas confondre l'impression de l'objet matériel sur les sens avec Vappréhension sensible ; les qualités secondes peuvent se considérer absolument ou relatif vement. — 170. i** Il existe une certaine ressemblance entre les qua^^ lités secondes considérées absolument et l'impression qu'elles produis sent sur les organes sensoriels. -— 171. 2* Il ne peut y avoir aucune ressemblance de nature entre les qualités secondes et la perception sensible.— - 172. Corollaires: 1* Les qualités sensibles existent dans les corps, sinon en acte au moins en puissance. — 173. 2* Bien que les sensations soient des modifications de l'âme, elles ne laissent pas d'être objectives.'^ 174. Les qualités secondes>e55emMeiif à nos perceptions s^sibles, si nous les considérons relativement à nos sens. ^ 175. I*** Object.\Les modifications de l'âme sont incorporelles, tandis que les qualités sensibles sont corporelles; il n'existe donc aucune ressemblance .entre elles.— 1 76. Rép. Ces modifications sont à la fois subfecti^' ves et objectives ; d'ailleurs il ne répugne pas que la modification ait avec la qualité sensible sinon une ressemblance de nature, au moins une ressemblance de représentation. — 177. 2« Object. Les corps sont privés de couleur dans l'obscurité; donc la couleur ne leur appartient pas. — 178. Rép. D'abord, les corps lumineux par eux-mêmes font exception; quant aux autres, ils sont colorés après que la lumière est venue les frapper. — 179. 3* Object. Locke: Si les qualités secondes existaient dans les corps,. la;douleur, par exemple, ressemblerait à l'aiguille qui la procure, ce qui n'a pas lieu. — t8o. Rép, La douleur est Veffet de la piqûre, elle n'en est pas la représentation ; celle-ci est donnée par la sensation du toucher. Pag 44-47