DU SIÈGE DE L^AME
Ton préfère, dans chacune des parties du sujet quUl perfectionne (i).
ARTICLE QUATRIÈME
Réponse aux objections des adversaires
(Tom. III, pag. 197-204)
25a. i^ Objection. Si la pulpe du cerveau est comprimée, si elle vient à se corrompre, si le cerveau ou le nerf qui le fait communiquer au sensorium est malade, toute sensation disparaît aussitôt. D^où il suit que les sensations ont lieu dans le cerveau ; donc le cerveau est le siège de Pâme.
253. Réponse: D'abord les faits allégués ne prouvent pas que les sensations se produisent uniquement dans le cerveau. Ils établissent peut-être que le cerveau est le centre de tout le système nerveux et que tous les nerfs servant à la sensation s^y rattachent. D'où Ton peut conclure, si le fait est vrai, que les nerfs ne doivent plus fonctionner si;le cerveau, pour une cause quelconque, vient à être frappé de paralysie. Mais l'expérience prouve aussi que toute sensation disparaît si Porgane sensoriel est lui-même paralysé. Si donc les faits allégués dans Tobjection prouvent que toutes les sensations trouvent leur complément dans le cerveau, celui que nous venons de mentionner établit à son tour que les sensations ont d'abord lieu dans les organes. D'ailleurs Tâme jouit d'autres facultés que des facultés sensitives ; or l'objection s'appuie exclusivement sur les opérations de ces dernières.
354. En outre, les faits apportés confirment une thèse que nous avons soutenue dans la Dynamilogie^ savoir que Vencé-^ phale ou le système cérébro-spinal est l'organe du sens intérieur appelé sens commun^ d'où partent et où aboutissent toutes les sensations externes : ce qui n'est pas en contradiction avec la doctrine que nous avons professée dans notre dernier article.
255. 2* Objection. L*âme réside dans le corps dont elle est l'acte ou la forme, c'est-à-dire dans un corps organique ; mais
(1) Qq. dispp.,q. un. De anim,, a. 10 ad i8.
chaque partie du corps n'est pas organique ; donc l'âme ne réside pas dans chaque partie du corps.
256. Réponse. 'Ùàmc humaine, étant une/orme supérieure aux autres, jouit d'une vertu capable de s^exercer par plusieurs opérations ; d'où il suit que le corps informé par cette âme doit être pourvu d'organes divers appropriés à ces opérations multiples. Il n'y a donc à proprement parler que le corps entier, c'est-à-dire accompagné de ses organes constitutifs qui se trouve directement et par soi informé par Tâme. Mais, comme les parties ont rapport au tout, il arrive que Tâme informe les parties par là même qu^elle informe le tout
257. D'après cela il est facile de comprendre, i^ que chaque partie n'est pas un animal, bien qu'tllt soit animée; 2^ que rame n'existe point en plusieurs lieux, bien qu'elle réside dans plusieurs parties du corps*
258. 3^ Objection. Si l'âme était dans les différentes parties du corps, comme les unes sont en mouvement et les autres en repos, il s'ensuivrait que l'âme serait à la fois en mouvement et en repos : ce qui est impossible*
259. Réponse : Nous pensons, dit saint Thomas, que le corps venant à se mouvoir, l'âme se meut aussi, mais seulement par accident et non par soi. Car il n'y a aucun inconvénient à ce qu'une chose se meuve et soit en repos /^iirûccident sous différents rapports ; l'inconvénient existerait au contraire si une chose était simultanément par soi-même en mouvement et en repos (i).
260. 4^ Objection. Si l'âme était dans toutes les parties du corps, elle devrait croître avec ces parties, ou disparaître avec elles s'il arrive par exemple qu'elles soient amputées ; or ce conséquent est absurde ; donc l'antécédent est faux.
261. Réponse: L'âme étant dès le principe la forme de tout le corps, elle préside elle-même à la croissance de ses membres et les anime par conséquent aussi longtemps qu'ils restent unis au corps ; s'il arrive qu'un membre soit amputé, l'âme cesse de Vanimer, parce que ce membre cesse de faire partie du corps qu'elle informe comme une matière unique et indivisible.