‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 6 sur 119 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

PES PROPRll^éS DU GOJtPS

u3. Après avoir déterminé quels ^nt les principes con^ titutifs du corps et quelle en est Yessence^ nous allons étudier quelques-un^^ de ses propriétés.

ARTICLE PREMIER

Opiniom 4^ philosophes sur la naturç (fes propriétés

corporelles

(Tom. II, pag. 36a-366)

114. Aristote paraît être le seul parmi les anciens philosophes qui se soit occupé de cette question des qualités corporelles. Démocrite et les autres atomistes ne reconnurent d^aotres qualités dans le corps que la figure^ Iç mouvement^ et les qualités qui résultent de la combinaison des atomes.

On ne trouve rien de bien clair sur cette question ni dans Platon ni chez les premiers Stoïciens.

11 5. Diaprés Aristote et les Scolastiques, les deux premières propriétés qui dérivent de Tessence du corps sont la quantité ou étendue qui dérive du principe matériel^ et la qualité qui émane du principe formel. Ils divisaient ensuite les autres propriétés en qualités premières et en qualités se-" condes. Le chaud et le froide V humide et le sec^ étaient des qualités premières^ parce qu'elles ne proviennent d'aucune autre ; au contraire, le dur et le mou^ le doux et Vamer étaient regardés comme des qualités secondes^ parce qu^elles émanent des qualités /7rewière^.

11 6. Ainsi, les Scolastiques, à l'exemple d^Aristote, admettaient dans les corps, outre les qualités qui se rapportent au principe j!?^^f/, telles que V étendue et la solidité^ d'autres qualités qui dérivent du principe actif, telles que la couleur^ la saveur y etc., et attribuaient aux unes comme aux autres une existence objective.

117. Descartes, au contraire, adopta Yatomismeàt Démo* crite et lui donna une célébrité supérieure à l'ancienne. Malebranche place l'essence des corps dans Yétendue^ à Texemple de Descartes, et ramène toutes leurs propriétés aux relations de distance^ de figure et de mouvement. Quant aux autres propriétés, telles que la chaleur, le froid^ etc., elles ne sont, d'après lui, que des modifications de notre âme que nous attribuons faussement aux corps.

118. Locke entreprend à son tour d^expliquer la théorie cartésienne. Il divise les propriétés des corps en qualitésji^remièr^^ et en qualités ^acon^ie^. Celles-là seules, telles que la solidité, V étendue^ la figure^ le mouvement ou le repos et le nombre^ sont objectives; les autres, telles que les couleurs, les odeurs^ les saveurs^ etc., sont yim(\Mtmtnt subjectives.

II g. Berkefey et Leibnitz combattirent la théorie de Locke. Le philosophe anglais prétendit que les qualités /7remfère^ étaient subjectives aussi bien que les qualités secondes. Le philosophe allemand soutint tout Topposé ; pour lui, les qualités secondes sont objectives ainsi que les qualités premier tes. Kant, à son tour, rejeta la division imaginée par Descartes et par Locke et enseigna que toutes les qualités corporelles étaient également phénoménales.

DES PROPRléréS DU CORPS 33

120. Galluppi accorde à Berkeley que les propriétés attribuées aux corps ne sont que nos propres sensations, transportées par nous aux objets extérieurs, mais il croit qu^on ne peut rien conclure de cette opinion contre Texistence réelle des corps.

121. Emile Saisset a soutenu dans ces'derniers temps Topinion de Galluppi ; Adolphe Garnier, revenant à Popinion d^Aristote et de Leibnitz, reconnaît que toutes les propriétés des corps sont objectives.

122. Nous expliquerons d'abord les principales propriétés des corps qui dérivent soit du principe actif soit du principe passif; nous dirons ensuite ce qu^il faut penser des qualités premières et des qualités secondes.

ARTICLE SECOND

De la quantité ou de V étendue

(Tom. II, pag- 366-377)

123. La quantité est la première propriété du corps. Parmi les propriétés corporelles, les unes[dérivent du principe/?a55t/ou de la matière et les autres dérivent du principe actif on de Informe. Mais la forme présuppose la matière et la matière ne peut exister dans la nature sans la quantité.

1 24. Nous traiterons ici de la quantité continue et non de la quantité discrète^ parce que la quantité qui accompagne la substance du corps n'est autre que la quantité continue ou Vétendue.

125. La quantité ou étendue des corps n'est pas purement phénoménale, i^ Les Dynamistes enseignent que la quantité des corps est purement phénoménale ou subjective. Mais nous avons démontré plus haut (i) que la théorie du dynamisme détruit Y éXQïïduQ phénoménale aussi bien que l'étendue réelle. Par conséquent nous devons rejeter cette théorie.

126. 2* Wolf prétend dériver le phénomène de l'étendue de la perception confuse des éléments simples ou des mona^ des. Mais, outre que des monades ne peuvent se réunir sans se confondre en un seul point, Wolf admet sans preuve que

(1) Voirci«dessus, chap. I, art. IV, § 33.

nous percevons confusément les monades . Cette supposition est même absurde, car il répugne que les sens aient pour objet des substances simples.

127. 3** Galluppi affirme que plusieurs substances Ww/?/e5 peuvent former un tout sensible par leur réunion. Mais il répugne que ce qui est simple soit l'objet de la sensibilité ; car, d*après Galluppi lui-même, les éléments simples ne se mêlant pas dans le composé, ils ne perdent point leur nature propre.

128. 4® Enfin rétendue n'est point phénoménale parce qu'elle est une simple forme de la sensibilité externe ^ comme Taffirme Kant. En effet, les principes d'où Kant déduisit cette théorie sont faux en eux-mêmes et conduisent à des conséquences absurdes, comme nous l'avons prouvé (i).

129. La quantité est réelle et objective. 1° C'est à raison de son étendue ou de sa quantité que nous avons la sensation et la perception du corps. Mais celles-ci sont objectives^ nous l'avons démontré en Dynamilogie (2). Donc, l'étendue des corps est également objective. 2^ La quantité est le fondement des autres accidents corporels ; car elle est la première des propriétés appartenant à la substance corporelle et toutes les autres supposent le corps formé de parties étendues. Si donc la quantité ou l'étendue des corps était purement phénoménale et subjective^ les qualités corporelles ne seraient que de simples modifications de l'âme; puisqu'il n'y aurait rien dans le corps qui leur fût semblable, ni rien qui pût expliquer leur formation dans nos organes. Or nul philosophe, sauf les Idéalistes et les Sceptiques, ne disconvient que les qualités ne soient objectives^ ou du moins, si quelquesunes sont subjectives, qu'il n'y ait dans le corps quelque chose de réel qui les produise. Par conséquent, même suivant les principes de nos adversaires, l'étendue doit être appelée 0^jective et réelle et non simplement phénoménale.

i3o. Voyons comment ^ d'après les Scolastiques, on peut expliquer la production de V étendue corporelle. Le corps se compose de deux principes, l'un actifs la matière.

(i) Dynamilogiey chap. VII, art. III, § 5 14; Ontologie^ chap. VI, art. II, §35 j.

{2) Dynamilogie, chap. X, art. II, § 673.

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