‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 62 sur 119 · ORIGINE DE L^ÂME HUMAINE III · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L^ÂME HUMAINE III

verselle. D'après ce philosophe, Dieu serait comme un éther embrasé ou un feu qui, pénétrant toutes les parties de Tunivers et toute la nature, en constituerait la vie et le mouvement ; Pâme émanerait de et feu ou éther et participerait ainsi de la nature divine. Suivant Platon, les âmes raisonnables émanent de l'intelligence divine par Tâme du monde qu'il suppose distincte de Dieu quoiqu'elle lui ressemble. Les Stoïciens comparaient aussi la nature divine à un feu très-pur et doué de vitalité qui serait répandu dans tout l'univers comme sa partie informante ; c'est de ce feu très-subtil que les âmes émaneraient comme de leur 'source.

417. Les Néoplatoniciens combinèrent ensemble Popinion de Platon et- celle des Stoïciens. D'après Plotin, V Unité ou Dieu se développe d'abord et se manifeste ensuite par divers principes qui émanent l'un de l'autre. Ainsi, de l'Unité émane V Intelligence et de celle-ci émane VAme universelle qui est le principe des âmes particulières.

418. Les Manichéens et les Priscillianistes croyaient aussi que l'âme est une émanation de la substance divine. A cette liste, nous devons encore ajouter les philosophes arabes qui admettaient un intellect séparé. Avempace, Tun d'eux, enseigne que la souveraine perfection de l'homme consiste à s'identifier avec Vlntellect actif

419. Nous pourrions nous dispenser de nommer Spinoza ; comme il ne met aucune différence, entre Dieu et les autres choses, il est tout naturel qu'il fasse dériver l'âme humaine de la.divinité. Pierre Poiret arrive au même résultat, lorsqu'il avance inconsidérément que l'âme est une certaine effluve de Dieu. Cette même erreur, légèrement modifiée, était enseignée naguère par Arhens. Enfin, tous les partisans du panthéisme transcendantal confondent l'âme avec la substance divine ; car, d'après ces philosophes, l'âme n'çst autre chose que Dieu se développant et se manifestant sous forme d'esprit, ou prenant conscience de lui-même, suivant qu'on s'en rapporte à Schelling ou à Hegel.

420. // est absurde que Pâme humaine soit constituée par la substance même de Dieu. Cette erreur monstrueuse se réfute par les mêmes arguments que le panthéisme. Nous renvoyons donc à la Théodicée pour le développement des preuves que nous allons indiquer id.

I a ANTHROPOtCMïm

421. I* Telle est la simplicité de Dieu qu^on ne peut admettre en lui aucune espèce de composition, pas même celle qui résulterait de la réunion d^un acte et d'une puissance. Or rame humaine est au moins composée d'acte et de puissance. Donc elle n'est point tirée de la substance divine.

422. 2* Comme la substance divine ne peut se diviser en parties, si l'âme humaine était constituée par la divine substance, une seule et même âme existerait dans tous les hommes. Or cette conséquence est absurde ; car tout homme est indivisible en soi et distinct de tout autre, et Thomme, nous l'avons prouvé, tire son être et son unité de l'âme qui l'in-

forme. Il est par conséquent impossible qu'une seule et même âme informe tous les hommes.

423. 3^ Rien ne peut être produit de ce qui est immuable. Donc l'âme n'est point tirée de la substance divine. Saint Augustin expose ainsi cet argument : « Ce qui est vraiment immuable et incorruptible ne peut être ni changé ni altéré par son adjonction à autre chose. Or, comme il serait impie de croire que Dieu n'est pas vraiment et souverainement immuable, il s'ensuit que l'âme n'est point une partie de Dieu (i). )»

424. 4^ Si l'âme émanait de la substance de Dieu, il faudrait admettre ou bien que l'immutabilité divine convient â l'âme humaine, ou bien que la mutabilité de Tâme humaine convient à la substance divine. Or la première hypothèse répugne à la nature contingente et variable de notre âme, et la seconde est incompatible avec la nature immuable de Dieu. C'est l'argument que saint Augustin opposait aux Manichéens : (c L*âme n'est pas une partie de Dieu, leur disait-il ; car, si cela était, elle ne serait capable ni de se dégrader par le vice, ni de se perfectionner par la vertu. » Ailleurs, il ajoute : «c Croire que Dieu et l'âme font partie de la même substance serait une opinion sacrilège ; car cela signifierait que Dieu n'est pas immuable (2). »

425. Les hérétiques, partisans de l'émanatisme, citaient en faveur de leur opinion le passage de la Genèse, où il est dit

(1) EpisL CLXVl^ c. a, n. 3. On doit dire en conséquence, ajoutet-il, que rame est faite par Dieu et noiT qu'elle est faite de Dieu, ab illofacta..., non ex illo ; De anim, et ejus orig,, lib. III, c. 3, n. 3.

(2) Lococit.j et De Gènes, ad litt,^ lib. VII, c. 2, n. 3.

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que Dieu souffla sur le visage d'Adam le souffle de la vie, inspiravii infaciem ejus spiraculum pitœ, prétendant que r Écriture avait voulu indiquer par laque Dieu avait répandu dans le corps du premier homme quelque chose de sa divine substance. Voici la réponse de Théodoret : « Par ces paroles, PÉcriture a voulu marquer la facilité de la création ; elle a indiqué, au moins d'une manière obscure, la nature de l'âme qui est un esprit créé, invisible et intelligent, n^ayant rien de la grossièreté du corps (i). » Comme le remarque saint Thomas après saint Augustin, loin de favoriser Témanatisme, ces paroles le condamnent. « Cette insufflation démontre que la vie procède de Dieu dans Thomme, suivant une certaine ressemblance et nullement suivant Tunité de substance. Il est dit que le souffle de la vie a été insufflé sur le visage de l'homme, parce que les organes des sens se trouvant pour la plupart dans cette partie du corps, la vie s'y montre également d'une façon plus manifeste. Cela signifie par conséquent que Dieu a répandu le souffle de la vie sur la face de rhomme en ce quMl lui a donné Tesprit de vie, et non en ce qu'il Ta séparé de sa propre substance. Car celui qui souffle corporellement sur la face de quelqu^un, d^où la métaphore paraît avoir été tirée, pousse Tair sur son visage, mais il ne lui envoie aucune portion de sa propre substance (2). » D'ailleurs il est visible que ces hérétiques donnaient une fausse interprétation de ce passage de la Genèse.

ARTICLE SECOND

Si Vâme humaine est produite par génération ou création

(Tom. III, pag. 321-338)

426. Puisque Tâmé humaine n^est pas une émanation de la substance divine, elle a une origine^ elle passe nécessairement du non-être à Vêtre. Mais une chose peut commencer à exister par création ou par génération. Ainsi la question présente peut être posée en ces termes : Après la création de Pâme du premier homme, les âmes des autres hommes sont-

(i) Quœst. in Gènes,, Inteh*. XXIII.

(2) Contr.Gent,^ lib. II, c. 85, n. 7.

elles produites par la génération de leur corps (i)^ ou bien maintenant encore Dieu cr^e-/-f7 l'âme dans le corps de chaque homme et Tunit-il à son corps en la créant ?

427. Les défenseurs de la première opinion furent appelés TraducianisteSy parce qu'ils croyaient à la transmission de rame, traductio^ des pères aux enfants par la génération. Au rapport de saint Jérôme, TertuUien et Apollinaire furent les premiers auteurs de cette opinion

428. Il est faux que saint Augustin Tait jamais soutenue. Il dit au contraire qu'on ne peut renseigner sans témérité. Mais, comme les Pélagiens, se fondant sur la doctrine opposée, s'efforçaient d*ébranler la foi au péché originel, le saint docteur, sans embrasser le traducianisme^ était d'avis qu'il fallait ou bien négliger cette question de l'origine des âmes, ou bien soutenir la création des âmes dans un sens qui ne fût pas opposé à la doarine de TÉglise catholique sur le péché originel.

429. Mais, si du temps de saint Augustin la création des âmes n'était pas une doctrine clairement enseignée par l'Église, il serait téméraire aujourd'hui, après que la grande majorité des théologiens s'est prononcée dans ce sens, de soutenir encore le Traducianisme. Par conséquent Casimir Ubaghs, docteur de Louvain, manquait de prudence lorsque, se joignant au , baron de Berlepsch, il faisait naguère cette déclaration : L'opinion que les âmes se propagent par les parents dans la génération s'appuie sur des raisons probables qui ne sont nullement à mépriser; cette opinion n'est contraire à aucun dogme de la foi catholique (2).

430. Avant de clore cet exposé historique, disons comment Rosmini explique l'origine de l'âme humaine. D'après le ce* lèbre philosophe italien, l'âme des enfants serait d'abord toute sensitive^ et serait produite par génération, elle deviendrait ensuite intellective par la présence de Vidée d'être que Dieu lui manifesterait.

(1) Nous disons ;7ar la génération de leur corps; car, nulle forme n'étant engendrée par elle-même^ il n'y a pas lieu d'examiner si Pâme n'aurait pas été engendrée />âr elle même.

(2) La Congrégation du Saint-Office, s«it à raison de son traducia^ nisme^ sok pour d'autres doctrines, a déclaré que dans les livres philosophiques publiés par le docteur Ubaghs, se trouvaient des doctrines qu'on ne pouvait enseigner sans péril.

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43 1. Vâme humaine ne peut être transmise des pires aux enfants par la génération. Le Traducianisme peut s'entendre en deux manières : en ce sens que i^âme du fils viendrait médiatement de l^âme du père par ]a transmission du germe, ou bien en ce sens qu'elle serait produite immédiatement par rame du père. Or cette opinion n^est admissible ni dans un sens ni dans Tautre.

I* D'abord Pâme n'est pas produite au moyen de la trans* mission du germe : soit parce que l'âme humaine ne peut exister en acte dans le germe ; soit parce qu^un germe corporel dont la vertu est corporelle comme lui ne peut produire un effet incorporel tel que i^âme humaine.

432 . D'ailleurs, il suivrait de cette hypothèse que Tâme n^étant pas subsistante, elle se dissoudrait avec le corps. En effets si rame était redevable de son existence à la transmission du germe, elle cesserait naturellement d'exister à la dissolution du corps qu'elle animait

433. 2® L'âme ne procède pas immédiatement de l'âme du père. D'abord, l'âme étant simple et indivisible, il est impossible que l'âme du fils soit un fragment de l'âme du père. L'âme du fils devrait conséquemment être produite par Taction de l'âme du père ; mais cette hypothèse répugne à l'immatérialité de l'âme. En effet, la vertu de l'âme du père ne pouvant aller jusqu'à tirer du néant l'âme du fils, elle devrait tirer celle-ci d'une matière préexistante. Mais alors l'âme humaine serait composée d'une matière et d'une forme, ou ne serait qu^une forme matérielle^ ce qui fait disparaître son immatérialité et sa nature spirituelle.

434. Les âmes humaines sont créées par Dieu. Cette proposition se déduit immédiatement de la précédente. « Il faut choisir Tun ou l'autre, dit saint Augustin, si l'âme n'est pas transmise par génération^ elle est tirée du néant ; car ce serait une impiété de croire que Tâme vient de Dieu en ce qu'elle participe de sa nature (i). » En effet, l'âme humaine « a cela de particulier, parmi les autres farines, qu'elle subsiste dans son être et qu'elle communique à son corps cet être qui lui est propre (2). » Mais « la production de chaque chose doit être

(i) De Anima et ejus origine^ c. 1 5.

(2) Contr. Gent.^ lib II, c. 88.

conforme à son être. » Donc, à l'opposé des autres formes qui ne commencent à exister en acte qu'après que le composé est terminé, Tâme humaine est faite pour elle-même et non pour la production d^une autre chose. Or, de ce que l'âme humaine est faite pour elle-même, il suit avec évidence qu^elle est tirée du néant ; soit parce que les choses qui proviennent de la propagation sont faites pour la génération du composé et non pour elles-mêmes ; soit parce quUl est tellement propre à Pâme humaine d^être faite pour elle mime qu'elle ne peut être tirée ni d'une chose préexistante corporelle j puisque sa nature serait aussi corporelle, ni d'une chose préexistante spirituelle^ parce que les substances spirituelles ne sont pas susceptibles de changer de forme. Ainsi donc, la production de l'âme est une vraie création ex nihilo^ qui ne peut être attribuée qu'à la puissance infinie de Dieu.

435. Nous lisons dans saint Bonaventure : «Dieu devait i la dignité et à V incorruptibilité des âmes de les produire par création . Il le devait à leur dignité^ parce que l'âme est l'image de Dieu et que sa destinée est de l'aimer et de trouver en lui sa béatitude. Il le devait à son incorruptibilité^ car Dieu étant seul à posséder la vie en soi-même et une vie indéfectible, il est aussi le seul capable de produire un principe de vie perpétuel (i). »

436. Nous voulons terminer toute cette discussion par ces paroles de saint Jérôme : « C'est Dieu, dit Isaîe, qui forme l'esprit de l'homme dans l'homme même. Celui qui fabrique les cœurs de tous les hommes, dit le Psalmiste, Celui qui crée chaque jour des âmes, est celui-là même dont l'opération et le vouloir sont identiques et dont l'action créatrice n'est jamais interrompue (2). d

437. i^ Objection. L'homme est engendré par ses père et mère ; or l'homme engendré est composé d'un corps et d'une âme ; donc l'âme est produite par génération.

438. Réponse : Quoique l'âme raisonnable ne soit pas engendrée par les parents, on peut dire néanmoins que son union avec le corps est en quelque sorte l'œuvre de la génération, parce que celle-ci produit dans la matière la disposition qui

(i) In lih. II Sentent, y Dist. XVIII, a. a, q. 3 resol. (2) Liber Contra Johannem Hierosolym,, n. 22.

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