‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 63 sur 119 · ORIGINE DE LAME HUMAINE II · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LAME HUMAINE II

appelle naturellement Pâme comme son complément nécessaire. Mais, puisque l'homme devient homme par Tunion de Pâme avec le corps, c'est à bon drait que la génération est attribuée aux parents ; car ce n'est pas la forme du composé humain qui est le terme de la génération, c'est le composé humain lui-même.

43g. 2^ Objection. Si le corps tire son origine de la génération et l'âme de la création, Vêtre de Thomme n'est pas un être unique ; car un seul et même être ne peut provenir de causes diverses.

440. Réponse : Deux causes diverses ne peuvent produire un même effets lorsqu'il n^y a aucun rapport entre elles, mais comme ici celui qui engendre conduit le corps jusqu'à cette disposition extrême après laquelle il demande à être informé par une âme raisonnable, on peut dire que les parents se rapportent à Dieu créateur de Tâme à la façon d'une cause instrumentale • Par conséquent il ne répugne en rien que la puissance divine produise Tâme tandis que l'action de la nature dispose le corps à la recevoir.

441 . S^ Objection. Le fils ressemble au père par les qualités de Pâme comme par les qualités du corps. Mais, si Pâme ne tirait pas son origine de la génération, ce fait serait inexplicable.

442. Réponse: Nous avons déjà observé plus haut (i) qufe l'enfant ne ressemble pas toujours à ses parents, ni par les qualités de Pâme, ni même par les qualités du corps. Mais, lors même que cette ressemblance existerait, il serait possible de l'expliquer sans quMl fût nécessaire d'attribuer Porigine de l'âme à la génération ; car elle pourrait provenir soit de ce que les facultés sensitives qui sont dépendantes de la complexion du corps concourent à Pexercice des facultés intellect tuelles^ soit de ce que Dieu donne à chaque corps Pâme qui est le plus en rapport avec sa constitution physique (2). Telle est la réponse de saint Thomas.

44.3. 4» Objection. Si Pâme ne se propage point par génération, il est difficile d'expliquer la transmission du péché originel.

(1) Ch. III, art. 7, § 2o5.

(2) Q^. dispp.^ De Pot,^ q, III, a. 9 ad 7.

1 1 8 ANTHtOPOLOGIE

444. Réponse: Saint Bonaventure résout ainsi cette difficulté : « Cette transmission vient de ce que Tâme s'unissant à une chair infectée est aussitôt infectée elle-même ; ainsi Tâme contracte la faute originelle non parce qu^elle est engendrée, mais parce que la chair à laquelle Dieu Tunit a son origine dans la génération (i). » De prime abord, Topinion des Traducianistes paraît expliquer plus facilement la transmission de la tache originelle ; mais^ si on Texamine attentivement, elle présente les plus graves difficultés. Il s^ensuivrait, par exemple, que les pères et les mères transmettraient à leurs enfants leurs vertus et leurs vices, que celui qui naîtrait de parents justes ne contracterait ni faute ni tache originelle comme renseignait l'hérésie pélagienne.

445. // est faux que Vâme sensitive de V homme soit produite par génération. Saint Bonaventure réfute en ces termes l'opinion de Rosmini : <c Les choses qui se corrompent en même temps sont aussi produites en même temps ; donc, pour une raison semblable, les choses qui se séparent simultanément de leur composé ont dû y pénétrer simultanément. Or, l'âme raisonnable abandonnant le corps humain, la faculté de sentir l'abandonne aussi. Par conséquent, la faculté de sentir doit entrer dans le corps humain en même temps que l'âme raisonnable ; elle est donc produite comme celle-ci par création et non par génération (2). »

446. En outre, Yétre de l'âme humaine est un, bien que rame soit raisonnable et sensitive; or, l'âme humaine, considérée comme raisonnable^ ne provient pas de la génération, comme nous l'avons prouvé ; donc elle ne provient pas non plus de la génération en tant qu'elle est sensitive. Saint Bonaventure présente cet argument de deux manières : i® Suivaut Aristote le sensitif est à Tintellectif ce que le tétragone est au pentagone ; or le tétragone dérive du même prindpe que le pentagone ; donc l'âme sensitive dérive du même principe que l'âme intellective. Mais Tâme intellective n'est pas engendrée ; par conséquent l'âme sensitive ne Test pas non plus. 2^ Les choses qui sont identiques dans la substance doivent exister en vertu du même principe ; or l'âme intellec-

(1) /« lib. II Sent., Dist.' XVIII, a. 2, q. 3 ai arg,

(2) In lib. II Sent,, Dist« XXXI, a. i, q. i tft opp.

ORIGINE DE l'AME HUMAINE II9

tiv€ et rame sensitive ont même substance dans le même homme, vu que la perfection de chaque chose est une. Si donc rame humaine n'est pas engendrée en tant que raisonnable, elle ne Test pas non plus en tant que sensitive (i).

447. Objection. Avant d'être informé par l'âme raisonnable, Tembryon humain est vivant et sensible. Donc Tâme végétative et sensitive qui anime Tembryon humain n'a pas la même origine que l'âme raisonnable.

447*. Réponse : L'âmè végétative et sensitive à laquelle aboutit d'abord la génération de l'homme est rejetée et périt entièrement à Tarrivéede l'âme raisonnable. En effet, chaque chose est constituée dans son essence par sa première forme substantielle et tout ce qui s'ajoute à l'essence d'une chose déjà constituée est pour elle quelque chose à^accidentel. Si donc, l'âme végétative et sensitive restant, l'âme intellective venait s'y joindre, elle trouverait un sujet déjà constitué dans son essence, et loin de constituer l'essence de l'homme, l'âme intellective s'ajouterait accidentellement à l'âme sensitive comme l'une de ses perfections, ce qui est absurde. On peut résumer ainsi la doctrine de saint Thomas là-dessus : i^ Dans la formation de l'animal et de l'homme, dit-il, on voit se succéder plusieurs formes et partant plusieurs générations ; car plus les choses ont une forme noble et éloignée de la forme élémentaire, plus il faut de formes intermédiaires et par conséquent de générations pour les amener graduellement à leur forme définitive. 2^ Comme la génération d'une chose suppose la corruption d'une autre, à l'arrivée d'une forme plus parfaite, la précédente se corrompt, mais la nouvelle possède tout ce qu'avait la précédente forme et quelque chose en plus. 3^ Ainsi, la génération de l'homme achevée, l'âme végétative et sensitive disparaît et Dieu crée une âme intellective qui est en même temps végétative et sensitive (2).

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