CHAPITRE SIXIÈME. — de l'immatérialité de
l'amb humaine
§ 324. L'âme n'est rien de corporel, en d'autres termes elle est une substance immatérielle et spirituelle^ subsistant en soi-même. Pag. 82
▲RT. I. — Simplicité de Vâme humaine
§§ 325. Parmi les philosophes anciens qui faisaient de l'âme quelque chose de corporel, on doit citer : i^ les philosophes d'Ionie ; 2® les disciples de Démocrite et d'Épicure; 3<» les Stoïciens. — 326. Si l'âme est la forme substantielle du corps, il s'ensuit déjà qu'elle n'est ni un corps, ni une substance divisible ; mais nous démontrerons la simplicité de l'âme par d'autres arguments. — 327. I. Le premier genre d^argument se fonde sur la nature des opérations de l'âme que l'on comprend sous le nom de pensées, — 328. i" L'âme perçoit par un seul acte les choses composées ; or, si l'âme était corporelle, il lui serait impossible de former de telles notions. — • 329. Cet argument, qui est fondé sur Vunité de la perception et sur la divisibilité de la matière^ se trouve déjà dans Eusèbe et dans S. Augustin. — 33o. Les philosophes dlonie disaient : Le semblable est connu par le semblable ; dpnc l'âme est matérielle ; nous répondons : Cette ressemblance entre la pensée et son objet n'est requise que dans la connaissance, c'est-à-dire entre V esprit et V espèce 5e«5iWe. qui représente l'objet matériel. — 33 1. Bien plus, si l'âme possédait en elle-même les principes des objets corporels, elle serait incapable de percevoir ces objets. — 332. En supposant qu'une substance corporelle fût capable d'acquérir les notions
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des choses composées, elle ne pourrait jamais percevoir les choses 51mples et les choses abstraites. — 333. Si la faculté de connaître appartenait à une âme corporelle, elle percevrait au moyen d'organes corporels ; or, ce qui est un et simple ne peut être perçu par de tels orga^ nés. —334. Enfin, Tâme est* capable de percevoir simultanément les contraires ; ce qui prouve aussi sa simplicité. — 335. 2® Ce que nous avons dit des notions convient à fortiori au jugement ; car tout jugement renferme la comparaison de deux notions ; or cette comparaison ne peut être faite à moins que les deux notions n'existent dans le même sujet. — 336. Bien que l'action de juger soit complexe^ ellen^a cependant qu'un objet simple^ savoir la relation de convenance ou de disconvenance entre deux notions ; etle ne peut donc provenir que d'un principe simple. — 337. 3® L'âme a également le pouvoir de raisonner; or l'acte par lequel l'intellect perçoit que la conclusion est renfermée dans les prémisses est un acte simple. — 338. 4® L'âme a conscience d'elle-même et de ses connaissances ; or pour cela il est nécessaire qu'elle se replie sur elle-même et sur ses opérations : ce qui ne peut convenir à une substance composée. — 339. L'âme acquiert la connaissance d'elle-même d'une autre manière que la connaissance des corps; si donc l'âme était une espèce de corps, elle percevrait ce corps autre' ment qu'elle ne perçoit les autres : ce qui est absurde. — 340. 5^ Les diverses opérations de l'âme dépendent les unes des autres ; en outre, plus l'opération d'une faculté est intense^ plus les opérations des autres sont faibles ; or rien de semblable n'aurait lieu, si ces diverses opérations ne partaient pas d'un principe unique. — 341. La conscience nous dit que toutes nos opérations appartiennent à un seul et même sujet : que c'est le même moi qui sent, qui perçoit, qui veut, qui se souvient, etc. — 342. IL Lamanière dont s'exercent les opérations de l'âme nous fournit de nouvelles preuves de sa simplicité. — 343. i" Toutes les opérations des choses corporelles peuvent se ramener au mouvement ; or la pensée ne peut s'expliquer par le mouvement. — 344. 2** L'âme est capable de percevoir simultanément les contraires, la connaissance de l'un facilite même beaucoup la connaissance de l'autre ; mais il est impossible qu'un corps se meuve dans des directions contraires ; donc la la perception diffère du mouvement. « 345. 3<» Tel mot distinctement prononcé devant des personnes de divers pays communique la même impression à l'organe auditif de chacun sans être compris par tous. — 346. III. Si nous comparons avec le mouvement la perception des idées universelles, les jugements et les raisonnements, la différence paraît encore plus grande : i^ Les mouvements corporels sont circonscrits par le temps et le lieu, les idées universelles sont indépendantes de toute condition de temps et d'espace ; 2^ l'unité synthétique, qui est néces« saire dans tout jugement et dans tout raisonnement, ne peut s'expliquer par la combinaison de deux ou de trois mouvements ; 3® si la conscience consistait dans un certain mouvement, elle résulterait de deux notions se rapportant l'une à l'autre ; or il répugne qu'une motion se rapporte à une autre motion ; 4® enfin, pour se rappeler une chose passée, l'âme a besoin de reconnaître la chose qu'elle a précé*
demment connue ; or cette reconnaissance est impossible à expliquer dans l'hypothèse des matérialistes. — 347. Si le corps est ce qui seat en nous, l'action de sentir doit ressembler aux empreintes gravées sur la cire par un sceau ; si l'empreinte primitive reste, elle exclut toute autre empreinte ; si elle est effacée par les suivantes, le souvenir est impossible. — 348. Signalons encore quelques différences : i® Les corps ne se meuvent pas eux-mêmes, tandis que l'âme pense spontanément ; 2^ les pensées sont des actions immanentes^ au contraire le mouvement corporel est une action transitive ; 3" la force motrice des substances corporelles va s* affaiblissant d'une façon continue, mais l'intelligence augmente et acquiert de nouvelles forces par l'exercice ; 4*^ enfin la ra* pidité de la pensée est telle que les mouvements corporels ne sauraient en approcher. — 349. Lucrèce et Hobbes avaient eux-mêmes compris que la pensée ne peut s'expliquer par le mouvement. Pag. . . 83-91
ART. II. — Réponse aux objections des Matérialistes
§§ 35o. j^ Object. Quoique les parties de la matière A)ient incapables de penser, pourquoi la faculté de penser ne pourrait-elle pas naître de leurs combinaisons? — 35 1. Rép. Les parties combinées sont quelquefois capables de produire tel effet que les parties séparées seraient incapables de produire ; les parties de la matière étant étendues sont absolument incompatibles avec la pensée. — 352. 2^ Object. La substance corporelle possède des qualités indivisibles y telles que la gravité, la force motrice ; par conséquent, de ce que la pensée est indivisible, on ne peut conclure qu'elle ne peut convenir à la substance corporelle. — 353. Rép, Les qualités dont on parle sont indivisibles consi" dérées en elles-mêmes^ mais elles ne le sont pas si on les considère dans le corps qu'elles modifient : ainsi la pesanteur est proportionnelle à la masse du corps. <— 354. .?< Object. Tout ce qui est reçu dans une chose prend la forme de cette chose ; or l'âme est reçue dans le corps ; donc. — 353. Rép. Cette maxime doit s'entendre de la capacité et non de la nature; Teau prend la forme du vase qui la contient, elle n'en prend pas la nature ; entre l'âme et le corps, il y a cette proportion de convenance qui doit exister entre une matière et sa forme. — 356. 4« Ob' ject. L'âme ne peut mouvoir le corps sans \e toucher ; mais le contact n'est possible qu'entre les corps. — 357. Rép. Il y a deux sortes de contact, le contact corporel et le contact de vertu qui est particulier aux esprits ; cette objection irait à prouver que Dieu, qui est esprit^ ne peut mouvoir les corps. — 358. Instance. Si l'âme était capable de mouvoir les corps à la manière des esprits, elle triompherait de toutes les résistances que les corps pourraient lui opposer.— 359. Rép. Il est faux que toute substance immatérielle soit capable de vaincre toutes les résistances corporelles / pour ce qui regarde l'âme humaine^ le pouvoir qu*elle exerce sur le corps est limité^ il est en outre réglé et modéré par la disposition même de son organisme corporel. — 36o. 5« Object. Pourquoi la pensée ne serait*elle pas élaborée par le cerveau, comme le sang et les chairs sont élaborés par la digestion et la nutrition f — ^6j.Rép. Les impressions produites sur le cerveau par les objets exté-
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rieurs se réduisent à dïyerses commotions du cerveau ; or, comment s'y prendrait le cerveau pour digérer des commotions et les transformer en pensées? La digestion ne transforme pas les aliments en substances simples^ tandis que le cerveau devrait transformer des commotions na^ turelles en certaines notions simples ; admettons que le cerveau convertisse les impressions en idées^ il faut un sujet qui les perçoive ; ce sujet sera simple ou matériel ; s'il est simple, nous avons gain de cause, s'il est matériel il ne peut percevoir la pensée qui est simple. ^ 362. 6* Ohject. L'âme subit les'mêmes vicissitudes que le corps ; donc elle ne dififère pas du corps, ou du moins, elle est matérielle comme lui. — 363. Rép. Elle subit, si Ton veut, les mêmes vicissitudes, mais elle ne les subit pas de la mime manière,' le corps est plus ou moins vigoureux sui« vant l'âge, mais l'âme est plus ou moins savante, plus ou moins sage, plus ou moins vertueuse ; cette diversité de perfe<Aion indique la diversité de leurs natures ; quant à la vigueur même de l'esprit, elle s'affaiblit {^ordinaire avec les forces du corps, parce que l'esprit se sert des opérations sensitives, qui ne peuvent s'exercer sans les organes du corps. — 364. Instance. Les opérations de l'intelligence se troublent, si les organes du corps ne fonctionnent pas r^ulièrement ; donc elle est de même nature que le corps. — 365. Rép, Les opérations de l'intelligence exigent l'exercice des facultés sensitives qui dépendent des organes ; cela explique pourquoi l'infirmité des organes du corps peut causer indirectement un certain trouble dans l'intelligence; ce fait prouve Vinfluence du corps sur l'intelligence^ il ne prouve ni l'identité ni la ressemblance de leur nature. — 366. 7^ Object. La plupart des Pères disent que l'âme est corporelle, TertuUien, S. Justin, S. Hilaire^ S. Grégoire de Nysse^ etc. ; donc. — 367. Rép. Ces Pères, comme les autres, soutiennent que l'âme est distincte du corps, qu'elle est simple et spirituelle ; s*ils la nomment quelquefois corporelle, les uns entendent par là que l'âme est quelque chose de réel ou de substantiel par opposition au néant et au vide; d'autres entendent par corporel ce qui est variable et changeant, en ce sens Dieu seul est incorporel; d'autres veulent dire par là que l'âme n'est pas impassible. Pag. • • • 91-95
4RT. m. — Réfutation de Vhypothèse de Locke
§1 368. Locke se demande si parmi les propriétés de la matière qui nous sont inconnues ne se trouverait pas la faculté de penser^ ou, du moins, si Dieu ne pourrait V accorder à la matière. — 369. Ce doute est futile et sans fondement ; pour juger que deux choses répugnent entre elles, il suffit que deux de leurs attributs répugnent entre eux. — 370. La pensée est inconciliable : i** avec Vétendue ; 7?* avec la solidité; 3* ayccPinertie ; 4» avec la figure. — 371 . Object. Dieu ne pourrait-il pas créer la matière sans ses propriétés ordinaires et lui communiquer ensuite la pensée; ou bien supprimer, dans la m&tière, les propriétés contraires à la pensée, et mettre la faculté de penser à leur place? 371'. Rép. La première hypothèse est absurde, parce que la matière ne peut exister sans ses propriétés ordinaires, ou, du moins, sans l'exigence de ces propriétés. — 372. La seconde hypothèse est fausse, ou se confond
avec ce qui se présente dans la réalité. •— 373. D'ailleurs Locke se contredit lui-même, car il admet la simplicité et la spiritualité de Dieu sans pouvoir se vanter de connaître parfaitement son essence et sa nature ; il prouve l'existeuce des substances immatérielles par la perception et les autres opérations de Pâme, mais si la matière était capable de penser^ elle sérail capable de percevoir. Psig 9^-97
ART. IV. ^ De la spiritualité de Vâme humaine
§§ 374. L'âme humaine n'est pas seulement simple^ elle est de plus spirituelle; en d'autres termes, outre qu'elle informe le corps, elle subsiste en elle*même et ne dépend pas du corps pour ce qui regarde son être, — 375. Comme, en chaque chose, V opération ressemble à r#tre, nous démontrerons que l'âme est spirituelle diaprés la nature même de ses opérations. — 376. i** Les opérations intellellectives s^exer* cent sans le secours d'aucun organe corporel ; en effet, les facultés de connaître qui sont organiques perçoivent telle nature corporelle, dé* terminée^ singulière^ et ne se connaissent pas elles-mêmes ; au contraire, l'intellect connaît toutes les natures corporelles, il connaît leurs raisons universelles et se connaît lui-même par la réflexion. — 377. Ce qui possède une opération absolue^ doit avoir un être absolu ; or Topération de l'intellect appartient absolument à l'âme ; donc son être est absolu. — 378. Les opérations cognitives qui dépendent d'un organe ne perçoivent que les choses corporelles et leurs formes sensibles ; une impression trop forte peut les altérer ; mais les opérations de l'intellect atteignent Yessence cachée sous les formes sensibles, elles appré* hendent les choses sensibles d'une connaissance immatérielle^ univer* selle et nécessaire; enfin, la grande intelligibilité àesohyexs accroît sa puissance au lieu de l'altérer. — 379. L'intellect perçoit les nombres et leurs opérations, il perçoit la ligne comme une quantité sans largeur ni profondeur, la surface comme une quantité sans profondeur, quoique rien de pareil ne soit tombé sous les sens ; parfois les facultés or» ganiques nous trompent sans pouvoir se redresser elles-mêmes, tandis que l'intellect peut contrôler ses propres opérations. — 38o. En outre, par l'intellect nous remontons aux principes et aux causes^ nous conjecturons l' avenir ^ nous sommes capables à! inventer les sciences et les arts, de les apprendre et de les exercer ; rien de semblable ne convient aux sens. — 38 1. 2^* La volonté aussi exerce ses actes sans aucun organe : elle désire le bien intellectuel et universel qui ne peut affeaer les organes du corps ; elle peut librement se porter vers tout objet qui présente une raison de bien^ tandis que les facultés organiques poursuivent chacune un ob]et particulier et déterminé; enfin elle gouverne le corps et réprime ses appétits, et, comme l'intellect, elle est capable de se replier sur elle-même, — 382 , Némésius prouve la noblesse de l'homme par ses facultés intellectuelles. — 383. Object, L'âme jne comprend rien sans le secours des sens ; donc l'âme dépend des organes, même dans ses opérations intellectives, et partant l'âme n'est pas spirituelle. — 384. Rép, Les sens ne concourent pas intrinsèquement aux opérations intellectives, mais ils fournissent à Tintellect les fantômes Sur lesquels il exerce son action. Pag 97-100
ART. V. — Opinion tAvicébron sur la spiritualité de Vâme
§§ 385. Quelques philosophes, tout en admettant que Tâme subsiste par elle-même, ont prétendu que Tâme était cependant unie à un prin* cipe maiériel,'^ 3S6. A vicéhr on, auteur de cette opinion^ faisait ce raisonnement : Toute chose est composée d'un genre et d'une diffé' rence ; or le genre indique la matière, et la différence indique la forme; donc l'âme comprend un principe matériel. — 3 87. Nous avons prouvé que l'union de l'âme avec le corps était naturelle et immédiate ; or, d'après l'opinion qui précède, cette union ne serait ni immédiate, ni naturelle. — 388. On peut réfuter le sentiment d'Avicébron par les deux preuves suivantes.— 389. 1® Si l'âme était composée d'une ma^ tière et d'une/orme, comment s'y prendrait-elle pour informer le corps humain ? elle ne pourrait l'informer ni par elle-même toute entière} ni par quelqu'une de ses parties. — 390. 2» Si l'âme était composée de ma^ tière et de forme, elle ne pourrait ni s'élever par son opération audessus du composé, ni contempler les choses spirituelles et universelles.— 391. Enfin il est impossible de concevoir quelle est cette matière qui serait en dehors de l'étendue, à Vahri de toute corruption, et qu'ils nomment matière spirituelle* — 392. Par conséquent Tâme est sans matière, et 5f^^5i5fe en elle-même. — 393. Quant à Targument d'Avicébron, il n'a rien à faire ici, parce que l'âme étant seulement une par-» tie de ^espèce humaine^ elle n'est pas contenue dans un genre à la manière d'une espèce, — 394. Cependant, comme l'âme n'est pas un acte pur y on pourrait dire, dans un sens large, qu'elle est composée d'une matière et d'une forme ^ pour signifier qu'elle est composée de puissance et d'acte, Pag 101-102
ART. VI. — Réfutation du Monopsychisme
§§ 395. Averroès, se fondant sur ce que l'âme est une forme immatérielle qui exclut toute espèce de matière, enseigna qu'elle était la même pour tous les hommes. — 396. Sa doctrine peut se résumer ainsi : i"" Il îàut admettre deux intellects possibles : l'un séparé et l'autre en nous qui s'unit ou 5e continue avec l'intellect séparé ; 2^ Thomme conçoit par le moyen de ce dernier intellect. — 397. Quoique l'âme soit immatérielle, elle n'exige nullement son unité dans tous les hommes ; car, bien qu'elle ne dépende pas de la matière, néanmoins elle incline naturellement vers le corps, comme vers le complément de son espèce, ce qui constitue son principe d'individuation. — 398. En outre, l'opinion des Monopsychites est contraire à la raison ; en effet, l'homme reçoit son unité de l'âme qui est sa forme ; mais, si l'homme est un, il est indivisible en soi et divisé de tout autre ; donc, il y a autant d'âmes que d'hommes. — 399. Cette opinion est opposée à Vexpérience ; car la conscience me dit que je suis le vrai sujet de mes intellections, tandis que, d'après les Monopsychites, l'intellection devrait être attribuée à l'intellect séparé. — 400. Pour résoudre cette difficulté, ces philosophes disent que les fantômes par lesquels les âmes se continuent avec l'intellect séparé sont cause que les intellections nous sont personnelles; mais cette explication est insuffisante : 1^ parce qu*il ne peut se
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faire que chaque homme s'unisse ou se continue avec rintellect possi* ble au moyen de ^'espèce qui est dans le fantôme. ^ 401 . 2» En supposant que l'union s'établisse p2iT continuité tnttt l'homme et l'intellect possible, les Averroïstes sont encore impuissants à rendre compte de la manière dont chaque homme obtient la connaissance intellective des choses. «402. L'espèce intellective sera dans l'homme, si Ton veut, mais non la puissance intellective ; donc l'homme sera la chose connue^ il ne sera pas un sujet capable de connaître. — 403. Enfin des chré* tiens ne doivent pas ignorer que cette opinion sur Punité d^dme pour tous les hommes est contraire à la foi. Pag 102-104
ART. VII. —Du Phrénologisme
§§ 404. ht phrénologisme est une certaine métamorphose du maté' rialisme. — 405. Dès la plus haute antiquité on a cherché à connaître les qualités de l'âme par les traits du visage et par la forme extérieure du corps ; cette science reçut plus tard le^nom de physiognomonie. — 406. Le napolitain Jean-Baptiste Porta fut très-versé dans cette science dans le XVI* siècle, ainsi qu'un autre italien nommé Cornélius Ghirardelli ; on trouve aussi d'utiles réflexions sur ce sujet dans Montai^ gne^ Bacon^ Leibnit^, Lachambre^ etc. ■— 407. Sur la fin du XVIII» siècle, Lavater essaya d'élever la physiognomonie à la hauteur d'une science ; Camper voulut fonder cette même science sur la connaissance de Vangle facial^ et Blumenbach sur le développement plus ou moins considérable du crdne, — 408. Au commencement de ce siècle, Gall et Spurjheim substituent la phrénologie aux systèmes précédents. — 409. La science physiognomonique des anciens présente im certain nombre de règles assez bien établies, mais cette science est la plupart du temps purement conjecturale ; parce que l'homme étant libre peut réagir sur son caractère et le dompter ou le vicier. — - 410. Quant au système phrénologique, il est contredit par les observations les plus certaines de Vanatomie. — > 41 1. La correspondance parfaite que les phrénologistes supposent exister entre les proéminences du crâne et les circonvolu* tions du cerveau, qui serait le siège des organes, n^est nullement dé* montrée, -« 412. D'ailleurs les phrénologistes ne s'accordent pas entre eux, lorsqu'il s'agit de préciser le nombre et la nature des organes et des facultés. — 41 3. Cette maxime des phrénologistes que la vigueur de la faculté est toujours en rapport direct avec la masse de V organe qui en est le siège souffre trop d'exceptions pour être adoptée comme j^rincipe scientifique. — 414. La phrénologie est contredite paiement par les observations de la psychologie, — 41 5. Ce système favorise le matérialisme en ce qu'il suppose que toutes les facultés de l'âme sont organiques ; Ubaghs et Rosmini ont eu le tort de ne pas voir cette conséquence funeste du système phrénologique. Pag X 04-1 10