‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 82 sur 119 · HUMAINE · texte numérisé non relu

HUMAINE

§ 264. Nous allons déterminer dans ce chapitre ce qu'est l'âme elle-même, ou ce qui constitue son essence. Pag 67

ART. I. — Opinion des philosophes sur la nature de Vâme humaind

§§ 26 S. On est tombé dans une double erreur sur la nature de l'âme : quelques-uns Tout confondue avec le corps, d'autres ont nié sa substan* tialité. — i 266. Dicéarque soutient que l'âme n'est rien, ou du moins qu'elle ne diffère pas du corps vivant et animé ; pour Aristoxène, l'âme est l'harmonie du corps ; Galien semble partager cette dernière opinion. — 267. Après de longs siècles, le matérialisme mécanique fut renouvelé par Hobbes en Angleterre, par d^Holbach et Lametirie en France ; de nos jours Auguste Comte à Paris et Bûchner en Allemagne ont inauguré une autre espèce de matérialisme, appelé dynamique.

— 268. Moleschott le résume ainsi : La vie est circulaire, c'est pourquoi la matière se porte^ de sa propre nature, de la mort à la vie et de

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la vie à la mort ; Rodolphe Wagner suivit Moleschott, et Bûchner a essayé de démontrer ce système par des expériences physiologiques. -— 269. Vers la même époque, Auguste Comte créait en France la méthode positive qui rejette l'existence de Tâme, comme une hypothèse inutile ; Littré est l'un de ses représentants. — 270. Parmi ceux qui nient que Tâme soit une substance, nous citerons Protagoras, pour qui rame n*est autre chose que la sensation, et Straton de Lampsaque.

— 271. Hume et Condillac ont renouvelé cette doctrine dans les temps modernes, en s'appuyant sur la fausse notion de la substance, donnée par Locke, -« 272. D'après Condillac, le moi se compose de Tensemble des sensations qu'il éprouve actuellement, ou dont il conserve le soutenir.— 273. Cette doctrine fut ensuite défendue par de Tracy et par Volney ; Jaine la ressuscitait naguère ; enfin Ernest Renan, quoique panthéiste hégélien, la soutient aussi dans l'occasion. Pag. • . 67-69

▲RT. II. — Où Von établit^ contre les matérialistes, que Vâme se

distingue du corps

g§ 274. Nous allons réfuter les deux variétés de matérialisme, nous expliquerons ensuite en quoi la substantialité de l'âme diffère de celle adoptée par les Sensistes. — 275. 1® Le corps humain se meut d'un mouvement propre et intérieur que nous appelons la vie ; or cette vie lui vient d'un principe extérieur. — 276. 2** Il n'y a qu'une âme diS' tincte du corps humain qui puisse l'empêcher de se dissoudre et produire des opérations vitales telles que la nutrition, la croissance, etc.

— 277. 3^ Le corps, comme corps, ne se meut pas s'il n'est mu, il faut donc distinguer dans tout corps en mouvement une partie mobile et une partie motrice que nous appelons l'âme. — 278. 4^ Tout corps est composé d'une matière et d'une /orme; mais, dans le corps humain, la forme n'est autre chose que l'âme. — 279. 5* Le corps, d'après les physiologistes, change insensiblement et se renouvelle en entier, mais si le principe de la vie n'était pas distinct du corps, nous perdrions notre identité personnelle. — 280. 6® Si l'âme se distingue du corps, elle ne consiste pas dans la complexion ou dans le tempérament de celui-ci ; la complexion ne regarde que la symétrie et la proportion des qualités corporelles, tandis que l'âme produit la nutrition^ les sensations, les intellections, etc. — 281. 7* L'âme a le pouvoir de comprimer les mouvements qui s'élèvent dans l'appétit sensitif, la complexion en est au contraire la cause prédisposante on provocatrice . — 282. 8® L'âme ne consiste pas non plus dans une certaine harmonie ; comment l'harmonie produirait-elle la nutrition^ les sensations et surtout les intellec' tiens ? — 283. 90 L'harmonie du corps en constitue la santé, la vi" gueur ou la beauté; mais l'âme n'est rien de tout cela ; c'est plutôt sa présence dans le. corps qui procure à celui-ci tous ces avantages.— 284. 10^ Il y a, dans le corps humain, plusieurs espèces d^ harmonies ; mais l'âme est unique en chacun de nous. — 283. 1 1** L'âme domine le corps, elle lutte contre ses tendances ; l'harmonie au contraire résulte toujours de V accord des parties entre elles. — 286. 12® Tout corps composé offre une certaine harmonie \ si donc l'âme était unç

harmonie, tout corps composé serait animé et vivant. — 287. Les matérialistes dynamiques attribuent h la matière elle-même une force capable de produire les composés substantiels et de rendre compte de tous les phénomènes de la vie. — 288. Littré prétend que Vexpérience^ sur laquelle seule la méthode positive s^appuie, ne nous apprend rien sur rame. — 289. L'expérience ne nous apprend-elle pas de la manière la plus positive que les corps ne peuvent ni être animés, ni être formés par une force intérieure qui leur soit propre ? — 290. Robert Grove prétend qu'il est possible de rendre compte de tous les phénomènes de l'âme par le mouvement seul ; mais tous les physiciens enseignent que e mouvement est un effet dont il faut chercher la cause ; de plus les savants qui ont essayé de ramener en un seul tous les agents physiques de la nature n'ont pas songé un seul instant au mouvement de Grove. — 29 1 . Lors même que l'essence de la matière serait placée dans une certaine force active^ la matière n'en serait pas moins impuissante à produire les opérations vitales. — 292. On ne peut confondre sans absurdité les opérations de la nature vivante avee les opérations de la nature morte. Pag 69»73

ART. III. — Oit Ion établit la substantialité de Vâme

§§ 293. 1° Une forme capable de produire des effets aussi divers et aussi compliqués que ceux dont l'âme est la cause ne peut être une forme purement accidentelle ; 2^ les choses vivantes sont des substances ; or ce n'est que par l'âme que vivent les choses qui jouissent de la vie. — 294. 3° L'accident n'appartient pas* à l'essence des choses; mais rame appartient tellement à l'essence de l'être vivant qu'elle le constitue. — 295 . Les sensistes anciens disent que l'âme n'est pas uns substance, parce qu'elle est une chose qui passe et s*écoule sans interruption : 1° Cette maxime irait à prouver que rien n'existe ; 2° la vraie notion de changement suppose au contraire quelque chose qui subsiste et qui reste identique au milieu de cette succession d'accidents ; 3*" notre esprit n'est pas la mesure des choses^ s'il varie, ce n'est pas une raison pour que la nature des choses varie avec lui ; 4° s'il n'y a de réel que ce qui tombe sous les sens, la sensation elle-même n'est rien puisqu'elle n'est pas sentie ; 5° si la sensation est une modification de l'âme, donc rame en est le sujet ou la substance. — 296. Ajoutons ces quelques observations sur le sensisme des modernes: 1*^ nous distinguons très-bien entre notre moi^ qui est permanent, et ses modifications, qui sont passagères ; 2° si notre âme n'était qu'une collection de modifica^ tions, où serait le sujet qui les perçoit, qui les compare et les colleC' tionne ? 3° l'âme produit en elle-même plusieurs modifications ; or si elle ne s'en distinguait pas, elle serait sa propre cause, ce qui est absurde. Pag 73-74

ART. IV. — Quelle est la vraie notion de l'âme humaine

§§ 297. L'âme appartient au genre de substance; nous allons en déterminer P espèce. — 299. Aristote donne deux définitions de l'âme ; voici la première : Vâme est l'acte premier d'un corps naturel organi^ que qui a la vie en puissance. Ces mots, acte premier^ signifient que

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l'âme est une forme substantielle et.non une forme accidentelle. — 299. Ces mots, d'un corps naturel organique, expriment que ce corps est constitué par l'âme elle-même — 3oo. Enfin ces paroles, qui a la vie en puissance,sigmficni que c'est par Tâme que le corps existe» qu'il est organisé, qu'il possède vie et qu'il est capable di opérer, — 3oi. Voici sa se* conde définition : Vâme est ce par quoi nous recevons premièrement la Vf e, lasensibilité^ le mouvement et l'intelligence. Cette définition explique la première; car, outre qu'elle énumère les opérations dont l'âme est le principe^ elle exprime que l'âme en est le principe intrinsèque, le principe substantiel et radical. — 3o2. Elle démontre la première; car, si l'âme est le principe qui nous fait vivre, sentir, concevoir, etc., il s'en» suit que la première définition, qui présente l'âme comme Vacte pre» mier du corps, est parfaitement exacte. — 3o3. Vâme raisonnable peut faire partie de Vacte premier du corps : 1° Les opérations dont le principe est inhérent à l'opérateur peuvent s'exercer de trois manières ; de là les trois espèces d'âmes, l'âme végétative, Tâme sensitivetx l'âme tntellective, — 304. 2® Parmi les corps informés il en est qui se meuvent vers une fin qiûils ont eux-mêmes fixée à leur activité : or cent fixation de sa propre fin est l'œuvre de la raison et de V intelligence. — 3o3« Réciproquement, il est nécessaire d* admettre un principe de vie inteU lectuelle qui soit la forme substantielle d'un corps ; la perfection de l'univers exige que ce degré d'être existe dans le monde^ il est comme Vanneau qui unit le monde visible et corporel au monde intellectuel et invisible. — 3o6. Ainsi, ce qui constitue l'essence de Vâme c'est d'être un principe intellectif en même temps que la forme substantielle d'un corps. — 307 . Vâme humaine est^ par conséquent, Vacte premier d^un corps organique, ayant la vie raisonnable en puissance ; ou, plus brièvement, Vâme est le principe intellectuel de Vhomme. — 3o8. Deux importants corollaires dérivent de cette définition : i* L'âme humaine diffère de Vâme de la plante et de Vâme de Ja bête, non-seulement suivant son essence propre d'âme intellective, mais encore en tant qu'elle est végétative et sensitive. — 309. 2*> L'âme humaine est juste» ment placée au dernier rang parmi les substances intellectuelles, parce qu'elle est la forme substantielle d'un corps. — 3 10. S. Thomas tire de ce corollaire un nouvel argument pour établir que l'âme humaine doit être la forme substantielle du corps. ^ 3i i. L'âme humaine, qui est intellective et la forme du corps, mérite le nom de substance, parce qu'elle possède un être absolu qui ne dépend pas de la matière comme les autres formes. Pag 7^-79

ART. V. «— L'essence de Vâme ne consiste ni dans la pensée ni dans

la faculté de penser

§§ 3 12. Il nous reste à discuter l'opinion de Descartes et de quelques autres philosophes. — 3i3. D'après Descartes, V essence de Vâme consisterait dans la pensée ; Malebranche la fait consister dans la pen» sée en général. — 314. Gioberti et Rosmini partagent le sentiment de Descartes. — 3i5. 1® Cette opinion est absurde en soi : la pensée étant une opération de l'âme présuppose un principe qui la produise ; dç

plus, la pensée est produite par l^me ; or rien n*est la cause de sa propre essence ; enfin, les pensées sont diverses et variées j tandis que T-essence d'une chose est toujours la même. — 3i6. On ne peut pas davantage la placer dans la pensée en général, parce que celle-ci est quelque chose d'abstrait^ tandis que l'essence de Tâme est quelque chose de réel, — 317. 2** L'opinion de Descartes conduit à une conséquence perticulièrement absurde ; il en résulterait que notre âme serait Dieu même ; car ce n'est qu'en Dieu que Vopération ne se distingue pas de l'essence. — 3 18. Quelques philosophes^ entre autres Leibnitz^ font consister Tessence de Pâme dans la faculté de penser ; d'autres, comme Storchenau et Galluppi, la placent dans la puissance générale de penser qui s'exerce par diverses facultés. — 319. Toutes ces opinions ont été réfutées dans la Dynamilogie^ ou dans VOntologie, — 320. L'âme pense^t-elle toujours ? tous les philosophes que nous .venons de citer soutiennent Vaffirmative, — 32 1 . Si sous le nom de pensée on embrasse toutes les connaissances, même la connaissance purement sensi^ tive^ on peut dire que Tâme pense toujours ; mais, si on ne comprend sous ce nom que les opérations intellectuelles, il est certain que l'âme ne pense pas toujours. — 322. Si l'âme pensait toujours dans ce dernier sens, les enfants seraient responsables de leurs actes. — 323. L'âme intellective peut très-bien vivre sans être actuellement en exercice. Pag 79-82.

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