HUMAINE
§ 473. Il importe d'établir solidement ce dogme, qui est, après l'existence de Dieu, le principal fondement de la religion^ soit parce qu'il ne manque pas de philosophes qui soutiennent que rien ne survit à la dissolution du corps, soit parce que le V* concile de Latran en fait un devoir à tous les professeurs de philosophie. Pag 126
ART. I. — Notions préliminaires
§S 474- ^^ appelle immortel ce qui continue à exister et à vivre perpétuellement, — 475. Une chose peut cesser d'exister à raison de sa tendance naturelle au non^être^ ou par la volonté de son auteur. La simplicité de l'âme est cause qu'elle est incorruptible ab intrinseco ; néanmoins Dieu, absolument parlant, pourrait l'anéantir. — 476. Mais, à raison des propriétés dont Dieu a gratifié la nature de l'âme raisonnable^ il ne pourrait l'anéantir sans blesser sa sagesse, sa bonté et sa justice, — 477. L'âme n'est pas immortelle par essence comme Dieu ; elle n'est pas immortelle seulement par grâce^ comme les corps des élus après la résurrection, mais elle est immortelle par nature, — 478. Cette immortalité renferme trois choses: i» L'âme séparée du corps doit continuer à vivre perpétuellement ; 2® elle doit continuer à exercer les opérations conformes à sa nature ; Z^ elle doit conserver la conscience d'elle-même et le souvenir dupasse. Pag 126-128
ART. II. — Opinions des philosophes sur l'immortalité de Pâme
§§ 479« D'après Cicéron^ Phérécidede Scyros aurait enseigné lèpre* mier l'immortalité de l'âme ; mais il est certain que ce dogme remonte à l'origine même du monde. — 480. On sait que Pythagore^ Socrate, Platon et les plus illustres philosophes reconnaissaient que 'l'âme est immortelle; les auteurs sont partagés sur ce que fut au juste Topinioa d'Aristote. — 481. Tous les philosophes qui ont cru l'âme corporelle devaient logiquement affirmer qu'il ne reste plus rien de l'homme après la mort : Epicure, Lucrèce, Pline le Naturaliste 'nièrent l'immortalité des âmes. — - 482. Certains hérétiques appelés Thnétopsychites embrassèrent la doctrine d'Épicure. — 483. Cette erreur a été renouvelée dans les temps modernes par Hobbes, Toland^ Voltaire, etc. — 484. L'immortalité de l'âme est niée, ou du moins détruite, par les disciples de Schelling et d* Hegel; suivant leur doctrine, l'âme, après la dissolution du corps, retourne dans la vie universelle^ où elle perd la conscience d'elle-même. — 485. Les disciples de Fourrier et de Saint' Simon soutiennent la même opinion. -— 486. Scot^ le baron de J3er/^5cA ont cru que l'immortalité de l'âme ne pouvait être certainement dé' montrée par des arguments purement rationnels; Pomponœjfpde M an- ^ toue enseigna que l'âme est mortelle d'après la raison^ mais qu'elle est immortelle d'après la théologie; Cousin admet les preuves de l'immortalité, mais il ajoute qu'il n'est pas certain que l'âme jouisse de l'usage de ses facultés après la mort; Dugald-Stewart ex Galluppipré*
tendent que les arguments rationnels en faveur de l'immortalité de rame ne sont vraiment démonstratifs que si oii les considère réunis ensemble. Pag < i28-*i3o
ikRT. m. — L'âme humaine est intrinsèquement immortelle *
S§ 4^7* ~~ 0^ prouvera dans cet article que Pâme est immortelle ab intrinseco, — 488. Pour nier que Tâme soit intrinsèquement immortelle, il faudrait découvrir en elle quelque principe interne capable de l'anéantir ou d'amener sa dissolution. — 489. Mais Pâme, dit S» Gré' goire de Néocésarée, ne se compose ni de parties intégrantes, ni de parties essentielles / donc elle ne peut périr par dissolution. — 490* 5. Maxime et 5. Grégoire deNysse font valoir la même raison. — 491* S. Thomas dit : Les choses peuvent se corrompre far soi, ou par acci" dent,'OT l'âme ne peut se corrompre for soi^ puisqu'elle n'est pas composée de matière et de forme ; elle ne peut se corrompre par acci' dent, car l'âme humaine est une forme dont Vêtre est indépendant de la chose qu'elle informe, — 492. Cette preuve repose, comme on voit, sur ce que l'âme humaine est une forme subsistante. — 493. La ten« dance au non-être, qui se trouve dans la plupart des créatures^ vient toujours de la matière; mais les formes subsistantes n'ont point de matière ; donc. — *494* Dans les formes qui subsistent par elles-mêmes^ Vêtre est inséparable de la forme; or Tâme subsiste par elle-même ; donc. — 495. S. Thomas expose en plusieurs manières l'argument que nous venons de présenter. -* 496. Cet argument se trouve en germe dans 5. Augustin et dans 5. Bernard, — 497. Autres preuves: 1^ L'ouvrier est supérieur à son œuvre ; or l'intellect donne Vineorruptibilité aux choses qu'il conçoit ; donc il est lui-même incorruptible. 2^ Ce qui est reçu dans quelque chose s'y trouve reçu suivant la mesure et la ca* paeitéde cette chose ; or, comme les formes reçues dans l'intellect sont immatérielles et incorruptibles, Pintellect doit être incorruptible luimême. — 498. 3® L'âme reçoit et connaît tous les contraires ; or la cormptibilité n'existe que là ou les contraires se contrarient ; donc l'âme est incorruptible. —499. 4® L'âme désire exister toujours ; or un désir vraiment naturel ne peut être frustré ; donc. — 5oo. Par conséquent l'âme survit à la dissolution du corps. — > 5oi. Il nous faut démontrer maintenant que la vie ne s^ éteint pas dans l'âme séparée du corps ; en effet, Vopération est le but de existence/ donc, si l'âme sur« vit au corps, elle ne peut être dépouillée des opérations qui lui conviennent dans cet état. — 5o2. Rien n'empêche que l'âme séparée du corps ne puisse penser; car il lui reste toujours Vintelligeneej laquelle 8*exerce sans organe corporel. — 5o3. Bien plus, après cette vie, l'âme dégage des choses corporelles pourra penser avec plus de perfection. — 5o4* L'âme a le désir iitit^de connaître le plus grand nombre possible de vérités ; mais, si la puissance de penser disparaissait avec le corps, ce désir serait sans objet. -— 5o5. Si l'on demande de quelle manière l'âme séparée du [corps arrive à Tintellection des choses, nous répondrons que son mode d'intellection devient semblable à celui des substances séparées. — 5o6. L'âme humaine tient comme le milieu
t86 TABLE ANALYTIQUE
entre les substances corporelles et les substances intellectoelles ; mais, en se séparant du corps, elle ressemble par faitement aux substances séparées, sous le rapport de ses opérations. — 507. L'ftoie séparée du corps conserve la conscience d'elle-mèfne ; parce que ce poaycMr lui vieQt de son immatérialité. — - 5o8. Les âmes séparées se rappellent les choses qu'elles ont connues ici-bas et dont elles conservent les espèces.
— 509. Il est donc très-certain que l'âme humaine est intrinsèquement immortelle. — 5 10. Nous avons déjà répondu à ceux qtii attaquent îndireùtement ce dogme, il nous reste à répondre aux objections de ceux qui l'attaquent directement, -^ bii. i^ Obfect. La forme n*a son être que dans le sujet dont elle est la forme ; donc Tâme ne doit point survivre au corps. — 5 12. Rép, Nous avons déjà détruit cette objection» e& démontrant que l'âme humaine est une âme subsistante dont ni l'être ni l'opération ne dépendent entièrement du corps. — 5i3. Instance : L'union de Pâme avec le corps est naturelle / donc Tâme ne peut vivre sans le corps. — - 514. Rép. Cette union étant conforme à la nature de rame, l'âme la désire naturellement ; c*est donc contre son gré que l'âme se sépare du corps, lorsque te corps se dissout ; mais, comme elle est une forme subsistante^ elle continue à exister après la séparation.
— 5i5. 2^ Object. L'âme naît avec le corps^ elle doit par conséquent périr avec lui. — 5 16. Rép. L'âme est produite j^^tr création et le corps par génération ; il n^y a pas de raison conséquemment pour que lUffle soit corruptible comme le corps, sous prétexte que le commencement de leur existence coïncide. «- 517. ire Instance. L'âme a eu un corn» mencement; doncelle aura aussi une ^it.— 5 1 8. Rép, Cette objection e» fondée sur ce principe : Ce qui à commencé d'exister ne peut durer éternellement ; or ce principe est faux ; car celui qui a dbnné à l^dme une nature incorruptible lui a donné droit à Vimmortaiité, — 519. 2e Instance. Ce qui vient du néant doit retourner au néant ; 01^ lime vient du néant ; donc. — 5 20. Rép. L'âme vient du néants mïîs elle a reçu une nature incorruptible; si donc il est vrai que VtatpetAèttt anéantie ce n'est que par la puissance infinie de celui à qui ëDe est te* devable de la vie. Pag tSo^t37
ART. IV. «- L*4me humaine est aussi extrinsèquement immortelle
§§ 521. A ne oonsidéirer que la puissance infinie de Dittt, l*êmepeut être anéantie^ mais nous pouvons solidement établir qu't*/ m ie vùmdra jamais.'^ 52^. 1^ L'anéantissement de Tâme est contraire â la eagesse de Dieu ; en efiet^ Dieu se doit à lui-même de ^oi»an«r à €liac]ae chose sa nature propre ; or la nature des choses immatérielles c'eac d'âtre îiii« mortelles, ^523. 2? L'homme ^possède naturelUmêpa k désir d'être éternellement heureux ; il est donc contraire à la sagesse et à U hanté de Dieu que l'âme de l'homme soit anéantie: car rien n'est inuHlm dans les œuvres de Dieu, et sa bonté ne peut permettre que Hioauni» soit invinciblement trompé dans ses désirs naturels et iovindblea. -^ h%^ Le bonheur dont nous portons en nous le désir doit être éternel / car, s'il n'était pas étemel, il ne serait point parfait^ puisque l'âme serait tourmentée par la crainte de le perdre. -^ 525. x^ Obfect. Les hom^
MmiROPOUDOIS 187
mes désirent aussi là vie du corps, (Titre riches^ etc. -*• 5a5'. Rép. Il fiiat distinguer entre le désir primitif et les cupidités secondaires et particulières: celui4à est gravé dan% tous les oœurs, celles-ci ne sont pas unirerseiles et dérivent de l'autre. — 526. Enfin Dieu doit à sajuS" tice de récompenser les bons et de punir les méchants ; or ni la vertu n'est suffisamment récompensée en ce monde, ni le vice suffisamment puni,' donc. -^ Say. Que de crimes restent impunis en ce monde, que exactes de vertu restent sans récompense i Où donc serait la justice de Dieu s'il n'existait pas une autre vie? — 528. Tout acte humain possède un certain mérite ou un certain démérite ; or, comme la rétribution exacte ne se fait pas en cette vie, une autre vie doit lui succéder.
— Ssg. 2^ Object. Le témoignage de la conscience est la récompense de l'homme de bien, et le remords le châtiment de l'homme miéchant. <— 519'. J^^. Cette récompense et cette punition sont rarement adéquaiee à l'acte vertueux et à l'action coupable ; d'ailleurs l'un et l'autre sont fondés sur la persuasion qu'il existe une autre vie. — 53o« Lors même que la pratique de la vertu en vue d'une récompense répugnerait à la loi naturelle, comme l'affirme Kant, il n'en serait pas moins certain que la récompense suit l'acte vertueux. — 53 1. L'éter* nité des peines ne répugne pas à la raison. — 532. t® Lorsqu'une faute est commise, c'est la volonté qui pèche et non la nature/ or, si l'ftme était anéantie, la punition atteindrait la nature innocente et non la volonté coupable, *— 533. 2® La peine, dit«on, n'est pas proportionnée à la durée de la faute ; mais qui donc a jamais accusé les juges d'injustiœ, parce qu'ils ne proportionnent pas la peine à la durée de la faute?
— 534. 3* Ohject. Les châtiments étemels ne servent pas à l'amendement des coupables. ^ 534*. Rép, i<^ Sans doute, mais si les peines ne sont pas toujours médicinales pour le coupable, elles servent du moins à la correction des autres^ et le bien général l'emporte sur le bien particulier.— 535. 3® Du reste. Dieu peut infliger des châtiments étemels aux impies sans avoir en vue ni leur amendement, ni celui des autres, mais uniquement par amour de Tordre et de la justice» « 536. 3* En outre, les récompenses et les peines éternelles étaient nécessaires pour donner une sanction efficace à la loi morale. — 537. Pour rendre de plus en plus évidente T équité de la peine étemelle, nous donnerons eneore les quatre arguments de S. Thomas. <— 538. 1^ La même raison de justice, qui exige que la vertu soit éternellement récompensée^ exige que U vice soit éternellement puni. — 539. 2* Au jugement de Dieu la volonté vaut Tacte; or celui qui préfère un bien temporel à l'éternelle jouissance de sa fin dernière, a la volonté de pécher éternellement ; donc il mérite un châtiment étemel. — > 540, 3* Le péché mérite punition parce qu'il trouble Tordre; mais la perturbation de l'ordre est quelquefois irréparable du côté de la créature, et partant étemelle \ donc le j^^A^peut mériter une punition éternelle. — 541. Comme le péché est un acte désordonné^ le pécheur doit s'attendre à ce que Dieu le punisse ; mais, si le péché détruit le principe mime de tordre^ le mal est irréparable, il appelle en conséquence une punition étemelle. -^ 549. 4® Le péché offense Dieu et lui fait injure; car le pécheur ;;r^
l88 TABLB ANALYTIQUE
fbre à Dieu un bien créé qui lui est très-inférieur et qu'il place audessus de lui dans son estime. — 548 . L'injure faite à Dieu est pour ainsi dire infime ; car Toffense est d'autant plus grande que l'offensé est lui-même plus grand ; donc le péché mérite un châtiment infini quant à la durée, puisqu'il ne peut l'être autrement. — 544. Cette preuve est confirmée par le témoignage des juifs et des chrétiens, par le témoignage des philosophes et de la plupart des peuples de l'antiquité. Pag 137-146
ART. V. — Examen critique des arguments précédents
§§ 545. Nous ayons prouvé V immortalité de Pâme par des arguments métaphysiques ou fondés sur V essence de Pâme^ et par des ai^ments moraux qui sont déduits de certaines maximes communément reçues : les arguments de S. Thomas ont une valeur absolue. — 546. i^ê oifject. L'argument qui s'appuie sur ce que l'âme est une forme subsistante n'est pas solide parce que les opérations intellectîves sont reçues d'ane certaine manière dans le corps, puisque c'est Vhomme^ et non l'âme^ qui est le sujet des intellections. — 547. Rép, 1® De même que Pâme peut opérer sans le corps, de même elle peut exister sans lui ; 2^ Quoique l'opération intellective soit attribuée à Vhomme, cela ne veut pas dire qu'elle soit reçue en quelque sorte dans le corps ; 3^ Si l'opération intellectuelle repousse tout organe corporel, si elle est reçue dans l'âme seule, quoiqu'on l'attribue à tout le composé, il est évident que Vâme subsiste par elle-même. -^ 548. 2* Objecta L'appétit naturel qui nous porte à désirer d'exister toujours , est considéré ou comme une simple inclination de notre nature^ ou comme un acte élicite qui accompagne la connaissance intellectuelle ; dans le premier cas, on fait une pétition de principe ; dans le second, la conclusion est tirée de prémisses non démontrées, — 549. Rép. U appétit sur lequel S. Thomas fait reposer sa démonstration désigne Vacte élicite par lequel nous désirons naturellement Vitre y or l'existence en nous de cet appétit est une chose connue par soi; donc les prémisses de cet argument n'ont pas besoin d'être démontrées. — 55o. Nous avons prouvé que l'âme est immortelle ab extrinseco par des preuves tout à fait démonstratives ; car Dieu ne peut vouloir ce qui est contraire à ses attributs divins. — 55i. Si les arguments qui prouvent l'immortalité de l'âme sont démonstratifs, comme l'avoue Cousin, il est évident que l'âme séparée doit conserver, dans l'autre vie, P usage de son intelligence et de sa volonté. . — 552. L'erreur de Stewart et de Galluppi est nianifeste ; cari la conclusion ne devant pas être plus étendue que les prémisses, si les preuves isolément prises étaient simplement probables, elles ne produiraient pas rhumes une démonstration certaine. — 553. Enfin nous répondrons à Pomponazzi, avec le V« concile de Latran, qu^une vérité ne peut jamais contredire une autre vérité^ et que toute assertion contraire à une vérité révélée est absolument fausse. — 554. Leibnitz explique cette question des rapports de la raison avec la foi, en distinguant deux ordres de vérités, les vérités éternelles et les vérités positif ves: Dieu peut modifier celles-ci, mais les lois éternelles sont nécessai'
ANTHRÔPÔLOGni 189
res et immuables ; c'est pourquoi la révélation ne peut rien contenir qui leur soit contraire. Pag 146-148
ART. VI. — De la Métempsycose
IS 535. htLMAempiycose enseigne que les âmes transmigrent â^un corps dans un autre corps, elle se rattache à la théorie platonicienne de '\z préexistence ée% âmes. -* 556, Pythagore, Empédocle et Platon paraissent avoir emprunté ce dogme aux peuples de l'Orleat chez lesquels il était généralement répanda ; Pythagore et Platon croient que les âmes humaines passent également dans le corps des animaux; d'après Empédocle^ les âmes transmigrent aussi quelquefois dans les plantes.
— 557. La métempsycose a été renouvelée dans ce siècle par Pierre Leroux^ Reynaud et quelques autres. — 558. Cette doctrine est si absurde que plusieurs ont cru qu*elle était purement allégorique. — 559. i<^ Les âmes se distinguent numériquement les unes des autres à raison des corps qu'elles animent ; il est donc impossible qu'une âme informe successivement plusieurs corps. — 56o. 2^ Si la même âme informait successivement divers corps engendrés, il s'ensuivrait que le mime homme existerait de nouveau par suite d'une nouvelle génération. — 56 1. 3^ L'âme s'unit avec le corps comme une forme avec sa matière/ or la forme doit être proportionnée à la matière ; donc une seule âme ne peut s'unir à divers corps. — 562. Quant à la transmigration des âmes dans les corps des bêtes ou de% plantes^ elle est si visiblement fabuleuse, qu'elle mérite à peine qu'on s'y arrête ; d'abord l'homme et la bète diffèrent d'espèce ; or, comme les espèces sont immuables^ il est impossible que des âmes humaines deviennent les âmes de certaines bêtes. — 563. Si les âmes humaines passaient dans les corps des bê« tes, le but de la métempsycose ne serait pas atteint ; car, en perdant la raison^ les âmes deviennent incapables de subir aucun châtiment. — 564. La transmigration dans le corps des bêtes est d'ailleurs opposée à la métempsycose, car ce ne serait pas une seule et mime âme qui informerait successivement un corps humain et le corps d'une bête» puisque Tâme aurait changé de nature. — 565. Enfin il est absurde de supposer que les âmes, après un séjour plus ou moins long dans le ciel, recommenceront une nouvelle série de transmigrations sur cette terre, Pag. • • . • ]48-i5i
ART. vil. — De la palingénésie des philosophes modernes
§§ 566. Les panthéistes modernes enseignent que l'âme est immortelle en ce qu'elle est absorbée^ après la dissolution du corps, dans la substance divine ou dans F Absolu. — 567. Si l'esprit se perfectionne en ce qu*il transmigre dans l'Absolu, toute distinction entre l'Absolu et lui disparaît ; donc l'esprit humain fait place à l'Absolu, mais ne se perfectionne pas, — 568. Loin de se perfectionner, dans la palingénésie, l'esprit humain aboutit à la plus grande des imperfections ; car, si l'esprit humain est une parcelle de V Absolu, la palingénésie le transforme en la nature de l'Absolu^ il perd par conséquent sa propre nature.
— 569. Si l'esprit humain ne diffère pas de l'Absolu qui se développe,
190 TABU ANAUTHIDB
il se iétruh loi-mêoie dans cette sorte de peliogéoésie. -*- $70. Donc» d'après ces philosophes, Tâme n'est pu immaortelle» piiisqu'eUf péri sa subsistance propre. — Syi. On ne doit pas confondre avec la palingénésie des panthéistes, ce qu'enseigne TAréopagite sur la simpUfica* tûm de Tesprit qai s'élève vers Dieu par lacontemplatioade ses aeiributs. — 57s. Les paroles de S. Denis ne peuvent être interpréléai ea ce sens que l'âme» par son union avec Dieu, perdrait sa propre pemnh iuUUé. •— Iji. La doctrine que nous avons enseignée sur Vime se trouve résumée toute entière dana quelques Ugaes de S. Jean Omssi^ cène. Pag» ••••.•••••••• I4i«t}}
FIN 01 LA. TABLB ▲NALTTIQUB DB t'ANTHROFOLOOIB
Avîgiieii. — lVran>aphie SEGUIN Mres.— «A7-
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INTRODUCTION
(Tom. III, pag. 423-428)
1 . Clément d'Alexandrie observe avec beaucoup de sens que la partie de la philosophie qui traite de Dieu, et que Ton appelle pour cela Théologie naturelle ou Théodicée^ renferme la plus importante des doctrines^ celle qu'il importe par dessus tout d'inculquer à l'esprit humain (i). Il est im* possible, en effet, de connaître à fond aucun genre de choses tant qu'on ne l'a pas étudié dans ses rapports avec Dieu qui est la cause première et absolue de tout ce qui existe. Les philosophes privés des lumières de la Révélation l'ont euxmêmes reconnu. Aristote donne à cette science le nom de Sagesse et de Philosophie première (2)^ et Cicéron dit que le vrai philosophe ne peut se dispenser de connaître les causes primordiales de la nature intelligente et sage (3).
2 . Cependant nous n^admettons pas, comme le P. Gratry , que dans la Théodicée se trouve comprise la philosophie toute entière (4). Car chaque science, dit saint Thomas, se distingue des autres sciences par son sujet. Or le sujet de la Théodicée, lequel n'est autre que Dieu^se distingue absolument des différents sujets des autres sciences,qui sont tous des créatures. Cela n^empêche point que la Théodicée ne traite aussi des créatures, mais elle s'en occupe à un point de vue particulier, c^est-à-dire en tant qu^elles tirent leur origine du premier principe, et qu'elles se rapportent à Dieu qui est Xtnvfinder^ nière.
(1) Liber, Qttis dives Saîvetur^ tl 7.
(2) Metaphysica^ lib. I, c. 2.
(3) Deuniverso, c. 14.
(4) De la cannai tsance de BieUj i" partie, ch, I, § 3.
i THÏibDfCEE
3. On ne peut dire non plus, avec le même auteur» que toute vraie et solide philosophie doit commencer par la Théodicée. Bien qu'elle en soit la partie principale^ suivant l'expression d*Aristote, nous sommes d'avis qu'on ne doit l'étudier qu'en dernier lieu. Sans doute les choses divines sont très-connUes en elles-mêmes, mais notre esprit est ébloui par leur lumière à peu près comme les yeux des oiseaux nocturnes le sont par la lumière du soleil ; pour les connaître nous avons besoin de nous servir de leurs effets.
4. On nomme naturelle la théologie, objet de ce traité^ parce qu'elle étudie Dieu d'après les seules lumières de la raison, sans le secours de la révélation divine ; car la raison, comme dit saint Grégoire de Nazianze, nous élève des choses visibles jusqu'à Dieu (i). La théologie révélée en diffère beaucoup; car, bien qu'elle enseigne plusieurs choses qui sont du domaine de la raison, die en embrasse un grand nombre d'autres d'une importance majeure qui surpassent complètement les forces de la raison humaine. Nous faisons cette réflexion à dessein de prémunir nos lecteurs et contre les rationalistes qui s'efforcent de transformer tous les dogmes chrétiens en autant de vérités rationnelles (2), et contre Raymond LuUe, qui accordait à la raison la puissance de démontrer tous les articles de foi.
5. Quoique la théologie naturelle et la théologie révélée soient très-distinctes, toutefois elles se rendent Tune à l'autre de mutuels services. Car d'un côté la théologie r^^^/^e préserve celle-là des erreurs monstrueuses dans lesquelles, l'histoire l'atteste, elle tombe avec la plus déplorable facilité toutes les fois qu'elle prétend se passer de ses lumières (3) ; d'autre part, la théologie naturelle est d'un grand secours pour la science sacrée, parce qu'elle démontre sur Dieu et sur ses attributs diverses doctrines qui facilitent ensuite la démonstration des vérités révélées à ceux qui ne les connaissent pas.
6. Ce traité comprendra ^1^ chapitres. Nous exposerons d'abord les preuves de V existence de Dieu ; la question de sa
(i) Oratio, II, De Theologia, t. I, pag. 543. Parisiis i63o.
(2) Cette erreur est condamnée dans le Sjrllabus publié par Pie IX en 1864. Voir § I, n. 4 et 7, § II, n, 9.
(3) c Où n'irait pas la malheureuse humanité, disait saint Au^stio, $i Tautorité divine ne la guidait ? » Z?e Civit. Dei^ lib. XVIII, c. 41
DB L^EXISTENCE DE DIÉl/ 3
nature et de son essence viendra immédiatement après ; nous étudierons ensuite les principaux attributs de Dieu, ceux qu^on appelle absolus comme ceux que Ton nomme relatifs; après cette étude, nous prendrons la défense de Vunité de Dieu contre les Polythéistes tt Its Dualistes; enfin nous renverserons Tabsurde doctrine des Panthéistes qui détruisent ridée même de Dieu sous prétexte de l'agrandir sans mesure.