DE LA FIÈVRE. —DES FIÈVRES
On ne doit pas s'attendre à trouver dans cet article une reproduction plus ou moins fidèle des monographies et articles détachés qui ont été écrits sur les fièvres. Un semblable travail pouvait rendre de grands services à l'époque où Pinel et les médecins qui marchèrent sur sa trace soumirent à une analyse sévère et vraiment philosophique la doctrine des anciens sur les fièvres. Ce travail était encore indispensable pendant ie règne de la doctrine physiologique , parce qu'il fallait savoir jusqu'à quel point elle pouvait remplacer celles qui avaient reçu la sanction de tous les âges. Gonviendrait-il de revenir sur les travaux de l'illustre auteur de la Nosographie, qui est parvenu à restreindre le domaine si étendu des fièvres essentielles en les ramenant à des types fondés sur une localisation hardie pou r l'époque? ou d'agiter de nouveau avec Broussais et les promoteurs de son système la question de l'essentialité fébrile, etc.? Mais ce serait nous arrêter à des sujets qui n'ont plus aujourd'hui le privilège de fixer l'attention des pathologistes, et faire revivre des discussions qui sont entièrement terminées. Nous croyons inutile de consacrer beaucoup de pages à démontrer qu'il existe des fièvres proprement dites, et qu'elles ne sont pas toutes l'effet de la gastrite ou de la gastro-entérite ; que la fièvre jaune , la peste, le choléra , et bien d'autres maladies , ne sont pas des phlegmasies du tube digestif simples ou combinées avec quelque autre maladie? Une semblable marche serait à coup sûr stérile, et nous ramènerait à une époque qui paraît déjà fort éloignée de nous , tant la médecine a fait des progrès rapides, grâce aux découvertes fécondes que l'on doit aux sciences physiques
et chimiques. Nous ne devons pas oublier que nous écrivons pour les hommes qui sont désireux de connaître tout ce qu'il y a de pratique dans la question des fièvres: ce n'est que lorsque nous aurons accompli cette tâche que nous exposerons l'histoire des doctrines qui ont régné tour à tour en pyrétologie. Dans ce double but , que nous n'avons cessé de poursuivre dans la rédaction de cet article, nous avons exposé d'abord l'état actuel de la science , et nous l'avons fait suivre de l'histoire de la médecine , afin que le lecteur, partant du point où nous sommes arrivés aujourd'hui , puisse remonter par des études historiques jusqu'aux travaux des anciens, et les comparer à ceux des modernes; mais nous avons dû restreindre les développements considérables que nous pouvions donner à cette dernière partie de notre travail. Tel est l'esprit qui nous a guidé dans la rédaction de cet article, où nous avons abandonné souvent le rôle d'historien pour prendre celui de critique , et repousser les erreurs que l'on trouve en grand nombre dans la plupart des ouvrages écrits en vue de faire triompher une doctrine ou des systèmes accrédité.
Divisions de V article. — 1° De la fièvre. — Nous décrirons d'abord la fièvre, le mouvement fébrile, comme un état morbide distinct, ayant ses symptômes, sa marche, sa durée. Cette description sera en tout semblable àcelle que l'on trouve dans les traités de pathologie générale, quand on se propose de faire connaître, sous leurs différents points de vue, des symptômes tels que le délire , la paralysie , les convulsions, le vomissement. Nous ne connaissons la fièvre que par ses symptômes ; il importe donc d'en exposer
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tous les caractères avant de rechercher à quelles lésions, à quels états morbides on peut la rattacher. Cette recherche constitue, en pathologie générale, ce nue l'on nomme étiologie ; elle sera d'une haute importance dans l'étude des fièvres.
2° Des fièvres. — Une fois l'état fébrile bien connu en lui-même , et dans toutes se» particularités , nous nous demanderons s'il existe des maladies auxquelles on doive conserver le nom de fièvres; en entendant par ce nom des affections dans lesquelles les troubles symptomatiques ne peuvent pas être rattachés à des altérations organiques localisées et appréciables, et appartiennent à des altérations générales , dont la nature échappe encore à nos moyens d'investigations; là, se représentera la question tant agitée de l'essenlialité fébrile. Nous nous efforcerons de la résoudre dans le sens que nous semble commander impérieusement l'état actuel de la science.
Nous indiquerons plutôt que nous ne décrirons les différentes pyrexies; nous dirons, enfin, de quelle manière les nosographes les ont classées, et sur quelles bases ils ont établi leurs divisions.
3° Historique. — La troisième part;e comprendra l'exposé historique et critique des principales doctrines qui ont régné sur la fièvre et les fièvres.