‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 3)Chapitre 31 sur 32 · SY!V · texte numérisé non relu

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peau reste décolorée , et sa température très-basse peadaul quelques instants. Souvent le refroidissement est assez prononcé pour qu'il soit nécessaire de couvrir les malades, qui se plaignent d'un froid très-vif et frissonnent.

La terminaison de la syncope n'est pas toujours aussi heureuse; cependant il est rare qu'elle soit mortelle. M. Récamier a rapporté, dans une de ses leçons cliniques, l'observation d'une jeune dame qui, après avoir éprouvé une syncope prolongée et être revenuecumplétement à elle pendant plusieurs heures, mourut subitement. L'autopsie fit voir dans le ventricule gauche un gros caillot fibrineux qui se prolongeait dans la crosse de l'aorte et dans ses orifices {la Clinique, art. cit.). Bonet et d'autres auteurs citent des faits semblables. On conçoit en effet qu'une syncope grave et durant plusieurs heures pourrait déterminer la coagulation toute spontanée de la fibrine dans le cœur; ces cas doivent être plus rares qu'on ne Ta dit, parce que l'arrêt de la circulation centrale n'est jamais assez complet en pareil cas pour amener ce résultat. La syncope peut durer dix minutes, une demi-heure et plusieurs heures. On a même rapporté des exemples de .syncope qui ont persisté pendant plusieurs jours. Qui ne connaît pas les histoires* merveilleuses de lady Russel, qui se leva au son des cloches au bout de huit jours; de François de Civile, trois fois mort et trois fois ressuscité; de l'anatomiste Winslow, enterré deux fois vivant; de l'abbé Prévost, du malade ouvert par Vesale,et de bien d'autres encore? Nous voudrions des faits un peu plus récents et plus authentiques que ceux-là, ou du moins qui fussent racontés avec les détails qu'exigent les progrès des sciences médicales.

La syncope peut se montrer d'une manière intermittente. M. Mongeal, dans une bonne dissertation qu'il a publiée sur la maladie qui nous occupe, en rapporte plusieurs exemples empruntés à différents auteurs {De la Syncope , thèse n" 89, p. 23, in-4"; Paris, 1836). Métus a vu un jeune garçon de onze ans qui tombait en faiblesse quatre fois par jour; cet accident arrivait à Bacon une fois par mois. On a parlé de femmes qui étaient sujettes à la syncope pendant leur grossesse , d'autres seulement lorsqu'elles n'étaient pas enceintes (cil. extr. de la thèse citée).

Diagnostic. — Les maladies avec lesquelles il est facile de confondre la syncope sont l'hémorrhagie cérébrale, la congestion encéphalique intense, l'asphyxie, l'hystérie, l'épilepsie, la catalepsie, la léthargie, et l'évanouissement simulé.

M. Piorry, à qui on doit une étude fort complète des signes diagnostiques de la syncope et de l'hémorrhagie cérébrale, fait remarquer qu'il a, dans ces deux affections, des symptômes communs, tels que perte

de l'intelligence, de la sensibilité spéciale et générale, mouvements convulsifs ou résolution des membres, quelquefois déviation de la bouche, convulsion des muscles des yeux et de la lace , évacuations sponta- 1 nées; mais dans l'hémorrhagie, les contractions du ( cœur et les battements des artères sont toujours sensibles, et même forts et énergiques. Il est rare que dans rhémonhagie cérébrale la paralysie du mouvement soit au même degré des deux côtés du corps; la respiration continue, elle est même stertoreuse et bruyante: l'auscultation fait enlendre très distinctement les bruits du cœur. On ne retrouve pas la pâleur et la décoloration extrêmes qui existent dans la syncope. Enfin , si l'on conservait des douies sur la nature de l'affection, on placerait le malade dans une position horizontale; les fonctions d'innervation ne tardent pas à se rétablir dans le cas de syncope; ils persistent s'il y a hémorrhagie cérébrale. «11 est évident , dit M. Piorry, que dans le cas où la congestion cérébrale serait plus probable que la syncope, il faudrait se garder de placer la tête dans une position déclive relativement aux autres parties du corps, car on pourrait ainsi tuer le malade pour apprendre comment il souffre» (Eech. sur l'influence de la pesanteur sur le cours du sang , etc. ; y4rch. génér, de médec, t. xh, p. 527, 1820; et in Collecl. de mémoires, p. 244,in-8°; Paris, 1831).

La congestion cérébrale se dislingue aisément de la syncope par des signes précurseurs tout à fait diff.Tents. La circulation et la respiralion continuent, et l'on retrouve tous les signes de Thypérémie céphalique qui manquent dans la syncope.

Dans l'asphyxie, il y a abolition de l'intelligence, du sentiment, du mouvement et du pouls, refroidissement de la surface cutanée, suspension de la respiration , émission involontaire d'urine et de matières fécales, en un mot tous les signes de la syncope. Aussi çouçoit-on que tous les auteurs aient considéré l'asphyxie comme une forme, comme un degré de cette dernière affection. Le diagnostic doit être tiré de la cause qui agit spécialement et primitivement sur la respiration dans l'asphyxie. Le médecin cherchera donc s'il a existé quelque cause morbifique capable d'empêcher la respiration de s'accomplir; il la trouvera dans les circonstances commémoralives qui ont précédé les symptômes de l'asphyxie. Dans quelques cas, la circulation persiste encore, quoique la respiration ait cessé. Les lèvres et la face sont injectées, les veines du cou gonflées, ce qui n'a pas lieu dans la syncope. Ces légères différences sont évidemment insuffisantes pour le diagnostic , qui serait presque impossible si l'on était privé des renseignements précieux que peut seule fournir la connaissance exacte des causes qui ont amené l'asphyxie. Pour montrer loutc l'élcnduc de la difficulté, pre-

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Dons pour exemple le cas d'un homme qui tombe à l'eau , et chez lequel la frayeur détermine une syncope : on le relire presque immédiatement, et l'on demande s'il est asphyxié ou s'il n'a qu'une syncope ; le diagnostic est d'autant plus utile que le traitement doit subir quelques modifications. M. Devergie dit bien que l'on reconnaît que la mort a eu lieu aux signes suivants : face pâle, ainsi que la peau ; trachée vide, ou contenant un peu d'eau sans écume; poumon peu développé , avec congestion légère vers les parties déchirées; cavités droite et gauche du cœur pleines de sang; autant de sang dans les artères que dans les veines (art. Asphyîie, Dictionn. de de méd. et de chir. prat.). Ces altérations ne suffisent pas pour que l'on puisse déclarer que la mort a eu lieu par syncope. L'incertitude est bien plus grande encore pendant la vie, et nous ne connaissons aucun signe de quelque valeur et à l'aide duquel on pourrait déclarer sur-le-champ qu'il y a syncope et non pas asphyxie.

Les plus fortes attaques à' hystérie sont caractérisées par des mouvements convulsiFs, des cris, du serrement à la gorge , la sensation d'une boule ; la circulation et la respiration, souvent faibles, continuent cependant d'une manière très-sensible; le visage ne change pas de couleur; la peau n'est point refroidie. Dans Yépilepsie, les convulsions tétaniques des membres et du corps , l'écume dont la bouche se remplit, les grimaces, les mouvements de la mâchoire, la distension des jugulaires, la rougeur livide et le gonflement du visage ne permettent pas de songer un seul instant à la syncope. La catalepsie est marquée par l'insensibilité la plus complète et l'abolition des mouvements volontaires; la respiration est souvent insensible, mais la circulation continue à se faire , et les membres gardent la situation qu'on leur donne. La léthargie n'est accompagnée d'aucun symptôme qui puisse faire croire à l'existence d'une syncope , et l'on conçoit difficilement que les auteurs aient cru possible une erreur de diagnostic. Dans la léthargie, la sensibilité et le mouvement sont, il est vrai, quelquefois anéantis complètement, mais la respiration et la circulation persistent.

Des sujets peuvent simuler la syncope dans un but quelconque; il est toujours facile de découvrir leur .supercherie en au.^cullant le cœur et les artères; le pouls , d'ailleurs , conserve .^on rhyihme et sa force naturels. On trouve bien rarement des sujets capables de suspendre leur respiration et la circulation par le seul effort de leur volonté, comme pouvait le faire ce colonel anglais.

On a cherché les moyens de distinguer la syncope d'avec la mort subite causée par la rupture du cœur , des gros vaisseaux , la déchirure hémorrha-

gique de la pulpe cérébrale dans une grande étetidue, etc. ; le diagnostic est impossible en pareille circonstance, à moins qu'il ne soit fondé sur la connaissance des causes qui ont amené la mort et des symptômes qui se rattachent à la maladie.

Une élude beaucoup plus importante et plus difficile, qui a fortement préoccupé les médecins et les législateurs de tous les pays , consiste à chercher les moyens de distinguer la syncope d'avec la mort vraie. Nous ne pouvons qu'indiquer ici cette question, dont l'examen rendrait nécessaires des développements qui appartiennent à la médecine légale et à l'hygiène publique.

Étiologie. — La syncope , avons-nous dit, est un état morbide qui est presque constamment le symptôme d'une maladie locale ou générale bien déterminée; cependant il faut reconnaître que dans des conditions morbides que nous allons chercher à déterminer, elle constitue un trouble fonctionnel que l'on ne peut rattacher à aucune lésion appréciable; elle pourrait donc être considérée, sous ce point de vue, comme une syncope idiopathique, c'est-à-dire dans laquelle le symptôme lui-même est toute la maladie. Les causesqui la produisent agissent, sans aucun doute, sur l'innervation cérébrale, de telle sorte que Ton pourrait soutenir que la syncope, danc ce cas, est encore symptomatique ; mais comme il n'exi.ste aucune lésion sensible du système nerveux , et que le trouble fonctionnel est le seul fait que nous puissions constater, nous rangerons dans un ordre à part les syncopes idiopathiques , et dans un autre les syncopes symptomatiques.

A. Causes qui déterminent la syncope en agissant directement sur le système nerveux. Syncopes idiopathiques ; défaillances nerveuses. — Quelques personnes, en raison d'une prédisposition particulière que l'on nomme idiosyncrasie , sont prises de syncope sous l'influence de certains causes. Les ouvrages fourmillent de faits de ce genre. Le bruit de l'eau qui tombe goutte à goutte, le son des cloches, un chant grave et triste , le coassement des grenouilles, peuvent produire la syncope chez queU ques personnes; d'autres se trouvent mal parce qu'elles aperçoivent une araignée, un chat. M. Mongeal dit avoir observé un sujet qui ne pouvait voir les mouvements d'abaissement et d'élévation qu'effectue le larynx pendant qu'on chante, .sans ressentir une telle impression qu'il se trouvait mal s'il persistait à regarder (th. cit., p. 21). D'autres personnes ne peuvent supporter l'odeur du vinaigre, du fromage, d'une rose, ou celle ÎJui se dégage d'une mèche de chandelle, sans tomber en syncope; celui-ci éprouve le même effet quand il mange une feuille d'artichaut ou un mets préparé avec de l'huile d'olive; celui-là quand il goûte une substance alimentaire qui con-

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tient un peu de beurre (voy., pour des faits de ce genre, J. Frank, Praxeos , trad. franc, de \ Encyclopédie, t. IV, p. 542). La vue d'un objet repoussant détermine le même effet.

Parmi les causes les plus fréquentes de la syncope figurent les émotions morales vives et subites. Les ouvrages sont pleins d'exemples de syncopes qui ont été produites par cet ordre de causes. Tantôt c'est une nouvelle heureuse qui amène la syncope, et tantôt un chagrin violent; tel sujet se trouve mal en apprenant la mort d'une personne chérie, tel autre en recevant un soufÛet, en voyant périr un ami, en entendant proférer une insulte, ou bien après un accès violent de colère. Une contention d'esprit forte et prolongée occasionne la lipothymie; on la voit survenir très-souvent chez des malades à qui on va pratiquer une saignée ou qui voient couler la première goutte de leur sang. 11 y a des malades qui tombent en défaillance lorsqu'on leur fait entendre avec tous les ménagements désirables qu'une opération chirurgicale est devenue nécessaire pour les guérir. De jeunes élèves récemment entrés dans la carrière médicale s'évanouissent en voyant pratiquer pour la première fois une opération qui fait couler le sang.

La syncope peut être déterminée par un plaisir trop vif ou par de violentes douleurs : le coït est fréquemment suivi de syncope. «L'énergie du cerveau étant évidemment, dans différentes occasions, plus forte ou plus faible, il semble que son action ne peut augmenter sans être nécessairement suivie d'un état de faiblesse. Nous pouvons, en conséquence, dit Cullen, comprendre, d'après cette loi de la puissance nerveuse, comment l'action subite et violente de l'énergie du cerveau est quelquefois suivie d'une telle diminution de force de cette énergie, qu'elle produit la syncope; je crois que c'est de cette manière qu'un accès violent de joie occasionne la syncope et même la mort. C'est aussi, je le suppose, d'après le même principe, qu'une douleur aiguë peut quelquefois augmenter l'énergie du cerveau à un degré plus considérable qu'il n'est capable de le supporter, d'où il s'ensuit une diminution de force qui doit occasionner la défaillance. Mais la conséquence de ce principe paraît plus évidemment, par la défaillance qui survient facilement lorsqu'une douleur considérable cesse tout à coup»(/<7c. cit., p. 37 î). Cullen pense que c'est ainsi qu'agissent un effort violent et longtemps continué, l'accouchement, la colère, la crainte, la vue d'un objet dégoûtant ou hideux , les odeurs. Il croit cependant très-probable qu'il existe d'autres causes qui agissent par une puissance directement sédative; «ces causes peuvent être répandues dans la masse du sang et de là se communiquer au cerveau ou être uniquement introduites dans l'estomac, dont les af-

fections se communiquent si facilement et si fréquemment au cerveau. » Les développements dans lesquels est entré Cullen , et qui font très- bien saisir le mécanisme suivant lequel se produisent les syncopes par cause cérébrale, ne s'appliquent qu'à celles qui sont indépendantes d'une lésion appréciable du système nerveux.

Nous croyons qu'il est naturel d'en rapprocher ces syncopes qui sont liées à une maladie dont le trouble du système nerveux est la cause évidente : telles sont les syncopes que l'on observe chez les femmes grosses, pendant l'établissement du travail delà menstruation, à l'époque où cette fonction physiologique cesse. Les troubles que subit l'innervation utérine dans ces diverses conditions pathologiques , et l'influence qu'ils exercent sur le système nerveux encéphalo-rachidien, sont des causes bien démontrées de la syncope. A côté d'elles se rangent tout naturellement les névroses , comme l'hystérie , l'hypochondrie, les névralgies accompagnées de vives douleurs.

B. S/ncope par ajjection du système vascu' laire ; syncope cardiaque, — Quelle que soit la doctrine que l'on adopte pour expliquer la production de la syncope, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il en est dont la cause paraît résider plus spécialement dans le système vasculaireou dans le .sang. Personne n'ignore aujourd'hui que l'hypertrophie du cœur, toutes les lésions valvulaircs qui gênent d'une façon quelconque la libre circulation du sang à travers les orifices du cœur, que les communications congénitales ou accidentelles qui s'établissent entre le cœur droit et gauche, que le ramollissement, les blessures et les ruptures du cœur, occasionnent souvent la lipothymie et même la mort. Les anciens ont beaucoup parlé de polypes de cet organe, qu'ils considèrent comme une cause très-fréquente de syncope; il est facile de se convaincre, en parcourant les observations qu'ils ont rapportées, que les concrétions, loin d'être la cause de la syncope, en étaient l'effet, et se rattachaient l'une et l'autre à des maladies bien caractérisées du cœur et de ses enveloppes , ou des vaisseaux qui en partent; cette proposition est aujourd'hui trop bien établie pour que nous nous y arrêtions. La pénétration de l'air , dans le cours d'une, opération où l'on a intéressé des branches vasculaires considérables, les adhérences établies entre les tendons des colonnes charnues et la paroi interne du cœur, la péricardite aiguè et chronique, l'hydropéricarde, les palpitations, ont pour symptôme fréquent la syncope, et celle-ci est souvent la cause de la mort que l'on voit survenir d'une manière inattendue chez un certain nombre de sujets. C'est peut-être aussi au trouble de la circulation qu'il faut attribuer la lipothymie que l'on observe après la ponction ihoracique ou abdominale, et chez les femmes qui accouchent

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avec une {grande promptitude et sans douleur. Le changement brusque qui survient alors dans le mode de distribution du liquide circulatoire amène la syncope. Cullen a très-bien signalé toutes les causes qui agissent directement sur le cœur même (/t;c. cit., p. 373), il explique de la manière la plus satisfaisante la syncope qui survient chez les hydropiques après Tévacualion du liquide épanché, dans la cavité du ventre.

G. Syncope par altérât ion du sang. — Lorsque les quantités de ce liquide viennent à diminuer d'une manière rapide, la syncope se produit presque immédiatement. C'est ce qui arrive dans les hémorrhagies traumaliques ou de cause interne; les métrorrhagies, les règles immodérées, la lupture d'un anévrysme, l'hémoptysie, Thémalurie, l'hémalémèse, pour peu qu'elles soient abondantes, etc., font tomber les malades en syncope ; les émotions morales, qui ne manquent pas d'agiter les malades lorsqu'ils voient couler leur sang, ne sont pas étrangères à la production de la lipothymie. Elle est très-fréquente chez les sujets que l'on saigne, surtout lorsqu'on retire une grande quantité de sang par une large ouverture faite à la veine , et que le malade reste debout. Dans ces diverses circonstances, la quantité de sang que reçoit le cerveau est insuffisante pour stimuler convenablement le cerveau : de là la syncope. On attribue généralement à la même cause la syncope que l'on observe chez les individus qui ont subi de fréquentes hémorrhagies , chez les chlorotiques , les convalescents et les malades qui sont épuisés par des sueurs, la diarrhée, des urines trop copieuses, des pertes séminales (diabète, albuminurie, cachexie cancéreuse, longues suppurations). Les recherches faites dans ces derniers temps sur les altérations de composition du sang ont conduit un certain nombre de médecins à considérer la diminution des globules qui existe alors comme la cause de la syncope et des troubles nerveux que l'on observe. D'après celte opinion, les propriétés moins excitantes du sang tiendraient à la diminution des globules et non à la diminution des quantités du sang.

A part l'altération que nous venons de signaler, il n'en existe pas d'autre que l'on puisse ranger parmi les causes de la lipothymie. Cependant, peut-être doit-on rapporter à une altération de composition du sang altéré la lipothymie que l'on observe chez les sujets qui ont été mordus par la vipère, par certains serpents, chez les scorbutiques, au moment de l'invasion de la peste, de la fièvre jaune, et dans certaines fièvres pernicieuses dites synco pales.

D. Syncope par maladie de dijférenls viscères.

Lorsque la respiration est fortement troublée, la yncope peut survenir. De Saussure , Bouguer et d'autres observateurs disent que ceux qui s'élèvent

sur de hautes montagnes sont pris quelquefois de défaillance. L'air raréfié par la chaleur produit le même effet chez les personnes qui sont enfermées dans une salle de spectacle et dans un appartement trop chaud. On voit des femmes s'évanouir pendant les grandes chaleurs de l'été et à cause de la trop grande constriction que détermine le corset.

La gêne extrême que la pneumonie la phthisie et les épanchemeuts de la plèvre apportent dans la respiration semblerait, devoir produire souvent la .syncope, et cependant ce cas se présente assez rarement, à moins qu'il n'y ait quelque complication cardiaque ou une des causes morbifiques que nous avons signalées précédemment. 11 est difficile de dire comment agissent d'autres causes pathologiques, comme la plénitude de l'estomac, l'ingestion d'un verre d'eau glacée, etc. Le plus ordinairement, plusieurs causes interviennent dans la détermination de ces syncopes.

Physiologie pathologique. — Cullen, dont on n'a pas suffisamment médité le remarquable travail sur la syncope, nous paraît en avoir parfaitement saisi le mécanisme et les données séméiologiques lorsqu'il s'est efforcé d'établir que parmi les causes de la syncope les unes résident dans le cerveau , les autres dans le cœur même {loc. cit., p. 368).

Bichat a cherché à faire prévaloir une théorie exclusive devenue célèbre tant à cause du nom de son auteur que des expériences sur lesquelles il l'a fait reposer. Il établit que le siège primitif de la syncope «est toujours au cœur; que cet organe ne cesse pas alors d'agir parce que le cerveau interrompt son action; mais que celui-ci meurt parce qu'il ne reçoit point du premier le fluide qui l'excite habituellement; que l'expression vulgaire de mal de cœur indique avec exactitude la nature de cette maladie » (Recherches physiologiques sur la vie et la mort, art. v). On sait que, pour Bichat, toutes les fois que le cœur cesse d'agir , la mort survient de la manière suivante : l'action cérébrale s'anéantit d'abord faute d'excitation; plus de phénomènes mécaniques dans le poumon dès que le cerveau a cessé d'agir puisque le diaphragme et les muscles intercostaux sont sous sa dépendance; plus de phénomènes chimiques dès que le cœur ne peut recevoir ni envoyer les matériaux nécessaires à leur développement. «La mort générale se continue ensuite peu à peu par l'interruption des sécrétions, des exhalations et de la nutrition. Celte dernière finit d'abord dans les organes qui reçoivent habituellement du sang parce que l'excitation, née de l'abord de ce fluide, est nécessaire pour l'entretenir dans ces organes, et qu'elle manque alors de ce moyen. «Bichat cherche à démontrer que c'est bien le cœur qui cesse d'agir le premier dans tous les cas où l'on observe la syncope : 1" les passions, les affections vives de l'âme, ne portent pas

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leur première influence sur le cerveau , mais bien sur le cœur; 2° les affections de cet organe, qui sont des causes si fréquentes de syncope , n'agissent pas autrement; 3" quand on se sent défaillir, c'est à la région précordiale que Ton éprouve la sensation ; 4^ les passions qui produisent la syncope sont suivies de maladies de cœur et non de cerveau; 5^ la circulation continue lors même que l'on a rompu les communications qui unissent le cœur et le cerveau ; 6*^ les passions déterminent souvent des palpitations; 7° les polypes, les anévrysmes, les pertes de sang, les évacuations de pus, de sérosité, causent la syncope de la même manière. «Le cœur sympathiquement affecté cesse d'agir, et tout de suite le cerveau , faute d'excitants , interrompt aussi son diClionn {Recherches j etc., loc. cit.).

Bichat avait remarqué, sur le cadavre des sujets qui avaient succombé à quelques-unes de ces maladies dont la syncope est le dernier terme, que les poumons sont vides, non engorgés, et de couleur naturelle. « Il dit que toutes les fois que la mort a commencé par le cœur ou les gros vaisseaux , et qu'elle a été subite, on peut considérer cette vacuité comme un phénomène universel. »

Parmi les arguments apportés par Bichat en faveur de sa doctrine , il en est fort peu qui puissent résistera la discussion. 1° Il est démontré aujourd'hui que les passions agissent sur le cerveau et non sur le cœur. 2<* Quant à la sensation précordiale, elle peut très-bien n'être déjà qu'un effet de la perturbation du système nerveux cérébro-spinal. 3^ Dire que les maladies du cœur résultent plus fréquemment que celles du cerveau des passions et de toutes les causes qui troublent l'intelligence, c'est émettre une proposition démontrée fausse par tous les faits rassemblés dans les ouvrages qui traitent des maladies mentales. 4® La circulation peut très-bien continuer, quoique le cerveau ait cessé d'agir. On peut se servir de ce fait aussi bien en faveur que contre la théorie de Bichat. Dans la syncope par hémorrhagie , le cerveau n'est plus stimulé par le sang, mais on peut soutenir que si le cœur cesse de se contracter, c'est encore parce que le cerveau ne reçoit plus assez de sang.

M. Piorry place le point de départ de la syncope dans la diminution ou la suspension de l'action cérébrale qui cesse avant celle du cœur ;^voici les faits qu'il cite à l'appui de son opinion : 1° dans la syncope, l'action du cœur n'est pas entièrement suspendue; 2° dans l'hémorrhagie, l'action cérébrale est suspendue avant celle du cœur; 3° cet organe se contracte encore après que l'innervation cérébrale est suspendue ; 4** il bat après la mort chez les animaux qui meurent d'hémorrhagie; 5° ses contractions sont perceptibles à l'oreille et à la vue; 6® l'élévation de

la tête détermine la syncope lorsqu'il y a hémorrhagie; 7° la situation toute contraire arrête la lipothymie, parce que le cerveau, dans un cas, ne reçoit plus de sang, et que, dans l'autre, ce fluide ramène une stimulation nécessaire dans la pulpe cérébrale (mém. cité, in du Procédé opérât., etc., p. 235). M. Piorry, tout en plaçant la cause de la syncope dans la diminution et lasupension des fonctions cérébrales, n'en reconnaît pas moins un lien très-étroit entre le cerveau et le cœur. « Le cerveau, ou plutôt le système nerveux cérébro-spinal, suspend son influence sur le cœur, dont les battements sont moins forts et moins réguliers : de là, moins de sang vers le cerveau, moins d'excitations, moins d'influence sur le cœur, tendance générale à la persistance de la lipothymie; mais excitez le cerveau par la position déclive, la syncope cesse et les battements du cœur, qui n'ont pas discontinué, prennent plus d'énergie et de régularité» {loc. cit., p. 238).

11 est très-difficile de démêler, au milieu de l'influence intime et réciproque qu'exercent l'un sur l'autre le système nerveux et le cœur, ce qui appartient exclusivement à l'un et à l'autre de ces organes. Cependant nous allons voir que des faits incontestables s'élèvent contre chacune des théories exclusives que nous venons d'exposer, et que la vérité se trouve dans celle deCullen. Cet auteur, se fondant sur l'appréciation rigoureuse des faits cliniques, admet, comme nous l'avons déjà dit, une syncope cardiaque et une syncope encéphalique. En effet, le point de départ des accidents réside tantôtdans le système vasculaire, tantôt dans le cerveau. Gomment ne pas admettre que la cause de la syncope est bien dans le cœur ou dans le sang lorsqu'un sujet vientde perdre une énorme quantité de sang par la blessure d'une artère ou par une hémorrhagie pulmonaire ou gastrique, etc.? On objecte que le cœur n'a pas cessé d'agir avant le cerveau, et que si la syncope a lieu, c'est parce que le dernier organe n'est plus stimulé par le sang (Piorry, p. 238); mais en définitive , ce qu'il importe au médecin de savoir, c'est que la perte de sang est la cause de la syncope. Chez un sujet qui a perdu une grande quantité de sang, le moindre mouvement, le plus léger effort amène la syncope. Qui pourrait se refuser à reconnaître que toute la maladie est dans cette faible quantité de sang que le cœur n'envoie qu'avec peine dans le système nerveux, et dans les qualités peu stimulantes du liquide où nagent de rares globules sanguins? Du reste, il est bien permis de ne pas se montrer satisfait des arguments présentés par les auteurs qui mettent dans le cerveau la cause de cette syncope cardiaque, lorsqu'ils viennent assurer qu'elle tient à ce que le cerveau n'est plus stimulé par le sang. En effet, pourquoi ne soulieudrait-on pas que c'est le cœur qui n'est pas sulfî-

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samnient stimulé, et que ses contractions cessent ou diminuent à cause de ce défaut de stimulation ? On répond qu'en donnant à la tête une situation déclive, le sang arrive en plus grande quantité dans le cerveau et fait cesser la syncope. Cette expérience peut être invoquée également en faveur de la syncope cardiaque. On peut dire, en effet, que si le malade reprend connaissance, c'est parce que l'on ramène vers le cœur tout le sang des extrémités inférieures. En un mot , il est permis de faire valoir pour le cœur les arguments que l'on donne en faveur de la syncope encéphalique. Nous ne refusons pas de croire que le cerveau participe très-rapidement aux troubles survenus dans la circulation cardiaque , mais ce trouble est consécutif à la lésion du cœur ou du sang. 11 en est de même, suivant nous, dans les palpitations par névralgie cardiaque, des syncopes déterminées par le scorbut chez des malades qui n'ont pas eu d'hémorrhagies ou qui ont perdu trop peu de sang pour que l'on puisse attribuer la syncope à la déperdition de ce fluide. La contractilité affaiblie des parois musculaires est la seule cause des lipothymies que l'on observe alors. On voit des convalescents et des sujets parvenus à un état de débilité extrême tomber en syncope pour la cause la plus légèie.

Nous pensons aussi que Ton doit regarder avec CuUen les maladies du cœur que nous avons passées en revue comme la cause de la syncope qu'il appelle cardiaque; le trouble de la circulation qu'elles ne manquent pas de produire procèdebien de cette source.

Quant aux causes de la syncope encéphalique, nous n'avons pas besoin d'y revenir; son mécanisme a été expliqué plus haut, par ceux qui l'admettent, d'une manière plus exclusive et pour tous les cas ; mais nous acceptons leur doctrine pour les causes que nous avons fait connaître en -premier lieu (syncope par altération du système nerveux).

Pronosùc. — Pour établir le degré de gravité de la lipothymie, il faut absolument savoir de quelle maladie elle est le symptôme. L'étude attentive de l'eiat syncopal ne peut rien indiquer au médecin, car une syncope en apparence très-légère peut être mortelle et réciproquement. On trouvera dans les causes des données pronostiques d'une grande valeur; la syncope nerveuse idiopalhique, c'est-à-dire déterminée parle trouble fonctionnel du système nerveux, n'cbt point gi ave ; il n'en est plus ainsi dans les affections du cœur, des gros vaisseaux, du péricarde, dans le cas dhemorrhagic. A cet ordre de causes se lient les morts subites qu'un étal de syncope peut déleiminer. Les lipothymies qui reviennent souvent cl qui dépendent d'une aUcclion du cœur .sont fréqui;inment morlelles. H est Irè^-rare d'observer une pareille terminaison chez les convalescents et les malades altfinls de névroses.

Indications thérapeutiques tirées de la syncope. — On a pensé qu'en produisant la lipothymie par une saignée copieuse et rapide, on pourrait combattre utilement l'inflammation. C'est dans ce but que l'on ouvre largement la veine et qu'on fait couler le sang, le malade restant debout. Quelquefois on détermine la défaillance en plaçant les pieds dans un bain sinapisé, tandis que l'on fait couler le sang. La saignée portée jusqu'à la syncope a été employée dans le traitement de l'œdème de la glotte , du tétanos, de la rage, de la fièvre puerpérale, de la peste, de la fièvre jaune, et cette médication hardie n'a point répondu aux espérances que l'on avait fondées sur elle. Les chirurgiens en ont tiré un meilleur parti pour opérer la réduction des hernies et des luxations. On a vu quelquefois la syncope faire pâhr une inflammation externe; M. Martin-Solona fait cette remarque chez une femme atteinte d'érysipèle et qui fut prise de défaillance à la vue d'une lancette. Quelques instants après, la rougeur et la fièvre reparurent ; mais elles se dissipèrent entièrement lorsque l'on eut provoqué une nouvelle syncope en recourant au même moyen (Dictionn. de méd. et de chir. pratiques, t. xiv, p. 426).

La syncope , en réduisant au minimum la circulalion, peut arrêter une hémorrhagie et empêcher qu'elle ne soit mortelle. Le caillot qui se forme dans le point où le vaisseau s'est rompu ou a été divisé s'oppose pour quelque temps ou d'une manière définitive à la reproduction de l'hémorrhagie ; ces heureux effets de la lipothymie ont été observés chez des soldats abandonnés sur le champ de bataille (Chamberet, Dictionn. des sciences médic, art. Syncope), à la suite de la rupture d'un anévrysme , dans un grand nombre d'hémorrhagies viscérales, chez des individus qui sont saisis d'une vive frayeur au moment où ils tombent dans l'eau. On a rapporté l'histoire de criminels qui ont été pendus ou noyés et qui, laissés pour morts , ont été rendus à la vie ; si ces faits sont exacts, on ne peut comprendre ces sortes de résurrections qu'en admettant qu'une syncope avait suspendu momentanément le cours de l'existence.

Traitement. — Lorsque l'on a reconnu que le malade auquel on est appelé à prodiguer des soins est en syncope, on cherche, par un rapide examen de l'habitude extérieure, de l'âge, du sexe, etc., à déterminer à peu près de quelle nature est la syncope que l'on est appelé à faire cesser. En même temps, on fait transporter le malade dans un lieu frais et isolé ; on dénoue ou l'on coupe les liens qui peuvent serrer son corps ; on doit surtout apporter la plus grande attention à ce que le cou et la poitrine ne soient point gênés dans leurs mouvements. Le malade doit être couché dans une .situation tout à fait horizontale; il faut empêcher qu'on ne relève la tête avec des oreillers,

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des coussins ou tout autre objet. Souvent le poids de la personne qui se trouve mal est trop considérable pour que l'on puisse la transporter sur un lit ; on la laisse alors s'affaisser sur elle-même en soutenant son corps, puis on retend sur le plancher ou sur un tapis dans la position que nous venons d'indiquer. M. Piorry considère cette situation comme le principal moyen thérapeutique de la syncope, et il conseille, avec juste raison , de placer la tête sur un plan plus déclive que le reste du corps. «On peut y joindre avec un succès marqué l'élévation des jambes, des cuisses, du bassin, des bras. Il reste toujours , et cela , lors même que la syncope a été complète, une certaine quantité de sang artériel dans le ventricule gauche et dans les artères. Cette colonne de liquide n'est pas en assez grande quantité pour pouvoir, dans la station, être lancée vers le cerveau, parce qu'il faut qu'elle se partage entre les parties diverses du système artériel; mais si vous changez la position, une proportion considérable du liquide nutritif qui se portera vers les parties déclives stimulera assez l'encéphale pour que les premiers mouvements inspirateurs aient lieu» (ouvr. cité, p. 245). Les bons effets de la situation horizontale, conseillée par Forestus et plus récemment par M. Piorry, sont aujourd'hui reconnus par tous les médecins.

«Les remèdes les plus convenables dans la syncope actuelle sont ceux qui raniment l'énergie du cerveau. Telle est l'aspersion d'eau froide sur le visage , qui , dans divers cas , a produit des espèces de résurrections » (Cullen, loc. cit., p. 375). Le grand air, la ventilation , l'ingestion de quelques gorgées d'eau froide , sont les agents stimulants les plus capables de faire cesser la lipothymie. S'ils échouent et si la syncope se prolonge, on a recours à des liqueurs douées d'une forte odeur que l'on place sous le nez des malades : le vinaigre, l'eau de Cologne, l'hydrochlorate d'ammoniaque , le castoréum , le musc , l'éther, une allumette ou un morceau de plume en combustion, peuvent servir à stimuler les nerfs olfactifs et à ranimer les malades, pourvu qu'on emploie ces agents thérapeutiques avec quelques précau lions. On frictionne le visage avec de l'eau froide ou un linge imbibé de vinaigre, d'eau de Cologne, d'eaude-vie ou de toute autre liqueur aromatique que l'on a sous la main. On peut aussi introduire dans la bouche quelques gouttes d'eau sucrée à laquelle on ajoute une teinture excitante.

Lorsque , malgré toutes ces stimulations, la lipothymie persiste, on doit alors irriter la membrane muqueuse des fosses nasales avec la barbe d'une plume, un morceau de papier roulé et imbibé de vinaigre ou d'eau de Cologne, placer sur les avant-bras et les jambes des sinapismes très-forts; pendant qu'ils agissent , on touche quelques points de la

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peau avec de l'eau très-chaude ou avec un peu d'alcool que l'on enflamme. Si l'on avait besoin de tenter une dernière stimulation, ou donnerait un lavement vinaigré ou salé. Si l'on pensait enfin que la vie n'est pas entièrement anéantie, on ferait le traitement de l'asphyxie par submersion (voy. Asphyxie , t. I, p. 400 et 401).

Une fois le sujet rendu à la vie, le médecin ne doit laisser paraître sur son visage aucune inquiétude, et recommander aux assistants de montrer un visage calme et tranquille. On observe ensuite le malade pour voir si la syncope ne se reproduira pas; on lui ordonne de ne faire aucun mouvement, et de conserver une position horizontale ou tout au moins à demi couchée, car la contraction musculaire ne manquerait pas de causer une nouvelle défaillance ; il faut ensuite s'occuper de prévenir le retour de pareils accidents à l'aide d'un traitement approprié à la nature et au siège de la maladie, dont la syncope n'est que le symptôme.

Nature et classification. — La syncope peut être rangée dans les maladies du système nerveux ou du cœur, suivant qu'on la fait consister dans un trouble fonctionnel primitif de l'un ou de Tautre de ces viscères. Dans tous les cas, elle n'est que le symptôme d'une affection qui agit primitivement ou consécutivement sur le cœur ou le cerveau. Sauvages considérait la lipothymie et la syncope comme des débilités (c\. vi);ellesformaientavecrasthénie etl'asphyxie le quatrième ordre (leipopsychiae). Cullen en fait une adynamie (ord. n), celle-ci étant pour l'illustre nosographe une névrose (classe ii).

Historique et bibliographie. — Les médecins grecs et latins ont tous décrit la syncope et ses différents degrés. Ce n'est qu'à partir de l'époque où le mécanisme de la circulation a été découvert que l'étude de la syncope a été faite avec quelque succès. Un très-grand nombre de dissertations furent publiées dans le cours du xvu^ siècle. Ploucquet [Lif.lérat. méc/ic. digest., art. Lipothymie), Rcuss, dansson/?é/^er/o/rc(t. xiii, p.5), J.Frank (Pmrrrfu, trad. fr., in Encyclop. des sciences méd., t. iv, cap. 21), ont fourni une indication minutieuse de tout ce qui a été publié sur la syncope. Fréd. Hoffmann en donne une description qui, incomplète sur un très grand nombre de points, renferme cependant des aperçus cliniques pleins d'intérêts (Opéra omnia, t. III, ch. 9, de f^irium lapsu, in- fol.; Geiicv., 1761). Albertini {de Jjfectionibus cordis , t. m), Senac, Lancisi, ont considère la syncope dans ses corrélations avec les maladies du cœur et rendu un grand service en prouvant que ce symptôme résulte souvent des lésions du cœur et des gros vaisseaux.

Les nosographes,tels que Sauvages et Cullen, ont considéré, à leur tour, l'tMat morbide donl nous par-

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Ions sous un autre point de vue. En recherchant les affinités symptonaatologiques de la syncope , ils ont cru avoir saisi sa véritable nature , et l'ont placée parmi les adynamies et les débilités; nous avons démontré que le trouble fonctionnel qui constitue la défaillance ne peut être envisagé de cette manière, et que des lésions très-différentes par leur nature et leur siège en sont le point de départ. Cependant Gullen en a tracé une description qu'on ne saurait trop méditer {Éléments de médecine, t. ii, in-8"; 1819). 11 était réservé à Bichat d'éclairer la physiologie de la syncope, comme de tant d'autres sujets, par ses expériences aussi ingénieuses que décisives. On peut ne pas accepter sa théorie sur Vultimum moriens, mais on est forcé de reconnaître que c'est la médita-

tion de ses travaux qui a conduit les pathologistes à bien comprendre le mécanisme de la syncope (/?ccherches physiologiques sur la vie et la mort, 2® part., art. 5). M. Piorry s'est attaché exclusivement, dans son mémoire sur la syncope, à établir qu'elle est d'origine cérébrale, et il a déduit de sa doctrine le traitement que Forestus avait déjà proposé {Bech. sur l'influence de la pesanteur sur le cours du sang ^ in Arch. génér. de médec, t. xii, p. 527; 1826; reprod. dans Collection de mémoires, p. 235 , in-S®; Paris, 1831). La thèse publiée par M. MoDgeal mérite d'être citée avec éloge; elle est pleine de recherches bibliographiques utiles , et nous y avons puisé plusieurs documents {De la Syncope^ n*" 89, in-4^'; Paris, 183G).

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