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e septième de la population des contrées envahies fut atteint et la mort frappa le 1 3*^ des malades (Parrot, loc. c'a ^ p. 448). L'épidémie de 1839 fut plus ^rave, caron compte 1 mort sur 8,2 (Barthez,Gueneau de Mussy et Landouzy, loc. cit., p. 61 1).
Suivant Allioni, les hommes , les sujets forts , robustes, sanguins, sont plus exposés à la mort; les sueurs partielles, surlout celles du tronc, sont de mauvais augure; on doit redouter une terminaison funeste lorsque les sueurs se suppriment subitement au moment de l'éruption, et lorsque celle-ci disparaît brusquement. Plus l'éruption est tardive, plus la maladie est grave (ouvr. cité, p. 60 et s.uiv.). En 1821, la mortalité fut de 1 sur 13 chez les hommes, et de 1 sur 28 chez les femmes (Rayer, loc. cit., p. 213). Gaslellier (loc. cii.j p. 102) assure qu'un léger mal dégorge, suivi d'une espèce d'enrouement, est un signe infaillible de mort. «Je n'ai jamais vu, dit-il, de malades être rappelés à la vie après avoir éprouvé ce symptôme.»
La forme que la maladie revêt dès son début exerce évidemment une grande influence sur le pronostic, mais il faut cependant être très-réservé sur ce point. «Si cautus fueris, dit Bellot, Don tides signis etiam « melioribus. » M. Parrot recommande également de ne jamais promettre la guérison, même en présence des symptômes les moins inquiétants. Très-fréquemment, en efiet, la maladie, après s'être montrée sous les apparences de la forme la plus bénigne, devient tout à coup, sans cause appréciable, rapidement mortelle.
Nous reviendrons sur ce fait auquel M. Parrot accorde une grande importance relativement à la nature et au traitement de la suette.
Eiiologie, — Causes prédisposantes. —Jge. — La suette ne respecte aucun âge, mais elle attaque cependant de préférence les adultes (de 20 à 40 ans). Voici le tableau fourni à M. Rayer par 1504 malades :
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De 1 mois à 1 an,
1 an à lOans,
10 à 20 ans,
20 à 30 ans,
30 à 40 ans,
40 à 50 ans.
50 à 60 ans,
60 à 70 ans.
70 à 75 ans,
84 à 87 ans,
Sur 597 malades observés par M. Parrot, 580 avaient de 18 à 35 ans. — Sexe. En réunissant les chiffres de M. Rayer à ceux de M. Parrot et de MM. Barthez, Gueneau et Landouzy, on trouve, sur 2,864 malades, 1671 femmes et 1193 hommes. —
Tempérament. Presque tous-lea malades observés par M. Parrot étaient des sujets forts, robustes, à constitution athlétique. — Projcssion. L'examen des professions n'a fourni aucun résultat de quelque valeur à MM. Rayer [loc cit., p. 214 et suiv.) et Parrot (/oc. cit., p. 461, 462). — Modificateurs physioloi^iques. M. Parrot assure que la grossesse, l'allaitement et l'état puerpéral prédisposent .singulièrement les femmes à contracter la suette miliaire. — Modificateurs hygiéniques. Les grandes fatigues corporelles, la mauvaise alimentation , les excès, la misèie, ont été considérées par la plupart des auteurs comme des causes prédisposantes énergiques; mais cette opinion est complètement démentie par les recherches de M. Parrot. On voit, en effet, que dans l'épidémie de 1 841 , la classe la plus frappée a été la classe ouvrière aisée-, les classes inférieures (mendiants, manœuvres misérables , etc.) n'ont été atteintes que dans une proportion infiniment petite. «L'observalion a aussi démontré de la manière la plus évidente que plus l'agglomération des individus était considérable , moins les cas étaient proportionnellement nombreux et sérieux» (Parrot, loc. cit., p. 464).
Causes déterminantes. — Contagion. Rien ne prouve que la suette soit contagieuse par infection, et il est certain qu'elle n'est point une maladie virulente, car les expériences d'iuoculaiion n'ont donné que des résultats insignifiants ou complètement négatifs (Lepaulmier, séance de TAcad. roy. de méd. du 12 septembre 1826 ; — Parrot, loc. cit., p. 465- 467). M. Moreau (loc. cit., p. 271) n'a pas observé un seul fait en faveur de la contagion , et ceux que cite M. Rayer n'ont pas une valeur suffisante.
Endémie, épidémie. — Pendant le xv*^ siècle, la suette ne franchit point les limites de l'Angleterre, et il en fut de même en 1 506 ; en 1 5 1 7, elle passa le détroit et sévit à Calais ; en 1 528 , après avoir désolé l'Angleterre , elle envahit Hambourg , Zwickau , Dantzig, Augsbourg, Cologne, Francfort-sur-le-Mein, Strasbourg, la Hollande , le Danemark, la Suède, la Norvège, la Pologne , la Lilhuanie et la Livonie.
En 1551, la maladie reparut en Angleterre et y exerça de terribles ravages.
Pendant plus d'un siècle, on n'entendit plus parler de la suette: mais en 1653 elle ^t montra à Francfort-sur-le-Mein, en 1660 à Augsbourg, en 1666 en Bavière , en 1 675 à Hambourg , en 1 684 à Londres , en 1689 à Philipsbourg, en 1694 en Saxe, en 1734 à Plymouih, enfin en 1758 dans le Piémont, où elle fut observée et fort bien décrite par Allioni (voy. Liltré, art. cité).
C'est en 1718 que la suette pri' domicile en France pour y rester endémique dans certaines contrées ; elle envahit la Picardie et la Normandie, et depuis cette époque elle a fait de frrquenics apparitions dans ces
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deux provinces. Elle s'y montra en 1733 (épidémie d'Abbeville décrite par Bellot), en 1 735, 1 738, 1 747, 1 750 (épidémie de Beauvais décrite par Boyer), 1 753, 1754,1758, 1759,1768,1769, 1772,1774,1781, 1783, 1791 (épidémie de Gorbeil, décrite par Andry, Poissonnier, etc.).
La suette a également sévi dans d'autres parties de la France, mais à des intervalles plus éloignés; elle a régné en 1733 à Orléans, en 1735 à Fresneux, Gonflins, Jouy, etc., en 1739 dans le Soissonnais,en 1740 à Berthonville, en 1747 à Paris, en 1754 à Étampes, en 1756 dans le Bourbonnais, en 1 757 et 1765 en Auvergne, en 1767 dans la Provence, en 1771 à Montargis (épidémie décrite par Gastellier), en 1782 dans le Languedoc (épidémie décrite par Pujol), en 1784 à Lyon (voy. Rayer, ouvr. cité, p. 421 et suiv. — Ozanara , Hist. méd. des maladies épidémiques, t. m, p. 194 et suiv.; Paris, 1835).
Depuis le cooimencement de notre siècle, la suette, sauf l'épidémie de Bœttingen en 1802, ne s'est guère montrée qu'en France; les principales épidémies sont celles du Bas-Rhin en 1812, de l'Oise et Seine-et- Oise en 1821 (épidémie décrite par M. Rayer), de l'Oise en 1832 (épidémie décrite par M. Ménièrej, du Pas-de-Galais en 1832, de Goulomniers en 1839 (épidémie décrite par MM. Barlhez, Gueneau et Landouzy), de la Dordogue en 1841 (épidémie décrite par M. Parrot).
MM. Rayer et Parrot se sont livrés à de laborieuses recherches pour découvrir la nature des modificateurs qui ont pour résultat l'existence endémique et la propagation épidémique de la suette; mais l'étude attentive des conditions géologiques, climatologiques , atmosphériques, topographiques, etc., n'a fourni à ces observateurs que des données incertaines, souvent démenties par la marche irrégulière et capricieuse de la maladie.
Dans l'épidémie de Condrieux , on voit la suette apparaître brusquement à la suite d'un violent orage, disparaître tout à coup au bout de cinq jours, un vent nord-est étant venu à souffler , être ramenée par un vent sud-ouest, disparaître de nouveau sous l'influence du vent nord-est, et ainsi de suite à plusieurs reprises différentes; «de telle sorte, dit M. Parrot {loc. cit., p. 459) que c'est toujours avec le vent sud-ouest que la suette a fait chacune de ses apparitions , qu'ont eu lieu les recrudescences, et que c'est toujours avec le vent nord-est que la inaladie a fait ses retraites. »
Ge fait offre, sans doute , un grand intérêt, mais nous iodique-t-il la cause prochaine de la suette? 11 n'appartient d'ailleurs qu'à une seule épidémie , et des observations contraires ont été faites dans d'autres circonstances. 11 en est de même pour tout ce qui est relatif à la cause de la .«uette.
Dans l'épidémie de la Dordogue, la maladie se
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montre également au nord , au sud, à Test, à l'ouest; dans l'épidémie de Seine-et-Oise, elle s'étend à peu près également vers le nord et le sud , mais elle acquiert quatre fois plus de développement vers l'est que vers l'ouest.
Quelquefois la maladie semble être arrêtée par une forêt, par une rivière; d'autres fois elle paraît en suivre la direction.
En 1832, la suette a précédé le choléra dans plusieurs localités; en 1841, elle a été précédée par des fièvres éruptives; que peut-on en conclure?
En appréciant les faits avec rigueur, il est impossible d'accorder une influence positive, appréciable à l'humidité, aux terrains calcaires, aux variations thermométriques et barométriques, aux marais, eaux .stagnantes, étangs, etc. (voy. Rayer, loc. cit., p. 359-377; Parrot,/oc. cit., p. 457-467), dételle sorte qu'après les recherches les plus minutieuses, on est obligé de répéter avec Sydenham : « Inde circa «morborum epidemicorum originem doctior non eva- «serim!»
Traitement. — 1*^ Traitement hygiénique, — Gontraireraent à des préjugés trop répandus et qui, certainement, ont fait un grand nombre de victimes, il faut se garder de surcharger les malades de couvertures , de les abreuver de boissons chaudes et excitantes; on doit les couvrir modérément, les changer fréquemment de linge, renouveler souvent l'air de leur chambre, les soumettre à tous les soins qu'exige une scrupuleuse propreté. Les boissons fraîches , acidulés, loin d'être dangereuses, sont aussi utiles qu'agréables aux malades. L'état moral des sujets doit être l'objet de soins attentifs; il faut s'efforcer de les préserver de cette terreur dont M. Pigné a signalé les funestes effets.
On ne saurait accorder trop d'importance aux préceptes que nous venons d'établir; malgré leur futilité apparente, ils exercent une influence capitale sur l'issue de la maladie.
2° Traitement pharmaceutique. — Plusieurs médications ont été préconisées contre la suette, mais nous devons tout d'abord prévenir les praticiens qu'aucune d'elles ne peut être érigée en méthode générale de traitement; comme dans la plupart des maladies épidémiques, le médicament qui réussit à merveille dans une épidémie échoue complètement dans une autre; il faut chaque fois tenir compte de la forme que revêt la maladie, des circonstances qui l'accompagnent, et ce n'est ordinairement qu'après des tâtonnements plus ou moins longs que l'on parvient à établir le traitement propre à l'épidt'mie que l'on observe.
Emissions de sang. — Les saignées générales et locales ont toujours été salutaires dans l'épidémie de 1821 ; la phlébolomie était pratiquée aux premières
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apparences de la pléthore générale ou locale et renouvelée une ou plusieurs fois. La céphalalgie était calmée par les applicalions de sangsues aux pieds; l'irritation gastrique par une application à l'épi gastre. Chez quelques malades , plus de 200 sangsues ont été apphquées dans l'espace de quatre à sept jours (Rayer, /oc. dt.,ip. 397-399).
M. Rayer reconnaît, cependant, qu'il fallait recourir aux saignées at^'cc mesure; que les phénomènes combattus par les sangsues disparaissaient , sans le recours des annélides, après i'éruplion; que les émissions de sang multipliées amenaient souvent des troubles nerveux graves H prolongeaient la convalescence.
Gastellier est grand partisan des émissions de sang, mais il déclare que les cas où elles sont indiquées ne sont pas communs, et il ajoute que l'avantage qu'on en relire dans les cas les mieux indiqués n'équivaut pas aux accidents sans nombre qui résultent de leur 3ihus{loc.cit., p. 119-124).
En 1839 et 1841, les saignées générales ne furent pas employées, mais on eut souvent recours à l'application de dix à trente sangsues sur l'épigastre pour calmer la constriction épigastrique, l'oppression, l'anxiété, les palpitations, et l'effet en fut toujours favorable; «cependant, ajoutent MM. Barthez, Gueneau et Landouzy, l'un de nous, se fondant sur la nature toute nerveuse des accidents , se borna à les combattre par les antispasmodiques , les opiacés et les révulsifs, sans jamais employer d'émissions sanguines, dans aucun cas, et sa pratique fut constamment heureuse» (/oc. cit., p. 675).
Purgatifs. — M. Rayer condamne les purgatifs d'une manière absolue; MM. Barthez, Gueneau et Landouzy «n'ont rien observé qui pût justifier cet anathème,» mais ils reconnaissent que les purgatifs sont au moins inutiles dans la majorité des cas, et que pour combattre la constipation il suffit d'avoir recours à des lavements émollients ou rendus légèrement excitants par l'addition de l'huile, du sel, etc.
Les observateurs contemporains tuentionnent à peine Yémétique; Gastellier le proclame cependant «un des meilleurs remèdes que Ton puisse employer dans la miliaire non-seulement comme évacuant, mais aussi comme altérant.» 11 veut qu'on le donne au début, avant Téruption : «Le septième jour de la maladie, dit-il, il était bien rare de le pouvoir placer» (ouvr. cité, p. 127-130). M. Rayer rejette les vomitifs, mais son exclusion repose sur les doctrines qui, en 1821, représentaient l'émétique comme un médicament incendiaire.
Les narcotiques , les antispasmodique s., n'ont pas été employés en 1 82 1 ; en 1 829 et 1 84 1 , ils ont été souvent utiles pour calmer les douleurs épigasli iqucs et abdominales, la conslrirlion épigastrique,
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les palpitations, les étouffemeots. Gastellier proscrit l'opium.
Les sudorifiques ont été proposés par les médecins qui considèrent les sueurs comme l'effet d'un effort critique de la nature, mais l'expérience a prononcé contre eux. M. Rayer pense qu'ils peuvent être prescrits avec avantage pour rappeler l'éruption {foc. cit., p. 407) ; mais nous leur préférons, même dans ce cas particulier , les excitants locaux, tels que les rubéfiants, l'urtication, etc.
Les toniques réussissent lorsque la maladie revêt une forme adynamique. Gastellier prescrivait le via avec le succès le plus décidé lorsqu'il remarquait des absences dans le pouls, des langueurs, des défaillances, des symptômes qui annonçaient un affaissement général {loc. cit.., p. 164).
Le quinquina a été prescrit comme tonique vers la fin de la maladie , mais il paraît que dans l'épidémie de 1841 il a été le remède héroïque et exclusif de la maladie.
M. Parrot, après avoir déclaré que la suette de la Dordogne n'était point une maladie paludéenne, une maladie à quinquina proprement dite, ajoute qu'elle s'est présentée néanmoins avec tous les caractères d'une fièvre rémittente pernicieuse, dont le sulfate de quinine était le seul remède efficace.
«La suette de l'Oise, dit M. Parrot, a bien pu n'être qu'une maladie à type continu, mais la suette périgourdine fut une affection à type rémittent... La Dordogne est le pays de l'inlermiltence; il n'est pas une maladie qui n'y revête, ou qui n'y puisse revêtir la forme périodique.»
En tenant compte des faits rapportés par M. Parrot, on est obligé de reconnaître que l'épidémie de 1841 a présenté dans sa marche quelque chose d'insolite, de particulier, et que si les accès pernicieux n'ont pas été parfaitement caractérisés, il n'en est pas moins vrai que le sulfate de quinine a exercé une influence très-favorable sur la marche de la maladie, et que même il paraît avoir prévenu, dans quelques cas, une terminaison funeste.
«Nous donnions, dit M. Parrot, le sulfate de quinine sinon à des doses élevées, du moins à des doses répétées, pendant les quatre premiers jours. La première administration ne dominait pas les accès de manière à les empêcher complètement : elle en modifiait avantageu.semenl l'énergie, elle en diminuait la durée, elle les retardait. Quelquefois cependant il arrivait que, donné largement, il enrayait les accès et faisait comme avorter la maladie au quatrième ou au cinquième jour» {foc. cit., p. 470).
L'azotate de potasse à haute dose a été prescrit avec avantage par M. Parrot.
Dans l'épidémie du Bas-Rhin, les lotions froides ont été employés avec succès dans les cas où, après
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la saignée, la peau restait sèche avec une chaleur acre et brillante (Schahl et Hessert, Précis liisiorique et pratique sur fa fièvre miliaire qui a rci^nc épidémiqucmcnt dans plusieurs: communes du Bas-Rhin en 1812; Slrasboui(j , 1813).
Nature, siège , classification. — BcHot, Boyer, Pujol, Gaslellier, atlribuent la siielle à la présence de matières putrides, de levains putrides occupant Jes pi-emières voies, d'une bile di'générée stajjnanl dans la vésicule; Bellot ajoute que cette maladie putride est accompag^nie d'une altéraliou, d'une raréfaction du sang-.
M. Rayer se refuse à ne voir dans la suetle qu'une gastro-eniérile ordinaire ou qu'une inflammation simple de la peau, mais il pense que cette maladie doit être placée à côté de la variole, de la scarlatine, de la rou(ycole, dans la chssedes pitieg mas ies occupant simultanément plusieurs tissus {loc. cit., p. 382-384).
M. Bouillaud ne croit pas à l'existence de la suelte miliaire comme entité patholojrique; pour lui la miliaire n'est qu'une forme de sudamina, qu'un accident, qu'un symptôme commun à un très-grand nombre de maladies fébriles, sporadiques ou endémiques, contagieuses ou non contagieuses, dans lesquelles il s'est opéré une diaphorèse abondante et d'une certaine durée. Après avoir éiabli cette opinion, M. Bouillaud reproduit néanmoins la description de M. Rayer qu'il place i^ côté de celle de l'eczéma, dans l'ordre des inflammations vésiculeuses de la peau ( Traité de nosograp/iie médicale, t. ii, p. 238 et suiv.; Paris, 1846).
En présence des descriptions détaillées et précises que nous ont données les observateurs contemporains, en présence des caractères spéciaux fournis par l'anatomie pathologique, l'étiologie, les symptômes et la marche de la maladie, il nous paraît impossible de nier l'individualité de la suette. Celle-ci étant admise, il nous semble également impossible de placer cette maladie soit parmi les phlegmasies affectant plusieurs tissus, soit parmi les phlegmasies cutanées, et encore moins parmi les phlegmasies vésiculeuses , puisque souvent il n'existe point de vésicules dans la suette.
La suelte n'offre aucun des caractères des phlegmasies; elle appartient manifestement à la classe des maladies générales, des fièvres, et c'est à ce titre seulement que nous la plaçons à côté de la rougeole , de la scarlatine et de la variole.
Historique et bibliographie. — On s'est fondé sur quelques passages d'Hippocratc ( voy. Rayer, ouvr. cité , p. M 5) pour avancer que la suelte était connue des anciens; rien ne justifie cetle assertion, et si les écrits de Pujol sont regardés par plusieurs auteurs comme insuffisants à démontrer l'iridividua-
lité de la suette, on comprend combien le doute et l'obscurité grandissent en présence des paroles fort obscures du père de la médecine.
La première description positive de la suette miliaire paraît devoir être rapportée à l'épidémie de Leipsig de 1652, observée par Welsch [Historia medica noi^iitn puerperarum morbum conlinens ; Leips. disputatio, die 20 aprilis 1655).
La siuette anglaise a été décrite par Kaye, et nous avons montré que l'on retrouve dans cet auteur les caractères principaux de la maladie endémique, aujourd'hui, dans certaines contrées de la France [Joh.
1 Caii Britanni de ephcmera britannica, in-S** ;
! (Lond., 1721).
Allioni, en 1758, a publié sur la suette piémontaiseun petit traité qui renferme, sur le pronostic, des aphorismes qui ont été justifiés par l'observation
I [Tractatio de mifiarium origine, progressa, na-
I tura et carationc ; Aug. Taurin., 1758).
1 Bellot est le premier écrivain français qui ait liacé un tableau complet de la suette, et nous ne pouvons résister au désir de montrer, par une citation, combien peu il diffère de celui dont nous sommes redevables aux observateurs contemporains.
«Hancnulla fere antecedunt morborum signa prae-
\ « nuncia. Sed subito miserum adorilur stomachi dolor «gravans, ingensque virium lapsus. Aut dolet caput, «aut caput obtuudit dolor. Angunt peclus suspiria , «spirilusque difficillime trahilur. Summo exlorretur
«corpus incendio, rore acri putidoque diffluens
«Horis aliquot elapsis, accedunt jactationes corporis «et prurilus intolerabiles. Efflorescunt supra cutem
«denso agmine pustulae rotundae, rubrae Alvus
«quandoque soluta, quandoque compressa est. Ur- «gent vigiliae, vel si quse spes affulget somni, hanc «horror brevi disculit. Quibusdam e naribus stillat «sanguis» [An febri putridœ Picardis suette diclœ sudorifera, in-4*'; Paris, 1733).
Boyer, en 1740 et en 1761 {Méthode à suivre dans le traitement des différentes maladies épidémiques qui régnent le plus ordinairement dans la généralité de Paris, in-1 2; Paris, 1 761), Pujol en 1782 (voy. OEuvres méd., t. m, p. 261), n'ont que peu ajouté à la description de Bellot. Pujol indique l'abondance extrême de la sueur, son odeur fétide; il distingue quatre espèces d'éruptions « qui ont toutes cela de commun, qu'elles sont toujours précédées d'un picotement très-incommode.»
C'est en 1784 que Gastellier publia son Traité sur la fièvre miliaire épidémique (Paris); il ne nous a été que fort peu utile ; le style est peu scientifique, la description plutôt d'imagination que d'observation et peu sévère. Si l'individualité de la suette ne reposait que sur les descriptions de Gastellier, nous aurions été fort embarrassés pour nous prononcer.
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Eq 1822 parut l'ouvrage de M. Rayer, dans lequel OQ trouve une bonne énumération des symptômes de la suette, ainsi que des recherches historiques et bibliographiques très-précieuses. Nous avons souvent mis ce livre à contribution (/^/^io/re de l'épidemie de suetie miliaire qui a régné en 1821 dans tes départements de l'Oise et de Seine-et Oise; Paris, 1822). MM. Moreau (Mém. sur l'épidemie miliaire qui a régné en 1821 dans le département de l'Oise, in Journ. hcbdomad., t. viii, p. 247; 1832) et Pratbernon [Notice sur la suette miliaire épidémique à Fesoul en 1837, in Revue médicale, t. ui , p. 1 94 ; 1 838) n'ont rien ajouté à la description de M. Rayer.
Nous devons une mention toute spéciale au mémoire de M. Parrot, qui nous a fourni les documents les plus précis et les plus complets que nous ayons rencontrés pour établir notre travail [Histoire de l'épidémie de suette miliaire qui a régné en 1841 dans le département de la Dordogne, in Mémoires de l'Jcadémie royale de médecine, t. x , p. 386 ; Paris, 1843).
Nous serions injustes si nous ne citions pas avec éloges le mémoire de MM. Rarthez, Gueneau de Mussy et Landouzy [Histoire de l'épidémie de suette miliaire qui a régné épidemiquement dans plusieurs communes de l' arrondissement de Coulommiers en 1839, in Gazette médicale , p. 609 ; 1839).
Fodéré [Leçons sur les épidémies, etc., t. m, p. 216; Paris, 1824) et Ozanam [Histoire médicale, générale et particulière des maladies épidémiques, t. ii, p. 193; Paris, 1835) ne donnent relativement à la suette que des renseignements bibliographiques sans grande utilité. On ne trouve que des détails incomplets ou inexacts , une appréciation pathogénique erronée ou nulle dans les différents dictionnaires et dans la plupart des traités de médecine. L'histoire de la suette est encore tout entière dans les monographies que nous avons compulsées et citées.
SUEUR (pathologie générale) , 5M</or, KÎpwç.
La sueur est le liquide qui se dépose sur la surface cutanée , ou s'échappe sous forme de vapeur lorsque la transpiration devient sensible. La sueur ne doit être considérée comme un phénomène morbide que lorsqu'elle se manifeste hors des conditions où elle a coutume de paraître, ou bien lorsque ses propriétés physiques el chimiques sont altérées. Nous étudierons ces altérations suivant qu'elles portent sur les propriétés physiques et chimiques de la sueur.
Nous serons obligés , pour la rédaction de cet article , de consulter nos propres recherches, car on ne trouve que des indications fort.courtes et insuffisantes sur ce sujet dans la plupart des traités de pa- I
thologie générale, parmi lesquels il en est plusieurs qui ne font même pas mention de la sueur.
1** ^altérations des propriétés physiques de la sueur. — A. Quantité. — Les quantités de liquide fourni par la transpiration varient suivant l'âge , le sexe , le tempérament , les constitutions individuelles , les saisons, les climats , et bien d'autres conditions que les physiologistes se sont efforcés de déterminer. Le palhologisie éprouve moins de difficultés pour reconnaître dans quels cas la sueur est l'effet d'une maladie. Cette sueur peut être augmentée ou supprimée.
accroissement de la transpiration. — La sueur morbide est tantôt générale [h/péridrose, deuTrsp, et de K^pwç, sueur) et tantôt partielle [ephidrosis , £cpi<îpwat;, c'est à-dire exhalation de sueur sur une partie) ; elle est continue et éprouve des alternatives d'augmentation et de diminution; ou bien elle est passagère ; elle se montre quelquefois avec une régularité très-grande, à certaines heures et certains jours; elle est récente ou date de plusieurs années. Enfin la ^ uppression de la sueur lorsqu'elle est habituelle mérite toute l'attention du pathologiste.
Sueurs générales. — La sueur morbide présente différents degrés ; elle consiste quelquefois en une simple vapeur qui humecte également toute la peau; on dit alors qu'il y a moiteur ou chaleur halitueuse de la peau (de halitus, vapeur) ; si la vapeur se rassemble en petites gouttelettes , il y a sueur proprement dite. Souvent la quantité de sueur est si grande qu'elle baigne le corps et s'accumule dans les petites cavités naturelles que forme la peau, en différentes régions, comme dans les creux sus et sous-claviculaire, au-dessus de l'appendice xyphoïde , à l'ombilic, au pli de l'aine, au-dessous du genou, etc. Dans ce cas, les sueurs sont dites /^r^a^e*. Elles sont quelquefois si abondantes que le malade est obligé de renouveler deux ou trois fois par jour le linge qui environne son corps ; les draps du lit et les matelas même sont imbibés de sueurs dans plusieurs maladies.
Seméiotique. — La transpiration se manifeste dans un très-grand nombre de maladies aiguës, et principalement dans les inflammations aiguès. La sueur est un symptôme fréquent du rhumatisme articulaire dans sa période d'acuité, de la pneumonie , de la pleurésie , de la bronchite , de la péricardite; elle se montre aussi très-souvent dans les fièvres, dans le typhus, les fièvres typhoïdes et puerpérale, la peste et les maladies exanthémaliques, dans la variole au moment de l'éruption, et en général dans toutes les affections accompagnées de fièvre. Nous avons cherché à établir, dans un autre article (voy. Fièvre), que l'élévation de la température est un des caractères les plus constants delà fièvre; la sueur, sans avoir, à beaucoup près , la même importance
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sémé'otique , accompagne bien souvent cet état pathologique et doit en faire soupçonner l'existence. On pourrait appeler sueur fébrile ce phénomène lorsqu'il se rattache à une maladie de cette nature. Bordeu a décrit sous le nom de pouls de la sueur la modification toute particulière que présente en effet la diatole artérielle lorsque l'exhalation cutanée devient surabondante (voy. Pouls).
Il faut se rappeler que la sueur est naturellement plus copieuse chez les jeunes enfants, les femmes et les aduiles, que chez le vieillard, dont la peau est moins perspirable.
Les maladies chroniques fébriles donnent souvent lieu aune transpiration abondante qui se manifeste surtout à partir du soir, pendant la nuit, puis diminue le malin, etcesseentièrement pendant le jour. La phlhisie pulmonaire , le ramollissement des tubercules, de la matière cancéreuse ou d'un autre produit morbide déposés dans les tissus, déterminent le même effet. 11 en est de même des afferlions interne ou externe qui s'accompagnent d'infection purulente, de septicohémie et de symptômes ataxo adynamiques. On a donné le nom de sueurs coUiquativcs aux sueurs symptoraatiques d'une lésion chroniqueenlraînant l'amaigrissement. On a pensé que les perles excessives qui s'effectuent par la transpiration pouvaient amener le marasme et les autres symptômes que l'on observe dans le cours de la phthisie et des affections semblables: elles ne concourent que pour une part assez minime à la production du marasme ; c'est à la desr truction de l'organe et à la pénétration des liquides fournis par le tissu morbide ramolli qu'il faut rapporter surtout l'amaigrissement.
Les sueurs symptomaliques de lésions organiques, de linfectioD purulente et putride, et de toutes les affections qui amènent l'altération du sang, se reconnaissent à ce qu'elles sont précédées le plus ordinairement d'un frisson intense ou léger, périodique ou irrégulier ; à ce qu'elles deviennent plus abondantes à certaines heures de la nuit ou du jour, et ne se terminent pas complètement comme les sueurs des fièvres d'accès. Souvent aussi elles sont partielles, bornées au visage, à la paume des mains, au cou, à la poitrine, etc.; elles ne soulagent pas les malades.
Le symptôme que nous étudions sert à caractériser le dernier stade des lièvres intermittentes, quia reçu, en raison même de l'apparition constante de ce •syinplôme, le nom de siadc de sueur. Quelquefois celle-ci est tellement aboiidanle et dure si longtemps qu'elle Huit par metlrc la vie du malade en danger. Tort i a décrit sous le nom enfièvre diaphorelique celle loruie de pyrexic intermittente pernicieuse ^voy. hTEioiiTTi'.ME, t. V, p. 338). Dans les iièvrcs rémillCûles des marais, la .<ueur est un phé-
nomène qui se montre très-fréquemment; toutefois le médecin est souvent privé de ce symptôme , soit parce que le stade de sueur est très-court, et que les personnes qui entourent le malade ne l'aperçoivent pas, soit aussi parce que le mouvement fébrile devient tout à fait continu.
Les sueurs sont continues et profuses daus la suetie picarde, dont elles constituent le symptôme pathognomonique ; elles sont aussi très -abondantes dans les fièvres miliaires, chez les femmes nouvellement accouchées, surtout quand on les accable sous le poids des couvertures, et quand oa leur prodigue des boissons chaudes comme on le faisait anciennement dans le choléra asiatique, dans la dyspnée symptomatique d'une lésion, soit aiguë, soit chronique, des voies circulatoires et respiratoires (croup, asthme, tubercules, œdème de la glotle, hypertrophie, lésions valvulaires, péricardite, syncope à la suite des hémorrhagies), dans l'agonie d'un très-grand nombre d'affections aiguës.
On voit la sueur ruisseler à la surface du corps dans les maladies qui exigent de grands efforts musculaires, dans les toux fatigantes occasionnées par la coqueluche, le catarrhe chronique, les bronchites sporadiques ou épidémiques, l'emphysème, etc.; ce symptôme se montre aussi dans les attaques d'épilepsie ou d'hystérie, pendant le travail de l'accouchement, sous l'influence d'une forte émotiou morale de peine, de plaisir, ou de terreur, et par l'effet d'une douleur très-vive , surtout quand on cherche à la maîtriser. Les sueurs dépendent souvent d'un simple trouble de l'innervation. L'un de nous a observé plusieurs malades chez lesquels le retour d'âge avait produit un état névropathique général qui, entre autres phénomènes bizarres, déterminait des sueurs abondantes, soit partielles, soit générales, sous l'influence de causes légères et accidentelles, ou même sans aucune cause.
Si nous cherchons maintenant à saisir au milieu des circonstances pathologiques très - variées que nous venons de passer en revue, les principales causes de la transpiration morbide, nous voyons que celle-ci dépend : 1® des maladies, soit aiguës, soit chroniques, qui augmentent la rapidité du cours du sang, ou en d'autres termes, qui produisent la fièvre et partait un accroissement de la température du corps; 2® qiii gênent ou ralentissent momentanément la circulation; 3^ qui jettent dans le sang du pus, des liqueurs septiques ou virulentes; 4° qui provoquent d'énergiques contractions musculaires; 5^ qui perturbent profondément le système nerveux. A côté de ces causes morbifiques de la sueur se placent les actes physiologiques, tels que le sommeil, l'ingestion dej boissons chaudes et aromatiques, l'exercice musculaire, le bain de vapeurs, etc.
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Indications pronostiques et thérapeutiques tirées de L'étude de la sueur. — Les anciens attachaient la plus grande importance à l'appjirition des sueurs comme moyen propre à leur faire connaître l'issue et la durée de la maladie. La sueur a été considérée par les écoles médicales, tant anciennes que modernes, comme un des phénomènes par lesquels se jugeaient d'une manière heureuse ou malheureuse un grand nombre de maladies internes. Nous ne pouvons revenir sur la doctrine des crises qui a été examinée ailleurs (voy. Grise, t. ii, p. 544)-, nous rappellerons seulement que dans les climats chauds , et lorsqu'on n'emploie aucune médication perturbatrice, les maladies se terminent, plus fréquemment que dans les nôtres, par des phénomènes critiques parmi lesquels la sueur occupe le premier rang. Aujourd'hui les médecins, sans accorder à l'apparition de la sueur une valeur pronostique aussi grande que dans les siècles derniers , reconnaissent cependant que la chaleur douce et habituelle de la peau , lorsqu'elle persiste dans le cours d'une maladie aiguë, ou se manifeste vers la fin , est d'un heureux augure surtout quand le mouvement fébrile perd en même temps de sa fréquence et le pouls de sa dureté. Ajoutons toutefois que Ton ne saurait se régler sur un symptôme aussi variable et dont l'existence se lie à tant de causes pathologiques différentes pour prédire la terminaison d'une maladie.
Une médication puissante et souvent usitée dans le traitement des maladies consiste à provoquer artificiellement une sueur plus ou moins abondante , par l'usage de substances réputées sudorifiques, par les vomitifs, et par d'autres agents hygiéniques parmi lesquels le calorique uni ou non à la vapeur d'eau occupe la première place (exercice, boissons chaudes, bain de vapeur,etc.), ou bieo à l'aide d'une médication nouvelle, qui est appelée à rendre d'éminents Si^rvices à la médecine; nous voulons parler de l'hydre ^thérapie.
Pa rmi les affections internes dans lesquelles la diaphorès ^ est utile, nous citerons le rhumatisme articulaire et i xiusculaire dans sa forme chronique et même subaiguë, toutes les affections chroniques des voies respiratoiri ^s et digestives , telles que les bronchites chroniques simples, la bronchorrhée, la laryngite chronique, K *s épanchemcnts pleurétiques, anciens, apyrétiques et J^on tuberculeux , la gastrite chronique, les flux du gros intestin , le.^ colites chroniques, les affections sy phiiitiques. On se propose ainsi de diminuer l'activi té physiologique des membranes muqueuses et de r ^.vulser sur les téguments externes les déterminations i"orbides qui ont lieu à l'intérieur ; on cherche a "ssi à déterminer une dépuration salutaire des hu. neurs, comme dans la syphilis , les scrofules. Il faut ^«re toutefois que ces idées
théoriques ont besoin d'être examinées de nouveau.
Nous venons d'indiquer les maladies dans lesquelles il est utile de respecter et même de provoquer les sueurs; nous verrons plus loin , en parlant de leur diminution , quelles sont les maladies où il faut chercher à les exciter fortement. Il en est d'autres dans lesquelles, la sueur apparaissant comme un symptôme fâcheux , ou a pensé qu'il y aurait avantage à le combattre et à le faire disparaître s'il était possible. C'est dans ce but que l'on a institué un traitenîent spécial <:ontre la sueur des phthisiques, de la suetîe, et quelques autres sueurs symptomatiques. Ceux qui ont lait ces tentatives louables savaient bien quelles difficultés ils avaient à vaincre pour faire cesser un phénomène qui n'est que l'effet d'une lésion profonde, et bien au dessus des ressources de l'art; le sous-acétate de plomb, Tagaric , les ferrugineux, ont été essayés tour à tour. On a compris qu'il fallait renoncer à une thérapeutique qui est souvent plus qu'inutile.
Sueurs partielles. — La sueur peut être par^ tielle; les auteurs rapportent un assez grand nombre d'exemples de ces éphidroses. Elles sont bornées aux joues, à la tête, aux aisselles, aux hypochondres, à la paume des mains, aux parties génitales, aux pieds. J. Frank indique avec soin les sources bibliographiques où l'on peut aller puiser les observations de ce genre [Paiholog. médic, trad. franc, de ÏEncjclop., t. II, p. 369,in-8'^; Paris, 1837). Il a observé un cas dans lequel la sueur n'occupait qu'un seul côté du corps. «Pendant le mois d'octobre 1827, dit cet auteur, un chirurgien de Côme me présenta une jeune fille de douze ans qui suait de la tête aux pieds, du côté gauche. Cette maladie dure depuis six ans sans que la santé en soit troublée. Chez une dame de Côme, le même phénomène se produisait à gauche , pendant le temps de sa grossesse; lorsqu'elle laissait pendre la main du côté affecté, la sueur qui découlait des doigts de cette main se répandait sur le sol » (loc. cit.).
La sueur partielle peut être symptomatique d'une maladie bien déterminée d'un organe quelconque ou constituer toute la maladie : dans ce cas elle est dite idiopalhique, et mérite une description séparée.
Les sueurs partielles ont été observées surtout dans le cours des affections nerveuses, dans l'hystérie, dans la grossesse, quelquefois dans la phthisie pulmonaire ; on voit des malades qui, atteints de cette dernière affection, ne transpirent que des mains ou du cou; chez d'autres le visage seul ou bien la tête sont inondés de sueurs. L'aphorisme d'Ilippocratc: «Le mal existe où est la sueur,» ne saurait être accepte comme vrai. Dans les souffrances nerveuses de Testomac, ainsi que dans les affections organiques de ce
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viscère, il est assez fiéqueut d'observer la sueur des luains.
Diminution et suppression des sueurs générales. — La sécheresse que l'on observe à la peau dans le cours d'un grand nombre de maladies n'a pas une valeur séméiologique bien grande. Les maladies inflammatoires à leur début, la fièvre typhoïde pendant uue grande partie de son cours, les phlegmasies des membranes, celle du péritoine et des méninges plus spécialement, la métrite aiguë, l'hépatite, les suppurations et les gangrènes des parenchymes, s'accompagnent souvent d'une aridité extrême de la peau; celle-ci donne à la main une sensation de sécheresse très-pénible pour celui qui touche le malade.
La transpiration est encore réduite à son minimum dans les maladies du foie, telles que la cirrhose, l'hypertrophie, le cancer, dans les dégénérescences de la rate, dans la maladie de Bright et les autres altérations des reins, dans les hydropisies en général. C'est surtout dans l'ascile et l'anasarqueque ce symptôme est très-marqué , ainsi que dans l'érysypèle, l'érythème et la plupart des maladies chroniques de la peau. Le diabète sucré est de toutes les affections celle qui présente ce symptôme au plus haut degré; il est impossible d'imaginer une peau plus sèche , moins perspirable que celle du malheureux diabétique parvenu à la dernière période de son mal. H y a, dit-on, quelques malades chez lesquels on observe de la sueur (voy. Diabète).
La transpiration est insensible dans l'ictère, dans les fièvres bilieuses, les coliques néphrétiques causées par la gravelle, dans la première et la seconde période des fièvres intermittentes, dans la névralgie, dans la période d'état et de desquamation des fièvres exanthématiques et dans toutes les maladies où l'intestin est le siège d'une abondante sécrétion, dans la dysenterie , les diarrhées ulcéreuses, dans les hémorrhagies abondantes.
La diminution des quantités de liquide exhalé par le tégument externe se rattache en dernière analyse, l*^ à des maladies dans lesquelles une sécrétion anormale s'établit au sein d'un tissu pathologique; 2^ quand un flux naturel devient excessif, les lois de solidarité fonciionnelle qui existe entre certains organes, soit dans l'état naturel, soit dans l'état de maladie, expliquent le mode de production du symptôme que nous étudions; 3** un troisième ordre de causes doit être cherché dans la perturbation du système nerveux.
Les sueurs peuvent remplacer la sécheresse de la peau et réciproquement; c'est ce que l'on observe dans les fièvres continues et dans les maladies chroniques. Or, quelquefois elles existent en même temps; c'est ce qui a lieu dans le cas de sueurs partielles.
Chez les phthisiques, dans la fièvre puerpérale, dans l'infection purulente, le visage ou les mains sont baignés de sueur, tandis que les autres parties du corps sont très-sèches. La diminution de la transpiration cutanée produite par les agents extérieurs est la cause d'un grand nombre de maladies. La brusque suspension de la sueur peut produire un anasarque, une maladie dg Bright, ainsi qu'on en possède plusieurs exemples.
Diminution et suppression des sueurs partielles ; suppression de la sueur des pieds. — On a étudié d'une manière plus spéciale la suppression de la sueur habituelle des pieds et de l'aisselle ainsi que les maladies qu'elle détermine. Nous consacrerons quelques développements à l'histoire de cette maladie , qui a occupé un assez grand nombre d'auteurs.
On a donné le nom de sueur des pieds à deux phénomènes différents : 1" à la transpiration abondante de la sueur, par les téguments qui couvrent le pied ; 2° à une excrétion de matière grasse ou huileuse douée d'une odeur fétide et fournie par les follicules sébacés. «On peut, dit M. Mondière, à qui on doit une excellente description de celte maladie , classer dans deux catégories les individus sujets à la sueur habituelle des pieds : chez les uns, cette excrétion est sans ou presque sans odeur; chez les autres, au contraire, elle est très-fétide» {Mémoire sur la sueur habituelle des pieds, etc., in journ. l'Expérience, p. 481, t. i; 1838). Les recherches de Tromsdorf, professeur de chimie à Erfurt, tendent à établir que la sueur des pieds consiste dans une matière huileu.se et grasse qui .se combine à la vapeur de la transpiration au moyen de l'ammoniaque ; ce serait à ce dernier principe qu'il faudrait attribuer l'odeur plus . ou moins fétide qui la caractérise. Cette analyse, déjà fort ancienne, ne mérite pas une grande confiance. M. Mondière attribue l'odeur de la sueur à ia malpropreté, et pense qu'on peut la faire disparaître par des soins hygiéniques convenables.
Lorsqu'on examine la plante des pieds chez les individus atteints de cette maladie, on voit que toute la peau est blanchâtre et comme macérée par i'eau ; on en fait transsuder par la pression une quantité notable de liquide. Une odeur fétide et insupportable se répand autour du malade, incommode les personnes qui l'entourent et le force à vivre éloigné du monde. Les pieds sont souvent douloureux pendant la marche et il se forme aisément des excoriations et des gerçures entre les orteils et le pli des jointures. Les malades sont obligés de changer de chaussure plusieurs fois par jour, ou bien ta sueur s'y accumule , et les pieds mouillés par ce liquide se refroidis.sent; il en résulte alors des accidents que nous indiquerons plus loin.
On connaît peu les causes de la transpiration mor-
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bidedoot nous paiious. Lobsteia dit qu elle est quelquefois héréditaire et qu'elle se propage dans la même famille, dont elle épargne rarement un seul membre [Mémoire sur la sueur habituelle des pieds, in Journ. de méd., chir. et pharm., de Leroux, t. xxxiv, p. 165; Paris, 1815); Kruegelstein partage cette opinion (anal, in Biôlioth.médic, t. XXXIII, p. 260). L'un et l'autre croient celle maladie contagieuse ; des faits plus nombreux ont prouvé qu'elle ne pouvait se communiquer par cette voie. Elle se manifeste souvent i\ès la première année de la vie, ou remplace un flux qui s'est supprimé.
Les personnes alleinles de celte maladie repoussante cherchent souvent à s'en délivrer; aussi le médecin est-il souvent con.sullé par elles pour savoir s'il n'y a aucun danger à supprimer celle sueur habituelle des pieds. Pour répondre à celle question il suffit d'interroger les expériences que l'on trouve toutes faites par les sujets eux-mêmes qui ont voulu se débarrasser, à tout prix , de leur mal, ou les faits dans lesquels la suppression a eu lieu tout à fait accidentelleuient et contre la volonté des malades. Lobstein croit imprudent de tenter la guérison de la sueur et il cite à l'appui de son opinion cinq faits qui sont loin d'êire tous convaincants. M. Mondière a rassemblé 42 observations de différentes maladies qui ont été produites, suivant lui, par la suppression de la sueur; en voici la lisie : dyspnée, 2 ; embarras gastrique, 2; pneumonie, 1; phthisie, 9; céphalalgie, 2; coryza, 5; névralgie plantaire, 1; sciatique, 1; anasaïque, 4; hépatite chronique; l; diarrhée, 1; leucorrhée, 4; blennorrhée, 1; pleurésie chronique, 1; otorrhée, 1; diabète, 1; rhumatisme aigu, 1; catarrhe vésical, 1; maladies de la peau, 1; phthisie trachéale, 2. Total, 42. «H résulte de celte statistique, ajoute l'auteur, que les affections des membranes muqueuses et surtout celles des organes pulmonaires, sont les plus fréquentes à la suite de la suppression de la sueur habituelle des pieds» (loc. cit., p. 483).
Nous sommes tout disposés 5 reconnaître l'influence pathogénique qu'elle a pu exercer dans la production des maladies que nous venons d'énumérer; cependant il ne faut pas exagérer cette influence et nous croyons lui faire une part assez belle en la considérant comme une cause occasionnelle, qui peut déterminer le développement d'une maladie chez un sujet prédisposé. La phthisie, le diabète, l'hépatite, échappent à cette influence; mais les maladies des membranes muqueuses, des voies respiratoires, et les hydropisies, etc., nous paraissent rentrer sous son empire.
Si la guéri.son de la sueur des pieds ne doit pas être tentée par un médecin prudent, il faut qu'il sache à l'aide de quels moyens il doit prévenir la suppression de celte sueur ou la rappeler quand elle a été supprimée. Pour remplir la première indication, il
faut prescrire au malade de porter des bas de laine et des chaussures qui empêchent l'humidité et le froid extérieur de pénétrer jusqu'à la peau, d'entretenir sur celle-ci une grande propreté et de recourir dans ce but à de fréquentes lotions chaudes et aromatiques.
Pour rappeler la transpiration supprimée on donne des bains de pieds très-chauds, ou des bains de drèche, de cendre, ou des bains alcalins ainsi que le conseille Lobstein (p. 173). Les frictions avec l'onguent mercuriel et l'hydrochloratc d'ammoniaque (Lobstein), ou avec des flanelles imbibées de vinaigre, l'application de sinapismes de raifort, ou d'un bas saupoudré d'hydrochlorale d'ammoniaque, sont des moyens qui réussissent le plus ordinairement à ramener la sueur. On a soin de couvrir les pieds d'une chaussure de laine et d'environner celle-ci de taffetas gommé.
Dans le cas où le médecin serait forcé par le malade de guérir la sueur dont celui-ci est affecté, il commencerait par établir une révulsion énergique et continue à l'aide d'un cautère qu'il placerait sur l'une et l'autre jambe ou à la cuisse ; il provoquerait ensuite une forte diaphorèse sur touie la peau, par l'administration du bain de vapeurs, ou bien une forte révulsion intestinale. Il donneraità l'intérieur des préparations toniques, sulfureuses, astringentes, .suivant les cas ; une saignée de précaution serait faite à des intervalles qui ne seraient pas trop éloignés. H faudrait aussi s'assurer, avant toutes choses, qu'il n'existe aucune maladie viscérale actuelle, ni aucune prédisposition morbide appréciable; la responsabilité du médecin serait gravement engagée, s'il n'avait pas pris toutes ces précautions. Le traitement loeal ne doit venir qu'en dernier lieu ; les lotions avec de l'eau tiède acidulées ou chargées d'un principe fortement astringent, puis la ventilatiou. l'exposition des pied.s nus à l'air, et en dernier lieu des lotions froides, tels sont les topiques que l'on peut risquer quand on y est contraint. Chez les femmes rien ne peut prévenir le danger qu'on leur ferait courir en cherchant à supprimer la transpiration des pieds.
B. Odeur. — Dans l'état normal, la sueur répand une odeur assez forte et un peu acide qui , du reste, varie suivant les individus. On sait qu'elle est trèspron(mcée et un peu ammoniacale chez les individus dont les poils sont roux et chez les nègres. On a dit que pendant la période menstruelle, la sueur acquérait une odeur plus prononcée chez un grand nombre de femmes. La malpropreté est la cause qui exaile surtout la propriété physique dont nous parlons. La sueur exhale une odeur acide chez les femmes nouvellement accouchées, chez les nourrices ; elle est f;ide et nauséabonde dans la variole ; semblable ?< celle du lait aigri chez les enfants à la mamelle. Klle a une odeur de souris dans la fi^^vie typhoïde , le ra-
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mollissement et l'hémorrhagie cérébrales et un grand nombre d'affections qui occasionnent des phénomènes ataxo-adynamiques ; oq Ta attribuée à Témivssion involontaire de l'urine qui souille le lit du malade. Dans la suette miliaire, elle ressemble, dit-on, à celle de la paille pourrie; elle peut coulracter une forte odeur d'urine ou de matière stercorale dans les maladies des voies urinairesou de l'intestin qui mettent obstacle, soit momentanément, soit d'une manière plus durable, et partant mortelle, au passage de Turineet des matières fécales (néphrite phlegmoneuse, calculs rénaux ou vésicaux, hernie intestinale, cancer, iléus, etc.); nous verrons plus loin si les principes constituants de ces matières excrément ilielles peuvent être entraînés par la sueur (voy. Altération des propriétés chimiques). Quelquefois la sueur a une odeur cadavéreuse ou s'imprègne de certaines substances introduites accidentellement ou à dessein dans l'économie; J. Frank dit que l'on] retrouve dans la transpiration l'odeur du musc, des cantharides (loc. cit., p. 371), Aristote a prétendu que la rue donnait de l'odeur à la transpiration.
G. Saveur. — Douée ordinairement d'une saveur saline très -prononcée, la sueur devient, dit -on, amère dans les affections bilieuses accompagnées d'iclère, sucrée chez les phlhisiques et dans le diabète, etc. On ne sait rien de positif sur les changements que peut offrir le liquide exhalé à la surface de la peau dans les différentes maladies.
D. Coloration. — On a parlé de sueurs jaunes , vertes, rouges, bleues, noires, etc. ; la bile, le sang, et d'autres matières colorantes, en passant dans les sueurs, peuvent-elles produire ces colorations? Celte élude sera mieux placée ailleurs (voy. Altération des propriétés chimiques).
E. Consistance. — La sueur est dite tenue quand elle s'échappe sous forme d'une vapeur légère ; tantôt elle est aqueuse, tantôt oléagineuse ou grasse. Il semble , dans ce dernier cas, que la sécrétion crypteuse, devenue plus active, fournit, en plus grande propoition, la matière onctueuse qui lubrifie la peau. Schullz, Paullini, Moellenbroeck , rapportent des exemples de cette transpiration, que l'on observe surtout au visage (ap. J. Frank, p. 370); elle n'a, du reste, aucune valeur séméiologique bien déterminée.
La i^ueur vis (pieuse J gluante, poisseuse, est celle qui donne à la main la sensation que produirait un liquide un peu consistant. On l'observe, en général, dans des maladies graves accompagnées d'adynamieet d'alaxie, dans la fièvre typhoïde, la pyohémie, la fièvre puerpérale, dans les affections inflammatoires et héinorrhagiqucs du cerveau, dans les pneumonies au troisième drgré ou de forme grave, ddus la peste, le chol-jra, les fièvres inlermilteutcs
algides, dans la phthisie pulmonaire à sa dernière période , et dans l'agonie d'un très-grand nombre de maladies, soit aiguës, soit chroniques. La viscosité de la sueur est, en général, un signe fâcheux et qui annonce une perturbation extrême de toutes les sécrétions. En même temps que la sueur est poisseuse, elle est souvent froide.
F. Température. — On constate la température de la sueur en plaçant la main sur les régions du corps qui sont préservées du contact de l'air , par les draps du lit ou par les vêtements , à l'aisselle, sur la poitrine et le ventre; on fait souvent cette exploration sur les avant-bras en tâtant le pouls; ce procédé opératoire est vicieux, car on ne peut avoir ainsi qu'une idée imparfaite de la température réelle de la sueur. Est-elle identique à la température de la peau ? La sueur froide se montre toutes les fois que l'innervation, la respiration ou la circulation sont profondément troublées. On l'observe à la suite d'une vive émotion morale, dans les maladies qui s'accompagnent d'accès douloureux, telles que les coliques néphrétique, hépatique, les névralgies, dans les maladies du cœur qui provoquent une gêne considérable de la circulation, dans les affections pulmonaires , lorsque la respiration est fortement gênée , dans le croup, l'emphysème pulmonaire, dans l'anémie qui suit une perte considérable de sang, enfin, dans l'agonie, qui est marquée par le trouble des organes que Bichat regarde comme le trépied de la vie.
2^ Altérations portant sur la composition chimique de la sueur. — La sueur est un liquide excrémentitiel dont la composition chimique n'a pas été encore suffisamment étudiée. Le D*" Anselmino, à qui on doit une analyse de ce liquide, dit que le produit de la perspiration cutanée insensible est limpide, inodore, insipide, ne se comporte ni comme un acide, ni comme un alcali, et ne passe pas à la décomposition putride (P.echerches sur la nature chimique de la sueur, extr. des journ. ail. in Journ. des progrés j t. ii, p. 121; 1827). Il a trouvé la sueur composée sur 1 00 parties : de matière insoluble dans l'eau et l'alcool, notamment des sels calcaires, 2; substances solubles dans l'eau et non dans l'alcool (mat. anim. particul. de la salive avee des sulfates), 21 ; substance soluble dans l'alcool affaibli et insoluble dans celte liqueur concentrée (osmazôme, chlorures de soude et de chaux), 48; matière soluble dans l'alcool rectifié (osmazôme, acétate alcalin et acide acétique libre), 29 ; cette analyse approximative laisse beaucoup à désirer. Ce que l'on peut établir de plus positif, c'est que la sueur est formée d'une grande proportion d'eau contenant de l'acide acétique suivant les uns, de l'acide lactique suivant Berzflius, de l'acide carbouique, du chlorure
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àt potasse et de soude , du phosphate de chaux , de i'oxyde de fer et une matière animale particulière. La sueur a une réaction acide manifeste lorsqu'on la recueille sur la peau, loin des jointures; dans ces dernières parties, et surtout sous les aisselles, au pli de l'aine , près des parties génitales, aux pieds et entre les orteils, ce liquide est alcalin en raison de la sécrétion d'une matière sébacée et alcaline fournie par les follicules et les cryptes dont ces régions sont abondamment pourvues. Nous avons dit, en parlant de la sueur des pieds, que l'odeur fétide qui se dégage tient sans doute à la fermentation putride qui s'établit au sein de matières grasses et animales sécrétées par la peau.
On ne connaît pas les altérations chimiques que la sueur peut éprouver dans le cours des maladies, en tant que ces altérations portent sur les divers éléments dont elle se compose. Le D*" Anselmino a trouvé la sueur très-aqueuse et privée de phosphate de soude dans un cas de rhumatisme fébrile; elle contenait plus d'ammoniaque et de sels chez un goutteux; elle était albumineuse, épaisse et trouble chez un autre malade atteint de rhumatisme articulaire. On a fait beaucoup de théories sur le rôle que jouent les altérations de la sueur dans la production des maladies : on a dit que ce liquide devenait très-acide dans la goutte et le rhumatisme; d'autres, au contraire, ont constaté une proportion plus forte d'urate et de phosphate chez les goutteux. Parmentier et Deyeux ont rencontré de l'ammoniaque dans la fièvre typhoïde. Nous n'avons pas besoin de dire que ces faits ne méritent pas une grande confiance.
La composition normale de la sueur peut être altérée, parce qu'elle renferme des principes nouveaux; parmi ces principes se trouvent des substances qui font partie des humeurs physiologiques, mais qui ne passent qu'accidentellement dans la sueur; d'autres principes introduits par l'estomac ou venant d'autres organes peuvent aussi se retrouver dans ce liquide.
Sang. — Le sang peut-il st mêler à la sueur? On a parlé de sueurs de sang ^ et depuis Aristote, des observations semblables ont été rapportées en grand nombre; nous les avons étudiées dans un autre article (voy. Hématidrose, t. iv, p. 453). Nous avons dit qu'il fallait n'admettre qu'avec réserve les faits qui ont été cités par les auteurs anciens et même par quelques modernes. On en trouvera une indication détaillée dans l'ouvrage de J. Frank (loc cit., p. 371). 11 est difficile de croire que le sang puisse sortir avec la sueur lorsque la peau n'est le siège d'aucune espèce de lésion.
Lait. — Avant de nous demander si la sueur peut contenir du lait, il faut d'abord savoir si l'on a retrouvé ce dernier liquide , ou du moins l'élément eseDliel , le caséum , dans le produit de la transpira-
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tion. Il ne suffit pas de consulter l'analogie et de dire avec l'auteur de l'article TiUiNSPiRATiON du Dictionnaire de médecine (2® édit., t. xxix, p. 755), que si les éléments de la bile peuvent se retrouver dans la sueur, il pourrait en être de même des matériaux du lait, dans la fièvre des nouvelles accouchées. Nous ne connaissons pas une seule observation digne de ce nom dans laquelle on ail indiqué les caractères physiques et chimiques du prétendu lait mêlé à la sueur, par conséquent nous sommes dispensés de toute discussion et de toute critique sur ce point.
Bile. — Les linges qui couvrent le corps des malades atteints d'ictère peuvent se colorer en jaune (voy. Ictère, t. v, p. 104). Si ce fait a été constaté d'une* manière positive , on est en droit de conclure que la matière colorante de la bile, qui a été retrouvée dans le sang et dans d'autres liquides , est exhalée à la surface de la peau en même temps que la sueur. Nous avouons toutefois que ce fait nous inspire quelques doutes; d'ailleurs, en supposant même que la matière jaune ait été constatée, on ne peut pas encore dire que c'est la bile qui est venue se mêler à la sueur, mais seulement un de ses principes; ce qui est tout à fait différent (voy. Plerpérale (Fièvre).
Urine. — Il arrive assez souvent, dans le cours des maladies qui affectent les voies urinaires, que le corps des malades exhale une forte odeur d'urine. On a pensé que ce liquide , retenu dans ses réservoirs et ne pouvant plus être rejeté au dehors , pénétrait dans le sang, ou du moins qu'une partie de ses]}riucipes était résorbée, puis exhalée par le tégument externe au moyen des sueurs. Nous laissons aux auteurs de celte opinion, qui ne compte plus aujourd'hui un seul partisan , la responsabilité des faits qu'ils ont rapportés à l'appui.
On a aussi observé des sueurs bleues, rouges, noires et phosphoriques (ap. J. Frank, p. 371); les faits dont il s'agil n'offrent ni assez de détails, ni assez de garanties pour qu'on puisse les accepter.
La sueur peut se charger de sucre dans le diabète (voy. ce mot , t. in, p. 34) , et de principes aromatiques et volatiles à la suite de l'usage de l'huile essentielle de térébenthine, du goudron, du baume de copahu ou du Pérou , etc. On ne peut se refu.^er à croire que, sous l'influence de la maladie, la sueur ne puisse entraîner avec elle certaines substances qui arrivent à la peau par l'intermédiaire du sang; l'odeur particulière que prend la transpiration, dans un grand nombre de cas , milite en faveur de cetle supposition ; mais de nouvelles ? echerclies sont nécessaires pour que l'on sache quelle est la nature des produits nouveaux qui viennent se mêler ainsi à la matière de la transpiration.
Uis torique et bihliogrnpliie. — L'cMude séméiolique delà sueuj-, à laquelle les auciens accordaient
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une plus grande importance que les modernes, a été tellement négligée dans ces derniers temps, qu'il serait impossible de trouver dans les traités de pathologie générale les développements nécessaires pour combler cette lacune. Nous avons dû puiser dans nos propres observations une grande partie des détails que nous avons présentés. Toutefois nous devons citer avec éloge le chapitre consacré par J. Frank aux altérations de la transpiration cutanée (Médec. prai., trad. fr. dtYEnc/clop., t. ii, p. 368), les mémoires de Lobstein et de Mondière sur les sueurs partielles (Lobstein, Journ. de médic, cliir. et pharm., de Leroux, t. xxxiv, p. 1 62 ; 1 8 1 5. — Mondière, Mémoire sur la sueur partielle des pieds ; l Expérience j i. i, p. 481; 1838).
SYALORRHÉE. Voy. Ptyalisme.
SYGOSlS,s. m.
Sfnonjrmie suivant les auteurs. — Ulcus, gmym' (ji;,Gelse; s/cosis, Yogel, Bateman, Swediaur; mentagra, Plenck;^/»/ma sfcosis, Good; varus mentagra , Alibert ; mentagre, Cazenave et Schedel , Giherl ; sjrcosis. Rayer; sycoma^ ficus, phymus^ condyloma, herpès pustulosus, auteurs divers.
Définition. — Le sycosis est une affection cutanée qui occupe le menton, la lèvre supérieure, les régions sous-maxillaires et les parties latérales de la face ; elle est caractérisée par des éruptions successives de petites pustules acuminées, dont la base est souvent le siège d'une induration tuberculeuse consécutive.
Symptômes. — La maladie commence le plus souvent par des éruptions discrètes, peu étendues, éphémères, qui pendant quelques mois, ou même plusieurs années, se succèdent à des intervalles plus ou moins considérables.
La partie qui doit être envahie est le siège d'un prurit léger bientôt suivi d'une rougeur et d'une chaleur plus ou moins vives, accompagnées d'un sentiment de tension douloureuse; dès le second jour apparaissent des petits points rouges plus ou moins nombreux sur lesquels , dans l'espace de un à trois jours, se développent des pustules acuminées et discrètes. Leur éruption est accompagnée de démangeaisous plus ou moins vives, de fourmillements qui ont lieu surtout vers le soir, d'un picotement léger mais subit, comme si on était importuné par des insectes qui ne tardent pas à revenir quand on les a chassés (Alibert, Monographie des dermatoses, p. 389; Paris, 1832, in-4").
Les pustules, dont le volume dépasse rarement celui d'un grain de millet, ne tardent pas à se rompre, mais elles ne fluent point comme les pustules d'impétigo, et elles sont remplacées par des croules qui se dessèchent et tombent dans l'espace de quelques jours.
Lorsque Tcruplion occupe une partie recouverte de poils, le menton, la lèvre supérieure d'un homme adulte, les pustules sont réunies en groupes, chacune d'elles étant traversée dans son centre par un poil ; elles ne se rompent que vers le septième jour et donnent naissance à des croûtes brunâtres , épaisses, pendantes au milieu des poils et ne se détachant que du douzième au quinzième jour ; autour d'elles il existe, dans une certaine étendue, une légère exfoliation de l'épiderme.
A mesure que la maladie fait des progrès , les éruptions deviennent plus fréquentes, plus étendues; elles sont accompagnées d'une chaleur et d'une douleur très-vives; la peau s'enflamme profondément et quelquefois la phlegmasie se propage au tissu cellulaire de manière à proluire une véritable tumeur phlegmoneusc (Rayer, Traité théorique et pratique des maladies de la peau, t. i, p. 654; Paris, 1835).
Chez les sujets d'un âge avancé, faibles, d'une constitution détériorée, la peau et le tissu cellulaire sous-cutané deviennent souvent, après plusieurs éruptions successives, le siège d'une inflammation chronique; on voit apparaître des indurations souscutanées qui forment des tubercules saillants, durs, bosselés, dont le volume peut égaler celui d'une cerise (Cazenave et Schedel, Abrégé prat. des mal, de la peau, p. 267; Paris, 1838). A la surface des tubercules et dans les intervalles qui les séparent se développent de nouvelles pustules , et c'est alors , dit M. Rayer, que le mélange confus des tubercules, des croûtes, des pustules, à^^ squames, imprime au sycosis un aspect repoussant.
Quelquefois, sur le menton spécialement, les tubercules sont si nombreux, si cohérents, que toute la peau ne présente plus qu'une surface mamelonnée et livide.
Les tubercules n'offrent toutefois rien de constant ni dans leur existence, ni dans leur développement, a On voit des mentagres qui n'ont pas plus d'un mois de durée offrir déjà des tubercules : d'autre part , cette maladie peut se perpétuer pendant plusieurs années sous la forme pustuleuse pure , et sans complication de tubercules» (Gibert, Traité prat. des mal. spéciales de la peau, p. 199; Paris, 1839).
Souvent les bulbes pileux participent à l'inflammation ; les poils tombent et ne repoussent qu'au bout d'un certain temps, plus clairs et plus faibles. Quelquefois l'alopécie est permanente (Rayer).
La maladie peut être bornée à la lèvre supérieure, à une portion du menton {sycosis menti), de la région sous-maxillaire, de la joue; mais elle peut aussi envahir toutes ces parties à la. fois et s'étendre aux sourcils, au front, aux tempes, à la nuque (sycosis capillilii, Bateman). Presque toujours alors on ob-
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serve une tuméfaction , un engorgement douloureux des ganglions sous-maxillaires et cervicaux (Alibert).
Marche, durée, terminaison. — Le sycosis est souvent une maladie aiguë , mais il est rare que la durée ne soit pas de un à deux mois , parce que l'éruption pustuleuse n'est jamais unique et simultanée. Le sycosis chronique persiste quelquefois pendant de longues années malgré le traitement le plus rationnel.
Lorsque la guérison doit être obtenue , les tubercules diminuent de volume, de dureté et se résolvent peu à peu complètement, les croûtes tombent, les pustules ne se reproduisent plus, et il s'opère une légère desquamation sur les points anciennement affectés qui restent pendant quelque temps violacés et luisants.
Les récidives sont fréquentes.
Diagnostic. — Le sycosis pustuleux, non tuberculeux , diffère de Xccthyma par ses pustules moins larges, à base moins enflammée; par ses croûtes moins étendues, moins épaisses, moins adhérentes.
Dans Vimpetigo les pustules ne sont pas acuminée.«; elles sont plus nombreuses, plus rapprochées; leur développement est plus prompt, plus aigu ; elles se rompent plus tôt, laissant suinter un liquide puriforme abondant et donnent naissance à des croûtes plus larges, plus épaisses , plus humides, plus jaunes. «Tous ces signes différentiels peuvent néanmoins être très- difficiles à apprécier lorsque l'éruption est très- nombreuse, l'inflammalion très-vive, et que les pustules sont plus ou moins confondues; il est souvent nécessaire, dans ces cas, de suspendre son jugement et de suivre la marche de la maladie» (Gazenave et Schedel , loc cit., p. 270).
Les pustules vénériennes ne sont pas accompagnées de chaleur , de douleur, de tension ; elles sont aplaties, se développent plus lentement et occupent surtout les ailes du nez, le front, les commissures des lèvres.
Le sycosis tuberculeux ne peut être confondu avec àes furoncles, car ceux-ci sont moins nombreux, non précédés de pustules, se développent du tissu cellulaire vers la peau, renferment un bourbillon, etc.
Les tubercules syphilitiques ne sont pas toujours faciles à distinguer du sycosis; cependant ils sont plus luisants, plus superficiels, plus arrondis à leur sommet; ils sont ordinairement accompagnés de symptômes vénériens concomitants. Les com- «lémoratifs viennent encore en aide au diagnostic.
Pronostic. — Le sycosis est une maladie fâcheuse en raison de son aspect hideux et de sa durée ordinairement fort longue; il est toutefois difficile de se prononcer sur celte dernière. «11 est )
souvent impossible au praticien le plus exercé de pouvoir indiquer le terme d'un sycosis. Parfois, au moment où la diminution du nombre des pustules et la teinte violacée de la peau semblent annoncer une guérison prochaine, de nouvelles éruptions plus ou moins étendues surviennent sans cause appréciable; d'autres fois, lorsque tout fait craindre qu'une éruption considérable qui envahit tout le menton ne s'établisse pour plusieurs années, on la voit céder facilement au régime et à un traitement actif. En général, les sycosis les plus opiniâtres sont ceux qui conservent dans l'état chronique la forme pustuleuse et primitive de l'inflammation. Dans ce cas, le mal peut êire consitiéré comme une des affections de la peau les plus rebelles» (Rayer, loc. cit., p. 658, 659).
Èiiologie. — Causes prédisposantes. — Age et sexe. — Alibert paraît croire que le sycosis est une maladie propre aux hommes adultes, qui ne se montre jamais chez les enfants et les femmes. «On a même observé, dit-il , que les Indiens, qui sont imberbes, ne sont point sujets à la mentagre. La même remarque a été faite sur les eunuques {loc. cit., p. 389). Notre observation personnelle confirme l'opinion d'Alibert, mais quelques cas de sycosis ont été constatés chez la femme par MM. Rayer, Gazenave et Schedel, Emery. — Saisons. La maladie se montre surtout au printemps et â l'aulomne; le climat n'exerce pas une influence appréciable. — Constitution. Les hommes d'un tempérament sanguin ou bilieux, ceux qui ont une barbe épaisse, dure, sont plus fréquemment atteints; cependant le sycosis se développe souvent chez les sujets d'une mauvaise constitution, chez les vieillaids affaiblis, dont la santé est détériorée.
La misère, les excès alcooliques, une alimentation insuffisante ou malsaine, doivent être rangés au nombre des causes prédisposantes; la malpropreté exerce une action manifeste: «les moines, les ermites, les musulmans qui négligent les ablutions, sont particulièrement sujets à la mentagre» (Alibert). Il y quelques années, à l'époque où le gouvernement se préoccupait de certains signes de ralliement républicains, Alibert fil à l'hôpital Saint-Louis une leçon que reproduisirent avec empressement certains journaux politiques, et dans laquelle il s'efforça de prouver que le port delà barbe et de la moustache était une cause prédisposante fort énergique de mentagre. Les faits .^^onl entièrement opposés à celte opinion que le courtisan n'aurait pas dû couvrir de l'autoriié du médecin.
Causes déterminantes. — Contagion. — Pline raconte que la mentagre se répandit en llalie par contagion sous le règne de Claude; mais, se demande avec raison M. Rayer, était-ce le sycosis i»
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M. Foville dit avoir vu à Thôpital de Rouen plusieurs aliénés qui furent successivement atteints de sycosis pour avoir fait usage du même rasoir. Biett, M. Rayer, MM. Gazenave et Schedel, n'ont jamais pu constater un seul exemple probant de contagion. M. Emery a essayé maintes fois de reproduire la maladie soit en inoculant le pus des pustules , soit par le contact de linges ou d'instruments ayant servi à des mentagreux; les résultats ont toujours été négatifs (Emery, Considérations pratiques sur la mentagre , in Bulletin général de théra^ peutiquc^ numéro de septembre 1843).
L'irritation , plus ou moins violente et sans cesse renouvelée, produite par l'action d'un mauvais rasoir sur une barbe épaisse et dure, est certainement la cause la plus fréquente et la plus active du sycosis. L'exposition du visage à une température trèsélevée est une cause non moins énergique ; le sycosis est très-fréquent chez les forgerons, les fondeurs, les rôtisseurs, les cuisiniers, les raffineurs, etc.
Traitement. — Lorsque la maladie est récente, aiguë , accompagnée de douleur ; lorsqu'elle se montre chez un sujet jeune, pléthorique, il faut avoir recours aux saignées générales, aux sangsues appliquées en dessous des limites du mal, aux cataplasmes émollients, aux lotions de même nature, aux bains lièdes, aux boissons rafraîchissantes. Les laxatifs produisent une dérivation utile sur le canal intestinal. A l'aide de cette médication très-simple et en ayant soin de faire couper les poils, non plus avec un rasoir, mais avec des ciseaux, on obtient ordinairement la guérison en peu de temps.
Lorsque le sycosis est ancien, chronique, tuberculeux, les émollients deviennent inefficaces; il faut alors employer les résojutil^s et modifier la vitalité des tissus. Les pommades de protochlorure ammoniacal de mercure, de deutoxyde, de sous-sulfate, de protonitrate de mercure; les pommades sulfureuses, iodées, alcalines, ont été préconisées par MM. Rayer, Gazenave et Schedel. Des lotions faites avec un liquide alcalin (sous-carbonate de potasse, A gram.; eau, 1 liire) ont été employées avec succès par M. Emery (mém. cité). Les douches sulfureuses ou alcalines, les douches de vapeurs surtout, sont des adjuvants très- utiles.
Dans les cas les plus graves et les plus rebelles on obtient de bons effets de cautérisations légères faites avec le nitrate d'argent (Aliberl), une solution de potasse caustique, le nitrate acide de mercure, l'acide nitrique.
«Dans certaines circonstances où tous les moyens rationnels avaient échoué, disent MM. Gazenave et Schedel {loc. cit., p. 273), nous avons vu réussir les médications les plus différentes : ainsi nous avons observé des malades qui ont guéri par l'emploi des
toniques, surtout des préparations ferrugineuses; chez d'autres le muriate d'or a été suivi d'un succès remarquable. Enfin , les préparations mercurielles à l'intérieur, et surtout le sirop de Larrey, ont amené quelquefois une guérison prompte et solide.»
Nature et siège. — Le sycosis est manifestement une phlegmasie dont le point de départ nous semble devoir être placé dans les follicules pileux. Telle est d'ailleurs l'opinion que Biett avait fini par adopter (Gibert, loc. cit., p. 199). A mesure que la maladie fait des progrès, l'inflammation s'étend aux parties environnantes, et c'est lorsqu'elle a envahi le derme et le tissu cellulaire sous-cutané que l'on observe des tubercules plus ou moins volumineux.
Classifications dans les cadres nosologiques. — Willan et Bateman ont placé le sycosis parmi les affections tuberculeuses de la peau (ordre vu); Biett, considérant que les tubercules sont toujours consécutifs, a rangé la maladie parmi les affections pustuleuses (ordre iv). Alibert a fait du sycosis une variété de l'espèce varus, et l'a réuni aux maladies, si différentes les unes des autres, qui composent son groupe des dermatoses dartreuses (groupe iv).
Historique et bibliographie. — Gelse décrit sous le nom de sycosis 1° un ulcère dur et rond qui se forme dans, la barbe et qui donne issue à une petite quantité d'humeur gluante; 2° un ulcère humide et inégal qui occupe la partie chevelue de la tête et duquel découle une humeur abondante et de mauvaise odeur (de Rc medica, lib. vi, cap. 3). 11 est difficile d'appliquer ces quelques paroles à une affection bien déterminée.
La description tant citée de Pline laisse également des doutes dans l'esprit. La mentagre romaine était à la vérité une maladie qui se bornait ordinairement au menton ; mais quelquefois elle envahissait la poi^ trine et les mains qu'elle couvrait de hideuses écailles {fœdo furfure)-, elle respecta le peuple, mais sévit cruellement sur les grands et les nobles; elle se propageait rapidement par le baiser. Pour la guérir et mettre le malade à l'abri des récidives , il fallait brûler les chairs jusqu'à l'os (Pline, Nat. hist., lib. XXVI, cap. 1). Ne faut-il pas se demander, avec M. Rayer, si c'est du sycosis qu'il s'agit ici?
Le sycosis a été nettement établi par Willan et décrit avec exactitude par les différents dermatographes ; il n'a été l'objet d'aucune monographie étendue.
SYNGOPE, s. f. dérivé de auv, avec, et xotttw, je frappe, je fais tomber.
Dénominations françaises et étrangères. — Lipothymie, défaillance, évanouissement, pâmoison.
Franc. — Aei7;o<]/i»xta , X6i:ro6u{j,ta , aipu^ia, ocXuortç. Grec. — Ucjectio animai, animi deliquium, //'-
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pothjrmia, exsolutlo, lapsus virium, concisura. Lat. — Svanimento. Ital. — DesmaiOj sincope, Esp. — Fainting, swoon, syncope. Angl. — Olinmachty Anwandelnde-Schwaclieil , starke oder heflige Ohnmacht. Ail. — Liigfold, vanmaegtighed. Dan.
Sjrnonymie su'want les auteurs. — AeiTroij^uxia, Hippocrate (Xeww, j'abandonne ; (|;ux,vi, âme); k^x^yi^y Gaiien; a77(o<{/uxta , Dioscoride. Senac prétend que le mot syncope était inconnu des Grecs et qu'on ne s'en est servi que du temps de Gaiien ; defectio animœ, Celse; animi deliqnium, Mercatus; lipothymie, syncope de la plupart des auteurs.
Définition. — Gaiien définit la syncope « une perte subite des forces avec abolition de la faculté de se mouvoir et de sentir ))(/ll/c<Ao^/. medend., lib.xii). Ces caractères symptomatologiques appartiennent, en effet, à la syncope, mais sont insuffisants pour la faire distinguer de quelques autres états morbides, de l'apoplexie et de l'asphyxie par exemple, où on les retrouve également. Sauvage dit qu'elle consiste dans une débilité subite des mouvements vitaux accompagnée de refioidissement, de pâleur et d'affaiblissement de la sensibilité (^Gênera morhorum, ord. IV, Leipopsychiœ). Nous voyons paraître dans cette définition quelques caractères importants, mais qui ne peuvent encore donner une idée complète de la maladie. La syncope est pour Fréd. Hoffmann « l'affaiblissement momentané des mouvements du cœur, avec perte des forces, suspension des fonctions du corps et de l'âme, causés par une distribution insuffisante de Tinflux nerveux et du sang dans la substance charnue du cœur» {Opéra oinnia, t. in, p. 271, chap. 9, De virium lapsu et animi deliquiis, in-folio; Genève, 1761). La découverte du mécanisme suivant lequel s'effectue la circulation pouvait seule conduire les médecins à des théories exactes sur la cause de la syncope; aussi voyoos- Dous Hoffmann et tous ceux qui ont défini cet état morbide attribuer à la suppression de l'action du cœur une part très-grande, sinon exclusive, dans la production de la syncope. On ne peut qu'admettre la définition précise, générale et nette qu'a donnée Hoffmann si l'on suppose avec lui que la syncope est le résultat de la suspension des fonctions du cœur, ainsi que Bichat et ses partisans ont cherché à l'établir, à une époque plus rapprochée de nous.
'Gullen dit que la syncope «est une maladie dans laquelle l'action du cœur et de la respiration devient beaucoup plus faible que de coutume et dans laquelle ces fonctions cessent entièrement pour un certain temps» {Éléments de méd. prat., t. ii, p. 363, in-8°; Paris, 1819). Vogel regarde la lipothymie comme une suspension subite du sentiment et du mouvement, avec sueur froide, tintement d'oreille et fai-
blesse du pouls et de la respiration. Dans la syncope qui en est un degré plus marqué , « le pouls et la respiration sont imoerceptibles , la sensibilité et la chaleur éteintes {Gênera morborum , cl. vi, adynamiœ). Si, mettant de côté pour un moment les théories à l'aide desquelles on a voulu expliquer la production de la syncope , nous nous en tenons aux symptômes les plus tranchés et les plus caractéristiques de cet étal morbide, nous le définirons wie maladie de courte durée, donnant lieu à une perte subite du sentiment et du mouvement, à la faiblesse et même à la suspension momentanée de la circulation et de la respiration, ainsi qu'à l'abaisse" ment de la température du corps.
Divisions. — La plupart des auteurs ont distingué plusieurs degrés dans la syncope; le plus léger, qu'ils nomment éclysis (du grec £y.Xu«, je délie, exXuaiç, défaillance) ou défaillance, consiste dans une résolution de forces avec demi-perte de connaissance. La lipothymie, ou le second degré, qu'Albertini appelle via ad syncopem{de Jffcctionibus cordis, lib. m), est marquée par la suspension subite du sentiment et du mouvement , accompagnée de faiblesse du pouls et de la respiration , de pâleur, de refroidissement et de la sueur. Le troisième degré de la maladie est la syncope proprement dite, dans laquelle on observe l'abolition complète et souvent assez longue de Tintelligence, de la sensibilité, du mouvement et des fonctions circulatoires et respiratoires. Quelques auteurs admettent un quatrième degré qui n'est autre que Xaspbyxîe. On s'accorde aujourd'hui à décrire cette dernière comme une affection entièrement distincte de la syncope (voy. Asphyxie, t. i, p. 374). Elle en diffère surtout par la cause qui la produit et par ses symptômes (voy. Diagnostic).
Cullen distingue une syncope idiopathique et une symptomalique. H y a deux espèces de syncope idiopathique; une, qui est la cardiaque, revient sans aucune cause évidente, et est produite par quelque affection du cœur ou des vaisseaux voisins ; l'autre est la syncope occasionnelle : elle est amenée par une cause évidente , telle que les affections de l'âme , l'anémie, des vapeurs putrides, des abcès viscéraux, la paracentèse, une douleur violente, etc. La syncope symptomatiquedé\)enA des maladies aiguës, fébriles ou autres [Éléments de méd., loc. cit., p. .364). Malgré les imperfections de cette division , il est facile de voir que Cullen avait très-bien compris que la cause de la syncope réside dans le cœur (s. cardiaq.). se lie à un état général (s. occas.) , ou à une maladie qui siège dans un viscère (s. symptom.). Il porte beaucoup plus loin l'analyse et affirme que les causes éloignées de la syncope peuvent agir sur le cerveau ou sur le cœur (/oc. cit., p. 368); nous reviendrons plus loin sur celte remarquable opinion
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de Cullen à laquelle il est impossible de ne pas se rendre (voy. Causes).
La syncope est un état morbide que l'on peut considérer, en pathologie générale, comme le symptôme de différentes maladies, les unes locales, les autres générales ; les premières résident dans le cœur, dans le poumon, dans le système nerveux ou dans d'autres viscères; les maladies générales sont de nature très-variée. Doit-on décrire une syncope fW/o/;«/A/qite essentielle, comme celle qui est produite par de vives émotions morales et par certaines idiosyncrasies; la vue d'un objet repoussant ou odieux, le bruit des cloches , et d'autres causes dont nous parlerons plus loin etqui font tomber en syncope quelques personnes ? Les syncopes idiopathiques et symptomaliques seront étudiées séparément.
Nous suivrons dans l'exposé des faits nombreux qui appartiennent à l'histoire de la syncope l'ordre suivant : 1° étude îles symptômes; 2" diagnostic, causes et séméiotique ; Z^ physiologie pathologique ; 4^ pronostic; 5" indications thérapeutiques (tirées de i'utilité de la syncope); 6** traitement de la syncope.
Symptômes de la syncope. — Cette maladie se montre quelquefois tout d'un coup; mais le plus ordinairement elle s'annonce par un sentiment de langueur et de malaise général, suivi d'anxiété précordiale, de quelques vertiges, d'obscurcissement de la vue, de tintement ou de bourdonnement d'oreille; quelquefois il y a des envies de vomir, des borboryguK^s: émission de gaz par la bouche. A ces symptômes s^uccède la perle du sentiment et du mouvement; le malade tombe alors dans une sorte de stupeur : ses sens reçoivent l'impression des agents extérieurs sans qu'il y ait perception; il balbutie encore quelque parole, puis la mémoire et l'intelligence s'anéantissent, les muscles cessent de se contracter, le corps s'affaisî^esur lui-même, et des blessures graves peuvent être causées par la chute que fait le mal;ide.
Le pouls et la respiration s'affaiblissent au point que l'on en découvie avec peine les mouvements; ils deviennent même lout à fai:. imperceptibles. Cependant Copland assure qu'on peut toujours entendre avec le stéthoscope les ballemen Is du cœur (/>/V7 /<?'«. of practic. mcd., art. Faiintlng). Suivant M. Récamier, «quelle que soit la cause qui produit la syncope, quelle que soit la manière dont le centre cérébrospinal influe sur les fonriior.s respiratoires et circulatoires, il est certain que tant que la syncope dure, le ranir est agit*'- de n)ou\enicnts oscillatoires semblables à vuw contraction périslalliquc , derniers restes de son irritabilité mise en jeu par le sang qu'il renferme » {la Clinique , p. 171; 1829). L'analogie nous porte à penser que les contractions du
cœur continuent à s'effectuer; mais produisent-elles des mouvements appréciables au stéthoscope, c'est ce que nous ne pouvons décider. De nouvelles recherches cliniques sont nécessaires pour que l'on sache à quoi s'en tenir sur les résultats fournis par l'auscultation. 11 est possible que la circulation et la respiration , tout en continuant à se faire, soient tellement faibles qu'elles échappent à nos moyens d'investigation. Le pouls , avant de disparaître, perd de sa force, et présente des inégalités et des intermittences.
('Pendant que ces symptômes se manifestent, dit Cullen , à qui l'on doit une description bien remarquable de la syncope , le visage et toute la surface du corps deviennent pâles et plus ou moins froids, suivant le degré et la durée du paroxysme. 11 paraît très - communément au commencement de ce paroxysme et pendant sa durée une sueur froide, qui s'étend quelquefois sur le front et sur quelques autres parties du corps. Pendant le paroxysme, les fonctions animales, tant du sentiment que du mouvement, sont toujours affaiblies jusqu'à une certain point, et sont très-fréquemment entièrement suspendues » {lac. cit., p. 368). Les membranes muqueuses se décolorent; les lèvres, d'une pâleur effrayante, sont souvent agitées de mouvements convulsifs; il en est de même des globes oculaires et de la mâchoire inférieure. Il arrive aussi que le vomisi^ement ou des convulsions légères des membres accompagnent ou terminent les accès de syncope. Culleu parle d'attaque d'épilepsie {loc. cit. , p. 368) ; ce dernier symptôme n'appartient pas à la syncope. On observe chez quelques sujets l'émission involontaire de gaz par l'anus , des déjections d'urine ou de matières fécales.
Le meilleur signe de la syncope se tire des effets que l'on produit en donnant au corps du malade une situation horizontale, ou mieux encore en plaçant la tête sur une partie plus basse que celle occupée par le corps. Le sang, obéissant aux lois de la pesanteur, vient aussitôt exciter le cerveau, et le malade revient â lui (voy. Traitement).
La syncope a une durée en général très-courte; les symptômes restent quelque temps avant de se dissiper complètement. Tout le monde connaît le récit que Montaigne et J.-J. Rou.sseau ont laissé des sensations délicieuses qu'ils éprouvèrent en revenant à la vie après une attaque de syncope (Michel Montaigne, A'*.çrt/5^ p. 153; 1588; — J.-J. Rousseau, /e* Rêveries, 2" promenade, t. xvi, p. 285, édit. Dupont, in-S*'; 1821). La faibles.se persiste encore pendant quelque temps; les battements du cœur, puis ceux du pouls, se font sentir; le malade commence alors à avoir conscience de son état, il semble se recueillir, il regarde autour de lui comme pour se reconnaître, la pensçe rçnaît, les idées sont plus nettes , la
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