‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 13 sur 90 · RÈGNE D*ABOU-HAMMOU MOUSSA I · texte numérisé non relu

RÈGNE D*ABOU-HAMMOU MOUSSA I

être connu des étudiants^ et il s'éleva bientôt entre eux et moi des dissentiments et des discussions. Alors un de nos compatriotes du Maghreb vint me trouver et me dit : Sache, mon ami, que ton autorité est grande aux yeux des habitants de la ville et que tous rendent hommage à la hauteur de ton mérite. Je sais, de mon côté, que tu as vécu des leçons des deux fils de Flmam ; si on vient à t'interroger, tu n'as qu*à les nommer et àleur faire honneur de ton savoir. Dis hardiment: c oui, j'ai entendu leurs leçons; oui, c'est de ces illustres professeurs que je tiens tout ce que je sais. Garde-toi bien de paraître t'éloigner de leurs opinions en quoi que ce soit ; ce serait compromettre une partie de ta considération. Tous ces gens-là te regardent comme le lieutenant de tes maîtres, comme Théritier de leur science, bien qu'assurément ils n'en disent point assez. »

« Âlmakkary ajoute : Abou-Zeid (que Dieu lui fasse éprouver les effets de sa miséricorde!) était du nombre des savants qui vraiment craignent Dieu. Il m'a été raconté par le prince des fidèles, Abou-Einan al-Motawekkel aF Allah, que feu son père, le prince des fidèles Abou'l- Hassan, avait été amené à donner des secours pris sur l'argent du fisc. Abou-Zeid lui en fit des remontrances : « Prince des fidèles, lui dit-il, cela n'est pas bon, vous finirez par bouleverser le trésor de l'Etat. A l'exemple d'Aly, fils d'Abou-Taleb, vous irez dans la salle du trésor faire deux inclinaisons du corps. »

« Le même auteur poursuivant son récit: Abou-Zeid, dit-il, avait pour règle, quand il s'agissait de déterminer le sens d'un hadith (tradition) de s'en tenir au sentiment du docteur Ibn Abou-Zeid (1) qui a dit : Lorsque l'imam a salué l'assemblée, qu'il ne s'arrête point, mais qu'il se

(1) Lo cheikh Abou-Mohammcd Ibn-Abou-Zeid, célèbre traditionistc en Orient florisaait dans le IV® siècle de l'hégire. Il est auteur de plusieurs ouvrages très estimés et qui font autorité chez les Musulmans. (Voyez Almakkary, Ir' partie^ p. 500, 619, 918).

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retire, parce que de cette manière il salue ceux qui vien* nent après lui, sans être oblige de passer devant qui que ce soit. Cette décision avait été adoptée par notre cheikh et il a été le premier qui ait réuni en sa faveur quantité de preuves et d'arguments. Notre cheikh Almakkary était un jurisconsulte des plus estimés. Puis il ajoute : « J'assistai un jour à une séance scientifique tenue en présence du sultan Âbou-Teschiiin Abd'el-Rahmani fils d'Abou-Hammou Moussa. On y lisait,sous la direction d' Abou-Zeid Abd' el- Hahman , fils de rimam,cette tradition rapportée par Moslim (1) : En8eignez ceci k vos morts; il n*y a de dieu que Dieu. Le docteur Abou-Ishak Ibn« Hakim el-Salaouy dit : a Ces paroles où il est question des morts, doivent s'entendre dans le sens métapho* rique, car comment pourriez-vous arriver jusqu'à vos morts ? Tel est le sens propre de ce texte.» A cette observation Abou-Zeid lit une réponse tout à fait satisfaisante, c Ibn-Khaldounditdanssa grande histoire : Les iilsde rimam étaient deux frères qui habitaient Brechk, loca<lité dépendant de la ville de Tlemcen. L'ainé se nommait Abou-Zeid et le cadet Abou-Moussa. Leur père (Mohammed) exerçait à Brechk les fonctions d'imam. Il devint suspect aux yeux d'Ibn-IIammad (Zirem), qui, & cette époque, avait usurpé le commandement de la ville: un homme, poussé par le sentiment de la jalousiej Tavait dénoncé à celui-ci comme gardant en dépôt une somme d'argent qui appartenait à Tun do ses ennemis. Ce dépôt ayant été réclamé par Tusurpateur, Timam refusa de s^cn dessaisir ; c'est pourquoi il fut mis à mort. Ses deux enfants se rendirent à Tunis vers la lin du vu* siècle (de l'hégire) (2). C'est dans cette villo qu'ils apprirent les premiers éléments de la science sacrée

(1) Moslim ibn el-Hadjjadj) l'un des six grands compilateurs des traditions islamiques.

(2) Ibn-Khaldoun, Histoire des Berbèrei, tome 111^ p. 386, 387 de la traduction.

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SOUS la direction des disciples d'Ibn-Zeitoun et qu'ensuite ils étudièrent le droit canonique à Técole des compagnons du cheikh Abou-Abd'AUah Ibn-Schoaïb el- Doukkâly. Après cela^ étant retournés dans le Maghreb, munis d'une ample moisson de connaissances, ils fixèrent leur séjour dans la ville d'Alger, où ils se firent un devoir de propager la science, n'ayant pu rentrer dans leur patrie qui gémissait encore sous le joug de Tusurpateur.D'un autre côté,le sultan Abou-Yâacoub(Youssouf Ibn-Yâakoub), sultan du Maghreb-Extrême, assiégeait Tlemcen depuis fort longtemps, et ses troupes s'étaient emparées de la plupart des provinces qui dépendaient de cette ville. Sous l'empire de ces circonstances les deux frères se virent obligés de quitter la ville d'Alger et de se réfugier à Milianah. Là, ayant obtenu les bonnes grâces d'Ibn-Mendil el-Kenâny, ils furent admis à la cour de ce seigneur qui les chargea de l'éducation de ses enfants. C'est sur ces entrefaites que périt Youssouf Ibn-Yàakoub, sultan du Maghreb, l'an 705 de l'hégire (1305-6). Il eut pour successeur sur le trône du Maghreb son petit-fils Abou-Thâbet, ce qui ne s'accomplit pas sans bien de graves événements. Le nouveau sultan, ayant fait la paix avec le seigneur de Tlemcen, reprit le chemin du Maghreb, amenant avec lui Ibn*Mendil el-Kenâny et les deux frères, fils de l'Imam; mais bientôt après il se décida à mettre ces deux derniers à la disposition d'Abou-Hammou^ en faisant de leurs personnes le plus grand éloge. C'est pour eux que ce sultan bâtit à Tlemcen le collège qui porte leur nom. A la cour de ce prince ils jouirent de la considération et de tous les honneurs qui sont dus aux savants et aux amis de la science. Il en fut de même sous le règne de son fils, Abou Teschifin, jusqu'à la fatale époque où Tlemcen tomba au pouvoir d'Abou'l-Hassan le mérinide l'an 737 (1337). Comme déjà leur nom était connu dans tout le Maghreb e^. que la renommée dont ils jouissaient leur avait assuré Tes-

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timo do tout le monde, ce prince, alors maitro de la ville, n'hésita point à les appeler auprès do lui ; il tint compto do leurs conseils, les combla do marques de considération, les éleva au-dessus des personnes de leur rang (i) et se fit même un honneur de les admettre dans sa société intime. Ensuite les doux frères accompagnèrent le sultan dans une partie do sa routo^ et ils reprirent le chemin de leur patrie adoptivc.

« Abou-Zeïd étant décédé, Abou-Moussacontinua à répandre la science à pleines mains et à jouir des honneurs qu'ildevait àson nouveau maitre. Lorsque, dans le courant de Tannée 748 (1347) Abou'l- Hassan se mit en marche pour l'ifrikiali, il se fit accompagner dans cette expédition par Abou-Moussa, auquel il prodigua les marques du respect, de la vénération la plus grande, en sorte que celui-ci avait dans l'armée un rang très élevé et qu'il approchait de très près du champion de Tlslam.

(c Après la conquête do Tlfrikiah, le sultan lui donna la permission do retourner à Tlemcen. C'est dans cette ville que peu de temps après son retour il mourut de la peste, l'an 749 (1348).

« 11 reste encore de nos jours, à Tlemcen, des descendants de ces delix illustres personnages : ce sont des gens qui à l'instar de leurs aïeux sont respectés de tout le monde; qui, de génération en génération et jusqu'à ce temps ont toujours joui do la plus grande considération. Telle est, en résumé, la biographie des deux iils de rimam. »

<c Je dis : parmi les ouvrages qui'sont dus à la plume d'Abou-Zeid, il faut compter spécialement un grand commentaire sur Ibn el-Hâdjeb el-Fihry (?); mais je ne sais s'il Ta achevé ou non. Nous avons indiqué ci-dessus

(1) Abou-Zeid et Abou-Moussa étaient alors muftis de la ville.

(2) Djemal cl-Dyn Abou-Abd'allah Mohammed Ibn Maick, surnommé Ibn el Ilàdjeb, auteur d'un petit traité de {grammaire bien coimu et intitulé le Kafiah^ mourut en 046 (l'249)«

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le lieu de sa naissance. Abou- Salem.... (il y a ici pro« bablement une lacune dans notre manuscrit ; je crois que ce nom était précédé de la phrase : il a laissé un fils appelé.,.) Plus loin, sous la rubrique de la lettre Afim, nous donnerons la biographie de son petit-fils Abou'1-Fadl Ibn el-Imam. Quant aux personnages remarquables qui leur doivent leur instruction, on les compte en grand nombre ; nous nous contenterons de citer les noms suivants : le chérif el-Tlemcêny, l'imam Almakkary, Abou-Othman el-Ocbâny, le khatib Ibn-Marzouk Taïeul, Abou'l-Abbès el-Fahsy, qui tous ont brillé parmi les savants de ces derniers siècles. Dans une note d'Abou'l-Abbès el-Wanschérissy nous lisons ce qui suit : « Quant à la famille d'Ibn-el-Imam, elle a produit, parmi les membres qui lui font le plus d'honneur, d'abord les deux cheikhs solides dans la foi, émi-* nents, appliqués au travail, les muftis et h*ères germains, Talfakih très docte et, de Taveu de tous les hommes impartiaux en Orient comme en Occident, l'un des plus grands savants [du Maghreb, Abou-Zeid, le docte, le très intelligent, le dernier venu des hommes de génie, celui qui avait orné son esprit des connaissances les plus variées, et Abou-Moussa,*tous les deux enfants de Mohammed Ibn-el-Imam; après eux, le cheikk Abou-Sâlem Ibrahim, fils d'Abou-Zeid, et son cousin le pieux cheikh Abou-Mohammed Abd'el-Hakk, fils d'Abou-Moussa; enfin, le très docte cheikh, le très ingénieux cadhi Abou'1-Fadl, fils du cheikh Abou-Sâlem.

« A présent il ne reste plus, à Tlemcen, de toute cette famille, que notre ami et élève, le bon et vertueux étudiant Aboul-Abbès Ahmed, fils d'Abou'1-Fadl , fils d'Ibrahim ci-dessus mentionné. »

Nous mettrons fin à cette longue biographie en transcrivant ici un renseignement relatif à l'endroit où reposent les restes de nos deux illustres savants, et qui est,

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selon nous, de nature à exciter Fintérêt de plus d'un archéologue. Dans la table des matières qui est placée en tête du Dostan on lit à la suite des noms dos deux fils do rimam cette note curieuse: Ils furent ensevelis clans le collège qui porte leur nom. Le collège des filsde rimam, que j'ai visite moi-même, il y a plusieurs années, est encore debout près de la porte Cachoutah ; il ne serait donc pas difficile de retrouver dans son enceinte les tombeaux de ces deux illustrations de la ville de TIemcen.

Avant de quitter le règne du sultan Abou-Hammou^ qu'il nous soit permis de jeter un moment nos regards en arrière pour le considérer sous un point de vue qui a échappé à nos observations et qui mérite pourtant d'être remarqué : je veux parler de sa pr<.^spérité commerciale et de ses relations amicales avec les puissances chrétiennes. Déjà avant cette époque, TIemcen, par son admirable position entre la Méditerranée et les villes de TAfrique centrale, était devenue le centre du trafic et des relations commerciales entre les marchands de l'Europe et les caravanes qui se rendaient dans le Soudan. Les Vénitiens, les Génois avaient des fondoucs^ des établissements et des entrepôts de toutes sortes de marchandises dans les ports du royaume et même dans la capitale des Beni-Zeiyan. Les Catalans, les Aragonais, comme plus voisins et plus rapprochés de la côte africaine, entretenaient avec les négociants de Tlemcon des relations fréquentes et presque journalières.

Dès le milieu du xii" siècle, les porls d'Oran et de Mersa'l-Kébir voyaient arriver presque chaque jour des navires espagnols chargés de précieuses marchandises (1). Il en était de même des ports de Ténès, de Honein, d'Aretchgol ou Rachgoun.

On lit dans Capmany que le roi d'Aragon, Jayme

(1) Edrissy, géographie, III« climat, première section.

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ou Jacques II, envoya en 1319 (1) une ambassade au sultan de Tlemcen Abou-Hammou pour renouveler Tancienne alliance des deux peuples et solliciter son secours contre les Maures de Grenade. Dans le traité qui fut négocié à cette occasion il est dit que les deux Tois seront amis de leurs amis et ennemis de leurs ennemis. Le même concordat renferme plusieurs clauses relatives au commerce. Le roi de Tlemcen accorde aux marchands d'Aragon la permission de trafiquer librement dans toute l'étendue de ses États moyennant le payement des droits légalement reconnus. Il promet de les protéger comme ses propres sujets, de leur faire rendre bonne et prompte justice, et d'agir à leur égard, •dans toutes les occasions, sans inimitié ni violence, conformément à l'ancienne coutume. La non-confiscation des bâtiments naufragés et l'inviolabilité des neutres sont également stipulées (2).

Grâce à ces alliances avec les puissances étrangères, grâce à la facilité que le roi de Tlemcen accordait aux transactions commerciales et au transfert des marchandises par ses États, l'argent pleuvait, pour ainsi dire, dans ses trésors, l'aisance et le bien-être régnaient parmi ses sujets dans toute l'étendue de son royaume, ce qui lui faisait dire : a Si je ne craignais de faire une chose odieuse, je ne souffrirais point d'autres marchands que ceux qui trafiquent avec le Sahara et le pays des Noirs, car ils exportent des marchandises de

(1) Cette date n'est pas exacte; elle doit être reculée d'un an ou de deux, car Abou-Hammou fut assassiné vers le milieu de Tannée 718 de l'hégire (1318 de J.-C,), par conséquent un an avant la date indiquée par l'auteur espagnol.

(2) Capmany, Comercio de Barcelona (Mémoires historiques sur la marine, le commerce et les arts de Barcelone), tome IV, charte 35. Madrid, 1779-1792. Voyez dans la Revue Algérienne €t Coloniale^ le mémoire de M. Elie de la Prémandaie sur le commerce et la navigation de VAlgéine avant la conquête /Vançaise, numéro de décembre 1860, p. 804 et 805.

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vil prix, et ils importent de la poudre d'or, métal auquel tout obéit en ce monde ; les autres marchands, au con* traire, exportent notre or et nous donnent en échange des objets dont les uns s'usent promptement et dispa» raissent, dont les autres finissent, au bout de quelque temps, par n'être plus de mode, ou bien ne servent qu'à corrompre les mœurs des sots et des imprudents (1).

(1) Pour plus amples détails sur le commerce de Tlemcen avec les pays étrangers, je prends la liberté de renvoyer le lecteur au chapitre IX de mon ouvrage intitulé : Tlemcen ancienne capittde du royaume de ce nom, etc., publié à Paris en 1859.

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