‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 15 sur 90 · COMPLÉMENT DE L*H1ST0IR£ DES BENI-ZEIYAN · texte numérisé non relu

COMPLÉMENT DE L*H1ST0IR£ DES BENI-ZEIYAN

des milliers d'esclaves chrétiens , parmi lesquels il y avait des architectes et des maçons, des faïenciers ou fabricants de carreaux vernissés, des doreurs et des peintres et autres artisans, étant lui-même fort ha^ bile dans Fart de Tinvention et très versé dans la connaissance du dessin et des créations artistiques. Si bien qu'il a laissé à la postérité des monuments tels que jamais roi, avant lui, n'en avait érigé et que, ni en Orient ni en Occident, l'on n*en avait connu de pareils; il suffira de citer ici la Demeure royale, l'hôtel de la Joie, le palais d'Abou-Fehry et autres semblables (1). Malgré toutes ces occupations notre sultan savait tenir le tranchant de sa noble bravoure toujours bien affilé; il avait les escadrons de ses hardies entreprises toujours prêts à marcher, ayant a lutter sans cesse, à droite et à gauche» contre des ennemis acharnés^ et assurant à ses propre» sujets la paix et la sécurité. Oh ! le prince admirable ! De quelle gloire n'a-t-il pas couvert son empire ? (2) »

Après avoir ainsi esquissé les commencements de ce règne et décrit le caractère et les goûts d'Abou-Teschifin, Yabia Ibn-Khaldoun, entrant dans les détails, se meta raconter les exploits du sultan, ses nombreuses expéditions contre les tribus rebelles de ses États, les victoî-res qu'il remporta sur ses ennemis, enfin la longue guerre qu'il eut à soutenir contre les rois du Maghreb,, et qui se termina par la prise de sa capitale et par la ruine momentanée de l'empire des Beni-Zeiyan. Tous ces faits se trouvent amplement décrits dans l'histoire des Berbères par Abd'el-Rahman Ibn-Khaldoun : il serait superflu de reproduire ici le récit d'ailleurs trèsabrégé de ces mêmes faits qui se lit dans notre auteur ;^ il nous suffira d'en traduire les dernières lignes, parce

(1) L'auteur aurait pu mentionner aussi le fameux SchridJ ou grand réservoir que l'on voit encore à Tlemcen.

{i) Yahia Ibn-Khaldo\in, if is^oire de la dynastie des Abd^el^ wadites, fol. 15 V et fol. 16 r«.

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qu'elles renferment certains détails intéressants qui ont été omis ou négligés par le premier de ces deux écrivains. Voici de quelle manière Yahia Ibn-Klialdoun parle de la catastrophe qui mit fin à la vie de notre sultan et momentanément au règne des Beni-Zeiyan.

« L'année 735 (1334-5) le sultan Âbou'l-Hassan se dirige du côté de l'Orient, et se met en marche contre Tlemcen. Après avoir occupé Nédromah et Honein, il alla camper près de Tessâh (Tesselah) et fît la conquête de la ville d'Oran, en sorte que toutes les places de la partie orientale du royaume reconnurent son pouvoir. Après avoir ainsi accompli une partie de ses plans, il partit à la tête de son armée pour aller attaquer Tlemcen. Ayant pris position autour de la ville le il schwall de la même année, il en commença le siège en Tentourant d'une circonvallation ; puis, ayant bâti, du côté du couchant, une cité destinée à servir de campement à ses légions, il serra la place de plus près et la réduisit à la dernière extrémité, comme cela est connu de tout le monde. Le mercredi 28 de ramadhan de Tannée 737 (2 mai 1337) Abou'l-Hassan y pénétra de vive force. Alors le sultan Abou-Teschifîn (que Dieu lui fasse miséricorde!), accompagné de ses trois enfants, Abou-Saïd, Abou-Scrhhan, Abou-Yâakoub, de son vizir très fidèle Moussa ibn-Aly el-Qhozzy, recula jusqu'à la porte du palais, sur une place fière à jamais de la présence de ces braves, et là, combattant pour sauver leurs femmes et leurs biens, ils finirent tous par succomber, excepté Saïd, fils du vizir Moussa ibn-Aly, lequel parvint à s'échapper, mais tout couvert de blessures et le dos labouré de coups de sabre, ainsi qu'il me l'a fait voir dans la suite (que Dieu leur fasse à tous miséricorde ! ) Dieu! quelle générosité de caractère, quelle patience, quelle noblesse d'âme dans tous ces héros!

« Il m'a été raconté par des habitants de Tlemcen dignes de foi, que lorsque l'ennemi eut pénétré dans la

ville^ le sultan Âbou-Teschifîn, qui s'était retiré devant la porte de son palais, s'écriait en levant les yeux vers le ciel : « O vous, dont le règne est sans fin, ayez pitié d'un pauvre mortel dont le règne est fini. » Est-ce que de tels sentiments exprimés dans de pareilles circonstances pourraient sortir de la bouche de quelqu'un, si son esprit n*était plein d*une foi vive, si son cœur n'était pas résigné aux décrets immuables du Très-Haut? On a dit encore ceci : a le sultan ne cessa de garder tout son sang- froid et de montrer son intrépidité jusqu'au moment où il rendit le dernier soupir. Après cette terrible catastrophe Téclat de l'empire des Abdelwadites se trouva éclipsé ; les signes de leur puissance furent effacés et il ne resta de leur domination et de leur gloire qu'un vestige imperceptible et un faible souvenir, après avoir fait dans le monde tant de bruit. Loué soit-il Celui qui fait succéder la lumière à la lumière, qui remplace le jour par la nuit et la nuit par le jour ; Celui qui survivra à la ruine de l'univers; Celui qui seul est véritablement Dieu! ! »

L'intérêt qui s'attache à la vie d'un si grand prince et la sympathie surtout que fait naitre dans les cœurs le souvenir d'une fin si tragique, m'engagent à ne pas quitter l'histoire de ce règne sans mettre sous les yeux dulecteur un tableau qui le résume tout entier, qui nous représente Abou-Teschifin avec des couleurs dignes du pinceau d'un poète. Voici comment Yahiaibn-Khaldoun nous dépeint son héros et nous retrace sa vie :

<cAbou-Teschifîn,dit-il,tint les renés de Tcmpiro d'une main toujours ferme et régna avec magnificence. II était orné d'un noble naturel et de qualités éminentes, je veux dire le sentiment de l'honneur, la science d'une bonne administration et le zèle pour le bien de ses sujets. Il devint le point de mire des vœux et des espérances, rédiiîce placé en tête de tous les autres, l'hôte des poètes et l'objet de leurs chants. Il fut un souverain intrépide,dont l'âme était aussi élevée que les astres;dont

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le cœur inspirait la bravoure à ses nombreux cavaliers, qui surpassa par sa libéralité les nuages les plus féconds, c Soleil resplendissant, à peine se montra-t-il à l'horizon de son empire que les ténèbres, qui avaient jusque-là caché son mérite aux yeux du monde, se trouvèrent dissipées, que s' élevant ensuite dans le ciel de la gloire et de la souveraineté, sa clarté acheva d'atteindre 8a perfection, en sorte que l'empire Âbdelwadite, après être resté un moment éclipsé, sortit de son ombre et de ses ténèbres. C'est alors que notre héros fit sentir ses coups redoutables aux populations nomades aussi bien qu'aux habitants des villes ; qu'il soumit à son obéissance les tribus arabes de Rebiah et de Modar ; qu'il attaqua ses ennemis en Orient comme en Occident, et que les atteignant au milieu de leurs habitations il les battit à plaie couture, les perçant de sa lance, les frappant de ^on épée, si bien qu'il laissa le sol jonché de leurs têtes coupées. Âpres tous ces vaillants exploits il travailla, à l'aide d'intelligentes économies, à enrichir la fortune publique, sans que cela l'empêchât de cueillir dans le jardin de la joie des distractions et des amusements. Il avait soin toutefois de retrancher de ces plaisirs mondains les excès défendus par la loi, en écartant loin de soi une trop grande licence et en contenant les mauvaises passions dans les bornes de la modération et de la raison. Que do superbes palais, que de châteaux splendides n'éleva -t-il pas? Que de délicieuses soirées^ que de charmantes matinées ne donna-t-il pas ? Que de tribus rebelles, que de grandes cités ne subjugua-t-il pas -en associant ainsi la jouissance des plaisirs et la gloire des triomphes ? Malheureusement le calme de son règne perdit tout à coup sa sérénité; la fortune inconstante, après lui avoir ravi ses grâces et ses faveurs, dirigea contre lui le fer de ses ennemis ; elle mit un terme il ses jours glorieux et lejeta dans les mains du suprême malheur en lui faisant entendre le son funèbre du tré-

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pas. C'est ainsi que toute ohose nouvelle a un terme et tend vers sa fin, quelque longue que soit sa durée et son éclat : il n'y a que la face de ton souverain maître, ô lecteur, qui brillera sans terme ; il n'y a d'immortel que rÉtre glorieux par essence et digne, par conséquent, do toute notre vénération. »

On lit à la marge de nxon manuscrit (fol. 15 v**) une note extrêmement curieuse et très importante pourThis* toire d'Alger. Elle nous fait connaître la date de la fon« dation du minaret de la grande mosquée maléky de cette ville, ainsi que le nom de l'auteur de ce monument, qui n'est autre que notre Abou-Teschifm. Voici ce qu'elle contient :

« Ce sultan (Abou-Teschifln) est celui qui acheva le minaret do la grande mosquée d'Alger. La date de la construction de ce monument est gravée sur une plaque de marbre qui a été inscrustée dans la muraille, à droite en entrant dans la tour.

Voici le texte de cette inscription :

<c Lorsque le prince des Moslim, Abou-Tcschifin (que Dieu le consolide et le fasse triompher !) eut achevé le minaret d'Alger, dout la construction, commencée le dimanche 27 de dhou'l-Kiadah de l'an 722, fut terminée le premier jour do redjeb de Tannée 723, le minaret en question, tout fier de sa parure, sembla s'écrier : Quel minaret pourrait rivaliser de beauté avec moi ?

VERS

Le prince des Musulmans a érigé des globes (1), dont il m'a composé une brillante parure, et il a complété ma construction.

L'astre de la nuit s'est présenté à moi dans tout son éclat et m'a dit : Salut à toi ! ô toi la seconde lune I

(\) Il 8*agit fies trois boules superposées on cuivre doré qui composent la flèche du minaret.

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Rien, en effet, ne captive les cœurs comme la vue de mes charmes. Venez donc contempler ma beauté et l'éclat de mes couronnes.

Puisse mon Dieu accroître l'élévation de celui qui m'a achevé, comme celui-ci Fa fait à mon égard et comme il a exhaussé mes parois !

Que la victoire ne cesse d'entourer son étendart, le suivant comme un compagnon fidèle, et lui servant de seconde armée ! »

Ces vers appartiennent au mètre Taouïly dontlamar* che lente et majestueuse est consacrée ordinairement i réloge et au genre descriptif.

Quant à la date donnée par l'inscription, les années 722-723 correspondent aux années 1322-1323 de notre ère, c'est-à-dire au commencement du règne du sultan Abou-Teschifîn. C'est donc à cette époque que remonte la construction du minaret, et comme du 27 du mois de dhou'l-kiadah de l'année 722 au 1*' de redjeb de l'année suivante l'on compte six mois et quelques jours, nous apprenons par cela même combien de temps exigea l'achèvement de ce monument.

Il est à propos de rappeler ici que déjà il y a plusieurs années, en 1857, nous avons publié dans la Revue de VOrient (n" d'avril, p. 261 et suiv.), l'épigraphe en question avec un fac-similé et une traduction accompagnée d'un assez long commentaire. Cette épigraphe avait été calquée sur place, à Alger, dans le courant de l'année 1850 par feu M. Charles Texier, et la copie, après être restée longtemps enfouie dans le portefeuille de ce savant antiquaire, me fut enfin communiquée par un effet du hasard, et je me fis un devoir de lui donner le jour dans la revue que je viens de nommer (1).

(1) Plus tard, c'est-à-dire trois ans après l'apparition do mon travail, la môme épigraphe fut reproduite et accompagnée d'une traduction par M. Albert Dovoulx dans son excellent mémoire sur les Edifices religieux de Vancien Alger (Alger, 1870).

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Ceux qui voudront prendre la peine de comparer Toriginal avec la copie qui se lit dans notre manuscrit et dont nous venons de donner la traduction, trouveront que dans celle-ci Ton a omis les premiers mots de répigraphe qui contiennent la formule ordinaire : Au nom de Dieu clément et miséricordieux. Que Dieu répande ses bénédictions sur notre seigneur Moliam* med! »

Le souvenir que le sultan Abou-Teschiiin a laissé de son règne, qui dura près de vingt ans, se recommande à la postérité non seulement par son goût pour les beaux-arts et les embellissements dont il orna la capitale de son empire, mais aussi par son amour de la science et par la protection qu'il accorda à ceux qui la cultivaient.

Les deux fils de Tlmam qui, sous le règne précédent, avaient occupé à la Cour un rang distingué et joui de Testime du sultan Abou-Hammou, reçurent de la part de son fils les mêmes marques de confiance et conti^ nuèrent à remplir auprès de celui-ci les mêmes fonctions, les mêmes charges honorables.

Parmi les nouveaux dignitaires dont Abou-Teschifin s'entoura pour partager avec lui les soins du gouvernement, trois personnages méritent une mention particulière pour leur savoir et Féclat qu'ils jetèrent sur son règne : nous voulons parler de ses deux cadhis Abou- Abd'allah Mohammed ihn-Mansour Ibn-IIadiah, le chérifAbouAly Hassan Ibn-Mohammed el-Hossciny, et du savant professeur Moussa-Himran el-Meschdâly.

1^ « L'alfakih et hafidh Abou-Moussa Himrân el- Meschdâly, dit Yahia Ibn-Khaldoun, fut lun des plus grands savants juristes et des hommes les plus vertueux de son époque. Il appartenait à la tribu berbère des Zouawah, qui sont établis sur le territoire de Bougie. Il se rendit dans la ville de TIemcen sous le règne de feu le sultan Abou-Teschifin, qui lui fit Taccueil le plus

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distingué et le plus honorable. Il avait eu pour maîtres, à Bougie, le cheikh Abou-Aly Nâcir el-Dyn, et autres savants docteurs de cette ville. A son tour, il eut pour disciples Talfakih Abou'l-Abbès Ahmed Ibn-Ahmed el- Mechaoueschjl'alfakih Abou-Othmânel-Okbâny et autres personnages distingués.

Parmi ses contemporains nul ne pouvait lui être comparé pour la connaissance du rite maléky. Il savait à merveille les opinions de ses maîtres ; il connaissait les diverses décisions que comporte une affaire et répondait avec justesse à toutes les questions de droit qui lui étaient adressées ; mais ce qui montra sa supériorité sur tous les jurisconsultes du Maghreb, ce fut un ouvrage de sa composition qu'il intitula : Més^alet elrikeb el-memawah b'il'dheheb (question sur un étrier doré), ouvrage fort remarquable soit par les citations précieuses dont il Ta enrichi, soit par le talent merveilleux qu'il y a développé et dont il donne des preuves à chaque ligne. Il mourut à son retour du Maroc, sous le règne du sultan Abou'l- Hassan^ dans le courant de Tannée 745 (1344-5).

ccAbou Moussa el-Meschdâly avait un frère, ajoute Ibn- Khaldoun, qui se recommanda également à l'estime publique par son savoir, par son amour de l'étude ,1a profonde connaissance qu'il avait du Coran et des traditions islamiques, enfin par sa piété et sa religion. Celui-ci lui succéda, après sa mort, dans renseignement du droit canonique, ce qui fut pour les habitants de la ville une source de bénédictions et de toute sorte d'avantages. (Que la miséricorde de Dieu repose sur lui !) »

C'est dans le Collège-Nouveau que, au rapport d'El- Tenessy, Abou-Moussa el-Meschdâly et probablement aussi son frère faisaient leurs leçons.

2* Le juriste, le prédicateur, le savant Abou-Abd'Allah Mohamed ibn-Mansour ibn-Aly Ibn-Hadiah el- Koreischy, de la postérité du célèbre Okbah ibn-Nâfîe

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el-Filiry , fut un homme non seulement docte et vertueux, mais aussi l'un des princes do Téloquence et de la littérature ; de plus, il était très habile dans la science dos contrats. Il composa un grand nombre d'ouvraî^s sur divers sujets ; au surplus, il était d'un mérite et d'une piété qui lui ont fait un grand nom. Âpres avoir exercé les fonctions de secrétaire auprès des premiers rois do la dynastie d'Yaghrmorâcen ben-Zeiyan, il fut nommé cadhi de Tlemcen^ sa patrie, et se conduisit toujours do la manière la plus honorable. (Que Dieu lui fasse misé^ ricorde !) Ce qui montre ses pieux sentiments, c'est lo distique suivant que nous choisissons parmi ses nombreuses compositions poétiques :

Hélas! Seigneur mon Dieu, me voici arrivé à la soixante-dixième année de mon pèlerinage, et dans le jardin de ma longue carrière je n ai eu à recueillir que do graves ennuis.

Celui qui t'adore est devenu l'otage de s(?.s propres fautes. Aie maintenant pitié de moi, et daigne enfin m'accorder le repos et la joie.

Un poète de Tlemcen, Abou-Hamdou, a dit en s'adressant à notre savant et pieux cadhi :

Parce que l'on a reconnu dans ta personne un vrai don du Seigneur, c'est avec raison que l'on t'a appelé du nom d'Ibri'IIadiali (fils du don)».

La date de la mort dlbn-Hadiah n'est pas indiquée par son biographe Yahia Ibn-Khaldoun. Quanta l'auteur du Dostarij il se borne à dire que notre cadhi termina ses jours à Tlemcen.

3° Le chérif Abou-Aly Hassan ibn-Mohammed el- Hosseiny, c'est-à-dire de la postérité de Ilossein, (ils du khalife Aly, succéda à Ibn-Hadiah dans les fonctions do cadhi à la cour du sultan Abou-Teschifin. Yahia Ibnlilialdoun l'appelle plus longuement le cheikh, le chérif, le traditionniste, le voyageur Abou-AIy Hassan, fils du noble cidAbou-YâakoubYoussoufIbn-Yahiael-Hosseiny

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cl-Sebty^ c'est-à-dire natif de Ceuta. c Après avoir pris des leçons du docteur Ibn-Obeidah et du cheikh Ibn-el- Chatt, ajoute son biographe, il partit pour TOrient où il rencontra plusieurs professeurs renommés, dont il suivit les cours d'enseignement. A son retour, il fut chargé successivement de l'office de cadhi dans quelques villes de rYfrikiah,eten dernier lieu dans les États du sultan Abou-Teschifin, à Oran, puis àHonein. Là, son mérite ne resta pas longtemps dans l'obscurité ; le bruit de ses talents et de sa capacité s'étant répandu au loin, il fut appelé à TIemcen pour y exercer les mêmes fonctions. Juste et impartial dans ses décisions, jouissant dans les affaires civiles d'une grande autorité, il ne tarda pas à être appelé à la Cour, où il siégea au conseil des rois et obtint un des rangs les plus élevés parmi les dignitaires de l'empire. Dans cette haute position il se distingua par l'éminence de son savoir et surtout par ses connaissances profondes en histoire et en chronologie. Il mourut à TIemcen, où il laissa un fils, non moins digne d'estime, le cid, le commandant Abou'l-Kâssem, qui alla s'établir à Fez , où il fut honoré de la confiance des sultans mérinides et chargé de la rédaction des lettres patentes du Gouvernement ».

Tels sont les quelques renseignements biographiques sur cet illustre savant que nous lisons dans Yahia Ibn- Khaldoun. L'auteur du Bostariy dont le plan n'était pas circonscrit comme celui de l'auteur que nous venons de citer, s'étend plus longuement dans la notice qu'il nous donne du même personnage; les détails qu'il y a réunis de divers côtes sont pour nous du plus grand intérêt, parce que, en nous faisant connaître la vie de ce savant, son éducation, ses voyages, ses relations avec les illustrations de son temps, les disciples qu'il forma, les ouvrages qu'il étudia ou ceux qu'il nous a laissés, il nous initie au mouvement littéraire qui animait les esprits à cette époque, et qui sous le règne suivant, celui du

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célèbre Bou-Hammou, prit un développement qui n a jamais été surpassé depuis dans cette partie do l'Afrique. On nous saura donc gré, du moins nous Tespérons, de présenter ici ce tableau, en retraçant la vie du savant chérif d'après les documents recueillis par l'auteur du Bostan et transcrits par nous aussi littéralement que possible.

« Mohammed ibn-Âhmed ibn-Aly ibn-Mohammcd ibn-Aly ibn-Mohammed Ibn-el-Kftssem ibn-Hammadibn-Aly ibn-Abd'allah ibn-Meimoun ibn-Omar ibn- Edris-ibn-Aly ibn-Abou-Tâlib (que Dieu soit satisfait de lui!). (C'est de lui-même que nous tenons cette généalogie qu'il conservait dans sa mémoire), le chérifi le descendant de Hassan, le Tlemcénicn, Timam non seulement de cette ville et son savant le plus distingué, mais l'on peut dire l'imam du Maghreb entier et son savant le plus illustre.

« En parlant de cegrandhomme, Timam Ibn-el-Tlemcêny, Ibn-Marzouk el-Hafid (le petit-fils), s'exprime ainsi : « C'est le cheikh de nos cheikhs, le plus savant, sans contredit, de tous ses contemporains. Ibn-Khaldoun rend également hommage au savoir do notre chérif, en disant de lui : « C'est Timam notre ami, l'imam sans égal, le chevalier des sciences intellectuelles et traditionnelles, le maitre des branches et des racines du droit canonique, le chérif Abou*Abd' Allah. Il portait le surnom d'Al-AIouetny, qui lui venait de la localité où il était venu au monde, appelée El^Alouein et située dans le district deTlemcen. Du reste, ceux de sa famille ne se sont jamais vantés de leur extraction, car il est rare que sur ce point il ne se glisse pas quelque imposture dans la bouche des hommes : quiconque ne se laisse pas séduire par de fausses idées religieuses et connaît bien la faiblesse de Tesprit humain, s'abstient volontiers de ces futiles prétentions à la noblesse et n'y fait même aucune attention. Quoi qu'il en soit de cette

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généalogie, vraie ou fausse, le chérif Mohammed ibn- Ahmed fut élevé à Tlemoen, où il apprit les premiers éléments de la science auprès des cheikhs de cette capitale. Il s'attacha d'une manière particulière à l'enseignement des deux fils de l'Imam qui l'initièrent à la science de la religion, à celle des fondements du droit et do la théologie scholastique; après cela, il suivit avec assiduité les leçons de notre cheikh el-Aïly (i).

« Après avoir meublé son esprit de toutes les connaissances mises à sa portée par cet excellent professeur, et puisé à la source de son enseignement tous les secours que l'on pouvait en tirer, il se rendit à Tunis dans le courant de Tannée 740 (1340). C'est dans cette cité qu'ayant fait la connaissance de notre cheikh Abou- Abd'allah Ibn-Abd'el-Salam, il se fît un devoir de fréquenter ses leçons (2). Il profîta si bien des lumières de son illustre maître, qu'il devint à son tour un flambeau resplendissant et un homme versé dans toutes les branches de la science. Abd'el-Salam lui-même aimait à l'entendre disputer, lui assignait une place distinguée dans son école et se plaisait partout à reconnaître son mérite. On raconte même qu'il le recevait en particulier dans sa maison et qu'il lui expliqua le chapitre du Tessawofdw Traité de la guérison (Kitêbo'l-chifa), par Ibn- Sina (Avicenne), les Résumés du livre d^Aristote par Ibn-Roschd (Averroès) et lui donna successivement des leçons d'arithmétique, de géométrie, d'astronomie et de jurisprudence pour tout ce qui concerne les successions et les héritages, sans compter tout ce

(i) Mohammed Ibn-Ibrahim Ibn-Alimed el-Abdy el-Tleracêny, plus connu sous le nom à'el-Abbélijy dont on lit la biographie dans Le Bostan, p. 267 et suiv. de notre manuscrit. La leçon el'Aily que porte ce manuscrit parait fautive, car partout ailleurs ce nom est écrit el-Abbély ou el-Ably,

(2) Ibn-Khaldoun parle avec éloge de ce savant dans son Autobiographie. Voyez Journal Asiatique, n* de janvier-février 1844, p. 26.

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qu'il savait en fait de droit canonique, de grammaire et d'autres sciences estimables; outre cela, il possédait les notions les plus étendues sur les matières do controverse qu'il discutait et éclairait en étalant la plus brillante érudition. En communiquant à son zélé disciple les richesses de son savoir Âbd'el-Salam Télovu au plus haut degré de mérite que Ton puisse obtenir.

« Le chérif Mohammed ibn- Ahmed, étant retourné à Tlcmcen, s'adonna, à son tour^ à l'enseignement, et les succès quUl obtint furent tels, que tout le Maghreb se trouva bientôt inondé de lumière et de sciences. Il prodigua ainsi ses legons jusqu'au moment où une terrible maladie endémique vint jeter le trouble dans le maghreb. Plus tard, le sultan Abou'l-Hassan étant mort (1), son nis Âbou-Einan entreprit son expédition contre Tlemcen et vint à bout de s'emparer de cette ville Tan 753 (1352).

(c Parmi les prisonniers il se réserva la personne du chérif Âbou-Âbd'allah Mohammed; il ]e choisit avec d'autres cheikhs pour assister aux conférences scientifiques qui se donnaient ù la Cour et il l'emmena avec lui dans la ville do Fez.

a Lechérif finit par s'ennuyer de son séjour forcé dans un pays étranger ; maintes fois il avait fait entendre, à ce sujet, des plaintes et des regrets, et le sultan en avait paru plus que mécontent.

« Sur CCS entrefaites il vint a ses oreilles qu'Otliman (Abou-Saïd) fils d'Abd'el-Rahman, sultan de Tlemcen, avant de mourir, lui avait recommandé son fils ; qu'il avait déposé en faveur de celui-ci une certaine somme d'argent chez l'un des notables de la ville de Tlemcen et que le chérif était parfaitement au courant de toute cette affaire. Abou-Einansefitremettre le dépôt en question, mais irrité contre le chérif, il le maltraita incligne-

(!) En7.Vi(13r>n.

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ment, le fit charger de chaînes et jeter en prison. Toutefois après un mois de détention, il lui rendit la liberté et le laissa tranquille : tout cela se passait on Tan 756 de l'hégire (1355). Après la conquête de Constantino(i)5 il lui rendit ses bonnes grâces et Padmit de nouveau aux conférences scientifiques qui se tenaient à la Cour, honneur dont le chérif jouit jusqu'à la mort du sultan mérinide, qui arriva vers la fin do Tan 759 (1358). Ce fut alors que l'émir Âbou-Hammou, fils d'Youssof et petitfils d'Abd-el-Rahman, arracha Tlemcen à la domination mérinide, invita le chérif à quitter la ville de Fez et a rentrer dans sa patrie; celui-ci, ayant obtenu son congé du régent de l'empire, qui était alors le vizir Ai-Hassan Ibn-Omar Ibn-Abd'allah, se mit en route et se dirigea vers Tlemcen. Abou-Hammou lui fit l'honneur d'aller à sa rencontre, accompagné de sa cavalerie et de son escorte. Ensuite il lui proposa secrètement do prendre sa fille en mariage, et, l'alliance ayant été acceptée, le roi lui fit bâtir un collège dans la capitale : c'est dans cet établissement que le chérif reprit son enseignement et ses doctes leçons qu'il continua jusqu'à sa mort en 771 (1370). Il m'a raconté lui-même, ajoute Ibn-Khaldoun , qu'il était venu au monde Tan 710 (1310-11). Abou'l-Abbès el-Wanohérichy (9) dit : « Ce qui est incontestable touchant la date de sa naissance, c'est qu'elle se rapporte à l'année 710; quant à sa mort, elle arriva la nuit du dimanche, quatrième jour do dhou'lhijjah, dernier mois de Tannée 771.

ce Notre cheikh, poursuit Ibn-Khaldoun, était un sa-^ vaut docteur, un imam d'un profond savoir et d'une intelligence supérieure. On lui doit un commentaire sur

(1) En 758 (1357).

(2) Savant écrivain, né à Tlemcen, vers le milieu du xv^ siècle, mort à Fez en 914 de l'iiegire (1509), année de la prise dUrai par tes Kspa^'noU. (Le /Jo«/a?i,p. 67.)

84 COMPLEMENT DE l'hISTOIUE UES HENI-ZËIYAN.

la Somyne d'Âlkhoundjy, ainsi qu'un grand ouvrage intitulé : La Clef des fondements du droit (Kitebo'l miftahh fy Oçouli'l-Fikh). De son école sont sortis plusieurs imans, dont nous citerons sculoinent quelques noms : !• Son fils Abou-Mohammed ; 2** Timam AI- Schâtiby; 3*» Ibn Zamrok; 4*^ Ibraliim al-Thaghry ; 5« Ibn-Khaldoun ; 6° le cheikh Ibn-Atlêb ; 7^ Ibn Sikkêk ; 8* Talfakih Mohamed Ibn-Aly al-Mcdiouny; 9** le saint prédicateur Ibrahim el-Masmoudy, etc., etc. L'un de ses contemporains, le cid Ibn-Marzouc el-Khatib, qui a composé un long panégyrique en Thonneur de notre chérif, s^exprime ainsi en parlant de son héros : « Le chérif, dit-il, en s*appliquant assiduement à Tétudo de la loi, parvint au plus haut degré do la science et se rendit capable de résoudre les questions do droit les plus ardues.

« Remarque. Voici une anecdote qui est rapportée par plus d'un auteur touchant celui qui est l'objet de cette notice :

« Lorsque le chérîf fut arrivé dans la cité royale de Tunis, il n'eut rien de plus pressé que do se rendre à récole d'Ibn-Abd'el-Salam. Or, il ne put trouver à se placer dans lendroit où se faisait le cours d'enseignement. Le cheikh, expliquant le verset du Koran qui porte : Souvenez-vous de Dieu d\in souvenir fré" quent (1), dit : Que faut-il entendre par le souvenir dont il est ici question? S'agit-il d'un souvenir exprimé par la langue, ou bien d'un souvenir rappelé seulement par le cœur? Ce dernier sens me paraît le plus plausible, attendu que le souvenir a pour contraire l'oubli, conformément à ces paroles du texte sacré : Il n'y a que Satan qui ait pu me le faire oublier ainsi^ pour que je ne me le rappelasse pas (2). Or, il est certain que

(1) Koran XXXIII, 41 . surate des Partis ou Confédérée, vl) Kornn XVIÏI, 62, surate de la Caverne.

RÈGNE d'aBOU-TESCHIFIN. 85

Toubli a son siège dans le cœur ; il faut qu'il en soit de même du souvenir, car ces deux choses contraires sont supposées partir du même principe et avoir la même cause. Le chérif se leva et lui dit : Voici un argument qui renverse ce que vous venez d'affirmer : le contraire du souvenir c'est le silence ; or, le silence a son siège dans la langue, donc il en est de même de son contraire (le souvenir). On dit qu'à la suite de cette observation, il s'éleva une dispute entre le chérif et son maître, ce qui donna lieu à une réponse que celui-ci adressa à Ibn-cl-Salam. C'est une dispute qui est mentionnée par Ibnol-Araby dans son ouvrage intitulé: El M essâlekj ainsi que par un autre auteur appelé Nâsr el-dyn Ibnel-Mounir.

«On raconte aussi qu'Ibn-Abd'cl-Salam, en apercevant Abou-Abd'allah dans son auditoire, lui dit : a Serais-tu par hasard le chérif ?» et que sur la réponse affirmative de celui-ci, Ibn-Abd'cl-Salam lui fit quitter sa place et voulut qu'il s'installât à côté de lui. Quelque temps après, Ibn-Abd'el-Salam l'admit en particulier dans sa maison et se mit à lui expliquer les préceptes de médecine d'Ibn-Sina (Aviccnne), ce qu'il fit tout le temps que le chérif séjourna à Tunis. Or, il est bon de savoir qu'à cotte époque le chérif était encore fort jeune, puisque, selon l'opinion que nous avons reproduite plus haut, il était né en 710, date qui est d'ailleurs parfaitement exacte, si nous nous en tenons au témoignage d'Ibn-Khaldoun que nous avons déjà invoqué, témoignage confirmé aussi par le savant el-Wanchérichy, dont voici les termes :

« Le chérif Abou-Abd'allah, l'un de nos derniers imams assidus à l'étude du droit et profondément versés dans les questions les plus obscures de cette science, était venu au monde l'an 710. Enfant, il fut chaste et modeste; adolescent, il s'appliqua avec ardeur à l'étude (^t s'éleva peu à peu à la hautour des maîtres de la science.

8n COMPLÉMENT DE 1/HI8TOIUE DES IJENI-ZKIYAN.

Doiio des plus charmantes qualités il avait aussi l'osprii orno de toutes sortes de connaissances. Il prenait sur son sommeil une bonnes partie du temps qu'il eousacrait à Tétude et au travail; il aimait la solitude, et il y passait d<î longs moments. Il était \o phénix de son siècle et rimam d(»s Malékis dans le Maghn^h; on venait le consulter do tous les points do la contrée. Des caravanes entières, en Orient comme en Occident, se mettaient en route et se dirigeaient vers lui. Il fut le plus érudit des savants de son rite et en quelque sorte le porte-enseigne des Malékis. C'est par ses soins et par son zèle que la vraie tradition reçut une nouvelle vio, que rhérésie fut terrassée et anéantie.

a Après lui, son illustre famille n a jamais cessédo faire briller ses lumières, et la gloire de Tapostolat a toujours rejailli sur chacun de ses membres. Le premier de cette famille qui entra dans le Maghreb, fut Edris, fils d'A])d'allah, fils do Hassan, dont tout le monde con* naît Thistoire. C'est elle qui a produit notre chérif, lequel a paru dans le monde comme une lune resplendissante et a montré un savoir dont il est impossible de se faire une juste idée. Il apprit le Koran sous la direction d'Abou-Zcid Yâakoub, et son oncle maternel se chargea de son éducation, de sa conduite, et encouragea ses premiers pas dans la carrière scientifique. Ayant aperçu dans le lils de sa sœur les indices des dispositions les plus favorables, il lui voua toute son affection et il prit la peine de le conduire lui-même aux écoles publiques, quoiqu'il fût encore dans im ago fort tendre. Les progrès (jue le jeune enfant fît dans ses études furv»nt tels, que tout le monde en était émerveillé. Il le mena un jour à l'école d'Abou-Zeid Ibn-cl-Imam. Le savant professeur qui expliquait alors le Koran vint à parler du paradis et des délices quo Ton y goûtera. Abou-Abd'allah, tout jeune encore, s'écria: « Maître, est-ce que dans le paradis on pourra étudier la science?

RÉGNE D'ABOU*TBBGHtFm. 87

— Assurément, lui répondit Abou^Zeid : on trouvera dans le paradis tout ce que Tâme peut envier, tout oe qui est de nature à charmer les yeux, — Si vous aviez dit, répliqua l'enfant, qu'il n*y aura rien à apprendre dans le paradis, je vous aurais répondu qu'il n'y aurait point, non plus , de plaisir à se trouver en paradis. » Lo cheikh approuva la réponse^ et, admirant la sagacité do Tonfant, il lo bénit et lui témoigna depuis la plus tendre bienveillance.

« Coque Ton peut considérer, àbon droit, comme l'une des plus insignes faveurs dont le Très-Haut ait gratifié notre chérif, c'est qu'il a permis que le cheikh Al-Aïly s'appropriât une partie des sciences sans nombre, des précieux avantages, du savoir profond et incontestable qui étaient Tapanage du chérif, en sorte qu'il a pu tirer lo plus grand profit de cet enseignement et s'appuyer de l'autorité d'un si grand maître.

« Dans sa vieillesse comme dans ses jeunes ans, il no cessa de s'appliquer à l'étude et il persévéra dans cotte louable habitude jusqu'à ses derniers moments. Son zèle pour l'étude devenait d'autant plus ardent, qu'il avait acquis plus de science. Il s'y adonnaitavec tant de persévérance et de passion, que l'un de ses disciples a raconté que, pendant quatre mois qu'il avait demeure avec lui, il ne l'avait jamais vu quitter ses habits, ni uter son turban, mais toujours la tête penchée, comme un homme plongé dans la méditation ou cherchant la solution de quelque difficulté ; que,' lorsque le sommeil venait à le gagner, il se livrait i\ un léger somme, soit debout, soit couché, et que, lorsqu'il s'éveillait, il ne reprenait plus son sommeil, mais qu'il disait : * L'âme a reçu son nécessaire » ; qu'ensuite il se mettait à faire ses ablutions, chose à laquelle il n'attachait aucun soin, aucune importance; qu'enfin il se remettait à l'étude et à la méditation.

« Il était à peine âgé de onze ans, lorsqu'il commença à

88 COMPLÉMENT DB l'hISTOIRE DES BENI-ZEIYAN.

donner des leçons. Les élèves lui apportaient leurs tablettes, et pendant qu'ils avaient les yeux sur la leçon qu'il leur avait fait écrire, il la leur expliquait.

« Il avait été formé à l'école des deux célèbres cheikhs et imams, Âbou-Zeid et Âbou-Moussa, appelés communément les dexjLX fils de Vbnam. Ils étaient mis tous deux au rang des plus grands savants de leur époque; c'est qu'en effet dans les âges précédents on n'avait jamais vu d'hommes d'un mérite aussi distingué, ni jouissant d'une réputation aussi grande et d'un crédit aussi puissant auprès des princes et des rois. Le chérlf profita largement de leurs doctes leçons ; il puisa à cette source une si ample provision de connaissances et d'instruction, que ses paroles sont aujourd'hui apprises par cœur, et que les mots dont il avait fait usage retentissent encore dans nos bouches.

• <c II suivit aussi les leçons de plusieurs autres professeurs de la ville, savoir : Talfakih et imam Âbou-Mohammedel-Medjâssy,lecadhiAbou-Abd'allahMohammed Ibn-Omar el-Tamimy , Abou-Abd'allah Mohammed el- Barmouny, Abou-Omar el-Meschdâly, le cadhi Abou- Abd'allah Mohammed Ibn-Abd'elnour, le cheikh et cadhi Abou'l-Abbès Ahmed Ibn-el-Hassan, le cadhi Abou'l- Hassan ibn-Aly Ibn-el-Rebbahh , Abou-Abd'allah Ibn- Mohammed Ibn el-Nejjar Almonajjem et autres.

<c Chacun de ses maîtres avait pour lui de la considération, de l'estime et du respect; ils no parlaient de lui qu'avec éloge ; ils se plaisaient à reconnaître publiquement qu'il était doué de beaucoup d'intelligence et d'un esprit vif et pénétrant.

« Rien ne pouvait assouvir la soif qu'il avait de s'instruire (i) ; c'est ainsi qu'il parvint àun très haut degré de mérite. Elevé ainsi à l'école d'aussi habiles maîtres, il

(1) A la lettre: t Quoiquo la science marchât d'un large pas, elle ne parvenait pas à le suivre, v*

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