‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 26 sur 90 · BIOGRAPHIE DE L'HISTORIEN YAHIA IBN-KHALDOUN · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE DE L'HISTORIEN YAHIA IBN-KHALDOUN

sujets avec qui il avait coutume de passer les nuits dans des orgies, se mit en embuscade dans le voisinage du Méchouar pour attendre Yahia au sortir de la prière quand il rentrerait chez lui; et le massacrer impunément à la faveur de la nuit. En effet, le secrétaire étant sorti du palais sans défiance et se rendant chez lui à cheval, fut assailli par les assassins, qui lui portèrent plusieurs coups de poignard et le jetèrent mort aux pieds de sa monture.

Le lendemain, le sultan, ayant appris la mort tragique de son secrétaire, voulut châtier les coupables, mais ayant eu avis que son fils n^était point étranger à la perpétration de ce crime, (c il ferma les yeux, ajoute Thistorien dont nous transcrivons les paroles, sur ce qui s'était passé et n'en parla plus (1). »

Telle fut la fin tragique d'Yahia Ibn-Khaldoun. Sa mortresta sans vengeance, comme colle de la plupart des hommes qui, s'attachant inconsidérément à la fortune des puissants de la terre, ne craignent pas de sacrifier leur indépendance et le bonheur d'une vie modeste et tranquille à la gloire des hautes dignités et au service toujours dangereux de la politique des rois.

A l'époque dont il s'agit,^ Yahia Ibn-Khaldoun dans son dévouement pour le souverain dont il admirait, d'ailleurs, lecourage, et, avant tout, le zèle pour la propagation des sciences et des belles-lettres qu'il cultivait luî-même avec la plus louable ardeur, Yahia, disonsnous, avait soin d'enregistrer presque chaque jour les actions de son souverain, les diverses péripéties de ce règne si agite, si tourmenté, sans oublier les fêtes et les solennités qui se célébraient à la Cjour, préparant ainsi une histoire que le temps ne lui a pas malheureusement

(1) Histoire des BerbèreSt dynastie Abd'el-Waditc, tome III, page 475.

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permis d'achever, puisqu'il mourut onze ans avant son héros et presque à la fleur de son âge (1).

Nous croirions tromper l'attente du lecteur et laisser cette notice incomplète, si nous omettions ici de lui donner une idée de l'ouvrage en question et de lui exposer, du moins succinctement, le plan adopté par l'auteur; mais avant de commencer ce tableau analytique, nous ferons remarquer que, si les événements relatés par Yahia Ibn-Khaldoun sont pour la plupart déjà oon« nus et même plus longuement décrits par son frère Abd'cl-Rahman dans son histoire des Berbères, ils sont racontés par le premier avec beaucoup plus d'ordre et de méthode, dans un style plus orné et plus éloquent ; que nous y rencontrons certains détails intéressants qui manquent dans la grande histoire; qu'enfin ils sont plus circonstanciés, du moins, pour ce qui est du règne d'Abou-Hammou, attendu que l'auteur fut témoin, quelquefois l'agent ou même le confident de la plupart des choses qu'il raconte, et que son travail étant spécial et n'embrassant guère qu'un seul règne, un seul héros, il offre naturellement plus d'intérêt et plus de détails qu'une histoire générale, où les faits particuliers, les traits, les tableaux spéciaux, les plus curieux et les plus caractéristiques, sont, la plupart du temps, sacrifiés au besoin de la concision et remplacés par des vues d'ensemble, par des pensées et des réflexions plus ou moins vagues, plus ou moins opportunes.

L'ouvrage historique d'Abou-Zakaria Yahia Ibn-Khal* doun porte le titre suivant : « NodjeatoH-Rouwàd fy dhikhril'Moloukî min béni Abdi'l-Wâd ouema hazahou Emiro^l-moslimina mawlàna Abou-Hammou min'al'-charafVUchSihikiUitouàdy le pâturage de ceux qui cherchent à se nourrir de Thistoire des rois Abd'el-Wadites et veulent savoir ce que possède

(1) Il avait à peine atteint Tàge de 35 ans.

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de haute et solide grandeur le prince des Moslim, notre seigneur Abou-Hammou. » A la fin de l'ouvrage ce titre est reproduit avec ces variantes : « Kitêbo boghiatVl^ Rouwad fi akhbarVlmoloukiminbeniAbdil'Wad, ouemà hazàhou mawlana'l-khalîfato Abou-llam^ mou min al'Charafi^UràssehhVUitoûad ^ livre traitant de l'objet des désirs de ceux qui cherchent à connaître l'histoire des rois Abd'ol-Wadites et ce que possède de sublime et solide grandeur notre seigneur le khalife Abou-Hammou. »

Dans sa préface écrite dans le stylo emphatique et cadencé^ qui est, d'ailleurs, employé pour cette sorte de composition par tous les écrivains arabes, l'auteur, après avoir célébré la puissance et la sagesse de Dieu, qui dans le cours des âges crée les empires et suscite pour les gouverner des hommes, dont les hauts faits peuvent servir d'exemple et d'enseignement aux grands de la terre ; après avoir fait sa profession de foi et salué le prophète des Arabes, l'auteur, disons-nous, propose comme un modèle de constance dans l'adversité et les vicissitudes de la fortune, de l'intrépidité dans les com- ])ats, de la magnificence dans les fêtes de la Cour, du zèle pourlaculture des lettres, delà protection qu'il faut accorder au mérite et à la vertu, le sultan Abou-Hammou Moussa, le restaurateur de l'empire Abd'el-Wadite, le héros aussi illustre par ses malheurs que par la splendeur littéraire de son règne. Il nous apprend l'occasion et le motif qui l'amenèrent à écrire cette histoire et à la dédier au célèbre roi de Tlemcen.

Pour donner une idée juste de ce travail, dont nous avons déjà invoqué tant de fois l'autorité, nous n'avons rien de mieux à faire que de transcrire ici les propres paroles de notre auteur et de copier simplement la table des matières dont son ouvrage se compose.

« Comme ce grand roi, dit-il dans sa préface, désirait que l'on consignât par écrit les actes de sa

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vie, ses hauts faits, les péripéties de son règne, ses paroles, ses ordres, ses lois, ses malheurs et ses joies, afin que son histoire servit d'exemple k ceux qui courent après la vraie gloire, d'enseignement et de mémorial à tous ceux qui sont doués d'intelligence, je me suis trouvé au nombre de ceux à qui il a commandé de se charger de cette tâche, et j'ai considéré cet ordre auguste comme obligatoire pour moi, comme un devoir faisant partie de l'obéissance que je devais à Dieu luimême. En conséquence, je me suis mis à dicter ce livre, courant après les pensées, remplissant les lignes de citations poétiques, de phrases harmonieuses et cadencées, apportant au marché de la littérature ce que j'avais sous la main, et dans ma lutte avec les chevaliers de l'éloquence, revêtant mon âme de hardiesse et d'intrépidité, détournant mes yeux avec dédain du spectacle des vices, sans complaisance ni approbation, mais montrant avec un regard sévère et irrité les actions mauvaises et indignes. Puis étalant devant moi les feuilles de papier et prenant la plume pour la mettre au service de mon maître et obéir à son auguste volonté, je me suis mis à écrire, entreprenant un travail qui est au-dessus de ce que l'on exige ordinairement d'un serviteur dévoué, et me suis chargé d'un fardeau lourd pour ma plume, car il m'a fallu jeter les yeux sur les vieux parchemins, parcourir sur le papier la Syrie et l'Irak, converser, la plume à la main, avec les doctes habitants de ces contrées, et finalement franchir les collines et les hauteurs pour y chercher les jardins verdoyants les plus célèbres. J'ai fait pour cela un appel à ma mémoire et mon appel a été entendu ; j'ai dissipé la nuit de l'hésitation et la nuit a disparu. Après cela, prenant Dieu pour guide, j'ai commencé par mentionner l'origine de sa famille très illustre , les pays qu'elle occupe avec celui qui est la gloire des sultans et dont la naissance est dos plus nobles; j'ai fait ensuite Thistoire de ses

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nuits et de ses jours glorieux; j'ai raconté ses défaites et ses désastres, ses victoires et ses triomphes, ses voyages et ses expéditions, ses stations et ses temps de repos. J'ai distribué ce livre en trois parties.

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