‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 25 sur 90 · BIOGRAPHIE DE L HISTORIEN YAHIA IBN-KHALDOUN · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE DE L HISTORIEN YAHIA IBN-KHALDOUN

grand ou^fT3Lge sur V Histoire particulière des Berbères ^ soit plus spécialement dans son Autobiographie qui a été traduite et publiée dans le Journal asiatique en 1844, par feu M. le baron Mac-Guckin do Slane. C'est dans ce dernier écrit que l'on trouvera les renseignements les plus curieux et les plus circonstanciés sur son éducation, sur les fonctions qu'il remplit à la Cour des rois, sur ses voyages, ses missions, sur les relations qu'il eut avec les gouvernements étrangers, enfin sur ses travaux scientifiques et ses recherches historiques, qu'il ne perdit jamais de vue au milieu de ses occupations politiques ou administratives, ce qui lui permit de donner le jour à un ouvrage qui lui a mérité l'honneur d'être appelé VHistorien philosophe.

Après les travaux biographiques et les ouvrages que nous venons de citer, il serait superflu de nous étendre ici sur la vie du célèbre historien ; il nous suffira de rappeler son nom à l'attention du lecteur, afin qu'il se souvienne qu'Abd'el-Rahman Ibn-Khaldoun, Thistorien philosophe appartient au siècle où les sciences et les lettres florissaient à la Cour du roi Abou-Hammou.

4* Le nom de son frère Yahia Ibn-Khaldoun n'est pas aussi connu, ni aussi brillant ; mais son mérite littéraire n'est pas moins recommandable ni moins solide. Si la carrière qu'il suivit no le conduisit pas au faîte des honneurs ni aux plus hautes dignités de TEtat, comme celles qui furent, pour ainsi dire, l'apanage d'Abd-el- Rahman, aussi se trouva-t il plus à l'abri des vicissitudes de la fortune, des inconstances de la faveur, des trahisons de Tamitié, avec Tesprit plus tranquille, plus apte à la méditation, plus libre pour se livrer à l'étude de la littérature proprement dite et à la culture même de la poésie, dans laquelle il semble avoir excellé. Sa vie qui n'a rien offert d'éclatant, n'a pas eu, non plus, la chance d'être bien longue ; elle a même échappé à l'attention des biographes de profession;

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c'est seulement par lambeaux qu'on parvient à la reconstruire ; c'est à ses propres écrits ou à ceux de son frère qu'il faut recourir pour y puiser quelque lumière, quelques maigres renseignements, pour y démêler ou surprendre certains détails biographiques invoqués là incidemment et à propos de faits plus graves et plus importants.

Il est vrai que le nom d'Yahia Ibn-Khaldo\jin est mentionné par Al-Makarry qui cite (manuscrits de la Bibliothèque Nationale, n* 759, fol. 97 v*) les vers composés par notre historien à Toccasion de la Mendj&nàh et de Texhibition de cette curieuse pièce de mécanique lors de la fête du Mauled qui fut célébré à la Cour du roi Abou-Hammou en 770 de l'hégire.

Nous allons donc offrir ici à nos lecteurs le fruit de nos recherches et de nos études sur la vie du frère du célèbre historien des Berbères.

Abou-Zakaria Yahia Ibn-Khaldoun naquit à Tunis Tan 733 ou 34 de l'hégire (1333-34 de J.-C). Son père Abou-Bekr Mohammed, homme pieux et instruit, appartenait à une famille originaire de l'Andalousie et avait rempli de très hauts emplois à la Cour des sultans hafsides.Il mourut de la peste en 750 (1349), laissanttrois enfants, savoir : Mohammed, Abou-Zeid Abd'el-Rahman et Abou -Zakaria Yahia. L'aîné de ces frères, quoique élevé avec le plus graud soin par son père, n'a joué aucun rôle politique, ni laissé aucun ouvrage littéraire, digne de passer à la postérité. Au milieu des troubles et des révolutions qui agitaient, à cette époque, le nord de l'Afrique, il avait choisi la vie tranquille du foyer, et ne s'occupait guère que des intérêts de la famille et du soin de son patrimoine. Nous savons qu'en 753, lorsque son frère Abd'el - Rahman se rendit à Fez pour suivre la fortune des sultans mérinides, Mohammed ne quitta point sa ville natale, où il termina ses jours à une date que nous ignorons. Quant à

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Abou-Zakaria Yahia qui fait Tobjet de cette notice, après avoir fait sa première éducation dans le sein de sa famille et à Técole des professeurs les plus renommés de sa ville natale, après avoir appris l'Alkoran, les traditions et les rites de la religion mahométane, il s'appliqua à l'étude de la jurisprudence, connaissance indispensable alors pour parvenir aux honneurs et aux charges de l'État, sans négliger celle des chefs-d'œuvre de la littérature arabe et surtout la poésie, que son frère Abd'el- Rahman se plaint, en plus d'un endroit de ses savants ouvrages, de n'avoir pas suffisamment cultivée. Parmi les maîtres dont il se glorifie d'avoir suivi renseignement, il en cite trois dont les noms méritent d'être ici mentionnés^ savoir le cheikh Abou-Abd'Allah Mohammed ibn-Ibrahim el-Aily (1), le chérif Abou-Abd' Allah Mohammed ibn-Ahmed eHIassany et le mufti Abou- AlyMansourel-Zouâwy (2), qui avaient eu aussi Thon-

(1) Abou-Abd'Allah Mohammed ibn-Ibrahîm Ibn-Ahmed cl-Abdy e!-Tlemcény, plus connu sous le nom d'Al-Aily ou Al-Eiliiy savant jurisconsulte et célèbre professeur, mort en 757 (1356). 11 était né à Tlemcensous le règne du sultan Abou-Saïd Othmanen687(1282). Al'Eîly serait son surnom ethnologique. Cependant, dans l'histoire des sultans Abd'elwadites par Yahia Ibn-Khaldoun (manuscrit de ma collection, fol. 8, v°), ce mot est écrit avec un Bc, orthographe reproduite par M. le baron de Slane, dans sa traduction de Vllistoire des Berbères, et dans celle de Tautobiographie d'Ibn-Khaldoun (Journal Asiatique, 18i4,p. 29 et 30;, qui le prononce EU Abbély? La véritable orthographe do ce nom nous est i>eutétre donnée par Ibn-Mariam dans la biographie du savant en question (page 207 de notre manuscrit) ; car voici ce qu'il fait dire à Abd'el-Rahman Ibn-Khaldoun, parlant de notre cheikh: t II tirait son origine de l'Andalousie (l'Espagne) et de la population à*Eilîahf ville située au nord de cette contrée; c'est de là que son père et son oncle vinrent s'établir dans ce pays (Tlemcen) ». Or, dans le nord de l'Espagne, il y a une rivière appelée Ilia, nom tiré probablement de la localité dont elle arrosait le territoire et où aéraient nés les parents du D' El-Eily.

(2^ Le cheikh et mufti Mansour El-Zouâwy, qui fut aussi l'un des professeurs d' Abd'el-Raliman, frère d'Yahia Ihn-KliaKloun, était né en Espagne en 710. En 753 il quitta son pays^ où il comptait

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neur de donner des legons à son frère Abd'el-Rahman.

Yahia Ibn-Khaldoun se trouvait à Fez en 757 avec son frère Abd'el-Rahman, quand le sultan mérinide Abou- Salem permit aux émirs hafsides qui vivaient à sa Cour de retourner dans leur patrie. Le prince hafside Abou- Abd' Allah, ancien seigneur de Bougie, se trouvant sur le point de partir pour TOrient, s'était engagé par écrit à prendre Abd'el-Rahman pour son Hàdjib ou chambellan aussitôt qu'il aurait recouvré son autorité et serait monté sur le trône. Abd'el-Rahman, qui voulait se retirer en attendant le rétablissement de Tordre dans les deux empires qui se partageaient le nord de l'Afrique, chargea alors son frère Yahia de remplir les devoirs de cette place par intérim et d'accompagner en cette qualité rémir Abou-Abd'Allah le hafside. Il conserva son titre et ses fonctions de chambellan jusqu'à l'époque où le prince AbouAbd' Allah, s'étant rendu maître de Tunis (en 765- 1364) invita Abd'el-Rahman Ibn-Khaldoun,le titulaire de cette charge à venir auprès de lui prendre les rênes du gouvernement. En 767,1e seigneur deConstantine^ Abou'l-AbbèSjS'étant brouillé avec son cousin Abou- Abd'AUah, seigneur de Bougie et s'étant emparé de cette ville, fit emprisonner Yahia Ibn-Khaldoun dans la ville de Bône, après avoir fait fouiller sa maison et celle de son frère qui s'était réfugié à Discra, et saisi toutes les propriétés de sa famille.

En 769 ( 1 368-69) nous trouvons Yahia Ibn-Khaldoun à Binera, où il était allé chercher un refuge après s'être échappé de Bône. C'est là qu'il rejoignit son frère qui

parmi ses amis le célèbre vizir Lissau el-dyn el-Khatib, auteur de Vlhâtah, et alla s'établir à Tlemcen, où il enseigna l'Alkoran et la jurisprudence. Il florissait encore dans cette ville dans le cours de l'année 770 ; mais l'on ignore la date précise de sa mort. On peut voir sa biographie dans Le Bostan sous la rubrique de la lettre Mem, et dans V Autobiographie d' Abd'el-Rahman Ibn-Khaldoun {Journal Asiatique, n* de janvier- février 1844, p. 28).

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jouissait de la tranquillité de la solitude pourso livrer a ses recherches historiques et préparer le grand ouvrage qui devait transmettre son nom à la postérité. Sur ces entrefaites, le sultan Âbou-Hammou, qui était parvenu à ressaisir le pouvoir et à remonter sur le trône, invita Abd'el-Rahman à se mettre à son service et à venir remplir auprès de lui les fonctions de grand chambellan et d'écrivain de VAlsLmah(\)\ mais celui-ci, ne voulant point s'exposer aux périls de cet office, ni s'immiscer dans les affaires publiques dans ce temps de trouble, envoya auprès du roi deTlomcen, pour le remplacer^ son frère Yahia, qui exerça ses fonctions fort peu de temps, car moins de deux ans après son élévation, le royaume ayant été envahi parle sultan mérinide Abd'el- Aziz et la ville de Tlemcen occupée par l'ennemi, il fut obligé de s'enfuir avec son maître et de se réfugier chez les Beni-Âmer.

Mais quelque temps après cette fuite, soit désespérant du sort du sultan de Tlemcen, soit peu soucieux de se montrer fidèle envers un prince qui avait mis en lui toute sa confiance, il suivit Texemple de son frère qui avait pour principe de conduite et de morale politique do quitter un parti et d'en embrasser un autre, dès que Tintérêt ou la sécurité personnelle le demandait: il embrassa le parti du vainqueur et se mit au service du sultan mérinide.

A la-mort de ce prince, qui arriva en 774 (1372), il continua à résider à la cour des Mérinides, mais lors de la prise de la Ville-Neuve de Fez par le sultan Abou'l- Abbès, (en 775) Yahia Ibn-Khaldoun, ayant obtenu de ce prince la permission de se retirer à Tlemcen, alla se

(1) L'office d'écrivain de VAlamah consistait à tracer entre lo bismillahi (la formule au nom de Dieu le miséricordieux et le clément, par laquelle commencent tous les documents officiels) et la suite du texte les mots: € El-haradolillahi ou eUchakro lillahi Louange à Dieu et reconnaissance à Dieu) »•

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présenter au sultan Âbou-Hammou qui lui pardonna son abandon et le nomma son secrétaire partieulier, comme auparavant.

En 780 (1378-9), Abou-Zakaria-Yahia Ibn-Khaldoun jouissait auprès d'Âbou-Hammou de Testime et de la faveur qui sont dus au mérite littéraire et à l'intégrité des mœurs, quand il succomba victimo de la jalousie et de la malveillance de quelques courtisans.

Le roi qui avait résolu de donner des commandements à tous ses enfants, avait désigné Abou«Zeiyan pour le gouvernement de la ville et province d'Oran. Abou-TeschiQn, Painé de la famille et héritier présomptif de la couronne, avait été nommé au gouvernement de la province d'Alger ; mais ne trouvant point ce poste à sa convenance, il avait demandé à son père le gouvernement d'Oran, qui lui paraissait plus important et plus avantageux. « Le sultan, dit Abd el-Rahman Ibn-Khaldoun, fit semblant d'y consentir, mais il recommanda à son secrétaire Yahia Ibn-Khaldoun de tirer en longueur Tex* pédition du diplôme de nomination, espérant trouver dans Tinter valle quelque moyen de se tirer d'embarras. ))

Abou-Teschifin, trompé par Tun de ses confidents, qui était jaloux de la faveur dont Yahia jouissait auprès du roi, et persuadé que le secrétaire ne différait son tra* vail que pour faire plaisir à Abou-Zeiyan, résolut de se venger.

On se trouvait alors en plein mois de ramadhan, et chaque soir on récitait au palais, en présence du roi et des gens attachés à la Cour, les prières que Ton nomme Terawihh (1).

Abou-Teschifin, accompagné d'une bande de mauvais

(1) Les Terawihh (mot qui veut dire les respirations ou les délassements) se récitent pendant les 30 jours du ramadhau après 1» rupture du jeûne et dans la soirée. Voyez D'Ohssou, Tableau général de l'empire ottoman, 1. 11^ p. 232.

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