‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 39 sur 90 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Règne du saltan Aboa-Mftlek Abd'el-Wftlied el-Motaouakkel m-Allah. 814 (1412) 833 (1430).

Le sultan Abou-Mâlek Abd'el-Wâhed, fils d'Abou- Hammou Moussa, proclamé le 16 redjcb de Tan 814 de l'hégire (1412), inaugura un règne qui, après treize ans de gloire et de prospérité, fut interrompu par une révolution de palais, dont Thistoire de ce siècle fournit tant* de malheureux exemples dans la famille royale des Beni-Zeiyan. Comme il avait reçu une éducation libérale et soignée, il se distingua par son zèle pour la propagation de la science et surtout pour la splendeur du culte, car, à Texemple de son père, il célébrait avec beaucoup de pompe la fête de Mauled, où il avait soin de faire figurer la fameuse pièce de mécanique, ou horloge appelée la Mandjànah, et où il convoquait les poètes les plus renommés de son royaume pour chanter les louanges de son prophète. Il jouissait paisiblement de son pouvoir qu'il avait consolidé par le succès de ses expéditions militaires et par Thabileté de son administration, quand, s'étant brouillé avec la Cour de Tunis, jalouse de son alliance et de ses bonnes relations avec les sultans mérinides, il s'attira sur les bras les armes du sultan hafside, qui marcha sur Tlemcen et le força à quitter sa capitale et à se réfugier dans le Maroc.

Les événements qui amenèrent cette catastrophe «ont à peine indiqués dans le récit d'Al-Tenessy, mais

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ils se trouvent décrits assez au long dans les extraits que le copiste de notre manuscrit contenant l'histoire des sultans Abd'el-Wadites par Yahia Ibn-Khaldoun, a placés à la fin de cet ouvrage. Voici ce que nous y lisons:

a Le sultan Abd'el-Wâhed avait enlevé la ville de Tlemcen à son frère Mouley Saïd qu'il avait forcé à prendre la fuite ; il régnait paisiblement à sa place, quand il fut chassé, à son tour, parle sultan Abou-Fâres Abd'el-Aziz le Hafside et remplacé sur le trône par son neveu, Abou-Abd' Allah Mohammed, fils du sultan Abou-Tesohifin. Plus tard, Abou-Fâres ayant été instruit des prodigalités scandaleuses du sultan de Tlem-^ cen et de l'emploi abusif qu'il faisait des finances du royaume, écrivit à son allié pour l'engager à ménager les deniers publics, à ne pas surcharger d'impôts ses sujets et de pratiquer le bien, le menaçant de la colère divine, s'il ne voulait se corriger. Le sultan de Tlemcen ne tint aucun compte de ces bons conseils et n'en poursuivit pas moins sa conduite blâmable . C'est alors, ajoute l'historien cité par notre copiste, que le sultan Abou-Fâres se décida à lui déclarer la guerre et à marcher contre lui. S'étant donc mis ii la tête d'une armée composée de plus de cinquante mille combattants et munie do cuirasses, de balistes et de toutes sortes d'armes offensives et défensives, il se dirigea vers l'occidcnt. Abd'el-Wâhed ayant appris que Tennemi venait d'envahir ses Etats, se hâta d'équiper un corps d'armée dont il donna le commandement- à son fils, avec ordre de marcher à la rencontre du sultan de Tunis et de l'arrêter on route si c'était possible. Il se trouva bientôt en présence de Tavant- garde de l'armée hafside qu'il n'hésita pas à attaquer; puis les deux partis en vinrent aux mains, et une bataille générale s'engagea, laquelle dura une bonne partie de la journée; mais à la fin, les troupes du roi de Tlomcon se déban-

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derent, et furent vaincues ; elles prirent la fuite et cou* rurent se renfermer dans les murs de la capitale du royaume. Le sultan Abd'el-Wàhed , se voyant dans l'impossibilité de se défendre et de repousser Tennemi, prit le parti de quitter la ville et de se réfugier dans les montagnes. Àbou-Fâres n'eut pas besoin de mettre le siège devant TIemcen : les habitants se voyant abandonnés par leur roi, allèrent au-devant du vainqueur, reconnurent son autorité et se soumirent à lui. Ayant fait son entrée dans la capitale des Beni-Zeiyan, il s'installa dans leur palais où il reçut Thommage dos grands du royaume, ce qui s'accomplit le 13 de djomada II de l'année 827 de l'hégire (1424 de notre ère).

« Quelques jours après, il mit à la tête du royaume le prince Abou-Abd'AUah •Mohammed, fils du sultan Abou- Teschifin, fils d'Abou-Hammou Moussa, en lui recommandant la crainte de Dieu et en engageant les habitants de la ville à se conformer à ses ordres et à lui obéir comme à leur légitime souverain. »

A ces renseignements historiques, dont nul ne contestera l'importance, nous ajouterons un détail qui se rattache au même événement, et qui a aussi sa valeur. II est puisé chez un autre historien arabe bien connu et dont nous devons la traduction à deux savants orientaux MM. G. Pellissier et Rémusat (1).

ce Le sultan Abou-Fâres, dit Mohammed ben-el-Rainy el-Kairoûany, avait amené avec lui dans cette expédi* tion le cadhi et le mufti de son armée. L'un s'appelait Abou- Abd'AUah-Mohammed el-Chemma , et Tautre Abou-Abd' Allah-Mohammed el-Hassan. Ce fut le premier qui lut dans une des mosquées de TIemcen l'acte de soumission adressé au khalife par les habitants de cette ville, au milieu d'un nombreux auditoire de savants parmi lesquels se trouvèrent Ben-Marzouk-Abou'l-

(1) Histoire de l'Afrique ^ livre VI, p. 258.

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Kassem el-Oobâny, Ben-el-Imam et Ben el-Nedjâr (1). »

Après avoir ainsi réglé les affaires du royaume et installé sur le trône le fils d'Âbou-TeschiQn, devenu son vassal et son protégé, Âbou-Pàres entreprit une autre expédition plus lointaine qui ne lui fit pas moins d'honneur. Le souverain du royaume de Fez, Mouley-Âhmed le mérinide s'était rendu odieux à ses sujets par ses exactions et ses cruautés.

Les habitants, qui avaient appris ce qui venait de se passer à Tlemcen et les réformes qu'Abou-Fâres y avait heureusement opérées, comptant sur la piété de ce souverain étranger et plus encore peut-être sur son intervention armée, lui adressèrent des plaintes contre leur roi et l'engagèrent vivement à venir à leur secours. Le sultan hafside, mettant à profit ces ouvertures pour accroître et étendre son influence politique, se décida à pousser plus loin la marche de son armée triomphante, et se mit en route vers la capitale du Maghreb-Extrême.

Il ne lui restait plus que deux journées de marche à faire pour arriver à Fez, iquand le sultan Ahmed , effrayé de l'approche de l'armée d'Abou-Fâres, songea à détourner sa colère et à le détourner de ses projets. Il lui envoya un riche présent avec une députation, à la tête de laquelle il avait placé sa propre sœur. Admise à se présenter devant le sultan, celle-ci implora sa clémence dans une harangue pathétique qui se terminait ainsi : a Prince, tu es mortel ; nous le sommes aussi, et tu comparaîtras un jour avec nous devant Dieu. » Abou- Fâresse laissa toucher, et voulut bien, dit son historien, ne pas aller plus loin.

On raconte aussi que le roi de Fez avait accompagné le présent en question d'une longue missive qui conte-

(1) Tous ces noms sont connus; nous en avons déjà mentionnés quelques-uns dans les chapitres précédents, et l'on trouve la biographie des autres dans le Lexique d'Ibn-Mariam.

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