AVERTISSEMENT. XI
d'Al-Tenessy fut Téminent docteur dont nous avons raconté dans le corps de notre ouvrage l'affaire des Juifs de Touat, dont un ardent missionnaire contemporain et ami d'Al-Tenessy, le docteur Mohammed Ibn- Abd'el-Karim al-Meghrîly , avait commandé de démolir la synagogue. La légitimité de cette mesure ayant paru douteuse, on consulta plusieurs docteurs de la loi, entre autres Abou-Abd'AUah al- Rassâa, mufti de Tunis, Abou-Mehdy Eissa el-Maouâssy, mufti de Fez, le cheikh Ahmed Ben-Zegry, mufti de Tlemcen, le cadhi Abou-Zakaria Yahié ibn-Abou'1-Barakât al-Ghromâry, Abd'al-Rahman Ibn-Asbâa de Tlemcen et Abd'al-Djalil al-Tenessy. Celui-ci rédigea sur cette question juridique une longue réponse en forme de mémoire, dans laquelle il déploya une grande érudition et qui fut envoyée à Touat, accompagnée de l'approbation du docteur Al- Senoussy, afin qu'elle servit de règle de conduite au fameux missionnaire du Soudan. Or, voici en quels termes le docteur Al-Senoussy s'exprime sur le mérite de cette thèse : « Nul, disait-il au docteur Al- Meghrîly dans la lettre qui accompagnait le mémoire, nul n'a mieux réussi, selon moi, à établir la réponse qu'exigeait cette affaire ; nul n'a étalé plus de savoir et d'érudition dans la démonstration de la vérité, ni donné plus de satisfaction à l'attente des gens religieux relativement à ces questions; nul enfin ne s'est plus écarté d'une opinion qui aurait été accueillie avec joie par les esprits sataniques, en ménageant certaines personnes qui ont une langue acérée comme un aiguillon, ou dont il faut redouter la passion et la malveillance, nul, dis-je, n'a mieux réussi à résoudre les questions dont vous nous aviez
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demandé la aolution, que notre ami, le professeur distingué, le type de la piété, le savant des savants, le hafidh, le dialecticien, Abou-Abd' Allah al-Tenessy (que le Très-Haut permette aux Musulmans de jouir longuement des fruits de son profond savoir!). Ce qui provient, à n'en pas douter, de la solidité de sa foi et de la pureté de ses convictions, car il n'a cessé de répandre les lumières de la vérité sur les questions les plus obscures ; il s'est toujours appliqué à la faire pénétrer dans tous les esprits, en faisant valoir l'autorité de la saine tradition et les preuves tirées de la raison. Les efforts de son zèle ont atteint le plus haut degré de la perfection. Il a tellement fait briller les splendeurs de sa foi, que les ténèbres de l'erreur et de l'infidélité les plus épaisses on ont été dissipées et confondues. »
Tel est le concert d'éloges que les contemporains d'Abou-Abd' Allah Mohammed Ibn-Abd'al-Djalil al- Tenessy se sont plu à lui décerner. Nous connaissons la date de sa mort, qui eut lieu, comme il a été dit, en 899 de l'hégire, mais nous ignorons celle de sa naissance. En supposant qu'il ait commencé ses études scientifiques en 835, vers Tâge de douze à quinze ans, on peut admettre, sans trop d'invraisemblance, qu'il a dû naître entre les années 821- 823 (1418-1420) sous le règne d'Abou-Mâlck Abd'el-Wâhed, et décéder à l'âge d'environ soixante-dixhuit à quatre-vingts ans.
Quant à sa descendance, nous ne connaissons qu'un seul nom qui se soit recommandé à la mémoire des hommes par ses qualités et son savoir. Nous devons ce renseignement à Almakkary qui cite par hasard parmi les professeurs de son oncle,
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à Tlemoen, le cheikh Abou-Abd' Allah, fils de notre historien, qu'il qualifie de savant et considère comme Jouissant d'une grande autorité,pui8qu*il avait formé à son école l'oncle de celui-ci, le cîd Saïd Ibn-Ahmed al-Makkary, mufti de Tlemcen et prédicateur de la grande mosquée de cotte ville vers la fin de notre XVr siècle (I).
Pour entreprendre le travail que nous livrons au public et qui, nous l'espérons, jettera quelques nouveaux rayons de lumière sur l'histoire politique et littéraire de l'ancien royaume de Tlemcen qui fait aujourd'hui partie de nos belles possessions africaines, nous avons mis à contribution les loisirs qui nous ont été créés par notre mise à la retraite après plus de quarante ans d'enseignement, à la Sorbonne, de la sainte langue hébraïque. Pour l'achever, nous avons fait usage de tous nos moments, de toute notre application à l'étude des sources, de toute l'activité de notre esprit et de nos recherches, et pour lui faciliter les avantages et les honneurs de la publicité, nous n'avons point hésité, oserons- nous le dire, à faire un appel libéral à nos économies domestiques, au modeste trésor de nos finances et de nos ressources pécuniaires. Au surplus et avant tout, afin que notre labeur fût mené à bonne fin et obtînt le fruit que nous désirions en tirer, nous n'avons cessé d'implorer le secours du Père des lumières, de qui descend toute grâce excellente, tout don parfait (2), En attendant notre juste récompense dans un monde meilleur, nous n'avons pas voulu quitter
(l) Âl-Makkary, Analectes, ii^ partie, page 854. {'1) IL Jacobi EpiatolfB cap. I, 17.
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celui-ci sans faire part à nos frères et compatriotes de quelque chose de la sagesse que noiis avons apprise sans déguisement et que nous leur œmmuniquons sans envie ni réserve (1).
^l) Quam sine ficlione didici, et sine invidia communtco, et honesUUem illiiLS non abscondo. (Sapienti» Salonioins cap. VII, 13).
Paris, le 21 septembre 1887.