CHAPITRE XIX
Restauration dn règne dn snltan Abon-Mftlek Abd'el-17«rahed. 831 (1428) 833 (1430).
Âpres le déport du sultan Âbou-Fâras et Theureuse issue de son expédition, le royaume de Tlemoen jouit de la paix si fréquemment troublée jusque là par les compétitions des enfants d'Âbou-Hammou et par les guerres qui en avaient été la suite désastreuse. Malheureusement, elle ne fut pas d'une bien longue durée, oar le changement de gouvernement qui était, d'ailleurs, le firuit de l'invasion d'une armée étrangère, ne s'était pas opéré sans la ruine de certaines hautes influences , de certaines personnes attachées à la fortune du roi dépossédé, sans semer dans quelques esprits intéressés dos germes de haine, et ces fâcheuses dispositions qui n'é* taient point ignorées du prince exilé, servaient d'encouragement à ses prétentions qu*il n'avait pas abandon* nées et d'aliment à ses espérances» Âpres avoir erré quelque temps dans les montagnes de la partie occidentale de ses anciens Etats, il gagna celles de l'Wanchéris, habitées par des races rudes et guerrières, et parvint à y recruter un petit corps d'armée qu'il conduisit au pied des remparts de la ville occupée par son onclo le sultan régnant.
Il n'eut pas de peine à s'emparer do la place, à l'aide des intelligences qu'il y entretenait ; il entra sans coup férir la nuit du mercredi quatre de dhou'l-kiadah 833 (juillet 1430), après deux mois de règne depuis sa res-
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tauration ; son gouvernement avait duré, en tout, quatorze ans. Il fît mourir son malheureux oncle^ comme le dit son historien, dans la matinée qui suivit la nuit où la ville fut prise.
La mort tragique du sultan Abou'l- Wâhed est racontée d'une manière moins sommaire dans les notes chronologiques que le copiste de l'histoire des sultans Âbd'el-Wâdites, par Yahia Ibn-Khaldoun a placées à la fin de notre manuscrit. « Le sultan Abou-Abd' Allah-Mohammed, fils de Mouley Abou-Teschifin, y est-il dît, étant parvenu à rentrer dans Tlemcen la nuit du 4 dhou*l* kiadah de l'année 833, Abd'el-Wâhed quitta le palais cette nuit là même de grand matin et chercha son salut dans la fuite. Le jour s'étant levé, il descendit de cheval, et, comme il pleuvait, il se mit à Fabri dans des latrines qui se trouvaient à deux pas de la porte Kachout. Malheureusement il avait été aperçu par une vieille femme de la famille des Abd'el- Wâdites. Celle-ci étant entrée dans l'endroit où le sultan s'était réfugié, lui arracha les habits, en appelant à grand cris les gens de sa famille. Les Abd'el- Wâdites arrivèrent en nombre, et, ayant pénétré dans l'endroit, trouvèrent le sultan qu'ils égorgèrent impitoyablement, après quoi, ils traînèrent son corps jusqu'aux Bains de la Timbale^ où les employés l'accablèrent de pierres, » Tel est le récit que le copiste anonyme de notre manuscrit nous fait de la catastrophe qui mit fin à la vie et au règne de l'infortuné sultan Abd'el- Wâhed. Il paraît cependant que son corps ne fut pas privé des honneurs de la sépulture, car son tombeau a été retrouvé à Tlemcen dans le cimetière du Vieux-Château, il y a une trentaine d'années, par M. Brosselard. On y lit, sur une plaque en marbre, cette épitaphe :
(( Louange à Dieu seul !
Ceci est le tombeau du roi juste, glorieux, qui mit sa confiance en Dieu, le combattant dans la voie de Dieu
RESTAURATION DU RÈGNE D'aBOU-MALEK. 289
notre seigneur, Mouley Abou-Mâlek Abd'el-Wâhed, fils de notre seigneur le sultan Abou-Hammou. (Que Dieu très haut dans sa bonté et sa générosité leur fasse miséricorde à tous les deux !) »
Et sur le revers de la même plaque :
« Louange à Dieu seul !
Ceci est le tombeau de notre seigneur Abd-el-Wâhed, fils de notre seigneur Abou-Hammou. 11 est décédé le 5* jour du dhou'l-kiadah de Tan 833. Que Dieu leur fasse miséricorde dans sa bonté, sa générosité et sa longanimité ! i;
« Ainsi finit, dit M. Charles Brosselard, le règne du sultan dont on vient de lire l'épitaphe, et qui, à tout prendre, n'était pas un prince méprisable, puisque, avant sa première dépossession, il avait tenu le pouvoir pendant douze ans d'une main ferme et respectée (1). »
(1) Mémoire épigraphique et historique, etc., p 80.