CHAPITRE XVIil
Règne dtt sttltan Abon-Abd* Allah Mohammed, fils dn sttltaii Abon^Teechifln. 827 (1424) 831 (1428).
NoU8 venons de voir que le prince Abou-Abd'Allah- Mohammed, flis du sultan Abou-Teschifin, flls aîné d'Abou-Hammou, était parvenu à chasser son neveu Abd'el-Wâhed de la capitale et à s'emparer du trône de Tlemcen avec l'aide et le concours du sultan de Tunis. Mais la reconnaissance n'est guère la vertu des ambitieux. Le fils d'Abou-Teschifln ne craignit pas de secouer le joug de la vassalité que lui avait imposé son bienfaiteur et il se déclara indépendant.
11 paraît cependant qu'il avait su se concilier l'amour de «es sujets par une administration sage et prévoyante et qu'il avait mérité ces éloges que son historien mot dans la bouche d'un poète :
VERS
J'en jure par ma vie, les régions de Toccidont sont dans une joie, dont la sincérité éclate dans toutes les réunions et au milieu des festins.
Les peuples nomades quittant leurs pâturages fertiles et abondants viennent visiter ces lieux et racontent, à leur retour, qu'ils ont rencontré ici des jardins et des prairies qui sont loin d'être abandonnés.
L'on y respire un air, un souffle d'aisance et de bonheur après lequel tous les cœurs soupiraient.
284 GOMPLÉMBNT DE l'hISTOIRB DES BfiNI-ZBITAN.
On y voit les éclairs sillonner le ciel et illuminer les nuages.
Ces contrées fortunées attirent les caravanes dosi* reuses et empressées de jouir de sa vue (le nouveau sultan) ; elles arrivent en foule les unes après les autres.
Si la vie des mortels ne devait pas avoir un terme, ils pourraient la prolonger ici sans fin, en suivant les pas des caravanes ; si cette terre connaissait leurs désirs, elle ferait disparaître à leurs yeux ses vallons et ses plaines, pour leur permettre de contempler de loin la face resplendissante de notre khalife.
Une lumière éclatante enveloppe son auguste personne. Quand il se met en mouvement, il marche d'un pas lent et paisible et il a autour de lui la pointe de ses lances : on dirait la pleine lune, quand elle poursuit sa carrière au milieu des étoiles.
Son visage disparait sous les rayons que répandent sur lui la joie et la gaîté.
Soleil resplendissant et lumière du jour, il sait aussi se dérober aux regards sans le concours d'un cham* bellan.
Au milieu de sa royale escorte vous croiriez qu'il est seul, ou plutôt qu'il est lui- môme sa plus belle escorte. »
Il semble qu'un règne inauguré d'une manière si splcndide était destiné à jouir longtemps de la paix et de la sécurité ; il n'en fut malheureusement pas ainsi. « Car c'est alors, dit Al-Tenessy, que la fortune qui lui avait souri jusque-là, commença à lui tourner le dos. » Abou-Malek-Abd'el-Wâhed qui s'était réfugié à la cour de Fez, voulant prendre sa revanche, n'oublia rien pour ressaisir le pouvoir que la violence lui avait arraché . Après avoir vainement recherché l'appui du sultan mérinide qui l'avait aidé jadis à monter sur le trône, par une de ces résolutions dont sont seules capables les
BÈGNB DU SULTAN ABOU-ABD\lLAM MOHAMMED. 285
grandes âmes, il prit le parti d'intéresser à sa cause celui-là même qui avait concouru à sa dépossession. Abou-Fâres, touché de cette marque de confiance, accueillit avec bonté cette généreuse démarche de la part d'un souverain qu'il avait détrôné, et il rengagea à se rendre à Tunis pour se concerter sur les mesures à prendre ensemble pour le succès de ce projet.
Une nouvelle expédition vers le Maghreb fut donc décrétée et préparée : une formidable armée commandée par le sultan en personne alla mettre le siège devant Tlemcen, qui ne tarda pas à se voir réduite à la dernière extrémité.
Mohammed, abandonné des siens et sans espoir de secours du côté de ses alliés, quitta secrètement la place assiégée et s'enfuit dans les montagnes voisines inaccessibles à une grande armée. La ville, obligée de capituler, ouvrit ses portes aux assiégeants, et son ancien sultan fut réintégré sur son trône dans les premiers jours du mois de redjeb de Tan 831 (avril 1428).