‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 53 sur 90 · COMPLÉMENT DE L'HISTOIRE DES BENI-KBIYAN · texte numérisé non relu

COMPLÉMENT DE L'HISTOIRE DES BENI-KBIYAN

le trône ou venger sa mort; malheureusement tous leurs efforts échouèrent devant la résistance de l'usurpateur, et le nouveau sultan, qui se prétendait le légitime héritier du pouvoir souverain, parvint à s'y maintenir, et même à le consolider. En montant sur le trône il avait pris \e surnom d^Al-Motawekkel âV Allah, celui qui met sa confiance en Dieu. Toutefois son empire ne se trouva bien consolidé, qu^après Tanéantissement des derniers soutiens du parti vaincu, qu'après la défaite et la mort de l'émir Mohammed ben-Ghâleb dans les montagnes des Beni-Ournicl, ce qui eut lieu vers la fin de Tannée 868, époque où s'arrête, comme nous venons de l'indiquer, l'histoire de cidi Abd'el-Djelil Mohammed al-Tenessy. A partir de ce moment, si nous ne voulons pas rester dans une obscurité complète, si nous désirons combler une lacune longue et regrettable , il nous faut aller frapper à d'autres portes, recourir à d'autres documents, si tant est qu'il en existe. Cette lacune qui s'étend de l'année susdite 868 à Tannée 880, c'est-à-dire jusqu'au début du règne du successeur immédiat du sultan Al-Motavvekkel âl'Allah, comprend Tespace d'environ quatorze ans, ce qui paraît avoir été la durée du règne de ce prince. Pour remplir cette lacune, disons-nous, nous avons dû recourir à d'autres sources historiques, nous livrer à de nouvelles recherches, consulter d'autres auteurs. Ce n'est pas sans éprouver une vive satisfaction, quand, en consultant nos manuscrits arabes, nous en avons trouvé un, V Histoire des sultsins Al-Mohades et Hafsides par le cheikh Abou-Abd'AUah Mohammed al-Loulouyi al-Zerkechy de Tunis, qui contient le récit de certains faits relatifs au règne de notre sultan. Voici ces précieux renseignements :

« Vers la fin du mois de djomada II de l'an 868, dit Al-Zerkechy, on reçut à Tunis un présent envoyé par le seigneur de Tlemcen, le sultan Mohammed, fils de

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Thâbit (lisez petit-fils d'Abou-Thâbit). Il fut apporté par son cadhi, l'alfakih Mohammed ben-Âhmed al- Debâny, qui était accompagné par Tun de ses propres cousins. Cela s' étant rencontré juste au moment où le khalife venait de relever d'une maladie, on trouva toutes les rues, tous les marchés de la ville de Tunis pavoises et parés, tout le monde dans la joie et faisant de grandes réjouissances.!» Dans le mois dhoul-kiadah de la même année, c'est-à-dire cinq mois environ après l'arrivée du cadeau royal, le khalife envoya à son tour^ en signe de reconnaissance, un présent au seigneur deTlemceUi chargeant de cette commission les mêmes messagers qui étaient venus lui offrir son présent et les faisant accompagner de Tun des officiers de sa Cour, cidi Mohammed Ibn-Faradj el-Araby.

Ces relations d'amitié entre les deux États s'expliquent, si l'on se rappelle que depuis Tintervention du sultan hafside Abou-Fâres, qui avait mis sur le trône de Tlemcen le sultan Ahmed, les Beni-Zeiyan étaient devenus les vassaux, sinon les tributaires, des rois de Tunis, et que ceux-ci se considéraient comme les suzerains des sultans de Tlemcen. Cette dépendance, qu'il ne faut pas oublier, sert également à expliquer les événements que nous allons mentionner, et dont nous trou- Tons le récit dans le même historien Al-Zerkechy sous la rubrique de l'an 870 de l'hégire. <c Vers le milieu de cette année, dit-il, on vit arriver, à Tunis, à la cour du prince des croyants (le khalife Âbou-Omar Othman), une députation des Arabes du royaume do Tlemcen, appartenant aux tribus des Beni-Hâmcr, des Soueid et autres, qui se plaignirent de la conduite do leur sultan, le fils d'Abou-Thâbit al-Zeiyâny (Mouley Abou-Abd' Allah Mohammed, petit-fils d'Abou-Thâbit). Ils exposèrent qu'il avait cessé de reconnaître lo pouvoir du khalife, son suzerain; qu'il était venu à bout de gagner à son parti le caïd de Mélianah^ qu'enfin il venait d'envoyer des présents à

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Mohammed Ben-Sabbâa (1) et à Mohammed Ben-Saîd (27 ^ afin d'obtenir leur assistance et de les avoir pour luE^ quand il lui conviendrait de se porter dans ces provinces etde marcher contre le khalife. En conséquence,ils le prièrent de venir dans ces provinces pour rétablir Tordre et faire rentrer le sultan dans le devoir. Le khalife, après avoir consulté Dieu sur ce qu'il y avait de mieux à faire, leur donna pour sultan le prince Âbou-Djamil Zeiyan, fils de feu le sultan Abd'el-Wâhed, fils d'Abou Hammou» et fit rédiger pour cela un diplôme en règle dans les premiers jours du mois de chawalde la susdite année (870). Il procura au nouveau sultan tout ce qui lui était nécessaire en fait d'armes, de tentes, do soldats et d'argent; il expédia avec lui pour commander les troupes le caid Mohammed Ibn-Farh a]-Djebbàï, et pour la direction des affaires et le conseil il lui donna le cheikh Ahmed al-Benzerty. De plus, il fit écrire à son fils, le prince Abd'el-Aziz (3) d'avoir à l'accompagner avec son camp jusqu'à la ville de Tlemcen, dés que les deux corps d'armée auraient pu se rejoindre. Ces dispositions prises, rémir Abou-Zeiyan quitta Tunis au mois de chawal, et s étant mis en mouvement, il arriva sous les murs de la ville de Bougie. Quelque temps après, c'est-à-dire le 10 de dhoul-kiadah, le sultan sortit, à son tour, de sa capitale et partit à la tête de son armée, se dirigeant vers le Maghreb. A son approche, Mohammed Ben-Sabbâa prit la fuite ; il fut bientôt suivi par Mohammed Ben-Saïd et pai* ceux qui s'étaient attachés à leur fortune, et ils allèrent chercher un refuge dans le désert.

Le khalife, poursuivant sa marche, sans rencontrer do résistance, traversa le mont x\urès, où il s'empara de quelques places fortes, et où ses troupes, se livrant

(t) Chef do la tribu des Doiiawidah.

(2) Probabloment chef des Boiii-iSaid, cunlédérc» des Douawidah.

(3J Alors gouveriieiu- de la ville de Coubtunliiie*

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au pillage, dépouillèrent les habitants de leurs ri« chasses et de leur argent. De là s'avançant à travers le désert il envahit les provinces qui dépendaient du royaume de Tlemcen, et où il vit arriver les députations des villes d'Âl-Medéah, de Mélianah et de Ténès, qui venaient lui offrir leur soumission et reconnaitro son autorité. Les Arabes de ces diverses contrées lui envoyèrent des députés chargés de remplir auprès de lui la môme mission, et il leur fltà tous un accueil honorable et très distingué. Après avoir préposé ses caïds au gouvernement de ces provinces^ et reçu les impôts, les vivres et les droits d'étape accoutumés, il songea à expédier devant lui un corps d'armée pour aller mettre le siège devant la ville de Tlemcen. Les troupes hafsides ar^ rivèrent aux alentours do la place dans le courant du mois de robie II de Tan 871 et établirent immédiatement le blo' eus. Le jour même où le blocus fut inauguré, une cavale* rie nombreuse et très bien équipée en hommes et en coursiers flt une sortie contre les assiégeants et il se livra entre les deux partis une bataille des plus terribles ; la nuit seule vint mettre un terme au massacre et à la fureur des combattants.

Le lendemain matin qui était un jour de jeudi, le kha« life, étant arrivé en personne avec toute son armée, alla d'abord camper dans renceintedelaMansourah,toutprès de la place assiégée, puis, étant monté à cheval, il vint attaquer la ville avec une extrême violence et un acharnement des plus épouvantables. Les assiégés, protégés par leurs remparts, se défendirent de leur mieux à Taide de leur artillerie, de leurs catapultes (1) et de leurs flèches. Cette attaque terrible n'ayant pas réussi, le sultan se décida à saper les remparts, mais, la nuit étant venue lo

(1) tiO mot arabe Medâfée que Je traduit» par Catapultes, pourrait auMsi désigner des canons, car les armes et rartillerie à poudre Olaicnt ùt^à coiuiucs à l'époque dont il s'ag-it.

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surprendre et arrêter les travaux avant qu*il se [fut rendu maître de la place, ses troupes s'en retournèrent dans leur campement, bien résolues à vaincre et à occuper la ville le lendemain matin, ce qui ne put se réaliser, une forte pluie étant survenue qui dura toute la journée. Heureusement pour le sort des assiégés le surlendemain de ce jour, qui était un samedi, le cheikh cidi Lahsen et le cadhide la Cour, accompagnés des notables de la ville se rendirent devant le sultan pour implorer sa clémence et obtenir le pardon ; ils lui présentèrent un acte par lequel leur maître reconnaissait le pouvoir et les droits de son suzerain ^le sultan de Tunis ; ils l'avaient signé eux-mêmes comme témoins et il portait la signature du sultan, accompagnée de ces termes : « Attesté commevéridiqueparle serviteur de Dieu,celuiqui se confie en lui {Almotawekkel âiei/ii), Mohammed. (Que Dieu soit indulgent envers lui !) Il n'y a de force, il n'y a de puissance qu'en Dieu.» Comme gage de sa soumission et de sa reconnaissance, le roi de Tlemcen donna en mariage une de ses jeunes filles au prince Abou-Zakaria Yahia(l), fils du prince Al-Masscoud, sans qu'on lui en eut fait la demande. Après cela, le sultan de Tunis reprit le chemin de sa capitale. Son départ eut lieu le 7 de châaban de la même année 871 (2). »

Telle fut pour le roi de Tlemcen l'issue fatale de sa révolte et de ses prétentions à Tindépondance de sa couronne, qui lui attirèrent sur les bras les armes d'un puissant suzerain ; heureusement pour lui la guerre se termina, comme la plupart des comédies et des pièces théâtrales, par un mariage inattendu, par une alliance qui, en assurant la paix à son royaume, contribua sans doute à la tranquillité de ses vieux jours.

(1) Ce prince succéda, sur le trône de Tunis, à son grand père le sultan Abou-Omar Olhman, en 893 de l'hcjjirc. Il régna environ 5 ans.

(2) Al-Zerkechy. Histoire des Almohadcs et des Ilafsides^ su/iaiis de TuniSf fol. 828 et foU 837 de mon manuscrit.

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