‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 65 sur 90 · RÈGNE OU SULTAN ABOU-ABD*ALLAH MOHAIIIIBO · texte numérisé non relu

RÈGNE OU SULTAN ABOU-ABD*ALLAH MOHAIIIIBO

le sultan do Tlemcen s'engagea à se reconnaître vassal du roi d'Espagne, à lui payer un tribut annuel, à fournir à la garnison d'Oran et de Morsa'i-Kebir certaines denrées et à joindre, au besoin, ses forces à celles des Espagnols pour défendre et protéger leurs possessions sur la côte africaine. Le traité conclu et ratifié, Abou-Abd' Allah Mohammed prit congé du roi Ferdinand et des â:rands do la Cour et reprit le chemin de la mer pour s'en retourner dans sa capitale. Son règne se prolongea encore quelques années, mais dans des conditions peu satisfaisantes, au milieu de la misère publique et du mécontentement de la part des habitants qu'il avait accablés de nouveaux impôts pour accroître ses ressources financières et payer le tribut à ses nouveaux alliés : c'est ce qui explique un fait qui est indiqué en passant par le géographe Léon l'Africain et que nous ignorerions sans lui, c'est que, à l'occasion de sa mort, qui arriva dans le courant de l'année 923 de l'hégire (15 16 de J.-C), les habitants de Tlemcen saccagèrent les maisons des Juifs, qui étaient fort riches, et les réduisirent à la dernière misère, état d'infortune et d'avilissement dont ils n'ont jamais pu depuis se relever (1). Il est tout à fait

(1) Historiale description de l'Afrique, tierce partie du monde, etc., livre IV, fol. 260.

Déjà sous le r^gne précédent, dans les dernières années de celui du sultan AbouM-Abbès- Ahmed, les Juifs de Tlemcen, en 1467, avaient été l'objet d'une sanglante persécution, qui obligea un savant israélite à quitter cette ville et à se réfugier en Espagne ; nous voulons parler du céli^bre rabr>in,Josué Ben- Joseph ha-Lévy, auteur de plusieurs ouvrages talmudiques fort estimés parmi ses coreligionnaires, et dont quelques-uns ont reçu, en Europe, l'honneur de la traduction et de la publicité. Dans cette malheureuse circonstance, Josué Ben-Joseph ha-Lévy, qui était né à Tlemcen vers le milieu du XV* siècle, trouva ix Tolède un puissant protecteur dans la personne d'an docteur très connu, don Vidal i)en-Léon, qui lui fit Taccueil le plus bienveillant et le plus généreux. C'est là qu'il composa, sous le litre do JJalichoth 0/am, une excellente introduction aux études talmudiques, où il traite de l'ordre, des phrases, style, formules talmudiques. de l'autorité des

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vraisemblable que c'est à la suite de cette alliance et de cette entente entre les deux puissances, que se décida à la cour du roi Catholique l'expédition d'Alger, qui fut conQée au commandement de Francesco de Vero. On sait que la flotte espagnole, qui se composait de plus de quatre-vingts navires et portait huit mille hommes de débarquement, ayant mouillé dans la baie d'Alger, après avoir remporté quelques succès sur les Algériens, fut surprise par une horrible tempête qui brisa les navires ou les jeta sur la côte; que leurs équipages périrent dans les flots et que ceux qui purent gagner la terre furent taillés en pièces par les Turcs ou emmenés en esclavage ; que fort peu échappèrent à ce désastre, et que le commandant de cette malheureuse expédition eut beaucoup de peine lui-même à se sauver et à retourner en Espagne.

C'est vers la fin du règne du sultan Abou-Abd'AUah Mohammed, c'est-à-dire en 914, que mourut un jurisconsulte dont le nom est fréquemment mentionné par les auteurs musulmans du rite maléky, l'alfakih Ahmed bon-Yahia bon-Abd'el-Wâhed ben-Aly al-Wanchérissy. Il était né à Tlomcen vers le milieu du IX* siècle de l'hégire. Il fit ses premières études dans cette ville et suivit les leçons des professeurs les plus habiles de son temps, tels que les Okbâny, Timam ibn-el-Abbès, le cheik Abou-Abd' Allah al-Djellab, l'iman et prédicateur Al-Kefif Ibn-Marzouk, etc. Il demeura dans son pays natal jusqu'à l'époque où il lui arriva une affaire désagréable de la part des officiers de la couronne, qui saccagèrent sa maison et la livrèrent au pillage, ce qui

docteurs de la Misclma et de Ja Gêmare, ouvrage imprimé, en premier lieu, à, Coiistantinople, eu 1510, et plusieurs fois dans d'autres villes. Il a ùià public avec une version latine à Leydc, en 1634, sous le titre de Glacis Daoidica par L'Empereur, et réimprimé à Hanovre en 1714 par Bashuysen, avec l'addition d'autres traités talmudiques, dans son ClaDif^ DsLvidica Maxima.

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le décida à quitter Tlemcen et à se réfugier à Fez, où il fixa son séjour. Voici en peu de mots ce que dit de ce savant le docteur Ahmed Al-Mandjour (1) dans son tableau analytique {AUFthrissah). « Le cheikh Ahmed Al-Wanchérissy, dit-il, se voua à l'enseignement de la Modaouwana/i et du traité des Foroue du docteur Ibnel-Hâdjeb (éclaircissements sur les différentes branches de la loi musulmane). Il était si habile dans toutes les parties de cette science que, lorsque^ après avoir étudié le droit et l'avoir approfondi, il se mit à l'enseigner publiquement, ceux qui ne connaissaient point son mérite, étaient tentés de croire qu'il ne savait pas autre chose, tellement il épuisait les questions qu'il traitait. Son élocution et son style étaient si clairs et si corrects, qu'il arriva pius d'une fois que ses auditeurs se disaient entre eux : En vérité, si Sibaoueih (2) assistait à ses leçons, il pourrait lui-même ajouter à son savoir grammatical. » Nombre de savants jurisconsultes se formèrent à son école ; on cite entre autres l'alfakih Abou- Aïad Ibn-Falih al-Lamty, qui étudia sous sa direction, Ibn-el-Hâdjeb nous apprend que les éclaircissements du texte fournis par son maître formaient la matière de plus de deux feuilles. Parmi ses autres disciples, on compte l'imamet docteur très érudit Abou-Zakaria Al- Soussy, l'alfakih et traditionniste Mohammed Ibn-Abd'al- Djabbar al-Watadghiry, le chérif Abd'el-Messih al-Masmoudy, le très docte alfakih et issu d'une famille de savants,le cadhy Mohammed, filsdu cadhy delà Ville-Neuve de Fez, Al-Kardissy Al-Thakily. C'est dans la biblio-

(1) L'alfakih Ahmed ibn-Aly ibn-Abd'Allah al-Fessy, plus connu sous le nom d^Al'Mandjour, est auteur do plusieurs ouvrages en prose et en vers entre autres du Fihrissah qui est le plus estimé. Il mourut à Fez en 950 de Thégiro (1543-4 de J.-C.)

(2) Sibaoueih le plus célèbre des grammairiens arabes. Il florissait en Orient sous le règne du fameux khalife abbassidc Haroun al-Raschid. Son grand ouvrage sur la grammaiic a été édité à Paris dans ces dernières années.

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