‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 69 sur 90 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Rèffne du sultan Abon Hammon III, fils du sultan Mohammed al-Th&bity. 923-934 (1516-1528 de J.-G.)

Après la mort du sultan Abou Abd'allah Mohammed, la couronne pa«sa a son frère cadet, le prince Abou- Zeiyan Ahmed, vu qu'il ne laissait pas de fils capable de lui succéder et de tenir les rênes du gouvernement. Abou-Zeiyan monta donc sur le trône (1), mais il ne put s'y maintenir, car il eut à lutter contre les prétentions de Tun de ses oncles, Abou-Hammou qui, s'étant créé un fort parti dans la ville et parmi les tribus de la campagne, vint attaquer le nouveau sultan dans son propre palais, s'empara de sa personne et le jeta dans une obscure prison. Pour consolider son usurpation, Abou- Hammou songea à se mettre sous la protection du roi d'Espagne et à se déclarer son vassal, espérant d'ailleurs que, par cette démarche et cette soumission, il pourrait, au besoin, compter sur Tassistance de son suzerain, de vivre en paix avec les habitants des deux villes récemment conquises par les Espagnols, et les empêcher ainsi de pousser plus loin leurs conquêtes dans Tintérieur du pays. Il fut, en effet, conclu entre les deux puissances un traité dont les conditions étaient, d'un côté, la vassalité et la soumission, et, de Tautre, la protection et Tamitié. Il fut convenu que le sultan Abou-Hammou

(1) D'après un autre récit, ce prince aurait été dépouillé de ses droits avant môme de pouvoir monter sur le trône.

payerait au roi d'Espagne, qui était alors Charles-Quint, un tribut annuel de douze mille ducats, douze chevaux et six gerfauts femelles.

C'est au commencement du règne du sultan Abou- Hammou, c'est-à-dire dans le courant de Tannée 1518, qu'eut lieu la seconde expédition entreprise par Charles- Quint contre la ville d'Alger. La flotte commandée par Hago de Moncade, vice-roi de Sicile, se composait de trente navires, de huit galères et d'une grande quantité de brigantins de transport et de sept mille hommes do débarquement. Ayant mouillé dans la rade de Mersa'1-Kebir, il prit terre à Oran et ordonna le débarquement de quelques troupes, et «'étant mis à leur tête, il se jeta dans la plaine de Ceirat, près de Mostaghanem, pour enlever des troupeaux et en approvisionner son armée. La flotte fut en vue d'Alger le 16 août suivant. Le général Marino de Ribera, qui avait le commandement du siège, alla se retrancher sur la colline, où s'élève aujourd'hui le fort dit VEinpei^eur, Pour procéder au siège régulier de la place, on attendit, pour débarquer tous les hommes de la flotte, l'arrivée des nombreux contingents de cavaliers et [de fantassins que le roi de Tlemcen avait promis d'envoyer. Mais les Arabes indignés avec juste raison de la conduite du commandant qui avait ravagé les terres dos Musulmans, refusèrent de se joindre à l'armée chrétienne et ce retard fut cause de la perte des Espagnols. En effet, huit jours après leur débarquement, le 24 août, une tempête furieuse s 'étant élevée fit périr la plupart des vaisseaux et noya plus de quatre mille hommes. Le commandant fut obligé de reprendre la mer et se sauva avec peine avec les débris de sa flotte. Ce désastre que les forbans d'Alger considérèrent comme un bienfait du ciel et un triomphe sur les armes chrétiennes, humilia Torgueil espagnol, sans ôter à l'empereur l'envie de revenir à la charge et de vengerl'honneur de son drapeau, dès que ses forces et

Toccasion le lui permettraient. On connaît sa troisième entreprise et le résultat dont elle fut suivie; mais ne devançons point le récit des faits qui appartiennent à un autre temps.

C'est à peu près à cette même époque que Ton doit rapporter, selon nous, la conquête de la ville de Ténès par le fameux pirate Khair el-dyn. « Un neveu du roi de Tlemcen (1), dit la chronique arabe, avait cherché à lui enlever la couronne. Son complot ayant été découvert, il fut obligé de prendre la fuite, pour éviter le châtiment qu'il avait mérité. Il passa la mer et alla implorer lo secours du roi d'Espagne, le tyran maudit de Dieu^ qui Taccueillit avec distinction et lui promit de l'établir sur la côte de la Barbarie où régnaient les Beni-Zeiyan. Effectivement, il arma une flotte qu'il expédia à Ténès. On se rendit facilement maitre de la place^ et le neveu du sultan de Tlemcen fut revêtu du souverain pouvoir et installé sur le trône sous la protection du roi infidèle. A cette nouvelle, Khair el-dyn enflammé de colère, partit sur le champ avec toute son escadre pour Ténès. Après l'avoir combattue presque toute une journée, il était sur le point de la prendre, lorsque les habitants vinrent lui demander la paix, en promettant de se rendre le lendemain avec le nouveau sultan. Mais pendant la nuit et à la faveur des ténèbres, celui-ci parvint à s'échapper de la ville et à gagner les montagnes voisines. Le lendemain les notables du pays se présentèrent devant Khair el-dyn pour lui remettre les clefs de la ville, en s'excusant d'avoir laissé s'évader le neveu du sultan de Tlemcen. » Khair el-dyn, ajoute la chronique, qui était un prince droit et simple, voulut bien agréer leurs excuses. Il fit son entrée solennelle dans la ville, où il fit un très riche butin. Après cette expédition, qui

(i) Vraisemblablement Abou-Abd' Allah Mohammed, frère d^Abou-Zeiyan Mohammed, qui régna après lui.

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