‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 74 sur 90 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Régne dn saltan Aboa - Mohammed Abd^ Allah , ttére d'Abon-Hammoa III, 1528-1540; 934-947.

Abou-Mohammcd Abd 'Allah succéda à son frère Abou-Hammou en 1528, et il régna paisiblement une douzaine d'années, c'est-à-dire jusqu'en 1540. Sommé par les cheikhs et les marabouts de son royaume d'avoir à rompre avec les Chrétiens, il fît secrètement alliance avec son terrible voisin Khair el-dyn ; il s'assura ainsi la protection du nouveau roi d'Alger, dans le cas où il serait menacé par les Espagnols, dont il avait secoué le joug. Du reste, cette défection ne lui attira sur les bras aucun embarras, car la cour d'Espagne, distraite alors par des événements autrement graves, ne songea guère à revendiquer ses droits ni à châtier son infidèle allié. Nous terminerions ici, ce que nous avons à dire de ce règne, si nous n'avions à signaler un certain nombre de noms qui, à cette époque de décadence et de troubles politiques, ne se sont guère distingués que par leur renom de sainteté, et qui appartiennent à l'agiographie mahométane bien plus qu'à l'histoire littéraire de leur siècle.

1* Cidi Saïd al-Bedjâwyi. Il était originaire de la ville de Bougie, comme l'indique son surnom et il vint s'établir à Tlemcen avec ses parents. Si nous en croyons son biographe Ibn-Mariam, il fut un des plus grands saints de son temps, et favorisé durant sa vie de plusieurs révélations célestes. «Voici, écrit le même auteur, ce qui

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a été raconté à ce sujet par une personne digne de confiance :

« Je me trouvai, dit-elle, à Beider avec mes parents, quand les Clirétiens (que Dieu les extermine!) s'emparèrent de Tlemcen. Le cheikh étant venu chercher un refuge auprès de nous, je me rendis auprès de lui en compagnie de mon père, et j'eus le bonheur de recevoir sa bénédiction. Il dit à mon père : « Tous les habitants de Tlemcen, y compris Mohammed, rentreront dans la ville, mais Saïd n'y retournera pas. « Sous le nom de Mohammed il voulait dire le sultan (Abou Ilammou). Eu effet le vénérable cheikh se retira du côté de Mélitah, où il est décédé. On renscvelit dans un endroit que l'on nomme La Fontaine des Larrons. Sa mort eut lieu en 950 de l'hégire (1543 de notre ère). »

2" Le cheikh Mohammed Ibn-Abd'cl-Rahman al-Kafif al-Soueidy. Comme son nom patronymique Findique, il était issu de la grande tribu arabe des Soueid. C'était un docteur très versé dans le Hadith^ dans les diverses branches du droit, ainsi que dans la théologie. Il étudia d'abord sous la direction du cheikh Mohammed Ibn-Abd'el-Djabbâr, puis il acheva son instruction à l'école de Bou-Abd'Allah el-Chdmy de Tlemcen. Il se recommandait par ses vertus et surtout par Téminence do sa sainteté. Vénéré durant sa vie terrestre, sa mémoire est restée en bénédiction après sa mort. Nombreux sont les miracles qu'on lui attribue. Il nourrissait sa dévotion de la lecture assidue du livre sacré, et c'est la pieuse pratique qu'il recommanda à ses disciples dans les derniers moments de sa vie. Il mourut vers la fin de l'année 945 de l'hégire (1538 de J.-C).

3° Cidi Mohammed ibn-Abd'el-Djabbâr ibn-Meimoun Ibn-Haroun el-Masseoûdy cl-lledjàzy, était originaire de riledjaz, comme le donne à entendre sou nom patronymique AL-IIedjàzy ; mais d'après une autre leçon, son véritable surnom aurait été Al-Fîguîguyy

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c'est-à-dire natif ou originaire de Figuîg, ville située à 5G lieues au Sud de Tlemcen. Quoi qu'il en soit du lieu do son origine ou de sa naissance, il a laissé après lui un renom de savoir et de sainteté, qui lui donne un certain rang parmi les illustrations de son époque. « Ajoutez, dit son crédule biographe, qu'il se distingua par le nombre et l'éclat de ses miracles. Il composa plusieurs poèmes en l'honneur du Prophète. Il compta parmi ses disciples le cheikh Mohammed Ibn-Abd'el- Kahman al-Kafif al-Soueidy et le docteur AhiAed alliadj^al-Nemisch al-Hâmery. On lui doit une Zaoniah ou hospice qui se trouve dans le lieu qui lui a donné lé jour et qui est connu sous le nom de Haddous, dans le district de Tessêlah. Il y a fait aussi construire, près d'une source, une mosquée et une maison pour les fakirs encore novices dans la voie de la perfection, établissement où ils sont entretenus et nourris gratuitement. Ayant vendu tout ce qu'il possédait en fait de terres, il en consacra le prix à l'entretien des fakirs qui passent tout leur temps à prier Dieu, qui ne se lassent jamais de Hre l'Alkoran, et de réciter des litanies. Los progrès qu'il fit dans les voies du mysticisme furent tels, qu'il parvint au rang suprême de Kotb ou Pôle du monde spirituel. Voici, à ce propos, ce qui m'a été raconté par une personne digne de confiance. « Un jour il arriva auprès de lui plusieurs visiteurs qui venaient du Maroc : c'était une année où sévissait une horrible famine. Ils se présentèrent un peu après Theuredu midi; ils étaient cruellement tourmentés par la faim, et ils ne trouvèrent rien chez lui à manger, pas même un morceau de pain. Sa femme lui dit : nous n'avons rien à donner à manger ànos hôtes. C'est tout une caravane : il nous est impossible de les nourrir. Le cheikh se contenta de lui répondre : sois tranquille ; leur nourriture arrivera ! En attendant, il fit la prière du Dhohr (milieu du jour) en compagnie de tous ces nouveau venus ; puis il se

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mit à lire dans le livre sacré jusqu'au moment de VAsr (prière qui se fait vers trois heures). La prière achevée, on vit paraître un homme avec un âne portant un sac de blé et un panier de beurre; il avait avec lui une chèvre qu'il tenait attachée.

S'étant arrêté devant la tente du cheikh, il cria :]« Hél les gens de la tente ! Voici un sac : videz-le ; rentrez le panier et attachez la chèvre, i» Après cela, le cheikh fit moudre le blé et tuer la chèvre. Sa femme ébahie lui disait : Mais d'où peut nous venir un pareil secours ? i»

Parmi ses disciples proprement dits nous mentionnerons encore le cheikh Ahmed al-Ghomâry, qui fut un jurisconsulte et un théologien distingué. Quant à ses compagnons et amis, il serait impossible d'en préciser le nombre. En somme, nous dirons du cheikh Mohammed Ibn-Âbd'el-Djabbâr, qu*il excella aussi bien en prose qu*en style mesuré et poétique. Il mourut en 950 de lliégire (1543), Tannée même où Tlemcen tomba entre les mains des Chrétiens (que Dieu les subjugue et les extermine!).

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