‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 75 sur 90 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Hègne des deax snltans Abou-AM* Allah Mohammed et Abou-Zeiyan Ahmed, tons les deaz fils du sultan Abon- Mohammed Abd' Allah (947-957).

Nous avons dit que le sultan Âbou-Mohammed Âbd'- Allah, après avoir rompu avec les Chrétiens, avait fait alliance avec le nouveau pacha d'Alger et (|ue, malgré cette défection, il avait pu jouir du pouvoir souverain jusqu*à la fin de ses jours sans être inquiété par ses voisins, les Espagnols d'Oran.

En mourant il avait laissé deux fils, Âbou-Abd'Allah Mohammed et Abou-Zeiyan Ahmed^ auquel certains historiens donnent le surnom de ^asseoud. Il devait avoir pour successeur sur le trône Abou-Abd' Allah son fils aine ; malheureusement lambition divisa les deux frères qui se disputèrent l'héritage de leur père, si bien que le plus jeune, encouragé par les promesses du pacha d'Alger et poussé par les prédications des cheikhs et des marabouts, soutint ses prétentions, les armes à la main, et réussit à déposséder Théritier légitime.

Abou-Abd'AUah se réfugia à Oran, auprès du gouverneur, le comte d'Alcaudète, qui Taccueillit avec bienveillance et lui promit des secours pour l'aider à remonter sur le trône ; de son côté, le prince musulman s'engagea à reconnaître la suzeraineté de la couronne d'Espagne, comme son oncle Bou-Hammou, s'il parvenait à rentrer dans ses Etats. Ces conditions ayant été soumises et approuvées par l'empereur Charles-Quint,

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une expédition futdécidéeen faveur du prince dépossédé. Un corps de mille hommes auxquels étaient venus se joindre quatre cents cavaliers arabes, sortit d'Oran sous les ordres de don Alphonse de Martinez, et se mit ca mouvement vers la capitale des Beni-Zeiyan.

Pendant la marche on attendit vainement l'arrivée des nombreuses recrues indigènes dont on avait promise la jonction avec l'armée espagnole. Malgré Tinfériorit» du nombre, il fallut livrer bataille avec une armée di foisplus considérable et dont les forces étaient,d'aillcurs, plus que doublées par la seule ardeur du fanatisme qui l'animait contre les Chrétiens et contre leurs partisans. C'est dans une gorge rendue depuis fameuse par Thorrible massacre dont elle fut témoin, et connue, de nos jours, sous le nom sinistre de Défilé de laChair^ que les deux partis se rencontrèrent et que l'ont en vint aux mains.

L'armée alliée fut écrasée par l'innombrable cavalerie d'Abou-Zeiyan ; les officiers espagnols, après avoir déployé toute la vigueur do leur courage, y perdirent la vie, le commandant lui-même, ayant été fait prisonnier eut la tête tranché. Il n'échappa à cette sanglante catastrophe qu'un très petit nombre de soldats, qui en apportèrent à Oran Tépouvantable nouvelle (1).

Ceci se passait au commencement de Tannée 1543. L'empereur Charles -Quint, à qui le gouverneur d'Oran rendit compte de cet événement, lui envoya Tordre d'en tirer une vengeance éclatante et de venger l'honneur du drapeau castillan. De nouvelles troupes arrivèrent bientôt à Oran, et le 27 janvier le comte d'Alcaudète sortit de la place à la tête d'une armée de quatorze mille fantassins et de cinq cents cavaliers. « Ayant rencontré les éclaireurs de Tennemi, dit M. Léon Fey, qui a com-

(1) On peut lire dans ïllistoirc rf'Ora/i, par II. Le Fcy, le récit détaillé et dramati<iiie de coite funoslo bataille (p. 85 et 86).

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puisé pour ce récit tous les documents originaux, il modifia son ordre de marche et divisa son infanterie en deux corps de quatre mille hommes chacun, qui enca* drèrent les bagages, couvrit les ailes par cinq cents arquebusiers et plaça sa cavalerie en tête et à rarrièregarde. Ces prudentes dispositions prises, il continua à se porter en avant, inquiété de tous côtés par des nuées d'ennemis. Ayant rencontré dans sa marche une rivière débordée (l'Isser), il la franchit sous le feu le plus terrible et arriva bientôt à une faible distance de Tlemcen, où l'attendait l'armée d'Abou-Zeiyan. Des cris de joÎQ ébranlent les airs et les Chrétiens s'élancent au combat avec une ardeur irrésistible. L'action devient générale et dure trois heures, après lesquelles la victoire reste aux Espagnols, maîtres du champ de bataille couvert de cadavres (1) ».

Âbou-Zeiyan, vaincu et découragé, ne voulut pas se renfermer dans sa capitale pour en soutenir le siège ; il prit le parti de s'enfuir et avec le peu de troupes qui lui restaient il se retira dans le désert d'Angad. Tlemcen ouvrit ses portes au vainqueur (2) qui avait promis aux habitants la vie sauve et le respect de leurs propriétés ; mais les soldats ne tinrent aucun compte de cette promesse ; la ville fut saccagée et la population presque entière passée au fil de Fépée. « On la pilla, dit Marmol, d'un bout à l'autre, tuant ou réduisant en esclavage tous ceux qui s'y rencontraient (3). »

Abou-Abd'AUah fut réinstallé sur le trône et remis en possession de ses droits usurpés. Après avoir donné quarante jours de repos à ses troupes, le comte d'Al-

(1) Loco supra laudato, p. 86 et 87.

(2) Los Chrétiens entrèrent dans Tlemcem le mardi, dernier jour du mois do dhoùl-kiadah do Tannée 949 de riiégirc (1543 de

(3) Marmol-Carvajal, Description générale de rAfrique,

tom. II, p. 346.

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caudète, voulant assurer la tranquillité du royaume, en anéantissant pour toujours les prétentions du rival de son allié, résolut de poursuivre le prince Âbou-Zeiyan dans le lieu de sa retraite. Il alla le rejoindre sur les bords de la Malouïah et, lui ayant livré une bataille dé* finitive,illemit en pleine déroute. Après cette nouvelle victoire, qui lui coûta beaucoup de monde, il reprit le chemin d'Oran, mais non sans peine, car^ harcelé presqu sans relâche durant sa marche par des bandes d'Arabes il arriva dans cette ville avec une armée fatiguée e presque décimée.

Quoique vaincu et errant, Âbou-Zeiyan ne désespér point d'un retour de fortune ; comptant, d'ailleurs, le caractère inconstant et variable des habitants Tlemcen, sur la haine qui devait les animer contre lei Chrétiens qui leur avaient imposé un nouveau gou vernement par la force des armes, sur le peu d'estim et d^affection qu'ils avaient naturellement contre u prince qui était redevable de son trône aux ennemie éternels de l'Islam, il se mit à faire des recrues dan^ les provinces occidentales du royaume, et ayant rassem* blé une armée considérable, il s'avança vers Tlemcen, devant laquelle il mit le siège,

Abou-Abd'AlIah sortit pour le combattre et le mit en déroute; il le poursuivit même quelque temps sans pouvoir l'atteindre; mais quand il re\int triomphant, les habitants se souvenant des maux qu'il avait attirés sur eux en s'adressant aux Chrétiens pour Taider à ressaisir le pouvoir^ lui fermèrent les portes de la ville et ne voulurent plus entendre parler de lui. Le malheureux Abou-Abd'Allah, abandonné de ses partisans, se retira du côté d'Oran, suivi de quelques cavaliers seulement. Poursuivi par les ordres de son frère, qui avait été rappelé par la population de Tlemcen et reçu avec de grandes démonstrations d'allégresse, traqué Je montagne en montagne, de tribu en tribu, il finit par

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être assailli par des Arabes soudoyés par Abou-Zeiyan, qui le massacrèrent et apportèrent sa tête à son frère. Tout ceci se passait^ selon toute vraisemblance, vers la fin de Tannée 1543 ou au commencement de Tannée suivante .

Mouley Abou-Zeiyan, se voyant de nouveau maître du pouvoir, comme il Tavait espéré, chercha à Taffermir en Tappuyant sur la puissance qui lui parut la plus solide et la plus favorable. Ne pouvant compter sur la protection des Espagnols, dont il redoutait la vengeance, il se déclara en faveur des Turcs d'Alger et se reconnut vassal et tributaire du pacha Khair el-dyn. On dit même que dès lors il fit frapper monnaie au coin d'Alger et que Ton récita dans toutes les mosquées la Khotbah (1) au nom du grand seigneur. Mais ces derniers détails ne sont rien moins que certains : il convient plutôt de les rapporter au règne suivant, qui vit le peu dUndépendance qui lui restait, absorbé par la domination turque. C'est à ces humiliantes conditions qu'il se soumit, pour jouir tranquillement du pouvoir jusqu'à sa mort, qui eut lieu en Tannée 1550.

C'est dans les premières années du règne de Tusurpateur Abou-Zeiyan qu'il faut placer la malheureuse expédition de Charles-Quint contre Alger. Depuis que les Turcs occupaient cette ville, elle était devenue la terreur des puissances chrétiennes; ses pirates lancés sur la Méditerranée pillaient les navires, massacraient ou jetaient dans les fers les équipages et les passagers, interrompaient le commerce des villes maritimes et enrichissaient les habitants d'Alger des dépouilles des malheureux navigateurs européens. Charles-Quint, déjà maître de Tunis, voulut mettre un terme à ce brigandage

(i) C'est ainsi que les Mahométans nomment la prière solennelle qui se fait tous les vendredis dans les mosquées cathédrales « et dans laquelle il est fait mention du khalife ou chef de Tautorit } temporelle et spirituelle.

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subjuguer à son tour la ville d'Alger, éteindre le foyer même de la piraterie, en vengeant ainsi Thonneur de rhumanité et en ajoutant à son titre de conquérant celui non moins glorieux de champion de la foi. Il équipa une flotte nombreuse et formidable, qui parut dans la rade d'Alger le 21 octobre de l'année 1541 ; deux jours après, les troupes de l'expédition furent débarquées près du cap Matifoux, et le 26, l'empereur se porta à la têlc de son armée sur Alger qu'il bloqua de tous les côtés - Le lendemain 27, la place aurait sans doute succomba sous les attaques réitérées des troupes espagnoles^ 9^ l'un de ces événements, qu'aucun mortel ne saurait n^ prévoir, ni commander, n'était venu transformer ei* deuil et en désastre les espérances de la victoire. Une^ tempête des plus furieuses détruisit en une seule nuit— une flotte longuement préparée, et les soldats qui étaient descendus à terre eurent à lutter, non seulement contre les éléments déchaînés sur leurs têtes, mais aussi contre les attaques incessantes et acharnées des escadrons turcs qui étaient sortis de la ville et étaient commandes par le gouverneur intérimaire Hassan-Aga,enrabsenc6 du pacha Khaîr el-dyn. Poursuivis et accablés par le nombre, ils furent contraints de tourner le dos et d'aller rejoindre les débris de la flotte qui avait cherché un al)ri contre les fureurs des vents derrière le cap Mati^ foux.

Après s'être ralliées et avoir pris quelques jours do repos dans ce campement, les troupes chrétiennes se rembarquèrent, mais assaillis en mer par do nouveaux orages, cVst à peine, dit un historien, si la moitié des hommes qui composaient cette brillante et nombreuse armée revit la patrie (1). » Telle fut l'issue désastreuse do cette expédition, laquelle entreprise dans une saison

(l) M. Walsin Esterhazy, De la domination turque dans /*a7i« cienne Régence d'Alger, Paris, 1840, p. 140.

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