‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 88 sur 90 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

Pour une âme chercher à s'ennoblir c'est la véritable gloire ; mais la plus belle parure dont on puisse l'orner, c'est la piété.

C'est en la pratiquant, que Ton obtient la puissance dans ce monde et le bonheur dans Tautre.

Dépouille-toi, si tu veux, de ton habillement, mais jamais du vêtement de la crainte de Dieu : l'àme n*a pas d'autre parure que la piété.

Gest mon âme qui m'inspire ce sentiment, mais il n'est pas de nation à qui le Créateur ne l'inspire aussi.

Celui qui prétend nourrir dans son âme le désir de la gloire, conforme ses actes à ses paroles.

Ceux qui, bravant les périls du voyage, se mettent en route pour aller contempler l'objet de leurs désirs, se trouvent heureux, quand^ arrivés sur la pente delà montagne de Mouna, ils descendent vers le puits de Zemzem (1), où ils étanchent Tardeur de leur soif.

Ils accomplissent fidèlement et avec fruit leur course entre Merouah et Safa.

Et quand, en précipitant leurs pas, ils ont fait l'aveu de leurs péchés sur rArafah(2), ils sont bien sûrs d'en avoir obtenu le pardon. Les hommes font le tour de la Câabah, qui leur a été exclusivement donnée pour leur sanctuaire el la maison la plus sacrée.

^1) Puits situé dans Tcnceintc du temple de la Mecque. D'après la tradition mahoraétane, il doit son origine à Tange Gabriel, qui (l'un coup d'aile en fit jaillir une source en faveur d'Agar et d'Ismaël qui mouraient de soif. Les pèlerins doivent en boire le jour de leur arrivée à la Mecque et pendant leur séjour dans la ville sainte. Plusieurs s'en versent sur la tête et sur tout^ le corps, en signe de purification. En quittant le pays ils ne manquent pas d'en emporter des lioles pleines et ils en versent quelques gouttes dans leur boisson pendant tout le voyage.

(2) Muna, Merouah Safa et Arafat sont des montagnes situées dans les environs de la Mecque. Mouna ou Mina est l'endroit où se font les sacrifices pendant les pèlerinages. Il est question de ces localités ou montagnes dans l'Alkoran (II, 152, 154, 194 et 199). Ces courses, ces visites, ces sacrifices sur les susdites montagnes étaient des cérémonies praticiuées de temps immémorial par les Arabes idolâtres. Mahomet en conserva l'usage dans la religion qu'il imposa à ses sectateurs afin de s'accommoder aux préjugés de sa nation et de propager plus facilement sa nouvelle doctrine.

574 APPBNDICB.

Dieu Ta choisie pour son prophète et la lui a désignée en lui adressant ces paroles : Nouls voulons que (en priant) tu te tournes vers une Kiblah qui te plaira (l).

Ils en font sept fois le tour, et chaque fois qu'ils arrivent en face de Tangle de l'Yémen, ils en baisent le côté droit.

Ils se tournent dans leurs prières vers la Gâabah, et en quelque endroit qu'ils se trouvent, ils dirigent leur visage et leurs regards vers ce lieu sacré (2).

Pieux mortels, ils remplissent fidèlement leurs obligations religieuses, qui sont pour eux comme des astres qui en éclairent les ténèbres.

Le soir arrivé, ils se mettent en route ; les chameaux aux poils gris frappent le sol de leurs pieds en faisant entendre leur souffle vigoureux; les jeunes poulains marchent timidement à côté de leurs mères.

Une volée de colombes suivent de loin les pas des pèlerins jusqu'à l'entrée du territoire sacré d'Al-Hima (3), douce compagnie pour des voyageurs qui traversent les déserts !

Lies chameaux généreux retrouvent dans le Hédjaz leur air natal ; ils aiment à s'abreuver de l'eau d'Al-Hodhaib (4), c'est là le chemin qui leur plaît; c'est là leur véritable climat, leur chère patrie.

L'ardeur qui les anime vous dispense de les stimuler : laissez-là les indignes mensonges, que l'on débite sur leur compte : l'avidité avec laquelle ils dévorent l'espace est vraiment admirable.

Voyez leurs flancs : ils sont sveltcs et minces comme le bras d'un arc; voyez les cavaliers qu'ils portent sur le dos, on dirait des flèches tendues.

(1) Alkoran II, 131). Ces paroles sont accompagnées de celles-ci : Tourne donc ton visage vers la plage de Voratoiro sacré, c'està-dire la Càabah, Le mot Kiblah signifie le coté où le point vers lequel nos regards se dirigent. Ici il désigne la direction de la Mecque, où se trouve le sanctuaire vers lequel les Musulmans se tournent quand ils font leurs prières.

(2) Alkoran II, 139.

(3, Village près de Médine.

(41 Localité située entre Yanboc et Al-Djar sur le territoire de Médine.

APPSNOIGK. 575

Ils précipitent les pas de leurs montures ; le désir d'arriver qui les excite, éloigne de leurs paupières toute envie de dormir.

Jusqu'au moment où apparaît à leurs yeux une nouvelle Lune, sans laquelle les astres et la lune qui les accompagne n'auraient jamais brillé dans le firmament.

C'est la lune dTatrib (1) qui répandait ses rayons lumineux sur cette terre et ce ciel, et étendît son éclat sur la terre de Syrie, sur la région du Hedjaz, jusque sur Bosrah (2).

A sa naissance, les astres firent acte de soumission en signe d'hommage : ils auraient désiré d'échanger leur demeure céleste contre le séjour de la terre.

Que de prodiges et de miracles n'ont-ils pas éclaté avant comme après sa naissance; les uns, les premiers, annonçant les autres apparus les derniers?

Sur la terre des Romains, le César a vu sa puissance affaiblie et diminuée ; sur la terre des Perses le Kesra a été épouvanté (3).

Le plus noble et le plus élevé des mortels, le plus beau

(1) C'est le nom ancien de la ville de Médine où Mahomet établit le siège de son pouvoir. Los Musulmans la nomment aussi Medinet el'N&by la ville du Prophète, où simplement Al-Medinah, la Ville. On la désigne quelquefois sous le surnom de Tayibah, l'odoriférante, parce qu'elle renferme le tombeau do Mahomet, dont les restes sont censés exhaler une bonne odeur, comme les reliques des Saints.

(2) Amina, mère de Mahomet, raconta à son mari Abd'el-Motlalib, que pendant la grossesse elle avait rêvé qu'une lumière extraordinaire sortant de son sein, éclairait tous les pays environnants jusqu'aux châteaux de Bosrah dans la Syrie. (Vie de Mahomet par Ibn-Hischam.)

(3) Si l'on en croit les chroniques musulmanes, la nuit où Mahomet vint au monde le palais du roi de Perse, Kesra ou Chosroès-le-Grand, fut ébranlé par un tremblement de terre ; quatorze de ses toui's s'écroulèrent et le feu sacré des Mages s'éteignit. C'est un anachronisme, car à l'époque dont il s'agit, Chosroès-le-Grand était mort depuis plusieurs années. Il en faut dire autant de l'empire des Césars, car à Tépoque de la naissance de Mahomet, en 569 ou 570, sous le règne de Justin II, l'empire romain ne subit aucun désastre, et quoique affaibli par l'invasion des barbares du Nord et par les attaques des Perses, il n'en subsista pas moins jusqu'au milieu du XV* siècle, et plus de 900 ans après la mort de Mahomet.

comme le plus orné, le plus excellent en mérite comme le plus éminent en considération et en dignité,

C'est Ahmed (le très glorieux); c'est Mohammed (le glorifié); le Choisi, l'Élu de Dieu (Mostafa); le mortel qui mérite des éloges sans fin.

Dans son auguste livre il puisait des versets, dont la lecture a fait courber le front des idolâtres.

Il a adressé les oracles et les institutions qu'ils renferment à tous les peuples de la terre; il les a étalés sur le lit resplendissant de la publicité,en les proclamant solennellement.

Son pouvoir souverain et la pureté de son âme y sont clairement indiqués dans les Surates Ya-Sin (XXXVI) et Ta-Ha (1).

0 vous, par qui la terre se trouvait honorée, quand vous marchiez sur elle, quand vos pieds sacrés en foulaient la poussière!

Vous à qui le tronc du palmier fit entendre des gémissements, lorsqu'il se vit abandonné par vous (2). Vous à l'appel de qui les arbres se déplacèrent pour vous couvrir de leur ombre! (3).

(1) Un grand nombre de chapitres de l'Alkoran ont, soit pour titre, soit au premier verset, des lettres isolées dont la signification et la valeur sont inconnues.

(2) Les historiens arabes racontent que Mahomet, quand il fit ses premières prédications à Médine. avait coutume d'appuyer son dos contre le tronc d'un vieux palmier; que lorsque, plus tard, on lui eut bâti une mosquée avec une chaire, il y transporta sa personne et ses prédications; que l'arbre, se voyant ainsi abandonné, se mit à pousser des cris et des gémissements, comme un enfant qui se désole, et que le prophète, touché de compassion, vint Tcm brasser avec tendresse, ce ({ui apaisa le palmier et arrêta ses plaintes.

(3) Mahomet, disent les historiens, ne jouissait pas du privilè«;c des anges : un jour qu'il voyageait avec ses disciples dans le désert, se sentant pressé par un de ces besoins auxquels aucun mortel ne saurait échapper, il chercha vainement autour de lui un endroit pour s'y cacher et se mettre à l'abri des ardeurs du soleil. Accompagné de l'un do ses disciples qui portait l'eau nécessaire pour les ablutions, il rencontra un arbre auquel il commanda de le suivre; plus Unii ayant vu un autre arbre, il lui ordonna égalenicnl de le suivre. Arrives à un certain endroit, les deux arbres s'arrOièreiit cl s'a;^;)rr'/h.iiU l'iin do l'antro ils ciitreinélcrent leurs branches tuuiïues au-iiessuià de la Ictc du prophète. Après lui avoir

Si dans votre main droite les cailloux ont chanté les louanges de Dieu et lui ont rendu hommage; vos doigts se sont aussi illustrés en faisant des signes (1).

Si une gazelle vous a parlé dans un langage clair et intelligible (2), il en faut dire autant des lézards et des loups du désert.

Ce n'est qu'à vous seul que les êtres inanimés ont adressé la parole; et ce n'est point dans une langue ordinaire qu'en vous parlant ils se sont exprimés.

O vous qui, par des oracles descendus du ciel, avez remis dans la voie droite ceux qui s'étaient écartés de la vraie direction et étaient tombés dans le plus déplorable des égarements.

C'est à la lueur de votre éclat que les yeux des mortels ont enfin aperçu le sentier droit, et qu'après avoir erré longtemps, ils ont pu distinguer la bonne direction.

C'est à vous, ô soleil de la bonne direction, que le disque brillant du soleil s'est montré dans tout son éclat, après qu'un voile avait dérobé si longtemps sa lumière à nos regards!

C'est pour vous que la lune se fendit en deux, au moment de son plus grand éclat et dans la plénitude de sa lumière, prodige des plus grands, s'il en fut jamais!

0 vous qui fûtes transporté au-dessus de tous les deux, pendant la nuit qui fut témoin de votre merveilleuse ascension! ((3); qui avez eu l'ineffable honneur d'être admis à

gLÎAsi fourni un abri frais et commode, ils s'en retournèrent avec a, bénédiction de Mahomet reprendre leur première place : « Ni' r^irurrif dit un écrivain qui cite ce fait,/an<a? moliserat ma/iume- TLÊ^m ventris onus deponere/ (Maracci, Prodromi ad réfutation i^Tïi alcorani. Parstertia, p. 202 et 203).

\i) Mahomet, dit la légende, prit un caillou qui se mit à chanter ; 1 le mit successivement dans les mains d'Abou-Bekr, d'Omar et l'Othman et le même prodige se renouvela. Quant aux doigts, il >unût à Mahomet de les mettre en mouvement et de désigner les ^oles de la Gâabah pour les détruire et les anéantir.

(2) Une gazelle, étant tombée dans les filets d'un chasseur, *Upplia Mahomet qui passait dans cet endroit, de la lâcher pour 4^'elle allât allaiter son petit, promettant de revenir : c'est c« *iu'ellc obtint de la bonlé du prophète. A son retour, elle trouva 1® chasseur qui voulait Téfi^orger , mais grâce â l'intercession de ^5i.horaet, l'animal fut épargné et reçut la liberté.

13) Alkoran, Sur. XVII, 1.

baiser le tapis de la Majesté suprême et d'approcher du trône de l'Eternel sans ôter ni jeter votre chaussure, n'en étant séparé que par une distance égale à la longueur de deux arcs et vous tenant même plus près (i). C'est là que vous vous êtes entretenu familièrement avec Dieu, en la sainte présence de la Vérité absolue, dont aucune intelligence humaine n'est capable de saisir le sens.

C'est alors que l'Être suprême révéla des mystères qu'il n'avait jamais révélés à personne et qu'il illumina votre esprit, en y déposant les secrets du ciel (2).

Après avoir accoilipli cette heureuse ascension, il retourna à la Mecque avant l'apparition de l'aurore, avant que les étoiles eussent franchi la ligne qui marque la fin de leur marche nocturne.

Combie'n de miracles Mahomet n'a-t-il pas opérés (3)? qui pourrait les compter et nous en donner le nombre exact?

A qui le souverain créateur a-t-il donné des noms aussi beaux^ des noms qui relèvent au-dessus de tous les mo^ tels?

Aussi c'est un devoir pour lui d'intercéder en faveur de son peuple, qui, de son côté, ne cesse de l'invoquer dans sed prières, en lui souhaitant toutes les bénédictions célestes* 0 vous que Ton n'implore pas en vain, quand l'âme, &^ sentant coupable et redoutant l'approciie de la mort, ® recours à votre puissante protection.

Préservez-moi, de grâce, du feu dont la flamme arden- ^ brûle les visages (4).

Ole meilleur de tous ceux en qui l'on peut mettre espoir! écoute les plaintes d'un homme couvert d'ulcèr

(1) AIkorau, surate LUI. D'après ccrlaiiios traditions, Alh assis sur son trône, appliqua sa main droite sur Tépaulo du prc-^ pliète^ co qui lui causa une sonsation do fraîcheur qui le ^ frissonner.

(2) Ibidem, V. 10.

(3) Malgré les affirmations do Mahomet, qui ne cesse de r6i>ét^ dans son Alkoran (Voy. Surates VII, 194; X, U9 ; XIII, 8, 28 XVII, 00, 90 et passim) qu'il n'a pas été envoyé pour faire de miracles et qu'il n'en fera aucun, ses aveuj»:les partisans s'obstinent à lui on attribuer plus de trois mille, ((ui sont plus ou moins^ ridicules et dépourvus do toute authenticité. (Voy. Maracci, Pro^ dromi ad rcfutalionem Alcorani, pars secunda, p. *9r).)

(i) Alkoran, sur. XVIII, 28.

et de plaies, dont les amis sont absents et se trouvent aujourd'hui dans des régions lointaines.

Il voudrait bien comme eux aller visiter les sanctuaires qui vous sont consacrés; malheureusement ses fautes le retiennent ici et l'empochent d'aller respirer les suaves odeurs qui s'exhalent de votre glorieux tombeau (1).

Demain il pourra aspirer à pleins poumons les souffles embaumés qui s'échappent de ce lieu sacré, et avec quelles délices il va jouir de Fair doux que lui apportera le vent de l'Orient!

Ce vent qui tourmente les chameaux qui portent péniblement sur leur croupe de lourdes litières.

Si avant d'arriver ici, tu traverses la pente de Mina, si tu atteins la vallée de Muna; si de là tu fais une halte sur le sol le plus noble de la terre (2), ne manque pas d'offrir au plus excellent des mortels une salutation plus vive, plus pénétrante, que l'odeur parfumée qu'exhale le musc,

Delà part de l'humble serviteur (3) du Miséricordieux, à notre seigneur le Prophète, qui a réuni dans sa personne toutes les vertus sans exception, et les a possédées dans toute leur perfection.

C'est un vieillard qui nourrit dans son cœur l'amour du Prophète et de sa sainte famille, et qui espère obtenir son intercession dans Tautre monde, comme il a déjà obtenu dans celui-ci la gloire et la considération.

C'est un prince que tous les rois de la terre reconnaissent pour leur souverain, en avouant aussi qu'il possède ^csutes les vertus.

C'est un héros dont les guerriers les plus braves redoui;^»nt la vue et la vaillance, devant qui cèdent et reculent i ^ 8 attaques les plus furieuses.

Ferme et résolu, il exécute toujours ce qu'il se propose; 8^^ s lances et ses sabres ont l'efficacité do ses résolutions, dL^^ même que ses résolutions ont l'efficacité de ses armes. Il a illustré le Khalifat dont il est revêtu, par ses actions snéreuses et par la pluie de ses largesses, et il a couvert I gloire le glaive qui lui a servi pour le défendre.

i\) A la lettre : de Thayibat au doux parfum (Tayibati*l-tyb).

zyibah, qui signifio exhale une bonne odeur est, comme il a fe^t^ dit dans une note précédente, une épithèle de la ville de ^«^ine.

(2) La Mecque^ patrie de Maliomcl.

(3) Ils'agîtdu sultan do Tlcniccn,Aboul-Kahman Abou*Tcsc)iifin .

O VOUS rhéritier des Khalifes dans un empire où se sont élevés et illustrés tant de nobles monarques.

Vos humbles sujets vous adressent leurs félicitations; ib félicitent surtout votre Khalifat, lequel, grâce à votre bonne étoile et à votre prospérité, est parvenu au comble de ses désirs et de ses vœux.

Consolez-vous de la perte de celui que la mort vient de vous enlever : c'était sa destinée et Dieu Tavait ainsi arrêté dans ses décrets immuables et éternels (1).

Que Dieu bénisse son tombeau! qu'il parfume son maubolée et arrose le sol qui renferme sa dépouille mortelle!

Qu'il perpétue l'empire du Khalife, son ûls ! qu'il gloriûe son règne, qu'il en prolonge la durée!

Abd-el-Rahman est pour toutes ses ouailles une favear do la miséricorde divine, car il les garde et les gouverne.

La louable conduite qu'il suit à leur égard vous rappelle celle dont il avait donné l'exemple au monde, avant de monter sur le trône.

Les criminels qui espéraient trouver dans sa clémence le moyen d'échapper à la mort, n'ont pas été trompés dans leur attente.

Combien de personnes qui avaient mérité le dernier des supplices, n'ont-elles pas eu la vie sauve par un effet de &^ bonté et de sa clémence?

Il a voulu dépasser ses rivaux dans la carrière ^^ toutes les vertus; dans la rapidité de sa course, il a p^^' couru Tespace en atteignant le but qu'il s'était proposé-.

Par ses hauts faits il a fait oublier ceux de ses prédéc^^ seurs, et son triomphe a été proclamé aux deuxextrémi'*^* de la terre, en Orient et en Occident I

Si Abou-llammou Moussa a été du Khalifat la pleine- ^ lune, Teschilin en est aujourd'hui le soleil et le cield'oiirayonne.

Si Moussa a été du Khalifat la poitrine, Teschifîn en c^ ' devenu le cœur et l'esprit.

Si le Khalifat de Moussa a été une nuée bienfaisant- * celui de Teschifin a produit des averses et des onde ^ sans fin.

Si avec Moussa le Khalifat a été un œil vigilant, av Tcscliifin il a été une lumière et un éclat resplendissa

Il n'y a dans l'univers que trois êtres qui l'embellissen

(1) 11 s'agit du sullaii Aboii-IIainiiiou II, père du sultan.

si tu considères bien tout ce qui t'environne, tu n'en verras point d'autres. Savoir : la pleine lune, quand elle brille dans la nuit, le gracieux Teschifin et Tastre du jour, quand il se montre à l'horizon et qu'il s'élève dans le ciel.

Ils sont tous les trois d'une admirable beauté : aux yeux des spectateurs ils paraissent jouir d'une parfaite ressemblance.

Les régions les plus éloignées se tournent vers lui dans l'espoir d'obtenir ses faveurs, et ces faveurs sont pour elles comme leur vie et leur gloire.

Les habitants de son royaume ne seraient pas contents, s'ils ne voyaient point son visage. Aussi leur procure t-il volontiers cet agrément.

Il se rend au milieu d'eux de la manière la plus heureuse, et leurs mouvements, à leur tour, ont pour but l'accomplissement d'un dessein des plus louables.

C'est le voyage qu'ils entreprennent afin de participer aux bénédictions attachées à la fête du Mauled, et qu'ils accomplissent en marchant sous leurs drapeaux victorieux.

Nous vivons sous un empire armé d'une puissance formidable ; quiconque ne sait point s'y soumettre est contraint de reconnaître ses lois.

Je suis donc on ne peut plus heureux de célébrer encore une fois l'anniversaire de notre guide spirituel (Mahomet), de jouir du spectacle spiendide de cette nuit qui est pour ^ut son peuple le sujet de la plus grande joie ;

De cette nuit, où deux lumières, celle des flambeaux et œlle qui descend des étoiles, concourent à nous éclairer on dissipant les ténèbres qui nous entourent;

De cette fête nocturne, où votre générosité se plaît à répandre une pluie de dons, qui par sa splendeur ressemble à. un parterre fertile en productions embaumées.

Que Dieu place sur vous un indice certain, un gage assuré du haut rang que vous espérez obtenir dans le séjour de l'immortalité; qu'il daigne vous gratifier, en-haut, d'une félicité parfaite, éternelle et sans fin !

582 APPBNDIGBi

Mohammed al-Tenessy nous apprend (p. 99 de la traduction) que Mouley Abou-Zeîyan, qui régna entre les années 796 et 801 de Thégire (1393 = 1398 de J.-C), ayant reçu des cadeaux du sultan de l'Egypte, Abou-Saîd al-Malek al-Dhâher-Barkok (1) lui en envoya, en retour, quelques-uns qu'il accompagna d'une kacydah de sa composition. Comme cette pièce est fort curieuse, puisqu'elle constate entre les deux souverains des relations d'amitié dont aucun historien, du moins à ma connaissance, ne fait mention, qu'il me soit permis d'en donner ici la traduction.

Pourquoi cette marche rapide de la caravane ? Pourquoi ce départ précipité qui me cause tant de tristesse et de regrets ?

Doucement, conducteur, ralentissez les pas de vos chameaux, car ils emportent avec eux mon cœur, et je les suis de loin,

Soupirant après celle qu'ils portent sur le dos, beauté ravissante qu'ils sont fiers de porter.

Heureux, mille fois heureux les astres qui projettent leurs rayons sur sa litière, pendant qu'elle tend au-dessus d'elle les rideaux, afin de se procurer dans Tobscurité un doux sommeil.

Pendant que les brillantes planètes poursuivent leur ascension vers les hautes régions du firmament, leuréclat

(1) Peu d'annoes auparavant le même sultan avait aussi envoyé un superbe cadeau au seigneur du Maghreb, Aboul'AbbtXs le m^ rinide, .irrâco vraisemblablement à l'intervention ou plutôt en (M)nsidération du célèbre historien Abd'el-Rahman Ibn-Khaldoun. qui Horissait^ors à la cour du sultan de l'Egypte al-Malec Barki)k {Um-Khsj^^^ÊiistoigÊlÊÊi^crbères, tome III, p. 491).

disparaît pour elle dans une litière soigneusement fermée, le corps recouvert de ses voiles et de son magnifique manteau, mais dès le matin, quand elle vient à montrer son front rayonnant, elle dissipe les ténèbres de la nuit, telle que la lune dans tout son éclat.

Perchée sursahaute^monturc, elle franchit avec rapidité les collines du désert et les sables amoncelés parle vent.

Hélas ! au moment où la caravane se disposait à partir, j'ai senti plus [que jamais les ardeurs de l'amour; cette cruelle séparation aarraché à mon cœur des gémissements douloureux et do profonds soupirs.

Avant de me quitter, celle qui Toccupaît tout entier, m'a envoyé un signe d'adieu, et de ses yeux noirs comme la nuit elle a jeté sur moi un regard qui m'a fait couler un torrent de larmes.

Comme j'étais en présence de gens curieux qui m'observaient, j'aurais voulu me contenir ou modérer mes sanglots, mais la douleur l'a emporté : il m'a fallu donner, malgré moi, un libre cours à mes sanglots.

Malheur à l'amant, que ses larmes trahissent^ car elles sont contre lui la source de toute sorte de mauvais propos,!

Il garde le feu qui le dévore caché dans le fond do Bon cœur, mais le jour fatal de la séparation arrive, et les larmes longuement retenues et entassées dans les paupières finissent par déborder, par éclater aux yeux de tout le monde.

Cependant celui qui les verse avec tant de profusion, Aura été la terreur des lions dans leurs repaires, un objet de crainte pour les gazelles qui vivent dans les champs!

Tant il est vrai qu'un cœur généreux est prêta tout souffrir, plutôt que de renoncer au triomphe de la passion qui le brûle, et que, sous ce rapport, l'homme libre devient esclave, et que le puissant se montre faible et soumis.

O Saules d'Al-Wàdy ! ô Tamarix d'Al-Hima (1) ! prô- ^rez-vous Toreille à mes paroles ? Voici ce que j'ai à vous clire:

(1) Al-Wâdy ou Wâdy Kora est \ine longue vallée qui s'étend Qu Nord de Médinc, près du canton de Bedr. Quant à al-Hima, Ï10U8 avons dit plus haut, que c'était un village situé aussi dans le "Voisinage de Médine.

Quand le zéphyre vient à souffler du côté d'AI-Himâ, pourquoi me plairaia-je à soupirer après Al-Daba et à diriger mes pas vers cotte localité (1) ?

Donnez donc uhe libre carrière au vent du levant, afin qu'il arrive jusqu'à moi; car le levant fomente et réveille mon amour.

Plut à Dieu qu'il me fût permla de savoir si avant mon trépas j'aurai l'occasion de visiter les deux villes aaloUa, ou de me rendre seulement à Al-Hima (2) ?

Pourquoi serais-je privé du bonheur de contempler ces deux vénérables sanctuaires ? Pourquoi faut-il que j'en reste si éloigné, tandis qu'il est fréquenté par tant de monde, et que la porte n'est point fermée par celui en qui nous avons confiance, l'illustre souverain qui en tient les clefs et qui jouît d'une réputation le plus justemeol acquise ?

Qui pourrait mieux que lui seconder le désir que j'ai de visiter le tombeau du grand Directeur, du Prophète qui n'a point d'égal parmi les envoyés de Dieu?

Ahmed Mohammed, l'élu, le choisi de Dieu, celui demi l'éminence ne connaît point de borne ?

Je vous invoque, voua le plus excellent de ceux, qui odI apporté aux hommes les bienfaits de la droite direction; vous le plus illustre de ceux qui ont reçu l'inspiration d'en haut et la révélation,

Révélation que le Miséricordieux vous a transmise par U bouche de l'ange Gabriel.

Les oracles divins, consignés dans votre auguste livre, proclament vos louanges ; votrearrivée a été annoncée par la Thorah et par l'Evangile (3).

(1) Al-Dhoba, al-Dhiba, car l'orlliograpiie do ce mot n'ïsl pas ccrtaino dans le manuscrit, est le nom d'une localité, dont tet auteurs arabes ne priicisenl point la position géographique.

(2) C'cBl-a-dire ii Môdine, i^ui possède le tombeau do Mahomet. (3j La Thorah ou loi mosaïque ne fait nulle part mention du

prophète des Arabes. Quant à l'I^vangilc ou aux Evanj^iles. c*e9l i tort que les nouveaux théologiens musulmans prétendent trouTU le nom de Mahomet dans celui de Paraklétos ou Paraklito» qui, en grec, veul dire avocat, consolateur et nullement loui, louable ou glorifié, nignilication littérale du nom de Af a/inmel oa. Jkf (iJwm> med. D'ailleurs, qu'y a-t-il de cnraniun entre le Pnrac(et, ptoin'l par le Sauveur du monde t sos L\]nj|ri;s cl Je pvét40du proplii-u- dui Arabes? Jéaus-Uhrisl avait pumiis à sda 'lisdploada l«ur cnvojït

Vous bénir, vous saluer est une des choses les plus suaves dans ma bouche; quand nous répétons votre nom, nous le trouvons doux comme le miel.

J'en jure par votre sainte et redoutable demeure : sa vue n'inspirerait aucune terreur à mon cœur, puisque votre amour seul le remplit et le fait battre.

Suis-je donc condamné à ne pouvoir jamais aller faire ma visite au plus excellent des mortels, ce qui est Tobjet de mes vœux les plus ardents et de toutes mes prières ?

Quand est-ce que les nuits rempliront en ma faveur leurs

belles promesses? Malheureusement, on ne peut guère

compter sur les engagements de la fortune inconstante et

changeante.

Ce qui est pour moi un obstacle à Taccomplissement de

mes vœux, c'est rénormité de mes crimes qui pèsent sur

ma conscience comme un très lourd fardeau.

Je suis un homme accablé de dettes ; veuillez être indulgents. Je suis coupable et criminel : pardonnez-lui. Je bronche et chancelle : daignez Taccueillir dans vos bras et le soutenir. Je suis un pauvre exilé : rouvrez-lui le chemin de la patrie. Je suis sous votre clientèle : accordez-lui votre protection qu'il espère et sollicite.

De quoi doit s'occuper l'esprit? à quoi peut s'attacher le cœur, quand la jeunesse s'est envolée, quand les cheveux blancs vous ont envahi ?

L'amour ne sied plus à un cœur, dès que la neige qui brille sur la tète exige, pour la conservation de sa blancheur et de sa propreté, les soins assidus d'une main délicate.

Car la flamme qu'il nourrit, s'échappe et succombe sous les attaques répétées de la calvitie qui s'acharne après lui.

Or, cet horrible fléau s'est précipité sur la fraîcheur de ma jeunesse, comme on voit le sabre de l'Emir (1) se précipiter sur les escadrons des mécréants.

le Paraclet quelques jourts seulement après son ascension au ciel : Non multos posthosdies (Actes des Apôtres, I^ 6), et ce n'est que 600 ans après cette date que Mahomet a paru à la Mecque? Aussi les Mahoniétans éclairés et de bonne foi sont-ils obligés d'avouer, mais seulement in-petto^ que Mohammed n'est point le Paraclet, Le nom qui convient le mieux à cet imposteur, c'est celui, non de Paraclet ou Consolateur, mais de Paraklytos, c'est-à-dire mal famé ou infâme.

(1) C'est-à-dire le sultan Abou-Saîd Barkok.

586 APPBNDIGB.

O conducteur de la caravane qui se dirige vers le territoire sacré de l'Hedjaz, et qui emporte mon cœur parmi ses précieux bagages,

Fais parvenir à Mahomet mes respectueuses salutations, car mon cœur invoque son nom, n'ayant pas d'autre patron que l'auguste personne de Mahomet.

Prie Dieu pour moi, demande^ui qu'il daigne m'accorder le pardon de mes fautes ; il exaucera tes prières, car les prières ne manquent jamais d'être accueillies favorablement.

Ne manque pas, non plus, d'y prier pour le bonheat d'Âbou-Said, car combien de fois ce pieux souverain n'a»" t-il pas envoyé auprès de l'Âpôtre de Dieu des messager^ ' chargés de lui offrir le voile destiné à recouvrir le templ^ sacré I Riche envoi ! précieux don !

Soit-il à jamais fortuné Abou-Saîd, lui qui est comm une épée menaçante et constamment levée sur la tète de.^ ennemis de l'Islam!

O'est un souverain, sous la protection de qui les habitant^^ du Maghreb-Extrême accomplissent le devoir du pèlerina et peuvent se rendre en toute sécurité auprès de l'apôtre de Dieu.

C'est un prince à qui le monde doit de pouvoir dormir tranquillement, qui rend sûres les routes dangereuses et ôte toute crainte aux voyageurs.

O'est un roi, dont l'empire s'étend au loin; dont la majesté est une source intarissable d'espérances ; dont la bonté est infinie; dont la munificence ne connaît point de bornes.

C'est un héros^ dontles actions sont les plus belles; dont l'illustration a des racines solides et profondes; dont la gloire ne laisse rien à désirer; dont la tidélité à sa parole est ferme et inébranlable.

0 zélé et dévoué serviteur des deux villes sacrées, apprenez que vos vœux ont reçu leur accomplissement, que grâce à Dieu, vos superbes cadeaux nous sont parvenus.

O mon trésor! ô mes bonnes clefs ! elles me permettent de disposer en votre faveur d'un digne présent, d'une progéniture (1) que je suis fier de vous envoyer.

Je vous l'offre comme une personne fort belle et encore

(i) C'est ainsi que le po^to désigne une riche épée, destinée à être offerte en cadeau au sultan Barkok.

APPBNDIGB. 587

vierpre, qui n'a jamais eu d'autre maître que moi, comme beaucoup peuvent l'attester et le garantir.

Puisse l'amourqui me lie avec elle briller sur son front (i), jusqu'au moment où il pourra librement se dérider.

Puisse-t-elle un jçur reparaître en notre présence avec celui qui la portera et être réunie à nous, comme jadis l'amour réunit Bothainah et Djamil ! (2)

Que ce cadeau soit un gage permanent de Tamitié et de la fraternité entre deux princes qui s'estiment et s'aimenti

Que sur le champ de bataille elle projette son éclat sur les arcs qui, comme autant de lunes, dissipent Torage aussi noir que la nuit!

Que son tranchant victorieux lance des éclairs qui éblouissent les yeux des spectateurs !

Qu'à la vue de sa pointe brillante et acérée les gazelles intimidées prennent la fuite, et que sa lame redoutable, pénétrant dans le corps de Tennemi, en fasse jaillir le sang impuri

A ce magnifique présent je joins des étoffes venues de PYémen, et que Ton a eu soin de tremper en Egypte dans les eaux limpides du Nil.

Ce sont de belles pièces, qui vont heureusement retrouver les lieux où régnent Télégance et la beauté.

Elles sont, en effet, d'une beauté si ravissante, que toutes les bouches leur envoient des baisers et voudraient les embrasser.

Prince, qui avez mis le comble à mon bonheur, vous mon frère chéri et mon puissant soutien, vous vers qui tous les cœurs tournent leur affection,

Si les liens d'une tendre amitié vous unissent à moi d'une manière imprescriptible; si ce sentiment est pour votre cœur une loi sûre et inviolable,

Sachez que, de mon côté, l'amour que je professe pour vous n'est pas moins sincère^ ni moins solide; que rien ne pourra le contredire ni Taltérer.

(1) A la lettre : sur sa lame»

(2) Personnages héroïques, dont il est question dans le Hamassa. Ils appartenaient à la tribu arabe de Hodhra, fraction des Codaites, et habitaient dans le Naàjd. Leurs noms sont restés attachés à une localité do cette contrée appelée Al ' Ad j far ou Adjfor, située sur la route des pèlerins entre Koufah et la Mecque. (Voy. la Rihlah ou voyage d'Ibn-Dj obéir, du texte arabe. Edition do M. William Wright, Leyden, 1852, R. 208.)

588 APPENDICB.

C'est un sentiment qui ne fera que se développer et s'accroître. Dans cette circonstance vous avez une marque de son existence et de sa solidité; quant à Tavenir, sa durée vous est assurée et indubitable.

Voilà les cadeaux que je vous açlresse. Veuillez les agréer comme un gage de ma sincère amitié ; une marque est infaillible, quand elle est accompagnée d'une preuve palpable et évidente.

Quand ils seront présentés, en mon nom, à votre Majesté, qu'ils reçoivent un accueil favorable ; qu'ils aient l'honneu d'être acceptés !

Puisse l'amitié, malgré la distance qui nous sépare, unir indéfiniment nos cœurs et les lier l'un à l'autre pour toujours!

Puissiez-vous, grand prince, jouir longtemps des faveurs de la fortune et voir la prospérité de votre règne prendre chaque jour de nouveaux accroissements t Puissiez-vous, continuer à vivre à l'ombre sereine des plaisirs et d'un bonheur sans fin !

Poème du cheikh Abou'l-IIassan-Aly al-Asschab al- Fessy en l'honneur du sultan Abou-Malek-Abd'el- Wahed, qui venait de faire la conquête de la ville d'Alger.

Cette pièce est citée par Thistorien Al-Tenessy dans la vie de ce prince (p. 114 et suiv. de notre traduction).

Les vers sont du mètre KàviiL En voici la traduction :

Ce qui fait la gloire du héros que je chante, ce sont les lances à la couleur fauve ; ce sont les attaques furieuses, les hennissements des coursiers qui animent les combattants, c'est le sabre de fer indien.

Pendant que les bras des arcs bandés font voler de tous

les côtés des messagers de mort, et que le destin porte dans tous les rangs des coups sûrs et inévitables ;

Que les coursiers, lancés au milieu des sabres et des lances, courent impétueux comme la tempête, et brillants comme les éclairs ;

Que les lances se courbent comme les moines de Madian dans leurs maisons, que le tranchant des épées s'abaisse sur les corps de l'ennemi, que, dans Tair obscurci par la poussière, le fer des lances brille comme les astres du firmament, et que les sabres resplendissent tels que des éclairs accompagnés du tonnerre.

C'est qu'en effet l'élévation et la renommée sont le prix des belles actions et du triomphe des armes, et que la gloire ne consiste ni dans l'abondance des richesses, ni dans le nombre des belles femmes.

C'est que notre héros ne s'engage jamais inconsidérément dans la voie des actions périlleuses, et que les revers de la fortune le trouvent toujours debout et tranquille.

Il brandit son sabre au milieu de l'obscurité de la nuit ; les étoiles Soha et Farkad lui reprochent de le trouver toujours éveillé (1).

Pour lui, l'éclat des armes remplace la clarté de l'aurore, pendant que la nuit le couvre de ses ombres et que le jour est encore éloigné.

C'est alors qu'il aimeà s'entretenir à la clarté d'un foyer ardent, et qu'il se contente de reposer sa tète sur la pierre dure à la place d'un doux oreiller.

Quand les astres roulent dans les sphères célestes, il n'en saurait déterminer la hauteur, mais il connaît le chemin droit qu'il faut suivre dans les positions difficiles.

C'est à Dieu que l'on doit attribuer l'illustration que procurent les armes, mais il n'y a de gloire que celle qui est fondée sur la bravoure.

Elles inspirent les belles actions et il n'en est point de plus glorieuses. Quand un mortel veut ainsi s'illustrer, il n'a point d'autre pensée ; il poursuit son but avec la plus grande ardeur.

|1) Soha est le nom d'une étoile très obscure dans la constellalioQ do la Petite-Ourse. Quant à Farkad, c'est Tune des deux grandes étoiles de la môme constellation, que les Arabes appellent Farhadan ou /e8 deux veaux, et qui servaient de guide à ceux qui voyageaient dans les déserts.

Quiconque ambitionne les hautes faveurs de la fortune, a pour le servir les événements et le temps.

Mais si Ton parvient à se couvrir de gloire, c'est à Taide que nous prête le roi unique et tout puissant qu'on doit Tattribuer.

Quant à notre souverain, c'est à sa bravoure qu'il est redevable du succès de ses armes ; c'est la joie constante qui rejaillit sur sa figure et la bonté ineffable de son caractère, qui ont adouci pour lui les difflcultés et secondé son triomphe.

C'est le meilleur des monarques, le plus excellent de ceux qui dirigent les affaires de ce monde ; on dirait, à le voir, que c'est une douce abeille qui bourdonne ou une arme qui inspire la terreur.

Il est la couronne du khalifat, l'œil et la lumière de l'empire, son ornement le plus beau. II est l'asile et le refuge de ceux qui ont recours à sa suprême puissance.

C'est un prince qui s'est rendu redoutable; qui, s'étant lancé dans la carrière de la gloire, est parvenu à une grande hauteur, grâce au concours de la fortune la plus favorable.

Combien de difficultés son jugement droit n'a-t-il pas résolues, pendant que Dieu prenait soin de son empire et l'affermissait ?

C'est par sa prudence et par la sagesse de son gouvernement, qu'il est parvenu à résister aux attaques des puissances voisines, à triompher des contradictions de son temps. Armé de courage et de constance, il a pu tirer d'embarras et secourir un prince étranger il) à qui les roisavaient rendu hommage et dont ils avaient recherché l'alliance.

C'est en sa faveur qu'il a tiré bravement le sabre, pour le replacer sur le trône aux applaudissements et avec l'admiration de tous les peuples.

Il a fait sentir à l'ennemi la puissance de son bras, ayant pour auxiliaire la victoire, et à son service le tranchant do sa formidable épée.

La nue la plus féconde est moins libérale que sa main; les tléchos du destin ne sont pas aussi menaçantes que la pointe de ses armes.

Plût à Dieu que les ennemis de ce prince eussent été plus

(\) Le sultan mérinitlo Mohammed, aiTiôre-pclit-lils du snhan Abou-Einan. (Voyez Al-Tenessy, Histoire des Beni-Zeiyan ,

APPBNDICS. 591

justes, plus raisonnables! ils se seraient soumis à sa légitime autorité ; malheureusement ils ont mieux aimé s'écarter de la voie droite.

En faisant appel à la générosité de son cœur, vous étiez sûr, AbouU-Rahman (1), de trouver auprès de lui aide et se* cours; qui pourrait, en effet, cacher Téclat de sa puissance ou éteindre la gloire de son nom ?

Si un malheur vient à réprouver, il n'en saurait recevoir aucune atteinte ; loin de là, s'emparant fortement du dra« peau qui le menace, il le renverse, et il contemple avec joie l'infortune terrassée et soumise à ses pieds : quand donc a-t-on vu sur un champ de bataille ce lion redoutable contenir sa fureur?

Si un danger le menace, si un revers se fait craindre, aussitôt il le découvre, le montre et le conjure.

Jamais un changement de fortune n'est venu s'attaquer à son empire, sans que le souverain bienfaiteur de l'humanité n'ait accouru à son secours.

Avec quelle ardeur n'a-t-il pas souhaité voir sous la protection de son ombre ce prétendant qui s'était détaché du parti des gens de bien et que Dieu avait abandonné ? cet ingrat s'était emparé de quelques-unes des villes du royaume, comptant sur la durée de son usurpation.

Heureusement, ô le plus excellent des khalifes, vous venez d'attacher l'ignominie à son souvenir; il porte un nom qui n'y sera plus répété.

Vous avez fait oublier ses ordonnances et prescriptions ; vous les avez effacées et annulées pour toujours; jamais homme professant l'unité de Dieu n'osera parler de cet odieux personnage.

Votre bravoure n'a point reculé devant la guerre qu'il vous avait déclarée ; vous Tavez combattu jusqu'à ce que le pouvoir qu'il avait tenté de fonder^ fût entièrement extirpé (2).

Abd'el-Wâhed, mon souverain, poursuivez vos glorieux

(1) Il s^agit du prince môrinidc Mohammed, iils d'Abou-Moham* med, fils d'Abou-Tarik, Iils d*Abou-Einan, que le sultan de Tlemcen, Abou-Mâlck Abd'cl-Wàhed aida à monter sur le trône de ses ancôtres.

(2) L'histoire se tait sur le nom de ce prétendant ou de cet usurpateur : c'était vraisemblablement (luclque prince appartenant à la famille royale des Beni-Zciyan.

exploits contre vos ennemis, en faisant usage de vos armes triomphantes, en déployant votre ardeur guerrière et votre invincible bravoure.

Pour vous les nuits pénibles sont passées; à vous toutes les sympathies sont acquises ; les astres eux-mêmes vous annoncent l'avenir le plus heureux.

Le Commandeur des Croyants a droit à tous mes hommages, car à combien de désagréments et d*humiliations n'a-t-il pas été exposé ? à combien de calamités n'a-t-il pas échappé ?

Je le félicite, en particulier, de la victoire qu'il vient de remporter, parce qu'elle ajoute un nouvel ornement à sa gloire, parce qu'elle soumet à sa puissance ses ennemis et qu'elle ferme la bouche à ses envieux.

Poème composé par l'auteur de l'histoire des Beni- Zeiyan en l'honneur du sultan Mohammed al-

MOTAWEKKEL AL-AlLAH, A L'OGCASION DE LA VICTOIRE QUE l'armée de CE PRINCE VENAIT DE REMPORTER SUR

l'Émir Mohammed Ibn-Ghraleb qui lui disputait la couronne.

« Ce malheureux prince, dit Al-Tenessy, qui s'était mis à la tOte d'un ramassis de bandits, fut tué dans une bataille qui se livra dans les montagnes des Beni- Ournid, le 13chawal de l'année 868 de l'hégire (14G4 de J.-C). On apporta à Tlemcen sa tête qui fut présentée au Sultan dans un bassin de cuivre et ensevelie le lendemain dans le cimetière de Ilubbed. »

Le poème est du mètre Taouïl et se compose de 103 vers, qui riment en Tou^ rime difficile et qui se rencontre rarement dans les compositions poétiques des

Arabes. Malgré la difficulté [du texte qui présente, en plusieurs endroits, des allusions historiques peu connues ou des expressions rares et peu usitées^ j'ai essayé de le faire passer dans notre langue , d'en donner une traduction plus ou moins littérale, afin que le lecteur curieux puisse se faire une idée du goût et de la manière des poètes arabes à l'époque de décadence qui donna le jour à cette composition.

VERS

Je passe les nuits à verser des larmes, qui tombent de mes paupières, telles qu'on voit des perles précieuses se détacher d'un collier, quand le fil qui les retient captives vient à les trahir.

Elles inondent le sol de mon visage,;les mèches flottantes de ma chevelure et les bords de mon cou; elles tracent un long sillon sur chacune de mes joues.

Elles sont produites par le feu ardent qui dévore mes flancs : on dirait un torrent de pluies déversées par la nue, quand elle est enflammée par les éclairs.

Les pleurs que je répands sont si abondants, que je me Tois tantôt plongé dans une mer sans rivage,

Tantôt consumé par la flamme qui brûle mon cœur ; ^ut mon corps porte la trace de l'incendie allumé dans mes flancs.

Dans ces deux malheureux états, je me trouve comme Snondé par une pluie torrentielle, et il n'est aucune partie de mon corps qui ne soit envahie par un déluge de Ilarmes.

Ce qui les provoque, c'est la vue de ces lieux, qui,

u détour de la vallée, se terminent par des collines de lables.

C'est là que s'élèvent des habitations, où pendant do ongues années j'ai joui de la compagnie d'un prince qui lavait me rendre heureux. De mœurs douces et faciles, il manquait jamais de me montrer un visage riant.

Là, il vivait avec moi comme une tendre gazelle, dont je si'avais nullement à craindre la fuite; quand on lui démanchait une faveur, il ne savait jamais refuser.

11 suffisait qu'on lui exprimât un désir, pour que aus;»i'

594 AÎ'PKNDIGE.

tôt il ouvrit son cœur et donnât une marque de sa générosité : telle était sa noble habitude.

Que dis-je? Il allait même au devant des besoins et dea désirs. Tout ce qu'on pouvait lui reprocher, c'était de se montrer trop généreux; d'avoir un air toujours riant, toujours ouvert.

Des cheveux longs et tressés formaient autour de sa tèU de gracieuses boucles ; doux et mœlleux ils pendaient ^^ comme la grappe du dattier.

Il avait les sourcils longs et d'une grande finesse ; on l^ aurait pris volontiers pour des Nouns allongés et portât^* dans le ventre leur point diacritique.

Quand il jetait sur quelqu'un ses yeux grands et noi^*"^ comme la nuit, ces regards étaient des traits enflamma ^ qui perçaient le cœur et lui donnaient la mort.

Les bijoux qui parent les autres mortels semblaiea briller sur lui d'un éclat plus resplendissant; les colliers les pendants et les boucles d'oreilles enviaient l'honneu^ de lui servir d'ornement

Sa main douce et délicate reilétait la blancheur de I soie ; ses doigts rappelaient par leur forme et leur couleur ces vers longs et rouges qui rampent dans les sables du désert. Parfumés et odoriférants, ils captivaient les yeux, quand ils se tendaient pour faire des largesses.

Il avait la taille svelte et Une; quand il s'enveloppait dans son manteau, c'est à peine si son corps sentait le frôlement de son vêtement arabe ou de sa robe trainanle.

Il montait un coursier, dont la croupe rebondie tremblotait quand il se mettait en mouvement; on eût dit un tas de sables amoncelés par lèvent; il était redoutable, car une fois lancé dans la carrière, il ne savait plus s'arrêter.

Ses jambes étaient droites comme les tuyaux d'un roseau ; elles étaient égales comme les dents d'un peigne.

Mes jours s'écoulaient tranquillement et avec délices dansées lieux enchantés, quand nous avons été calomniés par des intrigants, par des gens de néant, hostiles, envieux et misérables.

Les parents et amis de mon patron Tont entrainé avec eux et, s'associant à ses projets désastreux, ils sont allés se cantonner dans des demeures lointaines.

Ils ont laissé dans mon cœur laffection inviolable que je leur avais jurée, mais emportant avec eux les reproches que je ne leur avais point épargnés.

APPeNPiGE. 593

Dans ma douleur, jo n'ai écouté ni mes voisins, ni mes parents, ni les gens du pays qui m'a vu naître ; chaque matin l'on m'a trouvé plongé dans un océan de pleurs.

Mais, après un certain temps, ayant vu la fortune me sourire et quitter l'air sombre et désagréable qu'elle m'avait montré,

Je suis rentré en moi-môme, et m'adressant à mon âme qui avait reçu tant de blessures pour soutenir un parti désormais perdu et désavantageux, je lui ai dit :

Hé! mon âme, laisse donc là la fortune avec toutes les plaintes dont tu l'accables. À-t-on jamais vu un cœur à l*abri de ses vicissitudes et de ses coups imprévus?

Prépare ta monture, et sans tarder, dirige-toi, à l'entrée de la nuit, vers le meilleur des aidants, vers le plus puissant des sultans que l'on puisse aborder :

Je veux dire le prince des Musulmans, Mohammed, ce noble rejeton du prophète dont il porte le nom, ce monarque^ dont la main se plaît à répandre et à prodiguer les faveurs;

Vers lequel tous les yeux n'ont cessé de se tourner dans l^espoir de le voir monter sur le trône, exercer le souverain pouvoir et apprendre aux hommes à obéir à ses lois;

Qui par l'éclat de sa lumière a illumine la terre entière ; dont les belles actions qui s'élèvent aux plus grandes hauteurs, n'ont à craindre ni chute ni échec;

De la part de qui les souverains ont à redouter la bravoure et les attaques; dont ils recherchent l'alliance et l*amltié, dans la crainte d'encourir sa colère ;

Dont la gloire sublime brilfe au-dessus même du firmazxient; à qui les astres seraient heureux de pouvoir servir de tapis ou de marche-pied ;

Dont Chikk et Satihh [1] avaient jadis publié le nom;

[U Selon le dire des Arabes, Chikk et Satihli soient doux j^cr-

c» «=>nnage8 qui vivaient avant l'apparition de rislamisnic et à qui

I "* on attribue phisiours prophéties touchant les dynasties qui devaient

K-«S)fner après Mahomet. Satihh avait, dit-on, tout le corjis, excepté

1 «K*téte, sans os. Quant fn. (!7hikk, la moitié de son corps seulement

p» M-éeentait la forme humaine. Les Chikk étaient des monstres do

l ^^^ race des djinn§, qui se plaisaient k tuer les voyageurs, quand ils

l>^^i» rencontraient isoh'mont pendant la nuit. IVoy. Caiissin do

l ■^«rceval, Essai sur Vhiaioire des Arabes acant Mahoinet,

t:«j>mcl, p. 97 et Massooudy, les Pruirica d'or, tome III, p. C34 et

aviiv.)

dont les étoiles et les signes du zodiaque avaient annoncé Tavènement au trône ;

Qui a été choisi par PElu de Dieu, pour que les ambassadeurs des puissances étrangères viennent se courber sur ses tapis, en signe de respect et d'hommage ;

Qui appartient à une race dont l'origine fort ancienne, honorable et illustre, est toujours restée pure de toute mésalliance ;

Qui est issu d'une famille des plus solides et des plus puissantes parmi les Arabes et qui doit sa naissance au meilleur des mortels ;

Qui a eu pour mère une femme d'une éclatante beauté, aux mœurs pures et virginales ; qui peut se glorifier do compter parmi ses aïeux les hommes les plus illustres ®^ de descendre en ligne directe de TÉlu de Dieu,

Mohammed qui a été envoyé aux hommes par misér^* corde (1), afin qu'ils devinssent l'objet de sa protection ^ de son gouvernement ;

Prophète, dont la science a égalé les profondeurs (^ '^. l'Océan, et à la source de laquelle il n'est point d'Envoyé qui n'ait eu à puiser.

Puisse la bénédiction céleste reposer sur sa tête, tan ^ que le zéphyre exhalera son souffle! tant qu'une tribu-^ traversera les déserts pour se rendre dans son cantonne — ^ ment!

Telle est l'illustre et noble origine du commandeur des ^ croyants. Quand à ses hauts faits, ils sont plus que célèbres : chacun les raconte, chacun se plaît a les réciter, à les inscrire et à les noter.

Point de qualités, point de vertus particulières qui peuvent honorer un prince, dont il ne soit lui-même orné; il les réunit toutes sans exception dans son auguste personne, comme dans le fil d'un riche collier.

Héros magnanime, si armé de son sabre il poursuit l'ennemi, il ne le quitte qu'après lui avoir fait mordre la poussière.

En possession d'un trône resplendissant, prince naturellement bienfaisant et plein de bonté, beau et grand dans ses manières, il aspire à s'élever et non à descendre.

Le plus grand des rois de la terre en puissance et en diîi^nité, il se montre aussi plus libéral que tous ceux qui

(IJ Alkoran, bur, XXI, 107.

donnent, et le plus indul&^ent de tous ceux qui reçoivent.

Afin que la fortune qui avait déjà porté sa gloire si haut, mil le comble à ses faveurs, elle est venue illustrer son règne par Tun des plus heureux événements.

Dieu! quel beau jour que celui du mercredi! que cette matinée, témoin de Tévcnement qui a conservé son nom ! que ce jour que Ton ne pourra désormais confondre avec un autre !

Jour à jamais mémorable, où des hommes rebelles, injustes et inhumains, nous livrèrent le corps de celui dont ce jour portera désormais le nom !

Où Ton apporta une tête qui s'était habituée au mal, autour de laquelle des gens égarés et criminels semblaient former un collier inséparable.

Placée dans le fond d'un bassin de cuivre jaune, elle était couronnée par les bords rayonnants de cet ustensile.

Telle a été la fin que le sort avait réservée à ce malheureux prince.

Cette bonne nouvelle a été accueillie par les Musulmans avec allégresse; il ne s'est rencontré aucun ami de la religion qui n'ait pris part à la joie commune.

Ceux môme qui, en proie à la haine, portaient habituellement sur leur visage l'empreinte de la tristesse, ou qui cachaient dans le fond de leur cœur leur affreux sentiment, n'ont pu s'empêcher de montrer dans cette occasion un air joyeux et content.

Ce premier triomphe ne manquera point d'être suivi d'un second et môme de plusieurs autres, si bien que nul ne pourra les compter, ni en savoir le nombre, ni les inscrire.

Notre Seigneur et maître subjuguera l'Orient et l'Occident, sous le règne d'un empire destiné à s'étendre et à se propager.

Eh quoi? ses droits au souverain pouvoir no sont-ils pas fondés sur la Thorah, sur les paroles des Livres sacrés, sur rÉvangile, sur les Psaumes et le sublime Alkoran ?

Dès ses plus tendres années il a donné des preuves d'un jugement solide, joint à un esprit ferme et résolu, vertus qui ne sont pas toujours l'apanage de la vieillesse, ni des cheveux blancs.

Il montre constamment un visage si gai et si riant, qu'à son aspect le sombre front de la fortune ne peut que se dérider. Soyez sans crainte, vous ne verrez jamais éclater dans ses traits le moindre signe de disgrâce ou de colère.

de V

r.êr

ut'

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Ba générosité est sans borne : c'est une mer dont les flots 1 m r ^

se répandent de tous les côtés ; ses bienfaits sont un gouffre 1 ^^^-

sans fond et ses grâces un rivage sans fin. I ^^

A chaque demande il aime à répondre oui ; jamaifl solli- 1 ^°^'

citeur lui entend dire non. I *^"^

Tous ceux qui espèrent, courent après lui ; il un eet de

même de ceux qui ont à se plaindre des coups de la fortune. I ^^

Il n'en est aucun qui n'obtienne de lui l'objet de âes 1 ^'^

désirs ; les uns reçoivent des grâces, les autres ce qui est 1 . V^

juste et raisonnable. | ^}^^

Il s'est lancé dans la carrière de la gloire et il a eu l'honneur de remporter la victoire; il n'a rien eu à envier à ceux qui ont couru vers le môme but.

Parmi les rois, ses concurrents, il est arrivé le premier • c'est à celui qui trône dans les cieux qu'il doit la victoi^* Pour obtenir de sa libéralité richesse et puissance,!! ft ^^ pour condition les hommages et la reconnaissance de son ^^' torité; qui oserait ne pas souscrire à une pareille conditiOi^ • Dans le choc des batailles, sa lance porte tmpitoyal>l^' ment des coups redoublés; son sabre fait d'affreu^^ entailles sur le corps de l'ennemi.

Qui voudrait apprendre l'art de l'écriture pourrait ré**^" dier sur les victimes de sa fureur guerrière; on trouvef*^^ sur leurs Corps gisants et abattus, ici les lettres isolém^^ placées, là les mômes figures avec leurs voyelles, avec 1^*^^ prolongation, avec leurs points diacritiques.

Quant à ce qui est de ses nobles enfants (que Dieu multiplie le nombre! qu'il daigne seconder leurs prises et les diriger dans le droit chemin !).

Ils se distinguent tous par leurs talents, par la sagac i de leur esprit, que rien no saurait surpasser; par un mér ^ dont l'cclat n'est nullement inférieur à celui de la plei lune, quand elle brille au milieu de la nuit.

L'honneur du commandement resplendit dans leir ^Z^t mains, quand ils tirent le sabre et se jettent intrépidemer sur ceux qui osent les attaquer.

Nous nommerons comme occupant le premier rang, ^^^ charmant prince Teschifin, qui se couvre de gloire quar"^*- ^ sur le champ de bataille il tire son sabre redoutable massacre tous ceux qui l'attaquent.

Après lui le beau Abou-Hammou dont les doigts savent se tendre que pour faire des largesses.

Ensuite le brave Yaghmour, qui, plein d'une ardeu^

guerrière et de sentiments généreux, protège nos foyers et nous entoure de ses soins bienveillants.

Quant à Abou-Abd'Allah, cet aimable et gracieux prince, nous savons que, pour obtenir ses faveurs^ il n'exige rien autre que Tamour pour sa personne.

 ses amis il ne sait rien refuser de ce qui peut les secourir et les rendre heureux; pour ses ennemis il a des traits qui percent et blessent leurs cœurs.

Quand leur auguste père, soleil rayonnant, fait son apparition au milieu d^eux, tous les quatre ils forment autour de lui comme un splendido collier.

Ils l'environnent avec éclat à droite, à gauche, par derrière et par devant; il est en quelque sorte Tétoile polaire autour de laquelle ils se meuvent.

Dans les hauteurs qu'ils parcourent dans leurs sublimes évolutions, on voit à leur suite leur jeune frère Abou-Saad, qui brille comme la pleine lune dans tout son éclat.

Il en faut dire autant d'Abd'-Aliah, le meilleur et le plus doux des princes de son âge, car une fois Çu'il vous a accordé sa faveur, vous n'avez plus à appréhender sa disgrâce.

Réunis avec celui qui leur sert d'étoile polaire, ils sont an tout au nombre de sept, autant que l'on compte de planètes brillantes dans les sphères célestes, tant est resplendissante la beauté qu'ils ont reçue en partage!

Ajoutez à cela qu'ils restent tous immobiles dans la même demeure, tandis que les astres en question sont :oujours errants dans la vaste étendue des cieux.

Dieu a voulu que l'empire se perpétue et s'éternise dans eur race; c'est ce qui se trouve écrit sur la table de ses arrêts immuables.

Leur vouer l'obéissance et la soumission est donc une >bligation qui nous est imposée par la loi divine; quiîonque se montrerait rebelle courrait à sa propre perte; lans l'autre monde sa conduite trouverait un châtiment redoutable.

Désormais on implorera leur secours dans toutes les montrées de la terre, en Orient comme en Occident, chaque lation en aura sa part.

Leurs lois seront reconnues par tous les Arabes, par les rliah, les Zoghbah, les Màakil, les Chaouis, par la tribu do Djâber, par les peuples de race mélangée.

Par les tribus de Yazid, de Hakim avec celles de Hélai,

de Hâmer, de Chakik, par tous les descendants de ÀdnàB<) de Kahtân, enfîn par toutes les races de sang arabe.

Leur domination s'étendra également sur les peup'V^ barbares, les Abyssins, les Berbères, les Grecs et les FS»^ mains, les Perses et les Coptes.

Les habitants de Tlnde et du Sind, les Nabathéens et Sabéens, les riverains du fleuve du Sabath (1), les Khaz etlesZotts (2).

Qui pourrait compter et connaître toutes les vertus ces nobles enfants ? On y consacrerait les plus longues cherches, la diligence la plus absolue, les notes les pi minutieuses, que l'on n'en viendrait point à bout.

Ah! grand roi, accueillez avec faveur mes louanges fruit d'une rapide improvisation, et incapables d'exprim toutes vos éminentes qualités.

Quoiqu'il en soit, les voici mes chants ; leur beauté Vl^ rien à envier à la fraîche parure des jeunes vierges; 11^ abondent en expressions choisies et élégantes.

Tel qu'un jardin luxuriant et orné de fleurs épanouies^^ où il ne croît qu^ d'humbles plantes odoriférantes, où l'on ne voit ni haut tamarix, ni khamt au feuillage (3) touffu, ni autres grands arbres, tel vous paraîtra ce modeste poème.

Il est vrai que mes vers sont enrichis de rimes dont la magie enchante Toreille et fait oublier celle des Babylo-

(i) C'esl probablement le môme fleuve que Masseoudy, dans ses Prairicf^ d'or (tome I, p, 20i), appelle Sabato et qu'il cite après le Gange comme l'un des plus prrands fleuves de l'Inde. Dans le Talmud et les livres rabbiniciues, il est souvent question do ce fleuve Sanbatiorij qui aurait été ainsi nommé, parce que, dit-on, il interrompt son cours les jours dusamedi(Voy.J.Buxtorf,Le.viconc/ia/rfaïcum, talmudicuiriy etc., p. 1417 et 1418). L'auteur du Kamous place le fleuve du Sobath dans le Maouralnahr ou Khorassan, et croit que c'est le môme que le Djaihoun ou Oxus des anciens, appelé aujourd'hui VAmou-Daria.

(2) Dans son Kitcb Sihah el-loghah Al-Djauhary donne le nom de Zoti à une nation dont il ne désigne point la position géographique, et comme, d'un autre côté, selon l'autour du Kamoui^^ conom serait celui d'une montagne do l'Inde, l'on est porté k croire que la nation des Zolts mentionnée ici par notre poète, habitait dans cette contrée ou dans le voisinage.

(3) Le Khamt est un arbre de l'espèce de l'arac, qui a des épines et des feuilles dont se nourrissent volontiers les chameaux.

niens; quand j'ai voulu en choisir d'autres, toutes elles m'ont paru maigres et défectueuses.

Zohair (1) n'en a jamais employé d'aussi harmonieuses pour ses compositions ; le frère des Dhobians (2) non plus, n'a pu en trouver d'aussi belles.

Demandez à tous ceux qui récitent des poèmes consacrés à la louange d'un roi, s'ils en connaissent quelqu'un que l'on puisse comparer avec celui-ci.

Nos vers seront portés par les cavaliers en Orient et en Occident; pendant les longues nuits chaque famille se fera un plaisir de les chanter sous la tente.

Mais d'où vous vient Téclat de cette gloire. Elle n'a point d'autre source que le spectacle de votre bonheur, que la grandeur d'une puissance que rien ne saurait abattre ni diminuer.

Le plus grand honneur que ces vers consacrés à votre gloire puissent recevoir, c'est d'obtenir votre approbation et de mériter d'ôtre écoutés par vous avec indulgence.

S'il m'avait été donné de composer vos louanges avec toute la pompe dont elles sont dignes, vous les recevriez tracées sur le papier non avec de l'encre noire, mais avec le musc et les parfums les plus exquis.

Les vers qui les expriment ont toute l'étendue que l'on pouvait désirer; pour le nombre, Ton a ou soin de les compter et de les noter.

Sous ce rapport ils ne diffèrent en rien des livres qui sont descendus du ciel, car ils ne dépassent pas le nombre sacré de cent quatre.

Les voici, Sire ; ils attendent de votre agrément que vous leur donniez accès auprès de votre Majesté, afin qu'en les voyant elle daigne les guérir des infirmités dont ils sont atteints,

(1) Célèbre poète qui florissait avant Mahomet. Il est auteur d'une mollaeah, dont M. Caussin de Perceval a donné une très élégante traduction dans son Histoire des Arabes avant Vlsla" misme (tome II, p. 581 et suiv.).

(2) Je crois qu'il s'agit do Nabighah Dhohiàny, autre poétique autéislamique, à qui l'on attribue aussi une des Moallaeah. Il est désigné sous le surnom de frère des Dhobian, vraisemblablement parcequ'il appartenait à la tribu de Dhobian. Il vivait à la cour du roi de Ilirah, Nooman Abou-Kabous. On croit qu'il mourut vers le commencement du VU* siècle do notre ère. (V. Caussin de Perceval, même ouvrage, p. 502 et suiv.).

602 A^BNDtCË.

Et qu'ainsi réformés ils me reviennent tout parfumés * exiialant l'odeur du camphre, du musc et du costus (1)^'^ dont votre main royale les aura imprégnés.

Analyse sommaire du collieh de perles rt d'or vibrge ou histoire de la dynastie des Beni-Zeiyan.

Elle est empruntée à une notice qui a été publiée sur l'auteur de cet ouvrage dans le Joxtrnal Asiatique en 1851 (n* do novembre-décembre) par feu M. Cherbonneau, professeur d'arabe à Constantine, dans une lettre adressée à son ami M. Ch. Defrémery.

« Puisque, lui écrit-il, le manuscrit de la Bibliothèque Nationale côté sous le n» 743, ancien fonds, est incomplet et en mauvais état, puisque les exemplaires de rhistoire des Beni-Zeiyan sont très rares, il devient nécessaire d'en esquisser ici la notice*

Au folio 1, Tauteur écrit en prose élégante et rimée réloge du prince régnant, Abou-Abd' Allah Mohammed ben-Abou-Abd' Allah, descendant des princes orthodoxes, et laisse entrevoir le but de son livre dans un distique terminé par ces mots : « La noblesse de son sang vient d'Aly et de Fathma. » Plus loin, il se prononce plus nettement en disant : a Je me propose de composer en son honneur un ouvrage digne des rois et essentiellement littéraire, où soient démontrées sa généalogie et l'antiquité de sa race, un ouvrage qui illustre sa noblesse et celle de ses aïeux. »

(i) Le cofllus est une racine aromatique qui vient du midi de TArabie,

APPfiNDiCB. 603

AU verso 1, 3, il établit la division des matières. « J'ai partagé, dit-il, mon ouvrage en cinq livres ; le premier livre en sept chapitres ; le second en trois chapitres ; le troisième en seize chapitres ; le quatrième en huit chapitres, et le cinquième en quatre chapitres.

!•' livre : Tableau de la généalogie dii sultan Âbou* Abd^Âllah Mohammed et de l'antiquité de sa race ; sa noblesse et celle de ses ancêtres, jusqu'au folio 63.

It* livre : Des qualités qui doivent distinguer un roi. Conduite qui convient à un monarque. La justice est l'âme des vertus royales, jusqu'au folio 124.

III' livre: Recueil d'anecdotes piquantes et de traits d'esprit empruntés à différentes nations, jusqu'au folio 215.

IV* livre : Exposé des beautés du langage en vers et en prose, jusqu'au folio 262.

V* livre : Traité de morale et de philosophie pratique, jusqu'au folio 282.

Le' volume est terminé par un précis historique de Torlgine du peuple arabe, et par sept Kacidah du sultan Abou-Hammou, qui régnait à Tlemcen en 707 (1307-8).

Il serait inutile pour Un orientaliste, ajoute l'auteur de cette notice, de chercher des renseignements nouveaux dans les six premiers chapitres du livre premier, car nous possédons aujourd'hui une histoire des Arabes complète, d'une coordination claire et parfaite, et empreinte d'une judicieuse critique Mais le passage d'Al-Tenessy qui mérite de fixer l'attention des savants, et dans lequel j'ai puisé un grand nombre de détails hiistoriques entièrement inédits, c'est le septième chapitré du livre premier, ayant pour titre : De la noblesse des Beni-Zeiyan, et comprenant l'histoire de cette dynastie depuis l'année 637 de l'hégire (1239-1240

de J.-C), jusqu'en 866 (1461-62) Toutes les marges

dé ce Chapitre sont couvertes d'annotations, parmi les*

quelles je distingue celle-ci : « Ce fut en 866 (1461-2) qu'on prêta serment à l'émir Mohammed ben-Abou- Zeiyan Mohammed ben-Abou-Thâbit ; à cette époque vivait Tauteur du présent livre. »

Si le second livre ne devait pas être plutôt considéré conlme un essai de littérature, j'admirerais la simplicité d'un auteur qui, vivant sous un régime despotique, prodigue les trésors de son érudition pour rédiger une morale en action à Tusage des monarques musulmans. Quoi qu'il en soit, j'ai lu une foule de citations fort ins« tructives, tirées des bons auteurs. C'est un Compendium des éléments de la politique chez les Arabes.

Dans le troisième livre, le style d'Al-Tenessy revêt une forme moins sévère, mais aussi plus attrayante. Son idée dominante, c'est de démontrer par des exemples, la supériorité de l'esprit et du génie arabe, supériorité incontestable aux yeux des nations musulmanes, attendu que leurs écrivains ne parlent jamais des autres peuples de la terre»

Le quatrième chapitre contient dos anecdotes erotiques de bon goût, où les vers surabondent.

Le cinquième est consacré aux bons mots et réparties ingénieuses de quelques Bédouins.

Dans le dixième est exposée par tableaux la physiologie du parasite.

L'éloge des femmes, commençant nécessairement par Aïécha et Fathma, occupe le onzième chapitre. Puis viennent les paroles des enfants célèbres, au chapitre douzième, et les joyeusetés, au chapitre seizième.

Depuis le travail de M. Garcin de Tassy sur la Rhétorique des nations musulmanes, je n'ai point encore vu un aussi bon traité des tropes que celui qui compose le quatrième livre. L'imam de Ténès y a classé et expliqué toutes les figures qui relèvent la pensée ou l'expression; il a composé, suivant son propre langage, un Collier de perles d'éloquoncc, et n'a rien négligé pour

faire ressortir Texcellence de la poésie, qui est la vraie musique dos Arabes. — Arrivés au cinquième et dernier livre, nous pourrions entrer dans le domaine de la morale islamique, étudier tes Commandements du Koran, tes préceptes de la loi et le dire des Sages ; mais nous n'ignorons pas^ mon cher ami, que vous savez tout cela aussi bien qu'Âl-Tenessy. »

iV.-B. — Cest un an seulement après la publication de cette notice et analyse du Collier de perles et d'or vierge, que l'auteur du présent Complément a fait paraître la traduction du chapitre septième du premier livre de cet ouvrage d'après une copie qui lui avait été gracieusement envoyée deTlemcen, en 1846, par M. le général Eugène Cavaignac et qui avait été faite sur un exemplaire de la bibUothèque de feu le caïd Cy Hammadi-Sekkal, Qls du chérif, Falfakih Ben-Aoudah.

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