PREMIÈRE INSCRIPTION
Elle est tracée sur trois lignes en grandes lettres.
Quel que soit Vabjet de vos disputes, la décision en appartient à Diea.C'est Dieu mon seigneur. J'ai mis nia confiance en lui ; cest à lai que je reviens.
Ces paroles sont extraites de TAlkoran (Surate XLII, 8). On lit au-dessous :
Ecrit le !•' septembre de Vannée 1246 par le cheikh Mohammed, Oriffe sous la forme d'une tortue.
L'année de ITiégire mentionnée ici correspond à Tannée 1830 de notre ère.
Au-dessous de ce texte et du côté droit de la feuille, on lit de haut en bas la prière suivante adressée à la Vierge Marie :
O notre dame Marie, par la faveur dont vous jouissez auprès de Dieu, obtenez de lui qu'il fasse rendre justice par ceux qui ont Vaudace de violer la justice ! Nos droits ont été perdus sous le très puissant empire des Français, Rien autre qica cela. Multiplie le bien de ceux de cette nation qui se montrent bienfaisants.
Ces paroles sont suivies, à gauche, du carré cabalistique dans lequel se trouve dessinée la grande griffe du marabout.
Plus à gauche et à côté de la griffe polygone, on lit en travers ces autres paroles :
Nous avons perdu, en fait de ce qui nous revient, des droits nombreux et considérables.
En dehors de rencadrement et du côté droit de la feuille, après un kaf au-dessous duquel on a tracé le chiffre 3, on lit cette autre prière :
O toi, qui nous as dirigés dans la voie droite et qui diriges le genre humain entier, daigne changer enpros" périté l'adversité que tu nous as envoyée !
Et sur le côté opposé, en dehors également de la ligne d'encadrement^ Vex^voto se termine par ce passage de TAlkoran :
C'est en lui que j'ai mis ma confiance. Oui, nous avons mis notre confiance en Dieu. 0 Seigneur, notre Dieu, décide entre nous et notre peuple ce qu'exige la justice. car tu es le plus habile de tous ceux qui décident. (Àlkoran surate VIT, 87.)
Tous ces vœux exprimés avec tant d'énergie ne paraissent point avoir reçu leur accomplissement, car neuf ans après avoir été ainsi formulés, lorsque nous eûmes l'occasion de faire la connaissance du saint homme de marabout, sa position n'avait subi aucun changement : ni les autorités musulmanes, ni l'administration française n'avaient écouté ses plaintes, ni tenu compte de ses justes réclamations; il se trouvait, en un mot, dans le même état de misère et en proie aux besoins les plus pressants. C'est alors que, malgré la répugnance qu'il éprouvait de se défaire de ses livres et de ses manuscrits (1) il consentit à m'en céder quelques-uns au prix élevé qu'il me proposa lui-même et que je n'eus pas le courage de lui disputer. 11 m'avait pris, sans doute, pour ce que j'étais loin d'être, pour un personnage ayant quelque importance, car il finit par se recommander à moi pour tâcher de faire valoir ses droits auprès du gouvernement. Il est certain , comme je Tai dit plus haut, qu'à Toccasion de l'arrêté qui attribuait au domaine de l'État les revenus des établissements religieux des Musulmans, il s'était produit dans radministration de ces établissements de graves abus *, que plusieurs de ces établissements avaient été aliénés par ceux qui en avaienteu jusque-là seulement la garde, et que certains marabouts, qui y étaient attachés comme simples desservants et vivaient des aumônes des fidèles ou des pèlerins, avaient été dépouillés de leur emploi et privés des ressources que leur procuraient leur titre de marabouts ou leurs pieuses fonctions, abus et misères qui se perpétuèrent encore longtemps après la conquête, c'est-à-dire jusqu'en 1843, époque, où un arrêté radical mit fin à la cupidité des administrateurs des
(!) Il me vendit, entre autres manuscrits, un superbe voluittf «l'ii contenait lu i)roini(M'e parlie dii ^^rand ouvrage da Cél^MCD Al-LîoUliary, (jui ix^-lc le litre de Al-Sahib, TÀulhentique.
mosquées et autres établissements musulmans, en réunissant définitivement tous ces édifices religieux au service du domaine et à l'administration générale de TAlgérie (1).
Élégie composée par le sultan Abou-Hammou Moussa
EN l'honneur de SON PÈRE AbOU-YaAKOUB ET DE SES DEUX ONCLES ÀBOU-SAID ET AbOU-THABIT.
Mouley Abou-Yâakoub, père d' Abou-Hammou et des
deux sultans Abou-Saïd et Abou-Thâbit, qui périrent
misérablement dans la guerre qu'ils eurent à soutenir
contre les Mérinides, était né en Espagne, où son père
avait été rélégué par Abou-Saïd Othman, fils du sultan
Yaghrmorâcen,fondateurdela dynastiedes Beni-Zeiyan.
Invité, en 725, par le sultan Abou-Teschifîn à se rendre
â Tlemcen, il y fut accueilli avec tous les honneurs dus
^ sa naissance et à son rang ; mais désabusé des choses
de ce monde et renonçant à toute vue ambitieuse^ quoi-
<{u'il se trouvât sur les marches du trône, il quitta le
^tumulte de la cour pour se retirer dans la ville de Né-
^romah, où il vivait en anachorète et dans les pratiques
^e l'ascétisme les plus austères.
Pendant l'invasion étrangère il ne fut point inquiété
^ans sa solitude , mais ensuite il se rendit à Tunis et de
"Mk à Alger, où il termina sa pieuse carrière dans le
^îourant de l'année hégérienne 763, sous le règne de son
*ls Abou-Hammou Moussa, restaurateur du pouvoir sou-
(1) V. Albert Devoulx, Les édifices religieux de V ancien ^^Iger. Alger, 1870, p. 43 et suiv.
not rai
Sâfr APFBKDIGI.
verain dans la famille Abd'el-Wâdite. L'historien de oe | jr: rogne qui avait connu le père d'Âbou-Hammou, rend hommage à ses vertus et fait le plus grand éloge de ce prince. « Vers le commencement du mois de chfiabande cette année (763), dit-il, mourut dans la ville d'Alger, le père du khalife, Mouley Abou-Yâakoub (que Dieu lui accorde sa grâce et ses faveurs !), prince addonné aux exercices delà piété musulmane, comme il en fut jamais, le plus mortifié, le plus tempérant que Ton ait jamais vu à regard des vanités et des séductions de ce bas-monde. Qu'au jour du jugement Dieu trouve les registres célestes remplis de ses bonnes œuvres, et la balance pleine de ses actes de dévotion pencher en sa faveur! que Dieu illumine la face de ce pieux prince ! »
Lorsque sa dépouille mortelle fut transportée dans la noble capitale de Tempire , le chef de l'Etat se porta -s en grande pompe, au-devant du convoi funèbre et s fit un devoir de raccompagner à pied jusqu'à Tlemoeim où il fit ensevelir son père près de la porte dite Bêb^ Jlan, désirant que le tombeau fût placé dans son voisL nage. Plus tard, ayant fait transporter près de son palais- ^ les corps des deux frères de son père, les sultans Abou-^' ^' Saïd et Abou-Thâbit (que Dieu leur fasse miséricorde l^ ^ ' qui reposaient dans le cimetière de Hubbed, il bâtit sur<^ ^, les tombeaux de ces trois princes une Medarsah (1) et une zaouiah ou hospice, et il assura Texistence et Tentretion de ces deux établissements par la création de certaines fondations et de revenus assignés sur les fonds existant soit en ville, sur lerestedu territoire du royaume, comme cela se pratique encore de nos jours. C'est à Toccasion de cette translation et de ces cérémonies funèbres, que le roi Abou-Hammou, dont la lyre n'était
(1) Il s'agit do la Medarsah Yàakoubiyah, ainsi appelée du nom d'Abou-Yàakoub, père du sultan Flaminou. Voy. Al-Tenessy, p. 79 de ma traduction, et mon ouvrage sur Tlemcem, p. 337.
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jamais en retard quand il s'agissait d'un événement important à un titre quelconque, composa en Thonneur de son père et do ses deux oncles une élégie qui nous a été conservée par Yahia Ibn-Khaldoun dans son histoire du rogne d'Abou-Hammou (fol. 38 de notre manuscrit). Cette pièce que j'ai essayé de faire passer dans notre langue, est écrite dans le goût du temps, c'est-àdire à une époque de décadence et d'imitation littéraire plus ou moins plastique, plus ou moins heureuse ; elle ne manque pas, à vrai dire, d'une certaine verve originale, d'un certain feu poétique que les amateurs peuvent apprécier, maïs dans une traduction, qui, pour être fidèle, est souvent obligée d'avoir recours à des circonlocutions, à des périphrases et même quelquefois à des additions destinées à éclaircir ou à développer le sens de l'auteur, et dans laquelle il est impossible, d'ailleurs, de se rendre compte du nombre et de l'harmonie du vers, de la beauté de la forme, du chant oriental dont il est toujours accompagné dans la bouche des Arabes, chant qui fait oublier ou relève la hardiesse des images, l'exagération ou l'exubérance des pensées, Tincohérence ou la singularité de certaines comparaisons familières au style des Orientaux, nous pensons, disons-nous, que cette composition, ainsi xeprésentée, perdra nécessairement beaucoup de son intérêt intrinsèque : nous n'hésitons pas, néanmoins, de la donner telle quelle, dans la pensée qu"elle pourra jie pas déplaire à ceux de nos lecteurs qui aiment les productions du génie oriental, qui sont curieux de <;onnaitre le style et la marche de la poésie arabe, :xnême à l'aide d'une traduction, car quelques efforts que 1Q0U8 ayons faits pour la rendre exacte et fidèle, elle xi'est guère même à nos yeux qu'un travestissement 2>lus ou moins transparent du texte original, comme Xe sont, du reste, toutes les traductions que Ton honore clece nom.
Traduction de l'élégie qui est du mètre if âmii, rythme rapide et saccadé, tel qu'il convient aux accents d'un cœur vivement affligé.
Ah ! qu'il est douloureux le souvenir des derniers adieux! Qu'elle est douce, au contraire, la réunion après une longue absence!
Depuis que j'ai eu le malheur de perdre le meilleur de mes amis, que les adieux que je lui ai adressés et les devoirs que je lui ai rendus sur la tombe, ont laissé dans mon cœur une douloureuse amertume,
Je ne cesse de pleurer et de le regretter, comme le pleurentet le regrettent mes foyers et ma demeure en deuil.
Gruelle séparation ! elle m'a jeté dans la crainte et le trouble, moi que le jour d'une bataille, que les horreurs de la guerre n'ont jamais vu trembler.
Le temps n'a pas été équitable en m'infligeant la douleur de cette séparation, mais cette injustice a été réparée parle tribut de mes larmes.
Chose étonnante 1 mes paupières attristées ont versé des larmes à profusion, pendant qu'un feu ardent dévorait mon cœur.
Les unes ont été prodigues ; l'autre s'est montré avare de son feu (11 si bien que j'ai eu à souffrir à la fois de la prodigalité d'un côté, et de l'avarice de l'autre.
Ce malheur, cette perte d'un ami a été pour moi comme une flèche ajustée sur la corde d'un arc et adroitement décochée contre le cœur déjà blessé d'un homme souffrant.
Hélas! Qu'est devenue cette union, que la main de léloignement est venue rompre? Quel sujet de tristesse et de désolation pour ceux qui étaient si unis, et qui se trouvent maintenant séparés ?
Le hasard est venu me frapper etattrister mon intérieur; il a môme causé des ravages dans mon cœur affligé.
Dans mon malheur, je n'ai rencontré aucune consolation, et mes souffrances ont éclaté au dehors, car mes amis ont disparu, ce qui a ajouté à mon impatience et à mon agitation.
Combien n'avais-je pas redouté cette perte avant le moment fatal où elle s'est accomplie? Avec quelle épouvante
(1) C'est-à-dire n'a pas voulu que le feu se perdit en sVVhappaiit de son sein.
n'avais-je pas toujours envisagé ramertume quô réservaient à mon cœur les derniers adieux ?
0 toi, qui faisais tout le bonheur de ma vie! tu as vu chez moi les désolants effets de la séparation, quand je me suis trouvé en présence de ces nobles princes (1) gisant dans la poussière, étendus dans un sépulcre au milieu d'une fosse, comme si jamais ils n'avaient été revêtus du souverain pouvoir, comme si jamais ils n'avaient été dans rélévation !
Et pourtant, en leur absence, le palais n'avait jamais pu offrir ni douceur ni agrément à ceux qui l'occupaient.
C'était une demeure fière de leur voir distribuer toutes sortes de grâces et de bienfaits.
On y voyait une longue série do coussins, ornés de plusieurs rangées de perles incrustées dans les tissus.
L'on y passait des soirées si splendides, que jamais mortel, honnête ou mauvais sujet, n'en avaient contemplé de pareilles.
Les lions de la guerre, les héros, se soumettaient à eux, et les souverains les redoutaient. Combien ne comptaient-ils pas de peuples qui leur obéissaient et reconnaissaient leurs lois?
Combien de fois n'ont-ils point marché à la tête d'innombrables escadrons, pleins d'une ardeur indomptable et animés par une bravoure qui inspirait la terreur?
Combien, les jours de bataille, n'a-t-il pas commandé de troupes à la tête de braves capitaines (2), et muni de tout ce qui est nécessaire à la subsistance des hommes.
A la tête de l'élite de la nation, flère d'obéir au plus illustre de la famille royale, au plus glorieux de ceux qui ont une noble origine,
Au rejeton de Hossein, fils de la Vierge (Fathmah), qui comptait parmi ses aïeux le plus excellent des hommes, le plus grand de tous les intercesseurs.
Un prince qui possède une telle origine, une pareille extraction peut se vanter, à bon titre, d'occuper dans les rangs de la noblesse le plus haut degré de gloire possible.
Il réunissait dans sa personne tous les genres de beauté : ce qui constituait sa beauté et résume à merveille son éloge ; ce sont les vertus suivantes, savoir :
(1) Abou-Saîd et Ahou-Thâbit, oncles du sultan Abou-Hammou.
(2) Le poète veut parler ici de son pore Abou-Yâakoub.
La générosité, la gloire, la bravoure et la bienfaisance; mais la générosité était chez lui une vertu spontanée et naturelle.
Dans son bras résidait la bravoure; dans son cœur régnait la miséricorde. Il déployait Tune contre les rebelles ; il répandait l'autre sur ceux qui lui obéissaient.
Juste, quand il prononçait ses jugements, il était comme une forte averse, quand il distribuait ses dons. Son sabre était un feu dévorant pour l'ennemi vaincu et terrassé.
Chacun trouvait dans les trésors de sa libéralité des ressources inattendues, des approvisionnements sans fin; ceux qui plaçaient leur confiance dans sa protection s'assuraient la sécurité et une défense inexpugnable.
Il en a été ainsi jusqu'à l'heure marquée par le destin, jusqu'au moment fatal, où, atteint par la flèche de la mort, il a vu se disperser tout ce qui avait été réuni.
C'est alors qu'il a tout quitté, qu'il s'est séparé pour toujours de ses nombreux amis, et que tout ce qu'il avait ra* massé n'a pu le sauver.
S'il avait été possible de racheter sa vie, je n'aurais pas manqué de le faire, au prix des perles les plus rares, des bijoux marqués d'une empreinte légale.
Au prix de tout ce qui est en ma possession, mes yeux, mon dernier souffle, mon âme, mon cœur brisé par la douleur.
Car il a toujours été pour nous un père plein de tendresse, et nous avons eu pour lui une piété filiale chaleureuse et dévouée,
Jusqu'au moment où lo sort qui sépare tout, a lancé ses perfides flèches sur les liens qui nous unissaient et les a cruellement rompus.
Crains donc toi, ô mon àme, les vicissitudes de la fortune; ne te laisse pas tromper par ses fausses caresses, car, lorsqu'elle vous frappe, elle ne vous épargne aucun de ses horribles coups.
C'est ainsi que vont les choses de ce bas monde : il ne faut point s'y fier. En effet, combien do fois n*a-t-on pas vu la fortune perfide interrompre tout d'un coup le cours de ses faveurs ?
Combien de personnages illustres par leur naissance et par leur rang n'a-t-elle pas jetés dans les filets du malheur? Combien de braves guerriers n'a-t-elle pas renversés et foulés à ses pieds ?
APPSNDIGB. 571
OÙ sont maintenant tant de puissants souverains qui ont occupé le trône? Que sont devenus les immenses trésors qu'ils ont ramassés durant une vie longue et glorieuse?
Ils ne sont plus; l'on entend même plus parler d'eux, n'ayant laissé de leur passage sur la terre aucune trace qui recommande leurs noms au souvenir de la postérité.
Les vicissitudes du temps les ont fait disparaître : 11 n'est resté après eux que ce qu'ils avaient ramassé en fait de biens terrestres, des jardins, des champs cultivés.
C'est tout au plus s'ils ont laissé après eux le souvenir de leurs bonnes actions, consignées sur des feuilles de papier ou célébrées par la bouche des hommes, ou mieux encore, le souvenir de l'amour qu'ils ont professé envers le plus excellent des envoyés, Mohammed, l'honneur de la création, la perle incrustée dans notre pauvre humanité.
Que Dieu répande sur lui ses bénédictions, tant que la clarté du jour brillera sur la terre, aussi longtemps que les cavaliers feront halte auprès d'une source pour abreuver leurs coursiers.
Finalement, salut au Prophète de la part de celui qui, s'appuyant sur le mérite du meilleur des protecteurs, du plus excellent des intercesseurs, espère le saluer encore demain. Moussa fils d'Youssouf (1), afin d'échapper à l'affreuse terreur qui nous attend là-bas (2).
(1) L'auteur du poèmo,[le sultan Abou-Hammou Moussa. Cestà-dire: en présence des sombres; tombeaux où nous allons ensevelir nos chers morts.
(2) Je ne suis pas sûr du sens que Je donne à. ces dernières paroles, car on pourrait les entendre aussi bien du jour de la résurrection générale et du jugement où, d'après les Musulmans, Mahomet doit jouer son grand rôle de protecteur et d'intercesseur auprès de Dieu : dans ce cas, il faudrait traduire : ^qui nous attend là-haut.
Poème en l'honneur de Mahomet et du sultan âbd'el-Rahman Abou-Teschifin,
par Abou-Abd*Allah Mohammed ben-Youssouf al-Thaghrary (1). (Voir Al-Tenessy, Histoire des Béni" Zeiyartj p. 88, 89 de ma traduction).
Les vers, au nombre de quatre-vingt-douze, sont du mètre Kâmil.
(1) Nous ne connaissons guère ce poète que par un certain nombre de ses compositions qui nous ont été transmises par les historiens de Tlemcen. Yahia Ibn-Khaldoun le nomme Moham' med ben-Youssouf al-Kaissy ou al-Kissy al-Andaloussy. Les renseignements biographiques qui nous sont fournis sur ce personnage par Ibn-Mariam dans son Bostan sont plus que laconiques : c Le cheikh Mohammed ben-Youssouf al-Kissy al Tilimsény, dit-il, est plus généralement connu sous le nom d'Al'Thaghrary. Il est question de lui dans le Traité des cas juridiques par le cheikh Al-Mazouny, qui lui donne les qualifications de docteur d'alfakih, de très docte imam, de littérateur très distingué, de secrétaire ou rédacteur de dépêches dans les bureaux du gouvernement et le surnom d'Abou-AbdWllah. Il avait suivi les leçons du célèbre iman al-Chérif al-Tilimsény et autres docteurs. J'ij^-nore la date de sa mort que je n'ai vue nulle part.
Ces quelques indications nous permettent de croire que notre poète était originaire d'Espagne, vraisemblablement de quelque ville frontière, comme semble l'indiquer son surnom qui dérive du mot arabe Thaghr (frontière). Il était peut-être venu s^établir à Tlemcen à la suite d'Abou-lIammou (lui était né en Espagne, et avait quitté ce pays, lorsque la fortune l'appela à venir occuper le trône de ses ancêtres. A l'époque où il présenta son poème à la cour du sultan Abou-Teschifin (794 de l'hégire) il devait être fort avancé en âge, car selon Yahia Ibn-Khaldoun qui cite plusieurs compositions poétiques d'Al-Thaghrary, celui-ci aurait été admis à la cour d'Abou-Hammou et joui de la faveur et de l'estime de ce prince plus de trente ans avant le règne de son fils et successeur Abou-Teschifin. Il est douteux qu'il ait survécu longtemps au règne de ce dernier, qui mourut dans les premiers mois de l'année 795 de l'hégire (1392 de -notre ère).