DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VIII. 2 ^Tj
C’est en raison des considérations que je viens d’exposer, que le lecteur concevra le prix que j’attache à X analyse et à la synthèse mentales, et j’aime à croire qu’il ne verra dans les détails précédents que mon désir de faire saisir ma pensée et de l’importance que j’attache à ce qu’elle soit connue sans ambages et sans réticence de ma part.
226. Le contraste rotatif, en démontrant que tout mouvement de circulation de 160 tours au plus et de 60 tours au moins à la minute, au moyen d’une couleur a appliquée sur une moitié diamétrale d’un cercle, fait apparaître sa complémentaire c sur la moitié blanche de ce même cercle, est une preuve nouvelle de l’intimité existant entre les lumières colorées mutuellement complémentaires et indépendamment de toute opinion. J’appelle ce phénomène un fait incontestable, dont X esthétique positive doit tenir un grand compte pour tous les beaux-arts qui parlent aux yeux.
227. Newton s’est expliqué catégoriquement; il n’a jamais confondu la lumière avec les sensations de couleurs qu’elle fait naître en nous. Il le dit d’une manière précise : il n’existe pas de lumières colorées, ni rouge, ni orange, etc., mais des rayons qui causent en nous la sensation du rouge, la sensation de X orangé, etc.
Ajoutons que Spinoza et Malebranche ont énoncé la même opinion ; et en classant les couleurs parmi les propriétés organoleptiques , ainsi que les odeurs et les saveurs, j’ai énoncé une opinion du même ordre :j’en ai distingué les propriétés physiques concernant la réflexibilité, la réfrangibilité ; de même pour la pesanteur et la densité des corps
relativement au rapport de leur poids à leur volume, par la raison que ces propriétés, quoique sensibles à nos organes, sont essentiellement distinctes du moi ; aussi, sans hésitation, les rapportons-nous au monde extérieur.
Je ne doute pas que Newton eût adopté la distinction que j’ai faite des propriétés organoleptiques d’avec les propriétés physiques et les propriétés chimiques.
228. Le mot objectif auquel Descartes attachait une certaine importance dans sa philosophie, quoique le sens qu’il lui donna à l’origine ait été plus tard profondément modifié, a disparu assez longtemps du langage philosophique; mais il reparut lorsque la philosophie de Kant eut franchi le Rhin ; il n’apparut pas isolé : un compagnon corrélatif, le subjectif, lui fut adjoint, et, depuis cette époque, les deux compagnons ont trouvé l’accueil le plus favorable près de personnes occupées de connaissances fort différentes. Pour ne pas sortir de mon sujet, je citerai M. Plateau, homme d’un mérite incontestable, qui a qualifié d 'objectives les couleurs sous lesquelles nous apparaissent les corps qui nous entourent, avec l’intention de les distinguer des couleurs qu’il considère, je crois, comme accidentelles et qu’il qualifie quelquefois de subjectives , si je ne me trompe pas. Quoi qu’il en soit, un certain nombre de partisans de l’hypothèse Young-Helmoltz, donnent à des couleurs complémentaires la qualification de physiologiques, de subjectives, de physiques, etc. Une règle que je ne donne pas comme absolue, mais vraie en bien des circonstances, c’est que les mots pour désigner une même chose sont en nombre d’autant plus grand que la connaissance de la chose est plus vague.