DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE IX
Le fait simple ne comprend qu’une seule idée comme le chiffre énonçant une quantité déterminée .
Le fait complexe comprenant plusieurs faits simples, n’est parfaitement défini qu’à la condition que tous les faits simples qu’il comprend le seront incontestablement.
250. La conséquence de ces définitions est qu 'aucun substantif, aucune substance, n’est un fait simple; c’est la résultante d’un ensemble d’ attributs, à' adjectifs, de propriétés, de qualités, en un mot de faits divers.
Mais la langue a donné la forme du substantif à de simples attributs, tels que la blancheur, la pesanteur, la grandeur, etc.; et, à mon sens, en n’oubliant jamais que ce sont des adjectifs pris substantivement, on évitera de tomber dans la confusion où l’on serait conduit décidément, si on ne distinguait pas ceux-ci des substantifs proprement dits .
251. C’est maintenant qu’il importe de montrer la liaison de mes idées concernant la définition du mot fait avec les idées émises par M. Guizot dans l’excellente introduction de son ouvrage sur les synonymes.
Sa distinction des mots synonymes d’avec les mots qui ne sont pas susceptibles d’en avoir est simple, claire et, qu’on me permette d’ajouter, la plus conforme à la méthode a posteriori expérimentale. J’emprunte trois citations à cette introduction vraiment remarquable :
a) « Les synonymes, dit M. Guizot (i), ne peuvent être « des noms propres [propria), ils doivent être des noms gé- « nériques ( appellativa ).. Il n’y a point de synonymie entre « les mots qui désignent des choses individuelles ; ils sont
(1) Note, page xm, édition de 1809.
« distincts par leur nature même; ils n’offrent aucune « nuance à saisir, car du moment où il y en aurait une, « ils n’exprimeraient plus le même objet individuel. Pour « que des mots puissent être synonymes, il faut donc « qu’ils expriment des choses générales. »
6) « . les mots ne sauraient être synonymes.
« i° Ils doivent être liés par une idée générique com « mune ;
« 2° Et différenciés par des idées particulières assez peu « distantes soit de l’idée générique, soit entre elles, pour « qu’une analyse fine puisse seule les distinguer (i). » c). « Les philologues se sont demandé souvent s’d pouce vait exister des synonymes parfaits? D’après la définition « que nous avons adoptée du mot synonyme, cette question « nous est étrangère, parce que nous avons donné ce nom « aux termes qui ont entre eux de grands rapports et des « différences légères. Ceux-là seulement peuvent faire 1 ob- « jet de notre étude, puisqu’eux seuls offrent des nuances « à assigner; mais en rendant au mot son acception rigou- <( reuse, l’abbé Girard, Dumarsais et autres, ont répondu « qu’il n’y avait pas de vrais synonymes parce que, dit le « dernier, s’il y avait /les synonymes parfaits, il y aurait « deux langues dans une même langue. Quand on a trouvé « le signe exact d’une idée, on n’en cherche pas un autre « (Voyez Dumarsais, traité des Tropes, 3e p., art. 12.) (2) 2Ù2. Tout en étant en parfait accord avec la manière dont je comprends les idées de M. Guizot, j éprouvé une
(1) Page xvi.
(2) Note, page xix.