DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE IX
autrement? Je ne le pense pas; ce fait tenant, à mon sens, à l’intervention de la science expérimentale. Que cette remarque ne donne pas à penser que je fais peu de cas de ce que je comprends sous le nom de littérature , de grammaire et de philosophie lettrée, car ma conviction est parfaite en pensant qu’une nation , en possession d’une langue spéciale, ne peut prétendre à définir d’une manière précise certaines expressions, et celles qui nous occupent sont de ce nombre, qu’à une certaine époque de son histoire littéraire et scientifique; et en essayant de définir cette époque , ce sera une occasion de rendre le plus profond hommage de reconnaissance à ses lettrés poètes et prosateurs, à ses grammairiens et à ses philosophes lettrés, parmi lesquels, sans hésitation, je compte des moralistes et des auteurs d’ouvrages quelconques qui ont été d’heureux interprètes des passions humaines, comme Lesage , et Molière surtout, dont le nom est impérissable comme philosophe!
2^5. Hommage donc à nos maîtres grecs et latins, hommage aux modernes qui en les imitant heureusement ont su mériter le titre d’écrivains originaux ! Ce sentiment de la reconnaissance de ce que nous leur devons existerait-il chez celui qui se prétend ami du vrai progrès social, s’il n’aimait pas à répéter combien nos maîtres ont contribué à celui des sciences par les services qu’ils ont rendus à des titres divers au perfectionnement du langage en appréciant le beau et le vrai, en insistant sur la pureté du goût, la nécessité de la propriété des mots, et en signalant pour le proscrire tout ce qui contrarie les préceptes qu’ils ont donnés.
?46. C’est grâce à X ensemble de ces qualités littéraires et critiques que tout homme de science en ne les perdant jamais de vue et les observant fidèlement comme des règles dans ses écrits, énoncera ses idées avec précision, clarté et élégance même, si le sujet dont il s occupe la comporte.
247. Cette profession de foi n’autorisera personne à m’accuser de ne pas apprécier les services rendus à la société et aux sciences proprement dites par les lettres et la philosophie lettrée, lorsque je parlerai des services que les branches diverses comprises sous la dénomination de philosophie naturelle ajoutent et peuvent ajouter a ceux des lettres et de la philosophie lettrée en étendant ainsi les bienfaits rendus aux hommes par la culture de 1 esprit.
248. Qu’est -ce que l’étude de la mathématique pure met en évidence?
C’est que l’exactitude de son langage tient à ce que tous les signes dont elle use, y compris les lettres d un alphabet quelconque, ont chacun un sens unique dans un même calcul : conséquemment chaque signe n’exprime qu une idée parfaitement définie pour celui qui s en sert, et pour tous ceux qui, parlant ce langage, sont capables d en apprécier l’exactitude en le répétant.
24g. Cela admis, j’ai cherché comment je parviendrais à rapprocher autant que possible de la mathématique pure le langage des sciences auxquelles cette mathématique pure est applicable, et permettez-moi d’ajouter le langage ordinaire même.
Le mot fait exprime la certitude, et la certitude comprend l’expression de la négation tout aussi bien que l’affirmation du positif ou de ce qui est.